L’Union paysanne
une autre vision de l’agriculture

Alors que l’agro-industrie étend ses monocultures sur des pans entiers du territoire, contribue à vider la ruralité de ses habitants, uniformise les aliments tout en aspirant comme un trou noir les subventions de l’État, l’Union paysanne tente de regrouper les agriculteurs et les citoyens soucieux de l’avenir de l’agriculture du Québec.


Un portrait rapide de l’agriculture du Québec

Sur un territoire d’environ 1,5 million de kilomètres carrés, l’agriculture québécoise ne compte que 26 000 fermes, contre 140 000 dans les années cinquante. Évidemment, en raison de conditions climatiques difficiles, l’agriculture est concentrée principalement au sud, le long du fleuve St-Laurent et du Lac St-Jean. Seulement 2% de la surface totale est utilisée pour la production alimentaire. Ce pourcentage était cependant beaucoup plus élevé il y a une cinquantaine d’années.

Au Québec, la production s’est concentrée principalement dans le secteur animal, soit les vaches laitières, la volaille, le veau et le porc. La production porcine, axée sur l’exportation vers les États-Unis et l’Asie, a d’ailleurs pris le pas sur les autres secteurs, avec son cortège de problèmes pour les communautés rurales. Si l’immense majorité des fermiers du Québec sont propriétaires de leur ferme, l’industrie agroalimentaire prend graduellement le contrôle de plusieurs domaines, comme la production de porc, de volaille, de veau, de lait. C’est le phénomène de l’intégration verticale, où une entreprise devient propriétaire et paie un gérant de ferme. Étant donné que la valeur des fermes augmente rapidement avec leur taille (en moyenne 110 hectares), la relève ne peut en faire l’acquisition et laisse la place à l’industrie.

 

Une situation particulière

En plein bastion du libéralisme économique, il est toutefois surprenant de constater que le gouvernement du Québec a voté en 1972 une loi consacrant le monopole à un syndicat unique de fermiers, soit l’Union des producteurs agricoles (UPA).

Selon cette loi, seule la puissante UPA a le droit de représenter les fermiers contrôlant par la même occasion l’orientation du financement agricole, les services-conseils et même la mise en marché d’environ 85% de la production provinciale. Les fermiers doivent donc payer une redevance sur leur production, directement au syndicat. Il n’y a pas d’échappatoire. D’ailleurs, depuis 20 ans, plus de 5 000 fermiers ont été poursuivis et condamnés devant les tribunaux par leur propre syndicat pour avoir refusé de payer leur cotisation syndicale et autant sinon plus pour s’être placés en conflit avec une des fédérations de l’UPA

La naissance de l’Union paysanne

C’est donc dans ce contexte qu’est apparue l’Union paysanne en 2001, dans un contexte de développement anarchique du secteur porcin et de perte de démocratie pour les agriculteurs.

L’Union paysanne est constituée en tant que syndicat agricole citoyen qui intercède auprès des autorités, des médias et dans l’opinion publique pour défendre les intérêts de la paysannerie. Ses membres sont agriculteurs, mais elle donne également une place aux citoyens soucieux de s’impliquer auprès de la paysannerie.

Une fois l’an, généralement en novembre, ses membres se réunissent en congrès annuel. Les représentants régionaux se rencontrent deux fois l’an et une équipe de 11 personnes (9 agriculteurs et 2 citoyens) constitue le conseil de coordination, soit l’exécutif du syndicat.

Parallèlement, l’Union paysanne a procédé à la formation d’unions sectorielles, en particulier dans le domaine de la production biologique, du sirop d’érable, de la forêt et des citoyens. Ces unions sont spécialisées et visent une action plus concentrée dans leur secteur respectif.

 

L’effet Union paysanne

À ses débuts son action a permis l’obtention d’un moratoire sur une production porcine totalement désordonnée qui a fait des torts autant à la ruralité qu’aux agriculteurs entraînés dans cette spirale industrielle. Son dernier fait d’armes est l’obtention de la Commission pour l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire du Québec après deux ans d’un incessant lobby avec des partenaires de partout.

L’agriculture littéralement sclérosée n’avait pas eu la chance d’un tel rendez-vous depuis plus de 40 ans. Comme certains aimaient le dire, il n’était pas nécessaire de s’occuper de l’agriculture… l’UPA s’en occupait. Après 1 an de travaux, cette commission a rendu un volumineux rapport en février 2008 qui a donné raison à l’Union paysanne en reprenant pratiquement tous ses constats et bien sûr ses recommandations afin de se sortir des crises. La recommandation 47 a frappé l’imaginaire en proposant le rétablissement du pluralisme syndical pour les agriculteurs.

Après dix ans, l’Union paysanne a acquis dans l’opinion publique un statut informel de critique agricole, sans basculer dans le discours environnementaliste. En effet, l’Union paysanne a toujours prôné des solutions qui concilient à la fois les préoccupations des citoyens soucieux de leur alimentation et de leur environnement et celles des fermiers qui veulent vivre décemment et avec dignité de leur métier. Ainsi, alors que pendant des décennies, le débat agricole s’est surtout déroulé en huis clos, avec un discours unique, les médias, les citoyens et les élus ont maintenant accès à une opinion différente. Le deuxième syndicat agricole existe déjà et l’UPA a déjà perdu son monopole… il ne reste au gouvernement qu’à terminer le travail.