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Victoire du mouvement paysan dans sa lutte pour la reconnaissance de ses droits à l’ONU

Communiqué de presse de La Vía Campesina.

(Genève, 05 octobre 2015). A la fin de la 30ème session du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, le Conseil a voté à majorité la résolution qui mandate pour les deux prochaines années le groupe intergouvernemental de travail à composition non limitée à poursuivre la négociation, à finaliser et présenter un projet de texte de déclaration des Nations unies sur les droits des paysannes et des paysans et autres personnes travaillant en milieu rural.

La résolution a été présentée par le Gouvernement bolivien, l’Equateur, Cuba, l’Afrique du Sud et a été sponsorisée entre autre par la Suisse, le Brésil, l’Erythrée et l’Argentine dans un effort conjoint de toutes les régions pour appuyer l’avancée du processus. En votation finale, seul les Etats-Unis ont voté contre la résolution. Les gouvernements de l’UE se sont abstenus et ont poursuivi leur stratégie de vote en bloc, comme en juin 2014 pour la précédente résolution 26/26. 31 pays ont voté en faveur, 15 se sont abstenus et 1 s’est opposé.*

La Via Campesina, le mouvement international regroupant plus de 180 organisations paysannes à travers le monde et qui représente plus de 200 millions de paysannes et paysans, accompagné du Cetim et de Fian ont donné ainsi une impulsion historique à ce processus en permettant qu’il soit négocié au sein du mécanisme des Nations unies avec pour objectif de combler les lacunes dans la législation sur les droits humains concernant les droits de la population paysanne et des communautés rurales comme les pêcheurs, les peuples nomades, les pastoralistes, les travailleurs ruraux, les sans terres, les femmes rurales et les peuples indigènes. Le projet de texte actuel présenté par la Bolivie en février 2015 et discuté par les Etats membres du Conseil lors du dernier groupe de travail intergouvernemental préconise une déclaration qui contienne un ensemble de droits en vue d’améliorer les conditions de celles et ceux qui produisent 80% des denrées alimentaires dans le monde et vivent dans les zones rurales.

Les jours précédents cette votation, des leaders paysans de différents continents se sont rendus à Genève pour sensibiliser les gouvernements sur les cas croissant d’exclusion, d’accaparement des terres, de répression, de criminalisation dont souffrent les organisations paysannes et les effets dévastateurs provoqués par les produits chimiques sur la santé de la population rurale et paysanne. Parallèlement, de nombreuses activités se sont déroulées dans les capitales pour appuyer le travail réalisé à Genève.

La Via Campesina et ses alliés redoubleront d’efforts pour démontrer qu’il n’existe pas de fossé entre le nord et le sud en ce qui concerne la vulnérabilité des droits de la population paysanne. Ceci vis-à-vis de la réticence de certains Etats du nord à accepter la nécessité d’une telle déclaration. La Via Campesina défend un modèle d’agriculture paysanne tant dans le nord que dans le sud basé sur l’agro-écologie et l’égalité entre paysannes et paysans.

Enfin, La Via Campesina souhaite adresser ses sincères remerciements au Gouvernement de la Bolivie, de l’Afrique du Sud, de l’Equateur et de Cuba pour leurs efforts constant au sein du Conseil des Droits de l’Homme afin de faire avancer cette initiative émanent des mouvements paysans et faisant preuve ainsi d’une gouvernance basée sur le dialogue participatif entre les organisations paysannes, la société civile et les gouvernements.

* Résultats de la votation :

En faveur (31): Algérie, Botswana, Congo, Côtes d’ivoire, Éthiopie, Gabon, Ghana, Kenya, Maroc, Namibie, Nigeria, Afrique du Sud, Sierra Léon, Bangladesh, Chine, Inde, Indonésie, Kazakhstan, Maldives, Pakistan, Arabie Saoudite, Émirats Arabes, Vietnam, Argentine, Bolivie, Brésil, Cuba, El Salvador, Paraguay, Venezuela, Russie

Abstentions (15): France, Allemagne, Irlande, Pays Bas, Portugal, Royaume Uni, Macédoine, Monténégro, Lettonie, Estonie, Albanie, Mexique, Qatar, Japon, Corée

Contre (1): États Unis

 

14-06

8 mars 2014, Journée internationale des femmes

14-06 r1 c2En ce 8 mars 2014, Journée internationale des femmes, l’Union paysanne tient à saluer les efforts des paysannes et des agricultrices qui, souvent dans des conditions très difficiles, s’engagent à promouvoir et pratiquer l’agriculture écologique ainsi qu’à faire respecter les droits humains de toutes celles qui travaillent en agriculture.

Le brevetage des semences, l’utilisation de pesticides ainsi que l’accaparement des terres sont au cœur des préoccupations des paysannes et agricultrices dont leurs familles, leurs cultures et leurs communautés dépendent du travail de le Terre.

Au Paraguay, l’organisation CONAMURI se consacre depuis presque dix ans à défendre les communautés paysannes et indigènes contre les déprédations de la culture du soja génétiquement modifié dont le Paraguay est un grand exportateur.

Le brevetage de nos semences, l’accaparement de nos terres… La seule manière de résister, c’est de récupérer nos semences et de consommer nos propres aliments. Une de leur porte-parole estime que : « nous voyons arriver une trop grande menace contre la vie elle-même, contre l’avenir de nos enfants: le brevetage de nos semences .., l’accaparement de nos terres. La seule manière de résister… c’est de récupérer nos semences et de consommer nos propres aliments.»

Au Honduras, le COPINH défend les droits des communautés indigènes paysannes. Devant la menace de l’accaparement des terres pour la production agro-industrielle de l’huile de palme et des projets dits de développement (miniers, touristiques), l’une des fondateurs de COPINH déclare : « en tant que femmes nous avons des droits. Depuis 20 ans, au sein de notre organisation, nous avons commencé une lutte pour conserver la culture de nos peuples indigènes, pour défendre la terre mère, la forêt et l’eau, car de là viennent la vie et la santé. Nous sommes en résistance permanente parce que la terre n’est ni à vendre ni à acheter, c’est elle que nous allons laisser à nos jeunes. Nous allons leur laisser en héritage notre lutte… »

Nous sommes en résistance permanente parce que la terre n’est ni à vendre ni à acheter, c’est elle que nous allons laisser à nos jeunes. Nous allons leur laisser en héritage notre lutte… Nous, les membres de l’union paysanne, pensons aussi que la vie ne peut pas être brevetée, que le bien commun ne peut pas devenir une marchandise, il doit rester à la nature, à la disposition de tous mais surtout des générations futures.

Les femmes, parce qu’elles portent la vie, ont aussi le droit de protéger leur corps de l’exposition aux pesticides. Les résultats d’une étude publiée en 2000 par les Physicians for Social Responsibility et Californians for Pesticide Reform, ont démontré que les travailleuses agricoles couraient plus de risques d’avoir des fausses couches ou des enfants morts à la naissance et que leurs bébés étaient plus susceptibles de souffrir de certains problèmes de santé.

Ainsi, les femmes de la Florida Farmworkers Association ont mis sur pied un projet sur la santé reproductive des femmes visant à pallier les effets néfastes du travail agricole sur la santé des femmes enceintes, en soulignant le besoin de se protéger contre l’exposition aux pesticides. Le projet aidera les femmes à faire respecter leurs droits à des conditions de travail sécuritaires et à ne pas être harcelées.

Nous pensons aussi que la vie ne peut pas être brevetée, que le bien commun ne peut pas devenir une marchandise, il doit rester à la nature, à la disposition de tous mais surtout des générations futures. Le travail et les luttes de ces femmes, qui défendent les intérêts de leur famille et de leurs communautés, nous font prendre conscience que nous vivons dans un monde d’interdépendance et que nous ne pouvons pas vivre sans respecter la terre à qui nous appartenons.

Soutenons et saluons, paysannes et agricultrices dans leurs combats qui dépassent largement leurs intérêts personnels puisqu’elles se battent au nom des générations futures et de la Terre pour que la vie puisse avoir un avenir libre et juste.

 


 

Pièce-jointe :

com-up_2014-03-08_Femmes.pdf

Contacts :

Marie Denis, Comité international de l’Union Paysanne, 514-691-7110
Karen Rothschild, Comité international de l’Union Paysanne
Benoit Girouard, Président, Union Paysanne, 450-495-1910

L’Union paysanne est un syndicat agricole et citoyen qui intercède auprès du gouvernement, des médias et de l’opinion publique pour promouvoir les intérêts de la paysannerie. Elle donne une place à tout ceux désireux de s’impliquer en faveur d’une agriculture et d’une alimentation paysanne. L’Union paysanne c’est… l’Alliance de la Terre et de la Table.