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Vers une Déclaration des droits humains des paysans

En ce 10 décembre 2012, Journée internationale des droits humains, deux organisations québécoises tiennent à souligner une importante avancée dans la reconnaissance des droits humains de cette moitié de la population mondiale qui vit toujours en milieu rural.

À l’issu d’un processus amorcé en septembre passé, le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies adopta la résolution sur la Promotion des droits des paysans et des autres personnes vivant en milieu rural. Ainsi, le 27 septembire dernier, le Conseil des droits de l’Homme a mis en branle un processus menant à une éventuelle Déclaration sur les droits humains des paysans et des autres personnes vivant en milieu rural. Cette démarche est d’autant plus significative que les paysans eux-mêmes seront consultés au cours des travaux menant à l’élaboration du texte final de la Déclaration.

C’est à partir du constat de la vulnérabilité des communautés paysannes et de la nécessité de mesures spéciales pour garantir leurs droits, que le comité consultatif a élaboré le premier projet de déclaration. Le Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, proche du processus, considère qu’en protégeant l’accès à la terre et aux autres moyens de production une telle déclaration renforcerait l’agriculture paysanne de subsistance face à l’agriculture industrielle. Ceci offre, de l’avis de l’Union paysanne et du Comité pour la Justice sociale, une réelle solution au problème de la faim qui, à l’échelle mondiale, poursuit sa croissance malgré les promesses décennales de l’agro-industrie.

Les organisations québécoises sont consternées par l’absence d’appui à cette initiative de la part des pays riches du Nord. En effet, huit pays européens et les États-Unis se sont opposés à la résolution, qui, parrainée par la Bolivie, a néanmoins reçu l’appui de vingt-trois pays membres du Conseil. (Notons quinze abstentions.)

Selon Maxime Laplante de l’Union paysanne (organisation québécoise faisant partie de la coalition internationale la Via Campesina) la Déclaration, même à son stade actuel, servirait à aider le mouvement paysan à résister aux efforts des grandes compagnies transnationales, appuyées par des instances internationales et des gouvernements de certains pays du Nord, de remplacer l’agriculture écologique paysanne par une agriculture, dite plus productive, hautement dépendante des intrants chimiques et de la biotechnologie. Car, en plus du droit à la terre, la Déclaration met en évidence les droits des paysans de garder, de vendre ou d’échanger les semences, de protéger l’environnement et de ne pas être affectés par la contamination résultant de l’utilisation de produits chimiques et des OGM. Dans ce contexte, la proposition actuelle, dénoncée par la Via Campesina, d’autoriser la plantation au nord du Mexique de 2,4 million d’hectares de maïs génétiquement modifié, au détriment des semences traditionnelles et de l’agriculture paysanne, est en soi une violation des droits humains.

En Amérique centrale, le CJS a constaté les ravages causées par les activités des compagnies minières qui polluent l’eau et la terre, brisant des communautés entières et leurs moyens de subsistance en échange de quelques emplois qui disparaîtront sitôt le sol vidé de ses ressources. Également, les grandes plantations industrielles, dont la production est généralement destinée à l’exportation, souvent pour des biocarburants, remplacent les milliers de petits producteurs, leur coupant leur emploi, leur source de revenu, leur capacité de transmettre leur identité culturelle aux prochaines générations, tout en raréfiant les produits alimentaires dont le coût augmente.

Dans plusieurs pays du Sud, c’est tragiquement souvent au prix de leur vie que les paysans se mobilisent pour faire respecter leurs droits. Rappelons les décès survenus cette année au Honduras dans la vallée d’Aguàn où 300 000 paysans sans terre protestent encore aujourd’hui contre leurs conditions en occupant les terres de Facusse, riche propriétaire terrien. Bien que les agriculteurs du Nord ne subissent pas de graves violations de leur droit à la vie et à l’intégrité physique, ils souffrent, en tant que petits ou moyens agriculteurs, d’un manque de respect de leurs droits socio-économiques. À titre d’exemples, en Italie, le gouvernement central est présentement en Cour pour empêcher les instances régionales de la Calabre de favoriser la commercialisation des produits locaux. Au Québec, les petites fermes pratiquant une agriculture écologique diversifiée sont les parents pauvres du monde agricole. Sur tous les continents, des traités de libre échange, de plus en plus contraignants, et des plans d’investissement menacent l’agriculture paysanne locale.

C’est en honorant les défenseurs des droits des paysans partout dans le monde, que le Comité pour la justice sociale et l’Union paysanne saluent ce projet de Déclaration historique.

 

Maxime Laplante 418 926 2473
Karen Rothschild 450 458 2005

 

Pièce-jointe :

com-up-2012-12-10-declaration-droits-humains-paysans.pdf (71,5 ko)

Lettre envoyée à l’Ambassade du Honduras au Canada

Alors que l’agriculture paysanne est totalement négligée par les programmes gouvernementaux, le pays importe 70% des ses aliments. Presque la moitié de la population hondurienne d’un peu plus de 7, 6 millions vit en milieu rural. Entre 65% et 70% des honduriens habitant en milieu rural sont affectés par la pauvreté et 40% vivent dans la misère. Parmi les paysans honduriens, plus de 820 000 n’ont pas accès à suffisament de terres pour vivre.

Contenu de la lettre envoyée par l’Union paysanne

6 décembre 2012

Son Excellence Sofía Lastenia Cerrato Rodríguez
Ambassade du Honduras
151 Slater Street, suite 805
Ottawa, Ontario K1P 5H3

Votre Excellence:

Je vous adresse au nom de l’Union paysanne, un syndicat d’agriculteurs et de citoyens dont la mission est la promotion de l’agriculture paysanne et la défense des fermes familiales, afin de vous faire part de notre consternation devant la violence qui sévit dans la région du Bajo Aguán. En effet, nous constatons qu’il y a partout au Honduras un manque flagrant de respect pour les droits fondamentaux des paysans.

Dans la région du Bajo Aguán, en dépit des décisions récentes de la Cour régionale en faveur des communautés paysannes, de grands propriétaires terriens persistent dans leurs tentatives de s’accaparer des terres paysannes. Après avoir fait assassiner impunément plus de cinquante paysans de la région, ils visent actuellement l’État et le système judiciaire: le 22 septembre 2012, Antonio Trevino Cabrera, l’avocat qui représentait l’organisation paysanne MARCA, a été assassiné près de Tegucigalpa; le 24 septembre 2012, Manuel Eduardo Díaz Mazariegos, le Procureur spécial des droits de la personne du département de Choluteca, a été assassiné dans la ville de Choluteca; le 27 septembre 2012, le leader paysan et ancien coordinateur du mouvement international La Via Campesina, Rafael Alegría, a reçu un appel de la part du Président de la République lui prévenant d’une attaque planifiée contre sa personne ainsi que contre deux membres du gouvernement, César Ham, Ministre de la réforme agraire, et Ana Pineda, Ministre des droits de la personne.

Malgré la gravité de ces dernières menaces, dont les institutions internationales de droits de la personne ont été informées, l’État hondurien n’a pas été en mesure de faire arrêter cette vague de violence. Car le 10 novembre 2012, José Cecilio Pérez, président de la coopérative paysanne Despertar, a été assassiné près du village de El Tigre dans le Bajo Aguán.

Il va sans dire qu’il ne s’agit pas de crimes insensés mais plutôt d’une campagne planifiée par certains grands propriétaires (avec l’appui de leurs alliés au sein de l’appareil de l’État) dans le but de s’accaparer des plantations d’huile de palme cultivées par les coopératives paysannes du Bajo Aguán. Au niveau national, ces grands propriétaires utilisent tous les moyens pour contrer les efforts des paysans honduriens, qui essaient de convaincre le gouvernement hondurien d’adopter un authentique programme de réforme agraire.

Devant cette situation lamentable, l’Union paysanne demande au gouvernement hondurien de prendre immédiatement les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des leaders et militants paysans et des défenseurs des droits de la personne, ainsi que de mettre fin à l’impunité des personnes ayant perpetré ou planifié les attaques contre ceux et celles qui essaient de faire respecter les droits de la personne des paysans honduriens.

Face à l’ampleur des violations des droits fondamentaux des paysans au Honduras, l’Union paysanne se permet de suggérer au gouvernement qu’il sollicite des visites de la part de la Commission interaméricaine des droits de la personne ainsi que des spécialistes en matière de droits de la personne de l’ONU.

En vous remerciant de votre attention, je vous prie, Votre Excellence, d’accepter l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Karen Rothschild, Union paysanne

 

Pièce-jointe :

lettre-a-l-ambassade-du-honduras.pdf (69,3 ko)

22-avril-org_100

Le 22 avril, marchons pour le bien commun

22-avril-org_100Le Jour de la Terre 2012, l’Union paysanne fait appel à ses membres et ses amis pour participer au grand rassemblement organisé le 22 avril à Montréal, dans le cadre du Jour de la Terre, à 14h à la Place des Festivals au Quartier des spectacles.

En savoir plus…