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Rio+20 : 80 000 personnes battent le pavé pour la Justice sociale et environnementale

rio-80000_sPlus de 80 000 hommes et femmes ont formé une marée humaine qui a envahi l’Avenue Rio Branco dans le centre-ville de Río de Janeiro, allant de l’église de la Candelaria jusqu’à Cinelandia.

Appelée par le Groupe d’articulation du Sommet des Peuples et soutenue par différents mouvements et par les habitants de Rio de Janeiro, cette mobilisation mondiale a permis de faire entendre la voix des peuples du monde entier contre la parodie mise en œuvre à l’occasion de la conférence officielle, Rio + 20, par les chefs d’Etats et de gouvernements et les grandes entreprises, incapables de promouvoir la justice sociale et environnementale

Dans un appel à l’unité de toute la classe ouvrière mondiale, le dirigeant de Via Campesina, João Pedro Stédile, a appelé à un pacte historique: “Nous proposons le Pacte de Rio de Janeiro des Peuples luttant pour le retour sur nos terres d’origine et pour la lutte quotidienne contre nos vrais ennemis.”. Stédile rappelle au monde que les grands pollueurs, usurpateurs des ressources naturelles des peuples, qui détruisent la vie sur Terre portent ‘un nom: le capitalisme, les grandes entreprises transnationales, Monsanto Cargill, les banques!”.

Le dirigeant du mouvement des sans terre du Brésil, attire l’attention sur le moment que nous vivons: le capitalisme est en crise, pourtant les capitalistes gagnent toujours plus. Il a expliqué qu’ils “évoluent en souhaitant amasser toutes les ressources du monde, pour se protéger de la crise, et ensuite, avec la privatisation de la terre, de l’eau et même de l’air (avec les crédits carbone), reprendre le cycle de l’usurpation”. Néanmoins, face à une mobilisation jamais vue depuis 1989 dans les rues du pays, l’espoir d’une nouvelle époque naît. Une période au cours de laquelle les peuples, “fatigués des politiques néolibérales, avanceraient par leur propres moyens”.

Les cris de toutes les communautés, de tous les mouvements et de tous les peuples en lutte ont résonné pendant la manifestation appelant à la fin de ce système d’exploitation du travail et des ressources naturelles jusqu’à leur épuisement. La construction d’un nouveau paradigme, tel que les solutions alternatives de l’agroécologie dans l’alimentation mondiale, est nécessaire. Sans oublier que les droits, les cultures et les demandes des peuples sont des priorités. Forte de ce qu’elle qualifie de la “chaleur révolutionnaire des Caraïbes”, Camille Chalmers, originaire d’Haïti, a insisté sur la fin du colonialisme dans des pays comme Curazao et Puerto Ricco; la fin du néocolonialisme subi par Haïti et a réclamé fermement que “Les forces de l’ONU quittent Haiti!”

Les milliers d’habitants et habitantes des villes et des campagnes, provenant des quatre coins du monde n’ont fait qu’un contre “l’économie verte” proposée par les banques et les chefs d’Etat et de gouvernement. En effet, ils considèrent cela comme du capitalisme travesti en durabilité. Des initiatives telles que l’initiative REDD ou la farce des crédits carbones, qui financiariseraient la vie elle-même et l’environnement, ont été rejetées par les populations qui veulent une plateforme mondiale des solutions déjà présentées. Les peuples du mondes veulent, eux-mêmes, essayer de “refroidir la planète”, grâce à l’agriculture paysanne et à un nouveau cadre économique.

Selon Elizabeth Mpofu, originaire du Zimbabwe et appartenant à la délégation de La Via Campesina Internationale : “Río +20 devrait s’appeler Río -20! L’économie verte n’est pas la solution car elle ne sert que les entreprises transnationales et ne respectent ni les gens, ni les droits humains. De plus, cela crée un ordre du jour de la destruction. C’est nous qui allons détruire cet ordre du jour!”. La militante a montré comment la concentration des terres est l’un des problèmes les plus graves actuellement, citant l’exemple du Paraguay, où, à l’instar d’autres cas similaires, nous avons vu tomber des dirigeants paysans qui luttent contre le latifundium destructeur.

 

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Pendant ce grand événement, il a été fait référence à la conférence officielle, Rio + 20, sous l’égide de l’ONU, soulignant ainsi la perte de prestige des principales économies des pays du nord et des “gouvernements soumis à l’impérialisme” qui se rencontrent à cette occasion. La cession de 10 milliard d’USD au fond de sauvetage des banques européennes en crise par le gouvernement brésilien a été un thème abordé. En somme, si nous additionnons la collaboration de tous les pays du G20, les caisses de l’Etat débourseront 45,6 milliard d’USD à cause de la crise dû au capitalisme.

Tandis que les diplomates et les chefs d’Etats et de gouvernements d’une centaine de pays se réuniront pour rédiger un document unique (qui ne prévoit aucune sanction et aucun objectif pour les pollueurs), un grand nombre d’organisations ont animé le Sommet des Peuples, pour la Justice sociale et environnementale en défense des Biens communs. Hormis les grandes manifestations dans les rues, ont eu lieu une série de débats et de moments de convergence des axes, englobant les dénonciations des vraies causes de la crise, les solutions mises en place par les peuples, et les points communs pour les luttes à venir.


 

Source :

Rio+20 : 80 000 personnes battent le pavé pour la Justice sociale et environnementale (Rio de Janeiro, Jeudi, 21 juin 2012)

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Nouvelles en espagnol de la CLOC-Via Campesina

Vidéos :

Rio+20 : mobilisation de la Via Campesina y de la CLOC contre les produits agrotoxiques

France, Rio+20 : planète aux enchères

L’ONU et La Via Campesina débatent de l’économie verte

Samedi 16 juin, un débat a eu lieu entre les représentants de la Via Campesina, des organisations de la société civile et le Directeur général du PNUE, Programme des Nations unies pour l’Environnement, Monsieur Achim Steiner, sur l’économie verte, la proposition de l’ONU et son influence réelle sur la vie de la population mondiale.

Larissa Parker, avocate de l’organisation Terra de Direitos et membre du collectif Carta de Belém, a lancé le débat en donnant des exemples concrets concernant plusieurs parties du monde où l’implantation de l’économie verte s’est avérée préjudiciable. La financiarisation et la marchandisation de l’environnement en font un actif financier, un titre sur le marché, sujet à des processus cumulatifs. Elle a donc demandé au président du PNUE : « Comment peut-on garantir, dans le cadre de l’économie verte, la conservation de l’environnement étant donné que sa rareté va élever sa valeur marchande? »

Madame Parker a également remis en question l’ingénierie des nouvelles technologies proposées par l’ONU, comme étant une sorte de continuité du colonialisme, ainsi que le discours sur l’éradication de la pauvreté, sans compter la redistribution de la richesse et de la terre. En outre, ce modèle proposé par l’ONU n’est qu’une nouvelle façade de la révolution verte si souvent glorifiée et qui promettait de mettre un terme à la faim grâce à la technologie développée portant sur les semences résistantes et les nouveaux pesticides. Pour autant, la faim continue à se propager, les paysans se sont de plus en plus endetter en achetant ces produits qui entrainent non seulement l’empoisonnement de la nourriture mais également la mort de paysans et paysannes, en particulier en Inde. Les paysans ne croient plus en cette forme de production. Et elle a conclu en disant : “Des alternatives apparaissent et sont visibles. Il est nécessaire que l’ONU en tienne compte, qu’elle tienne compte des peuples ici réunis et des expériences développées dans les divers territoires représentés ici”

Pour sa part, Edwin Vásquez, représentant de COICA, organisation des peuples autochtones du bassin équatorien de l’Amazone, a demandé au représentant de l’ONU ce que va signifier l’économie verte pour eux. Une économie verte avec des caractéristiques propres, telle que les Nations unies la définisse, devrait tenir compte de leurs territoires, de ce qui s’y produit et non pas des entreprises pétrolières, de la production du charbon ou de l’extraction minière. “Pour nous, peuples autochtones et sans terre, l’économie verte n’est pas de la couleur de l’argent, elle est de la couleur de notre Amazonie ”, a-t-il ajouté.

Juan Herrera, de la Via Campesina, a souligné l’importance de la lutte des paysans et paysannes contre ledit modèle, principalement parce qu’il profite aux pays riches et au capitalisme. Selon lui, la Via Campesina lutte contre les changements climatiques, provoqués par le modèle de développement capitaliste, et contre la faim, conséquence de l’économie de marché et de la non redistribution des terres et des richesses. La Via Campesina s’oppose aux solutions proposées par le capitalisme ayant toujours pour finalité l’augmentation illimitée du capital. Herrera a saisi l’occasion, pour renforcer le processus de lutte de la Via Campesina, et a déclaré “nous, à la Via Campesina, nous allons continuer à manifester et à lutter pour tous les peuples du monde. L’ONU propose la massification de l’usage des OGMs et des produits agro-toxiques, alors que nous luttons pour une alimentation saine pour notre peuple et que tous nous puissions y avoir accès ”.

Les interprétations de l’économie verte selon l’ONU

Selon Steiner, il existe des interprétations multiples et variées de l’économie verte ainsi que différentes façons de la combattre. Il nous a affirmé ne pas être en désaccord avec les critiques et les analyses faîtes jusqu’à présent à ce sujet. Il reconnaît que l’ONU se sent également frustrée du fait des rares progrès s’étant produits depuis l’Eco92. Il a également déclaré que la pensée économique domine toutes les nations, à l’exception peut-être d’un petit nombre, néanmoins la perspective des nations est l’économie. Pour lui, le rapport du PNUE est une critique des marchés qui ne sont pas parvenu à appliquer le développement durable défini comme prioritaire lors de l’Eco92.

Quant aux nouvelles technologies, Steiner a souligné que sa “vision est de permettre que les gens puissent considérer le développement durable comme quelque chose de différent de ce qu’il a été jusqu’à ce jour. Les technologies des énergies renouvelables et des OGMs constituent de bons outils, mais les grandes multinationales s’en sont emparées. Le chemin s’est construit du haut vers le bas. Les économies ne peuvent être totalement contrôlées. D’un côté comme de l’autre, elles doivent cohabiter et ne pas être dominées uniquement pas le marché ou par les gouvernements. Lorsque nous parlons d’économie, nous ne parlons pas du modèle du passé mais de l’avenir”.

Pat Mooney, du Groupe ETC, a souligné que les gouvernements se trouvent au mauvais endroit. Pour lui, c’est ici, dans l’espace du Sommet des Peuples, que l’économie est réelle, c’est ici que les débats sont importants.

Les systèmes financiers sont les responsables de la crise financière ayant frappé une grande partie du monde. La crise du changement climatique est due aux développements technologiques qui ont détruit l’environnement. Pour Pat Mooney, on essaie de joindre ces deux crises et de rechercher des solutions. Or, il s’agit de crises que le marché lui-même a provoquées. L’avocate a demandé : “Comment va s’y prendre l’économie verte pour créer une nouvelle technologie qui pourrait résoudre ce que l’autre technologie a détruit ? Pour nous, ces technologies de sont pas vertes, elles ne fonctionnent pas. Et, en le disant, je ne veux pas dire qu’elles ne sont pas opérationnelles, mais qu’elles ne servent à rien ”. Puis elle a affirmé “nous ne pouvons pas permettre que ceux qui ont détruit le système financier détruisent l’environnement ”

Le représentant de la CUT, Arthur Hernrique, a souligné qu’un modèle transformant les biens communs en marchandise n’est pas acceptable. “Nous avons besoin de changer le modèle mondial de production et de consommation. L’ONU elle-même a admis que le modèle n’a pas fonctionné. Les piliers environnementaux et sociaux se sont retrouvés à l’arrière plan des débats mondiaux ”. Le travail vert, selon ce dirigeant, est un travail décent. Ce n’est pas seulement lutter contre le travail esclave et le travail des enfants. Il a finalement conclu que “non seulement nous voulons être écoutés, mais nous voulons débattre ensemble des solutions pour arriver à un développement durable ”.

Pablo Solón, de Global South, a demandé à Steiner pourquoi il n’était pas sincère en n’assumant pas réellement les intérêts du capital sur l’économie verte. Selon lui, l’économie verte permet aux pays riches de pouvoir poursuivre leur modèle de développement par le biais de politiques compensatoires comme les REEDs et le crédit carbone. Il a conclu en effectuant une critique du modèle économique préféré des pays riches: “le modèle économique ne peut être fondé sur l’exploitation indistincte de la nature. Nous n’avons pas besoin de croître indéfiniment. Par contre, nous avons besoin de redistribuer les richesses et les ressources. Et cela, l’économie verte ne le dit pas”.

 


 

Pour en savoir plus :

 

 

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Les peuples du monde face à l’avancée du capitalisme: Rio +20 et au delà

signature_viacampesinaDu 20 au 22 juin 2012, des gouvernements du monde entier vont se rassembler à Rio de Janeiro au Brésil dans le but de commémorer les 20 ans du « Sommet de la terre », la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement durable (CNUDD).

Pour la première fois en 1992, la CNUDD a établi un calendrier mondial pour le « développement durable ». C’est lors de ce sommet qu’ont été adoptées la Convention sur la Diversité biologique (CDB), la Convention des Nations Unies sur le Changement climatique (CNUCC) et la Convention sur la Lutte contre la Désertification. Chacune de ces conventions promettait de mettre en place un ensemble de mesures destinées à protéger la terre et la vie sur la planète tout en contribuant à la dignité de tous les êtres humains.

A cette époque, de nombreux mouvements sociaux avaient salué ces nouvelles conventions porteuses d’espoirs. Vingt ans plus tard, nous nous rendons compte que les causes réelles de la détérioration environnementale, économique et sociale n’ont pas été touchées. En outre, nous constatons avec une inquiétude profonde que cette prochaine réunion de juin renforcera les politiques néolibérales et les processus d’expansion capitaliste, de concentration et d’exclusion qui nous entraînent dans une crise environnementale, économique et sociale aux proportions démesurées. Sous le nom trompeur et mal intentionné d’ “économie verte”, de nouvelles formes de pollution et de destruction de l’environnement vont être annoncées ainsi que de nouvelles vagues de privatisation, de monopolisation et d’expulsion de nos terres et de nos territoires.

La Via Campesina va se mobiliser lors de cet événement et fera entendre la voix paysanne dans le débat mondial. Le mouvement international défendra une nouvelle voie de développement, fondée sur le bien-être de tous et toutes, une voie qui assure l’alimentation de chacun, qui protège les biens communs et les ressources naturelles, garantissant qu’ils servent au “bien vivre” de tous et toutes et non au désir d’accumulation d’une minorité.

20 ans plus tard: planète et humanité en crise

20 ans après le Sommet sur la Terre, la vie est devenue plus difficile pour la majorité de ses habitants et habitantes. Le nombre de personnes souffrant de la faim approche maintenant du milliard, ce qui signifie qu’une personne sur six a faim, les enfants et les femmes paysannes étant les plus touchés. Les expulsions de nos terres et de nos territoires se sont accélérées. Elles ne sont pas seulement dues aux conditions désavantageuses imposées par les traités commerciaux et le secteur industriel, mais aussi à de nouvelles formes d’accaparements de la terre et de l’eau, à l’imposition mondiale de nouvelles législations sur la propriété intellectuelle qui nous volent nos semences, à l’invasion des semences transgéniques, à l’avancée des plantations de monocultures, des mégaprojets d’infrastructure et d’extraction minière.

Les grandes promesses de Rio 92 se sont avérées vaines. La Convention sur la Diversité biologique n’a pas mis fin à la destruction de la biodiversité. Au contraire, elle a contribué à de nouveaux mécanismes destinés à la privatiser et à la convertir en marchandise. La désertification continue à avancer de pair avec l’agriculture industrielle et l’expansion de l’agro-industrie et des plantations de monocultures. Le réchauffement de notre planète – avec son cortège de désastres et la souffrance qui en découle – n’a pas été diminué, mais il s’est plutôt accéléré et aggravé.

La grande tromperie de 1992 a été le “développement durable”. Alors que les mouvements sociaux le voyaient comme une possibilité de traiter l’origine des problèmes, cela n’a finalement été qu’une recherche de nouvelles formes d’accumulation. Aujourd’hui il s’agit de légitimer ce qu’ils appellent “l’économie verte”.

“L’économie verte” et les autres fausses solutions: un nouvel assaut sur les peuples et les territoires

L’économie capitaliste a causé la plus grande crise systémique depuis 1929. Depuis 2008, le système hégémonique s’efforce de trouver des sorties à la crise structurelle, tout en recherchant de nouvelles possibilités d’accumulation dans la même logique. C’est dans ce contexte que le secteur financier s’est emparé des conventions sur la diversité biologique et le changement climatique et a développé cette nouvelle ingénierie financière appelée Capitalisme vert.

Gouvernements, secteur industriel et organes onusiens ont passé les dernières années à construire le mythe de “l’économie verte” et du “verdissement de la technologie”. Présenté comme le point de rencontre entre la planète et le monde des affaires, il s’agit, en réalité, d’une nouvelle façon de faire avancer le capitalisme jusqu’à ce que toute la terre soit sous le contrôle du grand capital. De nombreux mécanismes sont mis en œuvre par cette économie verte qui, tous, nous entraînent vers davantage de destructions.

L’économie verte ne cherche à atténuer ni le changement climatique ni la détérioration de l’environnement mais bien plutôt à généraliser le principe donnant à ceux qui en ont les moyens le droit de polluer. Jusqu’à présent, on a utilisé le ridicule achat de bons carbone (compensation carbone) afin de pouvoir continuer à émettre des gaz à effets de serre. Maintenant ce sont des bons pour la biodiversité qu’on invente. Ce qui signifie que les entreprises pourront continuer à détruire les forêts et les écosystèmes dans la mesure où elles paient quelqu’un qui est supposé conserver la biodiversité ailleurs. Il est bien possible que demain des bons pour l’eau, le paysage et l’air pur soient ainsi créés.

Ces systèmes de paiement en échange de services environnementaux aboutissent à l’expropriation des terres et des territoires des paysannes, paysans et des peuples autochtones. Les gouvernements et les entreprises donnent une forte impulsion aux mécanismes REDD et REDD+. Ils sont présentés comme des mécanismes qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre provenant du déboisement et de la dégradation des forêts. Mais en réalité, on les utilise pour imposer des projets qui empêcheront les familles et les communautés rurales d’accéder à leurs terres, leurs forêts et leurs sources d’eau en échange d’un paiement dérisoire. De plus, ces mécanismes garantissent au secteur industriel un accès sans restriction aux zones forestières communes, rendant possible des actes de biopiratage. Des contrats sont imposés liant les communautés paysannes à ces projets de développement pour 20 ans ou plus; les terres autochtones et paysannes sont alors hypothéquées et risquent d’être saisies. L’objectif de ces services environnementaux est de prendre le contrôle des réserves naturelles et des territoires de nos communautés.

Une autre initiative de l’économie verte consiste à transformer les plantes, les algues et tous les déchets organiques (paille, fumier, etc.) en sources d’énergie afin de remplacer le pétrole. Il s’agit de “l’utilisation de la biomasse”. Avec les agrocarburants, des millions d’hectares qui devraient être couverts de forêts ou produire des aliments, sont désormais consacrés à une production agricole qui alimente des machines. Si l’utilisation énergétique de la biomasse se développe nous constaterons que la vie maritime sera encore plus réduite car une partie importante des espèces marines ne trouvera plus à se nourrir. Nous constaterons que nos sols ne récupèrent plus la matière organique qui est indispensable à leur fertilité et à leur protection contre l’érosion et la sécheresse. Il deviendra ainsi impossible de nourrir nos animaux, les aliments devenant de plus en plus chers et rares. Les réserves aquifères s’épuiseront encore davantage soit à cause des cultures d’agrocarburants, soit que, par manque de matière organique, nos sols auront perdu la capacité d’absorber l’eau et de la retenir.

On nous parle maintenant d’une “agriculture intelligente pour le climat”, qui entraîne une nouvelle révolution verte –probablement avec des OGM- et qui nous pousse à accepter des paiements dérisoires sur la même base que les REDD au lieu d’exiger un soutien efficace pour nous défendre contre les effets du réchauffement climatique. On cherche aussi à nous imposer des systèmes dépendant des pesticides, tel que le semis direct avec des pulvérisations aériennes de Round up: et c’est appelé une “agriculture faible en carbone”! On va nous obliger à faire un certain type d’agriculture où nous risquons de perdre le contrôle de nos territoires, de nos écosystèmes et de notre eau.

L’un des aspects les plus pervers des fausses solutions promues lors des négociations internationales est la restriction de l’accès à l’eau. Prétextant la rareté de l’eau, il est proposé qu’elle soit réservée aux “cultures de grande valeur”, c’est à dire d’arroser uniquement les cultures d’exportation, les agrocarburants et autres cultures industrielles et non les cultures destinées à l’alimentation.

La promotion de solutions technologiques qui n’apportent aucune solution se trouvent aussi à l’ordre du jour des discussions de Rio. La géoingénierie et les cultures transgéniques sont parmi les plus dangereuses. Jusqu’à présent aucune des solutions proposées par la géoingénierie ne s’est avérée avérée capable de résoudre les problèmes climatiques. Bien au contraire, certaines formes de géoingénierie telle que la fertilisation des mers, sont si dangereuses qu’un moratoire international a été décrété. Dans le but de nous faire accepter les cultures transgéniques, on nous a dit qu’elles résistaient à la sécheresse et à la chaleur, mais la seule nouveauté des OGM est leur résistance aux herbicides ce qui crée un marché de produits très toxiques, comme le 2,4,-D.

Le projet le plus ambitieux et celui que certains gouvernements identifient comme “le plus grand défi”, consiste à mettre un prix à tous les biens de la nature (l’eau, la biodiversité, le paysage, la forêt, les semences, la pluie…) dans le but de les privatiser (sous couvert que les conserver coûte cher). Et ensuite, nous faire payer leur utilisation. Cela s’appelle l’Économie des Écosystèmes et de la Biodiversité (TEEB The Economics of Ecosystems and Biodiversity en anglais). C’est l’assaut final contre la nature et la vie mais aussi, contre les moyens de subsistance et la vie des peuples qui vivent de l’agriculture, de la chasse et de la pêche

Ce capitalisme “vert” dirige sa convoitise vers les espaces ruraux communs, l’agriculture, la terre et l’eau. Nous en souffrons déjà les effets lors des accaparements de terre et de la privatisation de l’eau, des océans, des territoires indigènes, des parcs nationaux et des réserves naturelles. Tout cela va de pair avec les expulsions forcées des communautés paysannes et autochtones.

La solution réelle: placer les agricultures paysannes et autochtones au centre des politiques

Les communautés paysannes et autochtones vivent dans la plus grande pauvreté car leurs terres ont été volées. Des législations ont été créées pour les empêcher de cultiver et d’échanger librement leurs semences. Cependant, nous sommes des peuples qui résistons à l’expulsion et nous représentons encore 90% de la population rurale. Notre système agricole refroidit la planète, respecte les écosystèmes et assure l’alimentation des plus pauvres.

Toute solution réelle doit aller à l’encontre de la recherche effrénée de profit du capital, elle doit mettre fin à la complicité des gouvernements et soutenir les systèmes de production qui respectent la planète. La souveraineté alimentaire est au cœur de tout changement nécessaire, c’est la seule voie afin d’alimenter l’humanité. Nos propositions sont claires et apportent des solutions réelles:

Nous devons remplacer le système alimentaire industriel agro-exportateur par un système basé sur la souveraineté alimentaire qui rend à la terre sa fonction sociale de terre nourricière, donnant une place prépondérante à la production locale d’aliments, aux circuits de commercialisation et de transformation locaux. La souveraineté alimentaire permet d’en finir avec les monocultures et l’agro-industrie, de promouvoir un système de production paysan qui se caractérise par une plus grande productivité et intensité; la création d’emplois, le respect des sols et une production saine et diversifiée. L’agriculture paysanne et autochtone est aussi celle qui peut refroidir la planète car elle peut éviter la production ou absorber jusqu’à 2/3 des gaz à effet de serre émis chaque année.

La terre qui est entre les mains de paysannes, de paysans ou de peuples autochtones représente environ 20% de la surface agricole mondiale. Cependant, sur ces terres, les familles et les communautés paysannes et autochtones produisent au moins la moitié de l’alimentation mondiale. Nous avons donc entre nos mains la forme la plus sure et la plus efficace d’éradiquer la faim dans le monde.

Pour nourrir l’humanité et restaurer la normalité climatique, l’agriculture doit retrouver sa place au sein des communautés paysannes et des peuples autochtones. Dans ce but, des reformes agraires intégrales de grande amplitude doivent être entreprise dans les plus brefs délais, afin de mettre fin à la concentration extrême et croissante de la terre qui affecte l’humanité. C’est grâce à ces réformes agraires que les conditions matérielles seront réunies pour que l’agriculture paysanne et autochtone remplisse la fonction nourricière pour l’humanité. Il est donc nécessaire d’arrêter immédiatement toutes transactions et concessions qui conduisent à des concentrations ou accaparements de terres ou à des déplacements de communautés rurales.

Les systèmes d’agriculture paysanne ou autochtone, de chasse, de pêche ou d’élevage qui protègent la terre et produisent l’alimentation doivent être soutenus de façon adéquate par des fonds et des moyens publics sans condition. Les mécanismes de marché – vente de carbone et de services environnementaux – doivent être annulés immédiatement et remplacés par des mesures réelles telles que celles mentionnées ci-dessus. Arrêter la pollution est un devoir auquel nul ne peut échapper en achetant des droits de continuer à détruire.

Ce que les organismes internationaux et le secteur industriel nomment biomasse doit légitimement servir à alimenter les êtres humains et retourner à la terre afin de restaurer sa fertilité. Les émissions provenant du gaspillage d’énergie doivent être réduites par des économies d’énergie et en arrêtant le pillage. Nous avons besoin de sources d’énergie renouvelables décentralisées, à la portée des peuples.

Mobilisons-nous tous afin de démasquer Rio+20 et le capitalisme vert

Nous paysans et paysannes, sans-terres, peuples autochtones, migrants et migrantes, nous opposons fermement à la marchandisation de la terre, de nos territoires, de l’eau, des semences, des aliments, de la nature et de la vie humaine, nous répétons ce qui a été dit au Sommet des Peuples de Cochabamba en Bolivie: “L’humanité est aujourd’hui à la croisée des chemins: poursuivre sur la voie du capitalisme, de la mise à sac et de la mort ou emprunter le chemin de l’harmonie avec la nature et du respect de la vie.”

Nous répudions et dénonçons “l’économie verte”, elle n’est qu’une façade qui cache la convoitise du secteur industriel et de l’impérialisme agroalimentaire dans le monde. C’est une couche de peinture verte sur le capitalisme qui n’impose que de fausses solutions: le commerce du carbone, le mécanisme REDD, la géoingénierie, les OGM, les agrocarburants, le biochar et toutes les solutions à la crise de l’environnement basées sur le marché.

Notre défi est de retrouver d’autres types de relations avec la nature et entre les peuples. C’est notre devoir et notre droit et voilà pourquoi nous continuons à lutter sans trêve pour la construction de la souveraineté alimentaire, pour la réforme agraire intégrale et la récupération des territoires autochtones, pour mettre fin à la violence du capital et pour la restitution des systèmes paysans et autochtones basés sur l’agroécologie.

NON AUX FAUSSES SOLUTIONS DU CAPITALISME VERT

POUR L’AGRICULTURE PAYSANNE!

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Rio+20: Journée internationale de luttes – Les peuples du monde contre la marchandisation de la nature

viacampesinaLa Via Campesina appelle toutes les organisations paysannes du monde ainsi que ses alliées et alliés à organiser des actions au cours du mois de juin.

L’avancée du système capitaliste qui, pendant les deux dernières décennies, est arrivée à des dimensions inédites, conduit à des crises tout aussi inédites. Les crises financière, alimentaire, énergétique et environnementale sont les visages multiples de la crise structurelle du capitalisme, qui ne connaît pas de limites dans sa quête de profits. La crise structurelle actuelle, comme d’autres crises de cette sorte, touche les peuples du monde mais laisse indemnes les élites et les grandes sociétés.

Sur tous les continents, nous avons vu que, même pendant la crise, l’élan du capitalisme n’a pas diminué. Car nous constatons les accaparements illégaux des terres par des sociétés étrangères, l’avance de l’industrie extractive (minière et pétrolière), les cultures génétiquement modifiées de plus en plus présentes dans les champs, les agro-carburants, les pesticides vendues à une échelle gigantesque. En fin de compte, la crise du capitalisme ne veut pas dire que le système fait volte-face. Au contraire, c’est à ce moment précis, qu’il avance avec le plus d’intensité, parce que les entreprises profitent de la crise pour étendre leur domination aux territoires qui n’ont pas encore été conquis.

La Conférence Rio + 20 en est un exemple clair. Au lieu de rassembler les gouvernements du monde entier pour trouver de vraies solutions à la crise environnementale, cet événement servira à consolider les fausses solutions aussi bien que l’accaparement des territoires des paysannes et paysans, ainsi que des peuples premiers. A la Conférence de l’ONU, il n’y a que les intérêts des grandes sociétés qui trouveront leur place.

Afin de résister à ces intérêts et à les confronter, il est fondamental que les peuples du monde continuent à renforcer leurs organisations et leurs luttes, qu’ils élèvent leur voix et qu’ils démontrent que seulement la souveraineté populaire offre de réelles solutions.

Ainsi, en tant que Via Campesina , nous demandons à nos organisations membres et à nos alliées et alliés d’organiser et de coordonner des luttes pendant tout le mois de juin, principalement durant la Journée internationale de l’environnent, le 5 juin. De cette manière, nous démontrerons notre unité et notre force afin d’envoyer à l’avance, de partout dans le monde, un message radical aux représentants des gouvernements qui se réuniront à Rio + 20, du 20 au 22 juin, à Rio de Janeiro, Brésil.

Chaque lutte, chaque résistance, chaque territoire que nous récupérons doit être l’expression de cette unité mondiale devant l’offensive du système capitaliste contre la nature.

Parallèlement à la Conférence officielle, nous, les peuples du monde, serons réunis au Sommet des Peuples, dans un processus de construction collective et de mobilisation permanente. Au cours de la semaine du 18 au 22 juin, il y aura aussi une période de mobilisation mondiale, car notre tâche ne se situe pas seulement à Rio de Janeiro. En effet, nous devons poursuivre les luttes dans notre propre pays, particulièrement lors de la journée inaugurale de la Conférence officielle, le 20 juin. Cette période de luttes sur tous les continents devrait se répercuter à Rio de Janeiro et dans le monde entier.

Nous convoquons toutes les organisations paysannes et leurs alliée et alliés à organiser des mobilisations et des actions partout dans le monde : des marches dans les villes ou dans les campagnes; des conférences de presse; des actions pour demander la Réforme agraire et l’accès à la terre; des campagnes de communication; des programmes de radio; des mobilisations contre les entreprises responsables de la dégradation environnementale; des débats dans les écoles et les universités; des projections de films documentaires; et d’autres actions que vous organiserez collectivement chez vous.

Au moment où le capitalisme veut mondialiser davantage son système, dominer nos territoires et exploiter notre main d’oeuvre, nous devons internationaliser notre lutte. Nous allons nous organiser, préparer des actions, faire appel à nos bases et à nos alliés pour cette grande journée de lutte contre le capitalisme. La force de notre journée de luttes viendra de notre capacité de nous organiser et d’atteindre une visibilité nationale et internationale.

Nous vous demandons de nous informer de vos actions à l’adresse électronique suivante : lvcweb@viacampesina.org

Non aux fausses solutions du capitalisme vert

Pour l’agriculture paysanne!

Globalisons la lutte. Globalisons l’espoir.

 


 

Source : Appel de la Via Campesina

La terre appartient à ceux et celles qui la cultivent

Nous, paysannes et paysans, réunis en Assemblée Générale à Rome ces 24 et 25 avril, apportons notre soutien et notre solidarité à tous les camarades en lutte pour la préservation des terres nourricières, l’accès à la terre et au métier. Nous sommes contre la vague de privatisation de terres publiques :

  • au Mali, où des paysans ont été arrêtes pour avoir osé travailler des terres dont ils avaient été expulsés suite à des accaparements ;
  • au Honduras, où 1200 ha de terre sont occupés depuis le 17 avril;
  • en Andalousie, où depuis le 4 mars des paysans et paysannes sans terre occupent à Somonte une ferme publique de 400 ha, qui a été mise en vente spéculative ;
  • en France, où deux paysans et une élue politique sont en grève de la faim pour refuser les expulsions engagées en vue de la construction d’un aéroport à Notre-Dame des Landes ;
  • en Italie, dans la vallée de Suze, où des paysans résistent à l’expropriation à cause de la construction de la ligne TGV Lyon-Turin.

Ces luttes rejoignent celles menées de longue date en Roumanie, Autriche et en de nombreux lieux. Ces paysans, ces « sans-terre » qui veulent devenir paysans et paysannes mènent des actions exemplaires pour gagner la Souveraineté alimentaire. Ces actions représentent des plateformes de lutte contre la marchandisation et la privatisation des ressources naturelles.

Partout en Europe, l’accès à la terre est un obstacle à la Souveraineté alimentaire. La terre est un bien commun qui appartient à ceux et celles qui la cultivent et que personne ne devrait pouvoir s’approprier pour son propre profit.

Ces actions devraient être le début de la réforme agraire qui, en cette période de chômage, de pénurie et d’escroquerie néolibérale, nous manque tant.

Aujourd’hui, toute alternative pour survivre avec dignité doit passer par la lutte pour la terre, pour l’agriculture paysanne et pour la souveraineté alimentaire.


Source : Communiqué de presse, Rome 25 avril 2012, Coordination Européenne Via Campesina

Mali, des paysans arrêtés alors qu’ils travaillaient leurs champs

(Bamako, 24 avril 2012) Depuis 2009, les paysans et paysannes de l’Office du Niger, notamment ceux de Sanamadougou, Saou et Sansanding sont la cible d’injustices de la part des certains investisseurs. Ces injustices se sont manifestées par des bastonnades, des arrestations, des destructions des semis, des accaparements des champs et des sources d’approvisionnement en eau.

Conséquence, des dizaines de familles vivent de la solidarité des autres villages car ils n’ont pas pu cultiver faute de champs depuis trois ans.

Malgré de nombreuses démarches entreprises par les villageois auprès des autorités à tous les niveaux, la situation demeure.

A l’approche de la campagne agricole, les paysans de Sanamadougou et Saou ont commencé ce jour 23 Avril 2012 les préparatifs, à leur grande surprise, quatre de leurs responsables dont le Chef du Village ont été arrêtés et amenés à la Brigade de gendarmerie de Markala.

Au regard de la situation que traverse le pays, nous pensons que notre chère patrie à besoin plus d’un apaisement et d’une union sacrée de tous ses fils et filles au lieu d’une tension sociale.

A cet effet nous, CNOP, UACDDDD, CAD Mali, LJDH, AOPP prenons à témoin la communauté nationale et internationale de ces arrestations et envoyons une délégation ce jour même sur le terrain.

Nous exigeons le respect des engagements pris lors de la marche de protestation de l’UACDDDD contre les accaparements des terres le mardi 13 mars 2012 devant la Cité administrative.

Enfin, nous lançons un appel aux autorités maliennes de prendre toutes leurs responsabilités et dispositions nécessaires pour la libération des détenus et que chacun et chacune puissent retourner travailler leurs champs.

Touche pas à ma terre, touche pas à ma maison, touche pas à mes militants

 


 

Source : La Via Campesina, CNOP, UACDDDD, CAD, LJDH, AOPP contre les accaparements des terres

box-17april-fr

17 Avril : Plus de 250 actions dans le monde pour la Journée Internationale des luttes paysannes

box-17april-frPaysannes et paysans et leurs alliés célébreront la Journée Internationale des luttes paysannes demain, le 17 Avril 2012 en organisant plus de 250 actions et manifestations partout dans le monde.

Cet événement commémore le massacre de 19 paysans sans terres qui réclamaient le droit à la terre et à la justice en 1996 au Brésil (1). La liste complète des actions, allant de conférences universitaires à des occupations de terres, est disponible sur le site www.viacampesina.org

Cette année le mouvement international La Via Campesina se mobilise en opposition à l’offensive actuelle de certains états et de grandes multinationales pour s’approprier des terres que les paysans et paysannes cultivent depuis des siècles partout dans le monde. Ce que demandent les paysannes et les paysans est simple: ils demandent de pouvoir accéder à la terre pour nourrir leurs communautés. Quand les multinationales s’approprient des terres, elles développent d’énormes plantations de monocultures destinées à l’exportation. Cela ne fait qu’augmenter la faim, les crises sociales et des désastres écologiques tels que les changements climatiques.

Demain les organisations paysannes et leurs alliées vont réclamer des terres au Brésil, dans tout le pays, elles vont organiser des mobilisations de masse pour protester contre les accaparements de terres à Tete au Mozambique ainsi que devant la Cour Constitutionnelle à Djakarta, en Indonésie. A Bruxelles, elles vont lancer une parodie de site internet de la Commission européenne pour célébrer les 50 ans de la Politique Agricole Commune.

Cette journée d’action aura lieu quelques jours avant la Conférence de la Banque Mondiale sur la Terre et la Pauvreté qui se tiendra à Washington D.C., du 23 au 26 avril 2012. Les mobilisations de Via Campesina proclameront l’opposition totale des paysannes et des paysans à l’initiative de la Banque Mondiale pour les Investissements Responsables en Agriculture (RAI) supposée empêcher les abus des accaparements de terres mais qui en fait légitime l’appropriation des terres agricoles par des grandes sociétés et des investisseurs publics de certains pays.

“Dans la dernière ligne droite avant le Sommet de la Terre Rio+20, les paysans, paysannes, les défenseurs de la souveraineté alimentaire ainsi que les mouvements pour une agriculture paysanne durable s’opposent au « capitalisme vert » actuellement promu au niveau international. Nous pensons que la terre, l’eau, les semences et toutes les ressources naturelles doivent rester dans les mains des paysannes et des paysans afin qu’ils puissent les préserver et nourrir le monde. Elles ne doivent pas passer sous le contrôle des entreprises multinationales qui cherchent à augmenter leurs bénéfices et non à répondre aux besoins des peuples”, a dit Henry Saragih, le coordinateur général de La Via Campesina.

 

Source : Communiqué de presse – La Via Campesina. Djakarta, 16 avril 2012.

La Via Campesina et la Journée Internationale des Femmes

Le 8 mars est la Journée Internationale des Femmes, où nous commémorons et honorons la mémoire de tant de femmes travailleuses, des campagnes et des villes, qui ont donné leurs vies à la lutte pour leurs droits et pour la justice. Ces femmes se sont sacrifiées pour pour mettre un terme à la discrimination et aux inégalités sociales, politiques, économiques qui sont à la base du développement du capitalisme mondial.

C’est également une journée où nous célébrons les avancées importantes réalisées dans la lutte pour l’émancipation des femmes.

Le 8 mars est également une journée de mobilisation et de réaffirmation de l’engagement permanent et sans limites dans la lutte pour mettre fin à ce système capitaliste et patriarcal, qui oppresse davantage les femmes, dans toutes les sphères de la société, aux quatre coins de la planète. Cette lutte gigantesque continue à nous pousser, femmes et hommes de la Via Campesina, à réfléchir de toute urgence à un changement en faveur d’un type de société que nous souhaitons construire et qui implique de nouveaux rapports sociaux et de pouvoir, dans lesquels les femmes et les hommes aient des chances, des droits et des devoirs égaux.

Le message de la Via Campesina

Nous saluons la Journée Internationale D’action et de Lutte que les femmes de la Via Campesina réalisent dans le monde et dont l’objectif est de dénoncer l’avancée du capitalisme dans l’agriculture, par le biais des sociétés multinationales, ainsi que le modèle destructif de l’agro-industrie qui menace non seulement la souveraineté alimentaire des peuples, mais également l’environnement et porte directement atteinte à la liberté et à la vie des femmes.

Dans ce sens, nous réitérons qu’il est essentiel d’élever le niveau de conscience de toutes et de tous, en mettant en valeur le rôle et l’importance qu’a toujours eue la participation des femmes dans l’agriculture paysanne, en préservant les savoirs ancestraux et les semences, en garantissant la biodiversité et la souveraineté alimentaire des peuples. Il est regrettable que les femmes rurales, qui produisent 80% des aliments, ne possèdent que 2% des terres.

Ainsi, en tant que Via Campesina, nous lutterons ensemble, femmes et hommes, pour dénoncer les attitudes machistes, tant au niveau politique qu’économique, de la société capitaliste et patriarcale qui domine le monde aujourd’hui. Nous nous mobiliserons contre l’offensive des entreprises multinationales qui s’emparent de nos territoires, de nos savoirs et de notre travail et nous construirons une société basée sur l’égalité et la justice

Nos défis communs sont: une réforme agraire intégrale, mettre fin aux accaparements de terres, garantir la justice sociale, qui servira de base à la consolidation de la souveraineté alimentaire et environnementale, et mettre fin aux violences faites aux femmes. Pour un projet d’agriculture basé sur l’agroécologie, pour la défense de la terre, de l’eau, des semences et contre la marchandisation de la vie.
La Via Campesina dit Stop aux Violences faites aux femmes!

Femmes en lutte contre l’agrobusiness, les agrotoxiques, pour la souveraineté alimentaire, la santé et la souveraineté des femmes!

Globalisons la lutte! Globalisons l’espoir!

Assemblée des Opprimés, le 5 décembre 2011, Durban, Afrique du Sud

Déclaration de La Via Campesina – Nous, l’Assemblée des Opprimés, sommes réunis ce jour pour revendiquer la réforme du système capitaliste néolibéral dans son ensemble. La lutte contre le changement climatique est une lutte contre le capitalisme néolibéral, la paysannerie sans-terre, la dépossession, la faim, la pauvreté et la recolonisation des territoires des peuples d’Afrique et des pays du Sud.

Nous nous sommes  réunis pour faire savoir que l’action directe est la seule arme que possède les peuples opprimés permettant de mettre fin à l’oppression dans le monde et ce sous toutes ses formes.

Nous sommes réunis ici, à Durban, Afrique du Sud, où se tient la 17ème Conférence des Parties des Nations Unies pour débattre des mauvaises solutions proposées visant à faire face au changement climatique. Et nous constatons que l’avenir de la planète Terre et de l’humanité est en danger car les principaux responsables tentent d’échapper à leurs responsabilités et de faire table rase des faits.

Nous, La Via Campesina, mouvement international de paysans et paysannes, pratiquant une agriculture paysanne familiale durable,  sommes totalement consternés par le refus réitéré des pays développés et leurs tentatives de se soustraire à leur devoir historique pour lequel ils devraient fournir un réel effort de réduction des émissions, au lieu de promouvoir de fausses alternatives à la crise climatique, dictées par les conditions du marché.

Ici, à Durban,  les discussions portent sur la mise en place d’un « nouveau mandat ». Un mandat comportant des mécanismes commerciaux et un système d’engagement volontaire, ce qui permet de ne pas appliquer le programme obligatoire en vue de  l’élaboration d’engagements juridiquement contraignants pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. De plus, les pays développés persistent dans leur refus d’assumer leur responsabilité historique et de payer leur dette climatique. Ils soutiennent  la création d’un « fonds vert pour le climat » (GCF)  impliquant des capitaux privés et la Banque Mondiale. Enfin, il existe une volonté d’inclure l’agriculture dans les négociations mais en la considérant en termes de puits de carbone et non comme une source de nourriture ou un moyen d’assurer la souveraineté alimentaire.

Aux yeux de La Via Campesina, et considérant la tournure que prennent les négociations, il est préférable de ne rien signer plutôt que de signer un accord qui condamnerait l’humanité et la planète à un avenir avec des catastrophes climatiques.

Actuellement, l’heure est très grave pour l’agriculture et les petits producteurs, tout comme pour l’environnement. Les conséquences du changement climatique deviennent de plus en plus sévères, causant de mauvaises récoltes, la destruction des foyers et des habitats naturels, la famine et la mort. L’avenir de l’humanité et de notre planète est fortement menacé. Si ces mauvaises résolutions voient le jour, l’impact sera désastreux sur la nature, les générations futures et la planète toute entière.

Voici donc les revendications que nous portons à la connaissance des gouvernements participants aux négociations:

  • Nous appelons les pays du Sud,  à prendre la défense de leurs  propres peuples et des peuples du monde ainsi que celle de la planète avec dignité et conviction. De ce point de vue, le gouvernement d’Afrique du Sud a déjà abandonné et vendu son peuple aux spéculateurs.
  • Nous appelons les pays développés à assumer leur responsabilité historique à l’origine de cette crise climatique et de payer leur dette climatique, ainsi que de s’engager sur un objectif de réduction d’au moins 50% de leurs droits d’émissions par rapport aux niveaux de 1990 et ce sans condition et en excluant les marchés du carbone ou tout autre mécanisme de compensation.
  • Nous appelons les gouvernements à ne plus subventionner une agriculture industrielle qui engendre pollution et changements climatiques par l’usage massif qu’elle fait des produits pétrochimiques.
  • Nous appelons les gouvernements à promouvoir et subventionner l’agro-écologie.
  • Nous appelons tous les pays à écouter et à travailler pour le peuple, à cesser d’œuvrer sous le contrôle des grandes multinationales.
  • Nous appelons tous les pays à renoncer à vouloir sauver le système capitaliste et à ne plus faire payer  le peuple, y compris les petits producteurs, pour les conséquences de la crise économique et financière.
  • Nous, La Via Campesina, demandons la mise en œuvre de l’Accord des Peuples de Cochabamba. Et ici, aujourd’hui, à Durban et ou ailleurs, nous réitérons avec force nos solutions face aux effets de la crise climatique :
  • Le réchauffement de la planète doit être limité seulement à 1 degré Celsius.
  • Les pays développés doivent réduire d’au moins 50%  leurs droits d’émissions par rapport aux niveaux de 1990 et ce sans conditions et en excluant les marchés du carbone ou tout autre mécanisme de compensation.
  • Les pays riches doivent s’engager à rembourser la dette climatique avec un plan de financement à hauteur d’au moins 6% de leur PIB. Les fonds destinés au financement de la lutte contre les effets du changement climatique doivent être d’ordre publique, et ne peuvent être contrôlés par la Banque Mondiale ou d’autres entreprises privées.
  • Tous les mécanismes de marchés doivent être stoppés, y compris les programmes REDD, REDD++ et les marchés du carbone envisagés dans le programme pour l’agriculture.
  • Nous affirmons de nouveau qu’il ne peut y avoir de solution aux effets des changements climatiques ainsi qu’au système néolibéral prédateur qui en est la cause, sans une libération totale des femmes, des paysannes en particulier, du joug ancestral du patriarcat et de la discrimination sexiste.  Ainsi, nous exigeons une action d’ensemble contre le patriarcat et le sexisme :
  • Que l’on donne aux  femmes l’accès à la terre et à leurs droits de propriété par le biais d’un processus de redistribution choisie.
  • Les lois et les politiques doivent répondre aux besoins spécifiques des femmes.

Nous, La Via Campesina, exigeons qu’un terme soit mis à la marchandisation de notre Planète Terre. Nous rejetons les mécanismes des marchés du carbone. De plus, nous rejetons la possibilité d’inclure dans les négociations un programme de travail spécifique sur l’agriculture comme cela est aujourd’hui envisagé. Nous rejetons également tous les mécanismes de marché envisagés autour de l’agriculture.

Nous, La Via Campesina et les peuples du Monde, détenons les solutions à la crise climatique et nos appelons les gouvernements à les prendre en compte avant qu’il ne soit trop tard. A l’occasion de cette Assemblée des Opprimés, nous tenons à dire aux peuples du monde que la solution est entre leurs mains. C’est à travers la création de mouvements sociaux et la mobilisation des peuples dans la lutte pour le changement social que les peuples du monde viendront à bout de cette alliance mortifère entre les gouvernements et les entreprises multinationales.

En ce moment même en Afrique, cette alliance est en train de commettre l’une des plus grandes spoliations que l’histoire ait connues, en privant les paysans de leurs terres. Et nous savons ce qu’un tel accaparement des terres implique : plus d’agriculture industrielle, plus de pauvreté et d’exploitation, ainsi que l’augmentation des effets du changement climatique.

A ce stade, la seule contre-attaque possible est l’occupation des terres à l’initiative des  paysans sans-terre eux-mêmes. Du point de vue de la souveraineté alimentaire, de la réforme agraire et de la justice climatique, ces occupations méritent tout notre soutien.

L’agriculture paysanne durable et l’agro-écologie contribuent au refroidissement de la planète !

La souveraineté alimentaire est la solution !

L’agriculture paysanne n’est pas à vendre !

Globalisons la lutte ! Globalisons l’espoir !

Protéger les semences paysannes et développer l’agriculture paysanne en réponse aux crises de l’alimentation, de la biodiversité et du climat

«Une réunion ministérielle sur l’alimentation, la biodiversité et le changement climatique aura lieu à Nusa Dua, à Bali, le 11 mars 2011, avant la quatrième séance de l’Organe directeur du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture (TIRPAA), aussi appelée le Traité des semences (14-18 mars 2011). La réunion ministérielle vise à résoudre les crises de l’alimentation, de la biodiversité et du changement climatique. La FAO a rapporté plus tôt cette année que 925 millions de personnes souffrent de la faim par suite de ces crises multiples. La plupart d’entre elles vivent dans les zones rurales, qui sont le centre de l’agriculture. Nous, les délégués de La Via Campesina, un mouvement international de paysans qui participe au Traité des semences, regrettons donc que les paysans et les petits agriculteurs ne soient pas pris en compte dans cette réunion ministérielle.»

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