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Victoire du mouvement paysan dans sa lutte pour la reconnaissance de ses droits à l’ONU

Communiqué de presse de La Vía Campesina.

(Genève, 05 octobre 2015). A la fin de la 30ème session du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, le Conseil a voté à majorité la résolution qui mandate pour les deux prochaines années le groupe intergouvernemental de travail à composition non limitée à poursuivre la négociation, à finaliser et présenter un projet de texte de déclaration des Nations unies sur les droits des paysannes et des paysans et autres personnes travaillant en milieu rural.

La résolution a été présentée par le Gouvernement bolivien, l’Equateur, Cuba, l’Afrique du Sud et a été sponsorisée entre autre par la Suisse, le Brésil, l’Erythrée et l’Argentine dans un effort conjoint de toutes les régions pour appuyer l’avancée du processus. En votation finale, seul les Etats-Unis ont voté contre la résolution. Les gouvernements de l’UE se sont abstenus et ont poursuivi leur stratégie de vote en bloc, comme en juin 2014 pour la précédente résolution 26/26. 31 pays ont voté en faveur, 15 se sont abstenus et 1 s’est opposé.*

La Via Campesina, le mouvement international regroupant plus de 180 organisations paysannes à travers le monde et qui représente plus de 200 millions de paysannes et paysans, accompagné du Cetim et de Fian ont donné ainsi une impulsion historique à ce processus en permettant qu’il soit négocié au sein du mécanisme des Nations unies avec pour objectif de combler les lacunes dans la législation sur les droits humains concernant les droits de la population paysanne et des communautés rurales comme les pêcheurs, les peuples nomades, les pastoralistes, les travailleurs ruraux, les sans terres, les femmes rurales et les peuples indigènes. Le projet de texte actuel présenté par la Bolivie en février 2015 et discuté par les Etats membres du Conseil lors du dernier groupe de travail intergouvernemental préconise une déclaration qui contienne un ensemble de droits en vue d’améliorer les conditions de celles et ceux qui produisent 80% des denrées alimentaires dans le monde et vivent dans les zones rurales.

Les jours précédents cette votation, des leaders paysans de différents continents se sont rendus à Genève pour sensibiliser les gouvernements sur les cas croissant d’exclusion, d’accaparement des terres, de répression, de criminalisation dont souffrent les organisations paysannes et les effets dévastateurs provoqués par les produits chimiques sur la santé de la population rurale et paysanne. Parallèlement, de nombreuses activités se sont déroulées dans les capitales pour appuyer le travail réalisé à Genève.

La Via Campesina et ses alliés redoubleront d’efforts pour démontrer qu’il n’existe pas de fossé entre le nord et le sud en ce qui concerne la vulnérabilité des droits de la population paysanne. Ceci vis-à-vis de la réticence de certains Etats du nord à accepter la nécessité d’une telle déclaration. La Via Campesina défend un modèle d’agriculture paysanne tant dans le nord que dans le sud basé sur l’agro-écologie et l’égalité entre paysannes et paysans.

Enfin, La Via Campesina souhaite adresser ses sincères remerciements au Gouvernement de la Bolivie, de l’Afrique du Sud, de l’Equateur et de Cuba pour leurs efforts constant au sein du Conseil des Droits de l’Homme afin de faire avancer cette initiative émanent des mouvements paysans et faisant preuve ainsi d’une gouvernance basée sur le dialogue participatif entre les organisations paysannes, la société civile et les gouvernements.

* Résultats de la votation :

En faveur (31): Algérie, Botswana, Congo, Côtes d’ivoire, Éthiopie, Gabon, Ghana, Kenya, Maroc, Namibie, Nigeria, Afrique du Sud, Sierra Léon, Bangladesh, Chine, Inde, Indonésie, Kazakhstan, Maldives, Pakistan, Arabie Saoudite, Émirats Arabes, Vietnam, Argentine, Bolivie, Brésil, Cuba, El Salvador, Paraguay, Venezuela, Russie

Abstentions (15): France, Allemagne, Irlande, Pays Bas, Portugal, Royaume Uni, Macédoine, Monténégro, Lettonie, Estonie, Albanie, Mexique, Qatar, Japon, Corée

Contre (1): États Unis

 

Vaches (troupeau).

2014: l’année internationale de l’agriculture familiale à la sauce de l’UPA

Texte d’opinion par Roméo Bouchard

L’Union des producteurs agricoles (UPA), le syndicat agricole unique et obligatoire au Québec, est passée maître dans l’art de noyer toute autocritique de notre agriculture dans des termes élastiques qui ne veulent plus rien dire : ferme familiale, agriculture durable, souveraineté alimentaire, agroécologie, nourrir le Québec, etc. C’est ce qu’ils ont déjà commencé à faire –et les journalistes ignorants à leur suite- à propos de l’année internationale de l’agriculture familiale que vient de décréter l’Assemblée des Nations Unies pour 2014, en proclamant d’emblée que l’agriculture au Québec est essentiellement une agriculture familiale où les multinationales comme Monsanto, Carghil, Nestlée, jouent un rôle marginal.

Les documents de l’ONU sCe n’est pas vrai que l’agriculture québécoise est encore largement une agriculture familiale. Le nombre de familles qui en vivent diminue constamment. De plus en plus d’exploitations fonctionnent sous l’emprise d’un contrat d’intégration avec des intégrateurs industriels ou la Coop fédérée.ont pourtant clairs : le but de cette année thématique est de « rehausser l’image de l’agriculture familiale et de la petite agriculture en focalisant l’attention du monde entier sur leur contribution significative à l’éradication de la faim et de la pauvreté, à l’amélioration de la sécurité alimentaire, de la nutrition et des moyens d’existence, à la gestion des ressources naturelles, à la protection de l’environnement et au développement durable, en particulier dans les zones rurales. »

Tout le contraire, si je ne m’abuse, de l’agriculture industrielle intensive et intégrée, qui vide les campagnes, carbure au pétrole, aux engrais chimiques, aux pesticides et aux OGM, détruit les sols et la biodiversité, contamine l’eau, accapare les terres, réduit les agriculteurs au rôle d’employés à forfait, bref, détruit la santé des gens et de la planète, mine ses propres fondements et sa propre raison d’être.

L’agriculture du Québec n’est plus une agriculture familiale

Notre agriculture familiale, soyons honnêtes, est en déroute. Elle ne nourrit plus le Québec. Elles n’entretient plus le territoire. Elle ne fait plus vivre les villages. Elle ne crée plus d’emplois dans la communauté. Elle est de moins en moins productive. Elle ne remplit plus les fonctions que l’ONU souhaiterait lui voir remplir.Et non, ce n’est pas vrai que l’agriculture québécoise est encore largement une agriculture familiale. Le nombre de familles qui en vivent diminue constamment : entre vingt et trente mille. De plus en plus d’exploitations fonctionnent sous l’emprise d’un contrat d’intégration avec des intégrateurs industriels ou la Coop fédérée, qui sont propriétaires des animaux et parfois même des terres, dictent les méthodes de production, fournissent le financement, les intrants et les marchés. C’est le cas de 100% des élevages de veaux, de 75% des élevages de porcs et de plus en plus de producteurs de poulets, de bœuf, de céréales et de légumes. Les fermes laitières familiales traditionnelles disparaissent elles aussi rapidement, faute de relève capable de les reprendre, au profit de méga-vacheries concentrées dans le centre du Québec. Les terres, devenues inaccessibles pour les jeunes, sont accaparées par les gros et les fonds d’investissement. Quant au modèle d’agriculture pratiquée, il repose sur les méthodes de production intensive, spécialisée, sur grandes surfaces, qui sont à l’opposé de l’agroécologie et de l’agriculture intégrée à sa communauté. Les vraies fermes paysannes familiales ne dépassent sans doute pas 5000. Mille seulement sont certifiées biologiques. Une centaine sont accréditées par le Réseau d’Agriculture soutenue par la communauté (Équiterre) comme fermes de famille (paniers). Les deux tiers des aliments disponibles dans les supermarchés proviennent de l’extérieur.

Notre agriculture familiale, soyons honnêtes, est en déroute. Elle ne nourrit plus le Québec. Elles n’entretient plus le territoire. Elle ne fait plus vivre les villages. Elle ne crée plus d’emplois dans la communauté. Elle est de moins en moins productive. Elle ne remplit plus les fonctions que l’ONU souhaiterait lui voir remplir. Et par dessus tout, elle n’a pas d’avenir et n’est pas la solution au défi alimentaire de la planète pour les prochaines décennies.

Nous avons donc toutes les raisons de nous interroger nous aussi, en 2014, sur le virage indispensable de notre agriculture, sur les moyens et les efforts qu’il faudrait rediriger de l’agricultureconventionnelle vers l’agriculture de proximité. Le problème n’est pas réservé aux pays du Tiers-Monde.

Malheureusement, l’UPA, le Ministère de l’Agriculture, les barons de l’industrie agroalimentaire et les journalistes improvisés dans le domaine vont tout faire, d’une seule voix, pour nous faire croire que le Québec est le royaume de l’agriculture familiale et qu’il n’y a rien à remettre en question chez nous à ce chapitre. Et ceux qui comme moi croient le contraire auront bien peu de tribunes pour se faire entendre. C’est la rançon du monopole syndical agricole. Mais là aussi, ne vous inquiétez pas: le ministre Gendron répète sur tous les toits que ce monopole n’est pas un problème important.

 


 

Texte de Roméo Bouchard (Source : Facebook)

 

18 ans d’OMC, ça suffit! Le libre-échange bénéficie aux multinationales et aggrave la pauvreté !

Non à l’OMC et aux traités de libre échange

(Bali, 3 décembre 2013) Alors que les négociations officielles de l’OMC ont débuté ce mardi 3 décembre à Bali, Indonésie, les mouvements sociaux ont pris la rue. Gerak Lawan, une alliance de mouvements populaires Indonésiens contre le néocolonialisme et l’impérialisme, ainsi que l’assemblée des mouvements sociaux pour une Asie alternative (SMAA), une récente coordination des mouvements sociaux asiatiques, La Via Campesina et des représentants d’organisations du monde entier ont manifesté à Renon Square, à Denpasar, de 9h à 14h ce mardi 3 Décembre.

On nous oblige à accepter un accord juridiquement contraignant sur la facilitation du commerce laissant les paysans dans la faim. Nous réitérons notre appel à sortir l’agriculture de l’OMC.La manifestation a réuni au moins 1 000 paysans, syndicalistes, étudiants, femmes et jeunes originaires de plus de 30 pays. Ils ont exprimé leur rejet total de l’OMC et du système de libre-échange en place.

Pour Yoon Geum Soon, membre du comité de coordination international de la Via Campesina, mouvement global des paysans ayant plus de 200 millions de membres dans le monde, « Le paquet de Bali est un accord horrible pour le monde « en développement ». On nous oblige à accepter un accord juridiquement contraignant sur la facilitation du commerce laissant les paysans dans la faim. Nous réitérons notre appel à sortir l’agriculture de l’OMC » .

« Nous ne voulons pas entrer dans les discussions pour savoir si la clause de paix doit être de quatre ans ou de dix ans, car le fait est que l’OMC ne fait rien pour les paysans, et qu’à long terme, OMC est synonyme de mort pour nous. Les paysans Indiens n’accepteront jamais un tel accord », a déclaré Yudhvir Singh de BKU, le principal syndicat paysan en Inde.

Les manifestations pacifiques ont également rappelé l’échec de l’OMC. Après 18 ans, l’OMC a  seulement permis le développement des multinationales. Selon le World Investment Report 2013 de la CNUCED, « les multinationales représentent environ 80% du commerce mondial ». Les règles du libre-échange ont aggravé la concentration de la richesse mondiale.

Bali est un moyen de faire revivre l’OMC pour trouver de nouveaux moyens de croissance du commerce mondial. Mais cela ne conduira qu’à favoriser la surexploitation de ressources limitées et la concentration de la richesse dans quelques mains.Alors que nous faisons l’expérience des limites de la planète, la croissance du commerce mondial, dans sa quête d’expansion infinie, ralentit. En 2012, le commerce mondial n’a augmenté que de 0,02 % en valeur, alors que l’économie mondiale a progressé de 1,3%. Il est clair que nous sommes entrés dans une nouvelle étape de l’économie mondiale qui se caractérise par un net ralentissement.

Selon Pablo Solon, ancien ambassadeur bolivien à l’ONU, maintenant directeur exécutif de Focus on the Global South : « Il est clair que le paquet de Bali est un moyen de faire revivre l’OMC pour trouver de nouveaux moyens de croissance du commerce mondial. Mais cela ne conduira qu’à favoriser la surexploitation de ressources limitées et la concentration de la richesse dans quelques mains ».

Les mouvements sociaux réclament non seulement le rejet du paquet Bali, mais également de l’OMC et de l’ensemble du régime de libre-échange. Pour Lidy Nacpil de Jubilé Sud, « 18 ans d’OMC, c’est assez. Ce qu’il nous faut est une alternative au libre-échange et un système qui soit basé sur la justice économique. »

 


 

Source :

Communiqué de presse de la Via Campesina, Gerak Lawan et de l’assemblée des mouvements sociaux pour une Asie alternative (SMAA)

 

Des excuses pour le Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation

Tout comme des dizaines de citoyens canadiens de renom dont Ed Broadbent, Flora Macdonald, Warren Allmand, Lois Wilson, et Laure Waridel des représentants de plus cent organisations de partout au pays ont envoyé aujourd’hui une lettre au premier ministre Stephen Harper pour lui dire combien ils sont préoccupés par la façon dont le gouvernement a traité l’expert de l’Organisation des Nations Unies (ONU) en matière de droits humains.

Quelques ministres du gouvernement fédéral ont fait peu de cas du professeur Olivier De Schutter, Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, à la fin de sa mission officielle au Canada, qui se déroulait du 6 au 16 mai, après qu’il ait exprimé ses préoccupations face à l’échec du gouvernement pour remédier au problème étendu de la faim dans un pays si riche tel le Canada . Il a été blâmé pour avoir gaspillé temps et ressources en analysant par quels moyens soutenir le droit à l’alimentation dans un pays démocratique industrialisé tel que le Canada; il a été publiquement jugé comme étant « mal informé » et « condescendant ».

La lettre ouverte, qui a obtenu l’appui de plusieurs avocats spécialisés en droits humains et organisations travaillant avec des familles vivant dans la pauvreté et luttant contre la discrimination, dénonce le fait que « l’intégrité et le professionnalisme de M. De Schutter ont fait l’objet de critiques sans précédent » et souligne que la réaction des ministres indique qu’« ils ne comprennent pas le mandat du Rapporteur spécial ni la nature des obligations du Canada en vertu du droit international en matière de droits humains ». Selon Diana Bronson, directrice générale de Sécurité Alimentaire Canada cette attitude « banalise les défis constants que pose le droit à l’alimentation en relation avec les problèmes liés à la pauvreté à laquelle sont confrontés quotidiennement des centaines de milliers de Canadiens. Nous devrions sérieusement mettre en œuvre les recommandations du rapport de M. De Schutter, et non les rejeter ».

La lettre ouverte mentionne qu’un autre expert de l’ONU, le Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits des populations autochtones, le professeur James Anaya, a été ridiculisé en décembre 2011 lorsqu’il s’est dit inquiet des conditions de vie dans une réserve des Premières Nations, celle d’Attawapiskat, dans le nord de l’Ontario.

Les personnes et les représentants d’organisations signataires de la lettre demandent au premier ministre de s’excuser auprès de messieurs les professeurs De Schutter et Anaya. « Il est également fondamental que le premier ministre Harper confirme de nouveau publiquement que son gouvernement reconnaît l’importance de l’examen du respect et des obligations du Canada en matière de droits de la personne, examen fait par des experts internationaux », rappelle Alex Neve, secrétaire général d’Amnistie internationale Canada (section anglophone). « L’irrespect inacceptable du gouvernement envers ces deux Rapporteurs spéciaux de l’ONU est un exemple à ne pas suivre pour d’autres pays. Cela doit cesser. »

 


 

Pour de plus amples renseignements :

John Tackaberry, Amnistie internationale Canada (section anglophone), jtackaberry@amnesty.ca

613-744-7667, poste 236

Diana Bronson, Sécurité alimentaire Canada, Diana@foodsecurecanada.org;

514-629-9236
Food Secure Canada – Sécurité Alimentaire Canada

La lettre au PM demandant des excuses, signée par l’Union paysanne

Voici la lettre demandant des excuses envoyée au premier ministre du Canada Stephen Harper, suite au passage du Rapporteur spécial de l’Organisation des Nations Unies (ONU) sur le droit à l’alimentation, M. Olivier De Schutter.

 


Le 30 mai 2012

Monsieur le premier ministre,

C’est à titre personnel et en tant que représentants d’organisations dédiées à la protection des droits de la personne et à l’amélioration de la sécurité alimentaire – au Canada et ailleurs dans le monde – que nous vous envoyons cette lettre ouverte. Nous sommes particulièrement préoccupés par la façon dont le gouvernement du Canada a traité le Rapporteur spécial de l’Organisation des Nations Unies (ONU) sur le droit à l’alimentation, M. Olivier De Schutter, pendant sa mission au Canada.

M. De Schutter, un expert de renommée internationale en matière de droit à l’alimentation, a été nommé Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, avec l’appui du Canada. Le gouvernement du Canada fait fréquemment remarquer qu’il soutient les missions des titulaires de mandats de l’ONU pour prouver qu’il est en règle et qu’il promeut les droits de la personne; citons pour exemple l’examen périodique universel de 2009 du Canada devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

M. De Schutter est venu en mission au Canada sur invitation officielle de votre gouvernement. Le gouvernement canadien a participé à l’élaboration de l’itinéraire de M. De Schutter, décrit dans un aide-mémoire qui a été présenté au grand public avant sa visite. Le gouvernement savait que M. De Schutter préparerait un rapport sur sa mission pour le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Le gouvernement savait aussi que le mandat de M. De Schutter est de promouvoir le droit à l’alimentation dans tous les pays, qui doit être réalisé en fonction du maximum des ressources disponibles. Pour le gouvernement, il n’était certainement pas surprenant que M. De Schutter soulève des questions concernant la faim dans un pays aussi riche que le Canada, un problème ayant pourtant fait l’objet d’analyses. Depuis plusieurs années, il s’agit là d’un problème de plus en plus préoccupant pour les organismes de l’ONU voués à la protection des droits de la personne ainsi que pour un certain nombre d’organisations de l’ensemble du pays.

Malgré tout cela, uniquement pour avoir accepté l’invitation du Canada, l’intégrité et le professionnalisme de M. De Schutter ont fait l’objet de critiques sans précédent. Le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration a qualifié la mission de « complètement ridicule ». On a reproché au Rapporteur spécial de gaspiller de l’argent en venant ici, argent que le Canada destinait à l’aide
alimentaire. On lui a dit qu’il ne devrait pas faire de missions politiques dans des pays démocratiques développés comme le Canada. Votre ministre de la Santé a qualifié d’« insultant » le fait que le Rapporteur ait produit un rapport sur l’insécurité alimentaire des Autochtones au Canada.

Votre gouvernement est cependant allé plus loin, en ne s’en prenant pas uniquement à la mission en soi. Dans une ambiance survoltée à la Chambre des communes, vos ministres ont critiqué M. De Schutter avec virulence, en l’attaquant personnellement. Le Rapporteur a été décrit comme un homme « mal informé », « condescendant », un « universitaire » qui sermonnait. « Cet homme belge », comme on l’appelait, a été jugé pour les politiques de son « pays d’origine » concernant la chasse aux phoques au Canada. Il a été critiqué pour ne jamais avoir « livré de la nourriture à qui que ce soit, où que ce soit ». Le secrétaire parlementaire du ministre des Affaires étrangères a affirmé que « C’est donc une insulte à l’égard des contribuables canadiens et de leur argent que cet homme soit venu ici pour gaspiller les fonds publics ». Les députés du parti ministériel, dont le ministre des Affaires étrangères, se sont fréquemment levés pour applaudir avec enthousiasme la description de M. De Schutter comme un étranger mal informé qui ne se mêle pas de ses affaires.

Depuis quelques mois, ce n’est pas la première fois que des ministres de votre gouvernement manifestent un certain mépris envers les rapporteurs spéciaux de l’ONU. James Anaya, un Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits des populations autochtones a eu droit à un traitement semblable lorsqu’il s’est dit inquiet des conditions de vie à Attawapiskat en décembre 2011. Le ministre des Affaires autochtones et du développement du Nord canadien, John Duncan, a qualifié de « coup publicitaire » les paroles de M. Anaya qui s’inquiétait sur la situation du logement à Attawapiskat.

Monsieur le premier ministre, il n’y a aucune différence entre la protection des droits de la personne ici et la protection de ces mêmes droits ailleurs dans le monde. Les droits de la personne sont universels et ne doivent pas être respectés seulement dans les pays en voie de développement ou ceux sous dictature militaire. Votre gouvernement a justement reconnu cela lorsque le dossier du Canada a été étudié en profondeur dans le cadre l’examen périodique universel de 2009 du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, en mentionnant que : « Le Canada reconnaît que nul pays, y compris lui-même, ne présente un bilan parfait en matière de droits de la personne, soulignant ainsi l’importance que chaque pays ouvre ses dossiers en matière de droits de la personne aux fins d’un examen minutieux, à l’échelle nationale et internationale ».

Les citoyens du Canada ont droit au respect des droits de la personne. Pour ce qui est de droits tels que le droit à l’alimentation ou le droit au logement, il faut évaluer le respect de ces droits en tenant compte des ressources disponibles. Si certains laissent entendre que la faim généralisée dans un pays aussi riche que le Canada ne devrait pas préoccuper le Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation parce que la famine est plus marquée dans certains pays pauvres, ils ne comprennent pas le mandat du Rapporteur spécial ni la nature des obligations du Canada en vertu du droit international en matière de droits de la personne.

Les premières réflexions de M. De Schutter renvoient en réalité à plusieurs questions qu’ont soulevé depuis des années les commissions parlementaires, les organisations de la société civile, les instituts
indépendants de recherche, les organes de surveillance de l’application des traités de l’ONU et les experts : la nécessité de remédier à l’insécurité alimentaire des personnes à faible revenu au Canada; les liens entre les maladies chroniques et la malbouffe; les préoccupations touchant plus particulièrement les Autochtones; la nécessité d’une politique nationale qui instaurera, protégera et respectera le droit à l’alimentation.

S’il y a de quoi être fier en ce qui concerne le respect et la protection des droits de la personne au Canada, il est néanmoins urgent de faire plus et mieux. Chaque jour, les droits de la personne de plusieurs citoyens canadiens – y compris les Autochtones et ceux qui vivent dans la pauvreté – sont bafoués tous les jours puisqu’ils ne peuvent manger à leur faim ou se loger adéquatement. Si l’ONU ne tient pas compte de la violation de ces droits ou qu’elle ne tient pas le Canada comme étant imputable de la même manière qu’elle tient d’autres gouvernements comme étant imputables, la totalité du système de protection des droits de la personne de l’ONU serait discrédité. Lorsque des représentants du Canada font peu de cas des mécanismes internationaux des droits de la personne ou manquent de respect envers les experts en la matière, on peut s’attendre à ce que d’autres gouvernements emboîtent le pas.

Monsieur le premier ministre, si le gouvernement n’est pas d’accord avec les recommandations des experts titulaires de mandats internationaux comme M. De Schutter, ces arguments peuvent faire partie d’un dossier public aux fins de discussion. Dans le même ordre d’idées, si le gouvernement s’inquiète du choix du moment ou se soucie de la nature des entrevues avec les médias ou des déclarations des Rapporteurs spéciaux à la presse, ces préoccupations ou ces points peuvent et doivent être abordés de façon appropriée. En toute circonstance, les questions devraient être posées et les désaccords devraient être exprimés de sorte qu’il soit évident que le Canada reconnaît l’ONU comme une autorité et que cette dernière est responsable d’examiner et de faire respecter les droits universels de la personne dans tous les pays, y compris au Canada.

Monsieur le premier ministre, le Canada mérite mieux, de même que l’Organisation des Nations Unies. Nous espérons que vous vous assurerez que, à l’avenir, les représentants de l’ONU et les experts en matière de droits de la personne seront traités avec respect. Nous vous prions de bien vouloir vous excuser auprès de M. Olivier De Schutter et de M. James Anaya pour les critiques injustifiées à leur endroit; nous vous prions de garantir au Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations Unies que le Canada offrira son entière collaboration au processus. Nous nous attendons à ce que le gouvernement collabore pleinement au système des droits humains de l’ONU, en reconnaissant que ces droits doivent être respectés au Canada et en réservant un meilleur accueil aux examens internationaux qu’impose légitimement la signature des traités relatifs aux droits de la personne.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le premier ministre, l’expression de mes sentiments distingués,

 

Organismes :

Judy Duncan, ACORN Canada
Sandeep Prasad, Action Canada for Population and Development
Michel Lambert, Alternatives
Alex Neve, Amnesty International Canada
Béatrice Vaugrante, Amnistie international (Francophone)
Colleen Cameron, Antigonish Food Security Coalition
Caren Weisbart, Atlantic Regional Solidarity Network
Adrienne Montani, BC Child and Youth Advocacy Coalition
Susan O’Donnell, BC Human Rights Coalition
Trish Garner, BC Poverty Reduction Coalition
David Eby, British Columbia Civil Liberties Association
Steve Stewart, Café Justicia BC
Ihsaan Gardee, CAIR-CAN – Canadian Council on American-Islamic Relations
Sandra Bauer, Canada Tibet Committee
Nour El-Kadri, Canadian Arab Federation
Kim Pate, Canadian Association of Elizabeth Fry Societies
Lorne Waldman, Canadian Association of Refugee Lawyers
Morel Caissie, Canadian Association of Social Workers
Bruce Campbell, Canadian Centre for Policy Alternatives
Ezat Mossallanejad, Canadian Centre for Victims of Torture
Kathy Vandergrift, Canadian Coalition for the Rights of Children
Julia Sanchez, Canadian Council for International Co-operation
Wanda Yamamoto, Canadian Council for Refugees
Brenda Wallace, Canadian Federation of University Women
Holly Johnson, Canadian Feminist Alliance for International Action
Jim Cornelius, Canadian Foodgrains Bank
Stan Marshall, Canadian Union of Public Employees
Leilani Farha, Centre for Equality Rights in Accommodation
Toby Mendel, Centre for Law and Democracy
Vincent Calderhead, Charter Committee on Poverty Issues
Martha Friendly, Childcare Resource and Research Unit
Susan Harney, Coalition of Child Care Advocates of BC
Joan Tremblay, Collectif pour un Québec sans pauvreté
Michael Kerr, Colour of Poverty
Raul Burbano, Common Frontiers
Stella Lord, Community Coalition to End Poverty
Maude Barlow, Council of Canadians
Tony Dolan, Council of Canadians with Disabilities
Rob Rainer, CWP Advocacy Network
Donna Franey, Dalhousie Legal Aid Service
Peter Robinson, David Suzuki Foundation
Ailsa M. Watkinson, Elizabeth Fry Society of Saskatchewan
Isabelle St- Germain, Équiterre
Joanne Bays, Farm to Cafeteria Canada
Manon Monastesse, Fédération de ressources d’hébergement pour femmes violentées et en difficulté du Québec
Stephanie Hunter, Feminists for Just and Equitable Public Policy
Karen Hawley, First Hand Climate Stories
Cindy Blackstock, First Nations Child and Family Caring Society
Diana Bronson, Sécurité alimentaire Canada
Ian Marcuse, Grandview Woodland Food Connection
Yossi Cadan, Greenpeace Canada
Alissia Lytton, Han Knakst Tsitxw Society
Lee-ann Lee, Harmony House Women’s Shelter
Dr. Monika Dutt, Health Providers Against Poverty
Ken Robinson, Donisa Bernardo, Bonnie Pearson, Hospital Employees’ Union/CUPE
Lucie Lamarche, Human Rights Research and Education Centre, University of Ottawa
Kenneth Deer, Indigenous World Association
Rita Morbia, Inter Pares
Roch Tassé, International Civil Liberties Monitoring Group
Professor Audrey Macklin, International Human Rights Program, University of Toronto Faculty of Law
Annabel Webb, Justice for Girls Outreach Society
Jennifer Henry, KAIROS
Michelle Walker, Kamloops Community YMCA YWCA
Barbara McInerney, Kaushee’s Place/Yukon Women’s Transition Home
Cory Wanless, Law Union of Ontario
Gail Davidson, Lawyers Rights Watch Canada
Wyanne Sandler and Jackie McVicar, Maritimes-Guatemala Breaking the Silence Solidarity Network
Jamie Kneen, MiningWatch Canada
Alison Dewar and Anne Levesque, National Association of Women and the Law
Denise Mattock, National Council of Women of Canada
Terry Boehm, National Farmers Union
Kathy Campbell, New Starts for Women
Christine Hotz, Nutridemics
Eileen Morrow, Ontario Association of Interval and Transition Houses
Linda Lalonde, Ottawa Poverty Reduction Network
Robert Fox, Oxfam Canada
Robyn Benson, Public Service Alliance of Canada
Bonnie Morton, Regina Anti-Poverty Ministry
Stephanie Lim, Renfrew Collingwood Food Security Institute
Steven Staples, Rideau Institute
Bruce Porter, Social Rights Advocacy Centre
Susan Brooke, Social Workers for Social Justice
Marsha Sfeir, Springtide Resources, Inc
Rene Ross, Stepping Stone
Dave Diewert, Streams of Justice
Jean-Paul Faniel, Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain
Ishama Harris, The Canadian Association of Sexual Assault Centres
Doris Hall, The Canadian Federation of Business and Professional Women
Linda Lalonde, The Ottawa Right to Food Group
Shelagh Day, The Poverty and Human Rights Centre
Nick Saul, The Stop Community Food Centre
Lucille Harper and Christine Sauliner, The Women’s Action Alliance for Change Nova Scotia
Helene St. Jacques, Toronto Food Policy Council
Pamela Harrison, Transition House Association of Nova Scotia
Chief Perry Bellegarde, Treaty 4 First Nations
Bernadette MacDonald, Tri County Women’s Centre
Karen Rothschild, Union paysanne
Hilla Kerner, Vancouver Rape Relief and Women’s Shelter
Laurence Fauteux, Vert ta Ville
Kasari Govender, West Coast Women’s Legal Education and Action Fund
Fergus Watt, World Federalist Movement – Canada
Individus:
Jennie Abell, Associate Professor, Faculty of Law, University of Ottawa
Melanie Adrian, Assistant Professor, Department of Law and Legal Studies, Carleton University
Sharryn J. Aiken, Associate Dean (Graduate Studies & Research) and Associate Professor, Faculty of Law, Queen’s University
A Haroon Akram-Lodh, Trent University
Warren Allmand, Former Minister and President of Rights & Democracy
Constance Backhouse, Professor of Law & University Research Chair, University of Ottawa
Reem Bahdi, Faculty of Law, University of Windsor
Natasha Bakht, Associate Professor, Faculty of Law, University of Ottawa
Amy Bartholomew, Associate Professor, Department of Law and Legal Studies, Carleton University
Susan Bazilli, Director, International Women’s Rights Project, Centre for Global Studies, University of Victoria
Chief Perry Bellegarde, Little Black Bear First Nation
Jennifer Bond, Assistant Professor, Faculty of Law, University of Ottawa
Suzanne Bouclin, Faculty of Law, University of Ottawa
Ed Broadbent, Former NDP Leader and President of Rights & Democracy
Annie Bunting, Associate Professor of Law & Society, York University
Doris Buss, Associate Professor of Law, Carleton University
Michael Byers, Professor & Canada Research Chair in Global Politics and International Law, University of British Columbia
Angela Cameron, Assistant Professor, Faculty of Law -Common Law Section, University of Ottawa
Chief Dennis Cameron, Tootinaowaziibeeng Treaty Reserve
Bonnie Campbell, Professeure, Département de Science Politique, Faculté de Science Politique et de Droit, Université du Québec à Montréal
Lynda Collins, University of Ottawa, Faculty of Law
John H. Currie, Professor, Faculty of Law, University of Ottawa
Hugo Cyr, Faculté de science politique et de droit, Université du Québec à Montréal
Aaron A. Dhir, Associate Professor, Osgoode Hall Law School of York University
Mary Eberts, Ariel F. Sallows Chair in Human Rights, College of Law, University of Saskatchewan
John W. Foster, International Studies, University of Regina
Ellen Gabriel, Indigenous human rights activist, Kanehsatà:ke Mohawk Territory
Elaine Gibson, Associate Professor, Schulich School of Law, Dalhousie University
Daphne Gilbert, Associate Professor, Faculty of Law (Common Law Section), University of Ottawa
Amanda Glasbeek, Associate Professor, Department of Social Science, York University
Jula Hughes, Associate Professor, Faculty of Law, University of New Brunswick
Jasminka Kalajdzic, Faculty of Law, University of Windsor
Christopher Kennedy, Board member, Santropol Roulant
Hugh M. Kindred, Emeritus Professor of Law, Dalhousie University
Douglas C. King, Barrister & Solicitor
Freya Kodar, Assistant Professor,Faculty of Law, University of Victoria
Jennifer Koshan, Faculty of Law, University of Calgary
Ronald Labonte, Canada Research Chair, Globalization/Health Equity Professor, Faculty of Medicine, University of Ottawa
Kathleen Lahey, Professor, Faculty of Law, Queen’s University
Nicole LaViolette, Associate Professor, Faculty of Law, University of Ottawa
Michael Lynk, Faculty of Law, University of Western Ontario
Flora Macdonald, Former Minister of External Affairs
Vanessa MacDonnell, Assistant Professor, University of New Brunswick Faculty of Law
Kathleen Mahoney, Trudeau Fellow, Fellow of the Royal Society of Canada, Fellow of the Royal Society of Canada; Barrister and Solicitor; Professor of Law, University of Calgary
Pacifique Manirakiza, Law professor and Commissioner, University of Ottawa and African Commission on Human and Peoples’ Rights
Peggy Mason, Senior Fellow at The Norman Paterson School of International Affairs (NPSIA) and former Canadian United Nations Ambassador for Disarmament (1989-1994)
June McCue, Assistant Professor, Faculty of Law, University of British Columbia
Errol P. Mendes, Editor-in-Chief, National Journal of Constitutional Law, Faculty of Law, University of Ottawa
Janet Mosher, Associate Professor, Osgoode Hall Law School, York University
Mary Jane Mossman, Professor of Law, Osgoode Hall Law School
Sophia Murphy, Food Policy Analyst and Senior Advisor to the Institute for Agriculture and Trade Policy
Ken Norman, Professor of Law, University of Saskatchewan
Darren O’Toole, Assistant Professor, Faculty of Law, University of Ottawa
Katrina Pacey, Litigation Director, Pivot Legal Society
Debra Parkes, Associate Professor, Faculty of Law, University of Manitoba
Heather Passmore, Community member
Yvonne Peters, Human rights lawyer
Trevor Purvis, Assistant Professor, International Law, Carleton University
Denise Reaume, Faculty of Law, University of Toronto
Sean Rehaag, Assistant Professor, Osgoode Hall Law School, York University
Graham Riches, Emeritus Professor of Social Work, University of British Columbia
Cecilia Rocha, Director and Associate Professor, School of Nutrition, Ryerson University
Sanda Rodgers, Professor Emiratis, Faculty of Law, University of Ottawa
Rakhi Ruparelia, Assistant Professor, Faculty of Law, University of Ottawa
Sara Seck, Assistant Professor, Faculty of Law, University of Western Ontario
Martha Shaffer, Associate Professor of Law, University of Toronto
Elizabeth Sheehy, Professor of Law, University of Ottawa
Peter Showler, The Refugee Forum, University of Ottawa
Penelope Simons, Associate Professor, Faculty of Law, University of Ottawa
Bill Skidmore, Instructor, Institute of Interdisciplinary Studies, Carleton University
Joanne St. Lewis, Assistant Professor, Faculty of Law, University of Ottawa
Katie Sykes, JSD Candidate, Schulich School of Law, Dalhousie University
François Tanguay-Renaud, Associate Professor of Law, Osgoode Hall Law School; Director, Jack & Mae Nathanson Centre on Transnational Human Rights, Crime and Security
Sophie Thériault, Associate Professor, Faculty of Law, University of Ottawa
Laure Waridel, Sociologist and author
Christopher Waters, Associate Dean, Faculty of Law, University of Windsor
Patricia Williams, Canada Research Chair in Food Security and Policy Change, Department of Applied Human Nutrition, and Director, Participatory Action Research and Training Center on Food Security, Mount Saint Vincent University
The Very Rev. the Hon. Lois Wilson, Former Senator, Former President World Council of Churches
Stepan Wood, Associate Professor, Osgoode Hall Law School
Margot Young, Associate Professor, Faculty of Law, University of British Columbia
CC. Leona Aglukkaq, Ministre de la Santé et minister de l’Agence canadienne de développement économique du Nord
John Baird, Ministre des Affaires étrangères
Jason Kenny, Ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme
Gerry Ritz, ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire
Thomas Mulcair, Chef du Nouveau Parti démocratique
Bob Rae, Chef du Parti Libéral
Daniel Paillé, Chef du Bloc Québécois
Elizabeth May, Chef du Parti Vert

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Dialogue entre le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation et la société civile québécoise

Le lendemain de l’arrivée au Canada du Rapporteur Spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, une première journée de consultation publique s’est tenu hier à Montréal.

 

13 organisations de la société civile ont eu l’opportunité de partager leurs perspectives et leurs recommandations politiques en termes de droit à l’alimentation au Québec et au Canada avec le Rapporteur spécial. L’un après l’autre, les participants ont discuté de leur travail construisant des initiatives communautaires, contre la pauvreté et la faim, démontrant que notre système alimentaire acutel laisse trop de gens souffrir de faim et trop d’agriculteurs et de pêcheurs vulnérables aux forces du marchés qu’ils ne contrôlent pas. L’importance de créer des partenariats intersectoriels et d’analyser la situation du droit à l’alimentation de façon interdisciplinaire a donc également été discuté.

Premier pays « développé » à être visité dans le cadre de cette mission internationale, le Canada est pour l’instant le seul pays de l’OCDE à avoir adressé une invitation au Rapporteur spécial de Nations unies. Monsieur de Schutter a alors promis d’accorder une attention particulière aux enjeux spécifiques liés à l’alimentation au Canada, la pauvreté et les déserts alimentaires engendrant l’insécurité alimentaire par exemple, mais également la problématique lié à la crise actuelle de l’obésité et de ces impacts sur la santé publique. Il s’est en effet dit scandalisé qu’environ 2 millions de personnes vivent encore une situation d’insécurité alimentaire dans un pays économiquement riche comme le Canada. Il a également souligné l’importance de l’implication continue de la société civile sur cette question, invitant les participants à utiliser les rapports qui émergeront de sa mission au Canada à leur plein potentiel. Finalement, le Rapporteur spécial a expliqué que la réalisation du droit à l’alimentation nécessite l’adoption, par le pays, d’une politique alimentaire nationale, tel que mentionné dans l’Observation générale 12 du Comité sur les droits économiques, sociaux et culturelles des Nations Unies.

 

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Plusieurs éléments clés sont ressortis des discussions. Des représentants d’organisations ont notamment mentionné que le droit à l’alimentation ne peut être protégé indépendamment de la protection du droit à l’éducation, du droit au travail, du droit au logement, des droits fonciers autochtones, pour ne mentionner que ceux-ci. Des membres du Collectif pour un Québec sans pauvreté ont évoqué l’insuffisance du Régime québécois de sécurité sociale, forçant les gens à faible revenu à trancher entre un régime alimentaire sain et leurs autres besoins fondamentaux. La militante autochtone Ellen Gabriel a présenté la lutte des communautés autochtones dans la protection de leurs terres, de leur mode de vie, de leur santé physique et de leur survie culturelle. Jean-Paul Faniel de la Table de concertation sur la faim et le développement social a quant à lui souligné la nécessité d’une intervention gouvernementale garantissant à la fois l’approvisionnement à bas prix par les consommateurs d’un panier d’aliments de bases, mais également d’un revenu adéquat pour les petits producteurs locaux. Marie-Paule Duquette du Dispensaire diététique de Montréal, a en outre souligné que le droit à l’alimentation de plusieurs citoyens québécois était compromis par le prix élevé des logements locatifs et en appel à une augmentation générale du salaire minimum indexée à l’augmentation du coût de la vie.

La relocalisation des systèmes alimentaires et le rapprochement entre consommateurs et producteurs sont des enjeux qui ont également été abordés par plusieurs organisations. Des membres de Santropol Roulant, Greenpeace et Équiterre ont plaidé en faveur d’une communauté rurale dynamique et d’un approvisionnement en produits frais et locaux. Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles, a souligné le dévouement de son organisation dans la mise en œuvre d’un système agro-alimentaire écologiquement responsable mais a souligné les nombreux défis auxquels font face les agriculteurs dans ce contexte de mondialisation économique où la compétition internationale est extrêmement forte. Union paysanne a finalement partagé une vision très critique du faible niveau d’appui financier, par le gouvernement, aux productions agricoles biologiques comparativement à d’autres secteurs agricoles hautement financés.

Tous les présentateurs se sont entendus quant à la nécessité d’instituer un changement de priorité au niveau provincial et fédéral, afin de contribuer à la réalisation d’une politique nationale alimentaire qui soit inclusive, holistique et coordonnées. Ils ont également invités les deux paliers de gouvernements à considérer l’alimentation, non comme une simple marchandise, mais comme un bien essentiel, et ont exigés que soit remplie leur responsabilité de protection du droit à l’alimentation pour tous les citoyens canadiens. Sécurité alimentaire Canada plaide pour une politique alimentaire nationale basée sur la Politique alimentaire populaire. Tous les documents et présentations de la consultation montréalaise seront disponibles sous peu sur le site du REDTAC. Monsieur de Schutter visitera dans les prochains jours Ottawa, Toronto et Winnipeg et présentera son rapport sur le droit à l’alimentation au Canada au Conseil des Nations Unies sur les droits humains en mars 2013.

 


 

Pour plus d’information : foodsecurecanada.org  ou communiquez avec nous.

L’agroécologie «peut doubler la production alimentaire en Afrique en 10 ans»

Selon un rapport de l’ONU, les projets agricoles utilisant peu d’intrants, ne reposant pas sur les fertilisants chimiques et les pesticides, ont haussé de façon signifiante la production alimentaire en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud. Pour en savoir plus : Agroecological farming « can double food production in Africa over next 10 years » (Tom Levitt, The Ecologist).

Olivier De Schutter en appelle à un virage fondamental en faveur de l’agroécologie

«[8 mars 2011] GENÈVE – Ce mardi 8 mars, le Rapporteur spécial a présenté son rapport « Agroécologie et droit à l’alimentation » devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Fondé sur l’examen approfondi des plus récentes recherches scientifiques, ce rapport démontre que l’agroécologie peut doubler la production alimentaire de régions entières en 10 ans tout en réduisant la pauvreté rurale et en apportant des solutions au changement climatique. Le rapport appelle donc les États à entamer un virage fondamental en faveur de l’agroécologie comme moyen de répondre aux défis alimentaires, climatiques et de pauvreté dans le monde.»

Olivier De Schutter | Rapporteur Spécial des Nations Unies pour le Droit à l’Alimentation

Source : Rapport : agroécologie et droit à l’alimentation