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Victoire du mouvement paysan dans sa lutte pour la reconnaissance de ses droits à l’ONU

Communiqué de presse de La Vía Campesina.

(Genève, 05 octobre 2015). A la fin de la 30ème session du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, le Conseil a voté à majorité la résolution qui mandate pour les deux prochaines années le groupe intergouvernemental de travail à composition non limitée à poursuivre la négociation, à finaliser et présenter un projet de texte de déclaration des Nations unies sur les droits des paysannes et des paysans et autres personnes travaillant en milieu rural.

La résolution a été présentée par le Gouvernement bolivien, l’Equateur, Cuba, l’Afrique du Sud et a été sponsorisée entre autre par la Suisse, le Brésil, l’Erythrée et l’Argentine dans un effort conjoint de toutes les régions pour appuyer l’avancée du processus. En votation finale, seul les Etats-Unis ont voté contre la résolution. Les gouvernements de l’UE se sont abstenus et ont poursuivi leur stratégie de vote en bloc, comme en juin 2014 pour la précédente résolution 26/26. 31 pays ont voté en faveur, 15 se sont abstenus et 1 s’est opposé.*

La Via Campesina, le mouvement international regroupant plus de 180 organisations paysannes à travers le monde et qui représente plus de 200 millions de paysannes et paysans, accompagné du Cetim et de Fian ont donné ainsi une impulsion historique à ce processus en permettant qu’il soit négocié au sein du mécanisme des Nations unies avec pour objectif de combler les lacunes dans la législation sur les droits humains concernant les droits de la population paysanne et des communautés rurales comme les pêcheurs, les peuples nomades, les pastoralistes, les travailleurs ruraux, les sans terres, les femmes rurales et les peuples indigènes. Le projet de texte actuel présenté par la Bolivie en février 2015 et discuté par les Etats membres du Conseil lors du dernier groupe de travail intergouvernemental préconise une déclaration qui contienne un ensemble de droits en vue d’améliorer les conditions de celles et ceux qui produisent 80% des denrées alimentaires dans le monde et vivent dans les zones rurales.

Les jours précédents cette votation, des leaders paysans de différents continents se sont rendus à Genève pour sensibiliser les gouvernements sur les cas croissant d’exclusion, d’accaparement des terres, de répression, de criminalisation dont souffrent les organisations paysannes et les effets dévastateurs provoqués par les produits chimiques sur la santé de la population rurale et paysanne. Parallèlement, de nombreuses activités se sont déroulées dans les capitales pour appuyer le travail réalisé à Genève.

La Via Campesina et ses alliés redoubleront d’efforts pour démontrer qu’il n’existe pas de fossé entre le nord et le sud en ce qui concerne la vulnérabilité des droits de la population paysanne. Ceci vis-à-vis de la réticence de certains Etats du nord à accepter la nécessité d’une telle déclaration. La Via Campesina défend un modèle d’agriculture paysanne tant dans le nord que dans le sud basé sur l’agro-écologie et l’égalité entre paysannes et paysans.

Enfin, La Via Campesina souhaite adresser ses sincères remerciements au Gouvernement de la Bolivie, de l’Afrique du Sud, de l’Equateur et de Cuba pour leurs efforts constant au sein du Conseil des Droits de l’Homme afin de faire avancer cette initiative émanent des mouvements paysans et faisant preuve ainsi d’une gouvernance basée sur le dialogue participatif entre les organisations paysannes, la société civile et les gouvernements.

* Résultats de la votation :

En faveur (31): Algérie, Botswana, Congo, Côtes d’ivoire, Éthiopie, Gabon, Ghana, Kenya, Maroc, Namibie, Nigeria, Afrique du Sud, Sierra Léon, Bangladesh, Chine, Inde, Indonésie, Kazakhstan, Maldives, Pakistan, Arabie Saoudite, Émirats Arabes, Vietnam, Argentine, Bolivie, Brésil, Cuba, El Salvador, Paraguay, Venezuela, Russie

Abstentions (15): France, Allemagne, Irlande, Pays Bas, Portugal, Royaume Uni, Macédoine, Monténégro, Lettonie, Estonie, Albanie, Mexique, Qatar, Japon, Corée

Contre (1): États Unis

 

Photo de Lee Kyun Hae.

À la mémoire de Lee, la lutte contre l’OMC continue

Appel à l’action de la Via Campesina : Conférence Ministérielle de l’OMC 2015

Photo de Lee Kyun Hae. (Harare, 10 septembre 2015). Aujourd’hui, la Via Campesina célèbre la Journée Internationale de Lutte Contre l’organisation mondiale du commerce (OMC), et commémore la vie et la contribution de son frère et leader M. Lee Kyun Hae, un fermier coréen dont le droit à vivre avec dignité a été détruit par l’OMC. M. Lee s’est sacrifié en 2003 pour dénoncer de manière radicale les responsables de la disparition des économies paysannes à travers le monde.

Cette année, en 2015, l’organisation mondiale du commerce va de nouveau frapper en promettant d’imposer « tous les aspects du paquet de Bali ». Le tueur multilatéral de paysans organisera sa 10e Conférence Ministérielle à Nairobi, au Kenya, du 15 au 18 décembre 2015. A l’ordre du jour : d’avantage de libéralisations des échanges commerciaux, avec des entreprises agro-industrielles ayant pour objectif de mettre fin aux quelques politiques publiques qui continuent de protéger les systèmes alimentaires de certains pays.

La Via Campesina continue de croire dur comme fer que l’OMC est une organisation au service des pays « développés » et des sociétés transnationales, qui impose des règles de libre-échange qui ne bénéficient qu’aux pays riches et concentrent encore plus de richesse entre les mains d’une minorité. Les résultats de la dernière Ministérielle de l’OMC (2013), appelés par commodité « Paquet de Bali » furent considérés comme une victoire par l’OMC pour avoir débloqué une série de négociations au point mort sur les échanges, dans l’agriculture et le développement. De son côté, La Via Campesina dénonce cette soi-disant « victoire » pour l’OMC et les multinationales car celle-ci se fait aux dépens de la majorité mondiale la plus pauvre. Alors que les paysans et les paysannes à travers le monde s’organisent pour atteindre la souveraineté alimentaire – en demandant à ce que les gouvernements nationaux soutiennent et défendent leurs communautés rurales, leurs systèmes de production et moyens d’existence – de puissantes voix à l’intérieur de l’OMC comptent en finir avec cette soi-disant « clause de paix » qui « autorise » les gouvernements nationaux à protéger leurs systèmes agricoles et alimentaires.

La Via Campesina continue de croire dur comme fer que l’OMC est une organisation au service des pays « développés » et des sociétés transnationales, qui impose des règles de libre-échange qui ne bénéficient qu’aux pays riches et concentrent encore plus de richesse entre les mains d’une minorité.

La Via Campesina réaffirme sa position sur le fait que l’OMC est une institution ratée et délégitimée, essayant désespérément de se relancer avec ce « Paquet de Bali » au prix très élevé de la souveraineté alimentaire, des moyens de survie, des emplois et du futur des peuples et de la planète. La Via Campesina réaffirme sa position sur le fait que l’OMC est une institution ratée et délégitimée, essayant désespérément de se relancer avec ce « Paquet de Bali » au prix très élevé de la souveraineté alimentaire, des moyens de survie, des emplois et du futur des peuples et de la planète. La Via Campesina réitère donc son appel pour une Fin de l’OMC et de la tyrannie du régime de libre-échange. Nous allons redoubler d’efforts dans la lutte contre les systèmes dirigés par les multinationales et nous continuerons à mettre en avant les alternatives populaires.

En décembre, La Via Campesina se mobilisera de manière décentralisée dans le but de faire pression sur les gouvernements nationaux et afin de les éloigner de cet ordre du jour de libre-échange. Nous serons également présents dans les rues du Kenya pour soutenir nos frères et sœurs d’Afrique et du monde entier, qui manifesteront contre l’OMC à Nairobi. Nous invitons tous ceux et celles qui luttent contre l’OMC à envoyer par email leurs plans d’action à l’adresse suivante [nomorewto.kenya.lvc@gmail.com] pour que cette 10e Conférence Ministérielle de l’OMC soit aussi sa dernière.

Source : La Via Campesina

 

Photo d'un paysan cubain.

Formation et rencontre internationale d’Agroécologie à Cuba en novembre 2015

 

Aux membres et ami(e)s de l’Union Paysanne,

Voici une invitation à participer à une série d’événements en agroécologie organisée par l’Asociación Nacional de Agricultores Pequeños (ANAP-Vía Campesina, Association nationale des petits agriculteurs) de Cuba et La Via Campesina :

  • 15 au 20 Novembre 2015 : 1 er Atelier sur l’agriculture familiale paysanne et autochtone donnée par l’ANAP.
  • 22 au 27 Novembre 2015 : 5e Rencontre internationale sur l’agroécologie, l’agriculture durable et le coopérativisme.
  • 30 Novembre au 4 décembre 2015 : Formation sur la méthode d’enseignement « Paysan-à-Paysan » donnée par La Via Campesina

 

Ci-dessous, vous trouverez plus de détails sur le contenu de cette invitation.

Toute personne intéressée à faire partie de la délégation de l’Union Paysanne, à l’un ou l’autre de ces 3 événements, est invitée à nous écrire par courriel le plus tôt possible, afin que nous puissions former le groupe et planifier une rencontre préparatoire dans les semaines à venir.

 

Colette Lavergne
Membre du Comité international et du Comité de coordination de l’Union paysanne
Vice-présidente du Centre paysan

 

Photo d'un paysan cubain.

 


 

Sur la méthode de paysan à paysan

La méthode de « Paysan à Paysan » (PàP) est la méthode la plus fructueuse de promotion et de partage d’innovations paysannes et d’apprentissage horizontal. Alors que les paysans innovent et partagent depuis des temps immémoriaux, la version la plus actualisée et formalisée a été développée au Guatemala et diffusée dans l’ensemble de la Méso – Amérique au début des années 1970.

PàP est une méthodologie de communication horizontale fr eiréenne (du pédagogue Paulo Freire), ou méthodologie de transformation sociale, basée sur les paysans promoteurs qui ont développé des solutions novatrices à des problèmes communs à un grand nombre d’agriculteurs, ou ont récupéré / redécouvert des solutions traditionnelles anciennes, et qui appliquent des méthodes d’éducation populaire pour partager avec leurs pairs en utilisant leurs propres parcelles comme salles de classe.

Un élément fondamental de la méthode PàP est que les paysans et paysannes ont beaucoup plus de chances de croire et d’imiter leurs camarades paysans qui utilisent avec succès une technique donnée sur leur propre ferme qu’un agronome souvent d’origine urbaine qui leur présente oralement une innovation. Il est de loin préférable qu’ils et elles puissent visiter les parcelles de leurs pairs pour voir de leurs propres yeux les solutions mises en pratique.

Comme le disent si bien les paysans et paysannes cubains : « lorsque le paysan voit, il croit. », La PàP est une méthode participa tive, basée sur la culture, les conditions et les besoins locaux des gens qui libère les connaissances, l’enthousiasme et la participation pour découvrir, reconnaître et socialiser les riches connaissances sur l’agriculture paysanne et communautaire liées à des conditions et identités historiques spécifiques de manière à ce qu’ils puissent en tirer profit.

 


 

 

Affiche-France-COP

L’agriculture paysanne est une vraie solution à la crise climatique

Appel à l’action de la Via Campesina pour la COP21 à Paris.

Les perturbations climatiques ont, une fois de plus cette année, causé des famines importantes, des migrations et une dégradation des conditions de vies pour des millions de familles des zones rurales, spécialement des femmes et des jeunes. Alors que les petits paysan-ne-s partout dans le monde produisent la nourriture consommée par une grande majorité de la population, les glaciers fondent à une vitesse alarmante, de nombreuses espèces animales et végétales disparaissent chaque jour, les îles et les nations sont petit à petit envahies par les océans, les sols s’érodent, les forêts brûlent et les catastrophes comme les ouragans, les tornades, les tremblements de terre et les tsunamis deviennent presque des faits divers.

Pendant ce temps, le système alimentaire mondial imposé aux peuples par les compagnies multinationales est non seulement un échec total mais aussi une des principales causes de la crise climatique induite par l’humain. La dépendance des combustibles fossiles pour produire, transformer et transporter est responsable selon les estimations de 44 à 57% des émissions à effet de serre au niveau mondial1. Au lieu de produire une alimentation nutritive pour les peuples du monde, les entreprises multinationales ont généré de la faim et de l’obésité, de l’accaparement des terres et un exode rural, et une crise climatique qu’ils espèrent résoudre par de fausses solutions vendues aux Nations unies.

Plus de vingt ans depuis Rio (1992) et Kyoto (1997), les gouvernements n’ont cessé de se rencontrer pour leurs Conférences des Parties (COP) dans le cadre de la Convention-Cadre des Nations unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC – UNFCCC). Ils n’ont à aucun moment réussi à protéger et à améliorer les droits humains de leurs citoyen-ne-s, y compris le droit à l’alimentation car ils ont envoyé aux différentes discussions climatiques des délégations qui ont toutes privilégié les intérêts du secteur privé au détriment des intérêts du bien-être public. Les accords et les négociations précédentes sont passés d’accords obligatoires ou contraignants à de simples promesses qui ne seront pas tenues. En même temps, les entreprises multinationales se sont assurées de l’appui politique de gouvernements cooptés pour garantir que leurs intérêts fassent partie des stratégies de fond de ces accords. Les marchés du carbone, les soi-disant Mécanismes de Développement Propre (Clean Development Mechanisms – CDMs), REDD et REDD+, les bioénergies, les agro-carburants ainsi que les paquets agricoles de l’agrobusiness appelés « sensibles au climat » sont quelques unes des propositions trompeuses maintenant sur la table. Au lieu de résoudre les problèmes, ces fausses solutions ne font que les aggraver. Au lieu de plafonner les émissions, ils créent des marchés artificiels et des opportunités pour que les gros pollueurs continuent à polluer et ne fassent quasiment rien pour réduire les effets des dérèglements climatiques. En défendant les intérêts du capitalisme et la privatisation des ressources naturelles, les entreprises multinationales mettent en danger la vie des citoyen-ne-s, des petits paysan-ne-s et des communautés indigènes dont les moyens de subsistance dépendent de la nature.

Quand on parle d’alimentation et d’agriculture, il est clair que l’agriculture paysanne et les systèmes alimentaires locaux ont démontré leur capacité à nourrir les peuples depuis des siècles. Selon le Programme pour l’Environnement des Nations unies, le Fond International pour le Développement Agricole, la FAO et le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, les petits paysan-ne-s produisent aujourd’hui jusqu’à 80% de la nourriture dans les pays non industrialisés (là où vit la majorité de la population). Voilà pourquoi, à la Via Campesina, nous déclarons une fois de plus que la Souveraineté Alimentaire, basée sur l’agroécologie paysanne, les connaissances traditionnelles, la sélection, conservation et partage de semences adaptées localement et le contrôle de nos terres, eaux et territoires, est une solution réelle, viable et juste à la crise climatique mondiale principalement produite par les multinationales. Afin de mettre en œuvre la souveraineté alimentaire nous avons besoin de changements profonds. Nous avons besoin, entre autres, de réformes agraires intégrales, de marchés publiques pour la production paysanne et de l’arrêt des accords désastreux de libre commerce promus par les entreprises multinationales. En bref, nous avons besoin de justice, à la fois sociale, économique, politique et climatique.

Dans la course vers la COP21, prévue du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris (France), des promesses commencent à fuser qui prétendent arriver à «un accord universel et juridiquement contraignant». Nous, à la Via Campesina, représentant plus de 200 millions de paysan-ne-s au sein de plus de 150 organisations, appelons les gouvernements qui se rencontreront à la COP21, à prioriser les besoins des peuples et non les intérêts des entreprises et à trouver un accord pour de réelles solutions climatiques en incluant les systèmes alimentaires paysans qui refroisissent la planète. Les solutions des entreprises sont de fausses solutions qui ne résoudront en rien la crise climatique. Nos solutions sont réelles et doivent être priorisées par les Nations unies. Pour garantir que notre voix soit entendue, nous allons nous mobiliser en alliance avec des millions de migrantes, de paysannes, de travailleures, les femmes, les jeunes, les étudiantes et militants pour la justice climatique dans les rues du Paris.

Nous appelons tous les mouvements sociaux, les organisations populaires, la société civile et les activistes du monde entier à se mobiliser dans le contexte de la COP 21 et à venir en masse à Paris mais aussi de façon décentralisée afin de mettre en avant nos propositions et de dire notre désaccord total avec les fausses solutions que les multinationales ont insérées dans celles de la CCNUCC (UNFCCC). Les gouvernements et leurs délégations traînent les pieds depuis trop longtemps déjà et ils doivent maintenant répondre aux besoins et aux attentes des peuples du monde. C’est le moment de définir de vraies solutions pour la souveraineté alimentaire et de stopper la main mise des entreprises sur le CCNUCC (UNFCCC).

 

Dates clefs à retenir

[28/29 Novembre] Mobilisations de Masse Initiales pour la Justice Climatique

[29 Novembre] Mobilisations Décentralisée Mondial pour la Justice climatique

[5/6 Décembre] Village Mondial / Foire aux Alternatives Populaires

[9 Décembre] “Journée de l’Agriculture Paysanne et de la Souveraineté Alimentaire”

[12 Décembre] “Dernier Mot” Mobilisation de Masse pour la Justice Climatique

LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE EST UNE VRAIE SOLUTION À LA CRISE CLIMATIQUE GLOBALE

L’AGROÉCOLOGIE PAYSANNE NOURRIT LE PEUPLE ET REFROIDIT LA TERRE

LA JUSTICE CLIMATIQUE INCLUT LES MIGRANTS, LES JEUNES ET LES FEMMES

 

Source : L’agriculture paysanne est une vraie solution à la crise climatique. (viacampesina.org)

 

Agroécologie : la voie paysanne

Du 11 au 13 juin 2015, des délégués paysans d’Afrique, d’Asie, d’Europe et des Amériques se sont réunis à Cantabria, dans une magnifique région montagneuse du nord de l’Espagne, pour une première réunion de travail du réseau des écoles d’agroécologie du mouvement paysan international La Via Campesina.

 

Lors de la rencontre, chaque délégué a présenté les écoles d’agroécologie de sa région en décrivant notamment le type de cours offerts, la philosophie et les méthodes pédagogiques privilégiées, les résultats accomplis et les défis. Les faiblesses, menaces, forces et opportunités de l’agroécologie ont également été discutées. Le principal résultat de la rencontre est un accord autour de la proposition de créer un groupe de travail « écoles d’agroécologie et articulation des processus de formation » au sein du collectif international d’agroécologie et semences paysannes de La Via Campesina. Chaque région désignerait une personne qui participera à ce nouveau groupe de travail. Cette proposition sera acheminée au Conseil de Coordination International (CCI) de La Via Campesina par les deux membres de la CCI qui participent au collectif international d’agroécologie et semences paysannes.

 

Aux quatre coins du monde, les écoles d’agroécologie initiées par des organisations membres de LVC misent sur la formation politique et technique, la méthodologie de paysan-à-paysan ainsi que la revalorisation de la paysannerie et son savoir-faire pour transformer le modèle agricole dominant. En tant que membre de La Via Campesina (LVC), qui signifie en espagnol « La voie paysanne », l’Union paysanne soutient l’intégration du Centre paysan au réseau des écoles d’agroécologie. Le Centre paysan vient d’annoncer sa première offre de formations depuis sa remise sur pied en mai 2014 sous forme de coopérative de solidarité. En tant que membre de l’Union paysanne et du Centre paysan, j’ai eu l’opportunité de représenter les deux organisations à la réunion, de présenter le travail du Centre paysan et de partager notre enthousiasme à l’idée de rejoindre ce réseau qui ne cesse de grandir. J’ai également présenté les projets d’agroécologie inspirants que mènent actuellement des organisations membres de LVC aux États-Unis.

 

Aux quatre coins du monde, les écoles d’agroécologie initiées par des organisations membres de LVC misent sur la formation politique et technique, la méthodologie de paysan-à-paysan ainsi que la revalorisation de la paysannerie et son savoir-faire pour transformer le modèle agricole dominant. Le but de LVC et de ses écoles est véritablement de soutenir l’émergence et le maintien des fermes paysannes et agroécologiques afin que leur contribution à nourrir la population mondiale et à préserver les ressources comme la terre, les semences, l’eau et la diversité biologique soit reconnue comme essentielle et donc soutenue adéquatement par des politiques publiques en vue de réaliser la souveraineté alimentaire. Bref, ces écoles sont en quelque sorte le bras éducationnel d’organisations paysannes travaillant au niveau politique et populaire à l’obtention du cadre (législatif, politico-économique, social, culturel) le plus favorable au maintien et à l’essor de la paysannerie.

 

À l’époque, tout syndicat agricole avait ses « agitateurs » qui parcouraient les villages, convoquaient et animaient des assemblées publiques pour créer une masse critique influente autour d’enjeux affectant les agriculteurs et leurs familles. Aujourd’hui, les syndicats agricoles canadiens démontrent une excellente analyse des politiques publiques, et si leur influence, c’est-à-dire leur capacité et efficacité de lobby, auprès des dirigeants politiques varie d’organisation en organisation, la tendance généralisée est à la baisse du nombre d’agriculteurs et donc au rétrécissement de la base des organisations agricoles.

 

En revalorisant la paysannerie et le partage horizontal de savoirs-faire traditionnels et innovants, l’agroécologie paysanne construit un mouvement exponentiel et organisé de paysans-formateurs. Mais avec la vague de « repaysannisationi » qui déferle à l’échelle mondiale depuis quelques années, où de plus en plus de jeunes et nouveaux agriculteurs reviennent à la terre en quête d’autonomie, la base potentielle s’élargit de nouveau. Cependant, si la culture politique et organisationnelle n’est pas transmise, elle se perd dans le vide intergénérationnel creusé entre des agriculteurs majoritairement âgés d’une cinquantaine d’année et des « néo-agriculteurs » qui ont en moyenne 38 ans et n’ont pas grandi sur une ferme (68%)ii. L’enseignement de l’agroécologie paysanne telle que portée par les organisations et écoles de LVC fait une place centrale à la mémoire, l’histoire, les leçons et la culture des luttes menées, gagnées ou perdues, des politiques et de leurs impacts, des pédagogies de sensibilisation et de conscientisation populaires, de l’organisation du travail coopératif, communautaire et syndical.

 

Aux côtés des formations axées uniquement sur les connaissances techniques, la spécificité des écoles d’agroécologie de LVC est donc notamment d’offrir un volet de formation politique visant à former des acteurs de changement dans la société, et plus spécifiquement des leaders et organisateurs rassembleurs dans leurs communautés et leurs organisations paysannes. Ce processus de transformation social est fondé sur la méthodologie de paysan-à-paysan qui rompt complètement avec les modèles imposant des savoirs de l’extérieur et/ou d’en-haut aux individus, par la professionnalisation des formateurs et/ou la hiérarchie des savoirs. En revalorisant la paysannerie et le partage horizontal de savoirs-faire traditionnels et innovants, l’agroécologie paysanne construit un mouvement exponentiel et organisé de paysans-formateurs.

 

Le modèle d’agroécologie développé par l’organisation paysanne cubaine ANAP a fait ses preuves et continue d’inspirer les nouvelles écoles du réseau des écoles d’agroécologie de LVC. En 2013, l’Union paysanne a envoyé 7 délégués à la rencontre internationale d’agroécologie bi-annuelle de l’ANAP, suivie d’une formation de La Via Campesina sur la méthodologie de paysan-à-paysan. Le comité international de l’Union paysanne s’apprête, en collaboration avec le Centre paysan, à y envoyer une nouvelle délégation cet automne et nous espérons avoir des représentants de toutes les régions du Québec. Restez à l’affût!

 

En savoir plus

 

Références

i : Lecture sur le sujet:  Van der Ploeg Jan Douwe (2014). Les Paysans du XXIe siècle: Mouvements de repaysannisation dans l’Europe d’aujourd’hui. ECLM,  214 pages.

ii : Ces chiffres sont le résultat d’un sondage effectué par la Coalition pancanadienne pour les nouveaux fermiers et les nouvelles fermières qui fut circulé aux membres de l’Union paysanne et à laquelle l’aile jeunesse de l’Union paysanne participe. Pour en savoir plus sur leur démarche : nfu.ca/blog/new-farmer-coalition-survey

 

SW photo spain

par Stéphanie Wang
Membre du Comité international de l’Union paysanne
Membre du Conseil d’administration du Centre paysan

 

Multinationales

Le pouvoir des multinationales et leur impunité étouffent la voix des peuples

MultinationalesHarare, 9 juillet 2015. LVC dénonce le fait que les processus législatifs et de politiques internationales, qui devraient être vus comme des décisions démocratiques et citoyennes, sont de plus en plus dominés par les intérêts des grandes multinationales et cela avec la complicité des classes gouvernantes.1 De plus, on constate une forte tendance à criminaliserles populations qui luttent pour leurs droits ainsi qu’une impunité structurelle pour les crimes commis par ces mêmes multinationales.

Au niveau international, régional, national et local, nous observons que de plus en plus, les cadres législatifs se conçoivent, s’interprètent et se mettent en œuvre en fonction des intérêts des grandes entreprises et des multinationales, malgré la résistance des mouvements et des organisations qui défendent d’autres voies et l’intérêt général. A cela s’ajoute un manque de transparence vis-à-vis de la société civile.

Il est évident que les accords commerciaux internationaux avec des mécanismes de protection des investissements, la dérégulation du commerce et de la production et l’abandon de critères sociaux et sanitaires comme on peut le voir de façon flagrante dans les accords comme le TTIP, TPP, CETA, TISA et les APEs répondent aux demandes pressantes des multinationales et non pas aux intérêts des populations.

On crée aussi une confusion permanente du rôle des organisations qui représentent la société civile et l’intérêt public et des entités qui défendent les intérêts du secteur privé. Les multinationales sont traitées de la même façon que les organisations de la société civile alors qu’en fait, elles ne représentent personne et ne cherchent qu’à défendre les intérêts de leurs actionnaires. Ceci réduit l’espace public de manière considérable.

On crée et on appuie davantage des entités mixtes, des tables rondes ou des plateformes regroupant différents acteurs comme les instances gouvernementales, les organismes de recherche, les bailleurs, les ONGs et les organisations de la société civile alors que l’autonomie des mouvements sociaux n’est pas garantie et encore moins soutenue. Ces espaces poussent à des positions diluées et occultent les réalités du terrain. Un exemple clair est celui de l’ILC (International Land Coalition – Coalition internationale pour la terre) qui est une organisation qui compte sur des fonds de plus en plus importants ces dernières années et qui se présente, de façon opportuniste, à la fois comme un organisme de recherche, un bailleur et un représentant de la société civile. Or, le travail de ILC sert principalement à mitiger les effets négatifs de l’accaparement des terres plutôt que d’arrêter les accaparements eux-mêmes.

Comme mouvement social de paysans, de travailleurs agricoles, de paysans sans terre et de peuples indigènes nous sommes confrontés à une vision du monde réductrice et complètement capitaliste, basée sur un paradigme de croissance à tout prix, sur un marché qui dirige et résout tout et sur un modèle occidental imposé. Ce modèle comprend la privatisation et la marchandisation des biens communs et des droits de base comme l’eau et l’alimentation. Il inclut aussi le mépris pour les mouvements sociaux et un culte à l’entreprise comme l’unique acteur « utile » de la société. La chasse au bénéfice privé est l’élément dominant dans la prise de décision et dans la vision du monde. C’est une vision patriarcale, capitaliste, individualiste et occidentale du bien-être qui est promue et qui mène à une uniformité sur un marché mondialisé. Dans cette vision, le rôle et la responsabilité des Etats sont de plus en plus limités et superflus. Ceci réduit de manière considérable la capacité d’influence et d’incidence démocratique des acteurs de base.

De nouveaux marchés sont créés pour soi-disant résoudre les problèmes que ce marché a créés. C’est ce que l’on voit dans l’exemple des marchés carbones (REDD) qui ont généré de la spéculation foncière, des évictions de communautés et une plus grande contamination en lieu et place de la réduction des émissions carbones recherchée. On propose des solutions technologiques comme les transgéniques et des fertilisants sans prendre en compte une analyse du pouvoir et des intérêts actifs et sans vision à long terme. Le marché d’un cadastre social pour les populations affectées par les barrages montre que les problèmes sociaux sont aussi gérés comme un marché. Nous mentionnons également les partenariats public-privé (PPP) où les entreprises remplacent les Etats dans des constructions obscures qui ne profitent qu’aux entreprises. La terre, l’eau, les semences et nos terroirs, biens communs gérés par les communautés, deviennent des marchandises sous le diktat du titre foncier, du brevetage du vivant via des lois foncières et semencières diligentées, dépossédant les peuples de leurs droits, qui sont les garants de l’avenir de la planète et de l’humanité.

Des initiatives sous prétexte de « lutter contre la faim dans le monde » se mettent en place avec la complicité des Etats occidentaux et des pressions sur de nombreux Etats comme la Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (NASAN) soutenue par le G8 ou l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) qui s’inscrivent insidieusement dans les programmes de développement agricole nationaux et sous-régionaux pour imposer un modèle agricole occidentale et introduire des OGMs et des produits prohibés dans les pays et s’accaparer de leurs ressources naturelles comme la terre et l’eau.

Il existe un manque permanent de solutions structurelles et durables, à cause de la pression pour maintenir un statu quo et par crainte de limiter les bénéfices de quelques uns.

Nous vivons une augmentation de la criminalisation des syndicalistes, des activistes de l’environnement et des paysan(ne)s qui luttent pour leurs droits ou pour le droit de la nature. Rien qu’au Honduras, il y a des centaines de paysans et de paysannes en procès pour défendre leurs droits. Les violences contre les défenseurs de l’environnement ont augmenté de manière exponentielle ces dernières années.2

Nous soulignons l’importance d’ouvrir aux organisations de base les espaces où les normes internationales sont discutées et adoptées et de développer des mécanismes de consultation transparente, d’information et de divulgation conduits par les mouvements eux-mêmes. Nous mentionnons ici la Déclaration des Droits des paysans et des travailleurs ruraux qui se développe au sein du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies comme un exemple positif.3

Nous avons besoin de nouveaux processus de démocratie participative, transparente qui partent de la base (national, régional et mondial) pour appliquer la souveraineté des peuples dans le monde d’aujourd’hui et non pas leur oppression.

Nous avons besoin de mécanismes régionaux et internationaux contraignants pour arrêter les crimes contre l’humanité commis par les multinationales. Dans ce sens, nous accueillons positivement l’initiative du Conseil de Droits de l’Homme qui s’est fixé comme objectif un Traité contraignant pour punir les crimes des multinationales et nous soutenons la campagne pour le Démantèlement du pouvoir du secteur privé.4

Nous reconnaissons que le rôle de l’État est de représenter les intérêts des peuples. Donc, l’État a le devoir de s’opposer à tout politique ou traité international qui mine les droits humain ou sa propre souveraineté. Il est essentiel de soutenir la souveraineté et la responsabilité des Etats au lieu de les saper au niveau international.

La Via Campesina défend la souveraineté alimentaire comme une utopie rebelle à ce système exploiteur. Nous construisons nos alternatives dans la solidarité, chaque jour, depuis la base.

1 https://www.tni.org/en/briefing/state-power-2014#infographics
2 http://www.democracynow.org/2015/4/22/how_many_more_116_environmental_defenders
3 http://defendingpeasantrights.org/
4 http://www.stopcorporateimpunity.org/

 

Union-Paysanne-PTP

Au Japon, en Corée et au Canada, les agriculteurs rejettent le Partenariat transpacifique


Communiqué de presse conjoint contre le Partenariat transpacifique

Le 15 juin 2015.

Union-Paysanne-PTPNous, les membres de La Via Campesina sur les deux rives de l’Océan pacifique, nous exprimons conjointement notre opposition au Partenariat transpacifique (PTP). Ce soi-disant partenariat est en fait une extension des politiques néolibérales que mettent de l’avant les sociétés transnationales (STN) avec l’appui des gouvernements à leur service.

Les politiques néolibérales et les traités de libre-échange ont déjà causé des dommages catastrophiques pour les paysans et paysannes, les familles et travailleurs agricoles, lesquels sont de plus en plus à la merci des sociétés transnationales. Le contrôle croissant qu’exercent ces sociétés sur les marchés de biens mondiaux menace les moyens d’existence des paysans, des familles agricoles et des travailleurs agricoles, le bien-être des communautés indigènes et la santé des consommateurs. Leur pouvoir constitue un affront à la souveraineté alimentaire et à la justice sociale, et une menace à l’intégrité écologique.

Plus de vingt années de traités de libre-échange néolibéraux l’ont démontré, la croissance des exportations agricoles ne sert qu’à gonfler les profits des sociétés transnationales; elle n’augmente pas les revenus nets des paysans et fermiers. Plus de vingt années de traités de libre-échange néolibéraux l’ont démontré, la croissance des exportations agricoles ne sert qu’à gonfler les profits des sociétés transnationales; elle n’augmente pas les revenus nets des paysans et fermiers.

De plus, le PTP n’est pas un simple traité de libre-échange. Ses dispositions portent atteinte à la souveraineté nationale des pays concernés, en soumettant leurs citoyens et citoyennes aux règles dictées par les sociétés transnationales, et en causant la détérioration des conditions de vie de la grande majorité de la population – tout particulièrement les familles agricoles, les travailleuses et travailleurs et les petits entrepreneurs.

En renforçant les droits de propriété intellectuelle des sociétés pharmaceutiques, le traité priverait les pauvres de médicaments sur ordonnance. Les dispositions relatives au règlement des différends entre investisseurs et États permettraient aux sociétés de poursuivre les gouvernements nationaux pour de prétendues pertes de profits, ce qui forcerait la modification, ou même l’abandon, des programmes de santé, environnementaux et sociaux.. Les dispositions sur la concurrence, les entreprises de l’État et l’approvisionnement des gouvernements empêcheraient les pays membres de mettre en œuvre des politiques économiques adaptées à leur situation spécifique.

L’opposition croissante du public, qui devient de plus en plus conscient du caractère dangereux des dispositions du Traité transpacifique, a jusqu’à maintenant empêché la conclusion de l’accord entre les négociateurs. Le temps est venu d’arrêter les négociations. Au Japon, en Corée, au Canada et partout au monde, il est devenu urgent de mettre fin aux politiques et pratiques néolibérales et de construire un système d’échange international alternatif basé sur la souveraineté alimentaire, la protection de l’environnement et le bien-être de nos peuples.

 
Globalisons la lutte — Globalisons l’espoir!

 
Union Paysanne, Québec, Canada
National Farmers Union (NFU), Canada
Ligue paysanne de Corée (KPL), Corée du Sud
Association des femmes paysannes de la Corée (KWPA), Corée du Sud
Mouvement des familles agricoles du Japon (NOUMINREN), Japon

 

Pièce-jointe : declaration-conjointe-PTP-francais.pdf

 

17-avril-2015-journee-des-luttes-paysannes

17 avril 2015 : Journée internationale des luttes paysannes contre les transnationales et les traités de libre-échange

La Via Campesina internationale a défini le 17 avril  comme étant – la Journée internationale des Luttes paysannes –  afin de rendre visible et de dénoncer la criminalisation des manifestations, persécutions et violences auxquelles doivent faire face quotidiennement les paysannes et paysans à cause du développement du modèle néolibéral et de l’agrobusiness dans les campagnes. Pour le mouvement paysan international, il est urgent d’accélérer l’approbation de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales car il s’agit d’un outil de lutte permettant de garantir une vie digne dans les campagnes.

Le 17 avril 2015, La Via Campesina internationale concentrera sa mobilisation sur les impacts des entreprises transnationales et les traités de libre échange affectant l’agriculture paysanne et la souveraineté nationale.  C’est pourquoi, au cours de cette journée d’action mondiale, nous appelons à renforcer la lutte sociale et l’organisation des peuples du monde afin de revendiquer la réforme agraire  ainsi que le droit ancestral à la terre et aux territoires qui sont les deux conditions indispensables pour une agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire des peuples.

Depuis 1996 – en mémoire du massacre des 19 paysans sans-terre du Brésil – dans le mouvement paysan international, cette journée d’action s’est amplifiée et renforcée, avec une mobilisation à niveau mondial, consolidant la solidarité et la résistance tout en intensifiant les alliances entre la campagne et la ville au bénéfice d’un projet de société fondé sur la justice sociale et la dignité des peuples.

Nous, paysannes et paysans, peuples autochtones, afro-descendants, sans-terre, luttons pour un modèle d’agriculture paysanne et souverain, alors que les Traités de libre-échange ne sont constitués que de traités de libre pillage, d’expulsion et d’extinction de la paysannerie. En effet, ils sont fondés sur une agriculture capitaliste, industrielle, subventionnée et hautement toxique, négociée sous l’influence et selon les intérêts de quelques entreprises transnationales.

Pour La Via Campesina, les politiques d’ouverture et les processus de dérégulation ne font que favoriser  ces transnationales, du fait que ces traités et accords commerciaux, qu’ils soient multilatéraux ou bilatéraux, cherchent fondamentalement à protéger les entreprises étrangères en établissant un ensemble de conditions, de mesures et de règles assurant l’entière protection des investissements desdites entreprises. Par contre, cette libéralisation du marché occasionne des impacts économiques et sociaux sévères sur les communautés paysannes tant dans le Nord que dans le Sud.  Avec les traités de libre-échange, les droits commerciaux ont la priorité sur tous les autres droits.

A titre d’exemple, il y a actuellement un débat à propos des Accords de libre-échange et de libéralisation de l’investissement entre l’Union Européenne et les Etats Unis, l’Union Européenne et le Canada,  qui seront les plus importants jamais signés. Ces accords auront un impact mondial et détermineront de nouvelles normes en faveur des transnationales. Ces dernières disposeraient alors d’instruments pouvant manipuler toutes les réglementations, normes et politiques publiques en vue d’augmenter leurs bénéfices: le mécanisme de Résolution de conflits entre investisseurs et Etats (RCIE) et le Conseil de coopération règlementaire. Les Etats, les régions et les communautés perdraient donc leur pouvoir de protéger les citoyens et leur environnement.

Pour ce motif, nous dénonçons l’arbitrage, mécanisme utilisé par ces entreprises transnationales qui constitue une sorte de mondialisation, « transnationalisation » et privatisation du système judiciaire où les entreprises privées dictent les normes, étant une stratégie visant à affaiblir les Etats et les souverainetés nationales. Dans le cas de la tristement célèbre Organisation mondiale du commerce (OMC), qui essaye de se renouveler pour ne pas perdre complètement sa pertinence, il y aura cette année  une nouvelle offensive contre les systèmes nationaux de production, distribution et stockage des aliments, cherchant à affaiblir les systèmes publics de protection pour la population.

En cette Journée d’Action mondiale, La Via Campesina lance un appel à ses organisations, alliés et amis pour réaliser une série d’actions dans leurs pays et territoires ayant pour but de renforcer cette lutte globale. Ces activités pourront être des manifestations, occupations de terres, échange de semences, foires de la souveraineté alimentaire, forums, activités culturelles, etc.

Veuillez nous faire parvenir toutes les informaitons concernant ces activités afin que nous puissions faire connaître au plus grand nombre cette journée mondiale de lutte. Nous allons publier une carte des actions se déroulant partout dans le monde sur www.viacampesina.org

Globalisons la lutte, globalisons l’espoir!

Pour la Souveraineté alimentaire des peuples

contre les Transnationales et les Traités de libre-échange!

 

Source : La Via Campesina

 

Agriculture paysanne durable – Déclaration de la rencontre sur l’Agroécologie de fermier à fermier


Fellsmere et Florida City, Floride – 12 au 16 février 2015

Nous sommes 55 personnes de 19 organisations de 4 pays – États-Unis, Canada, Porto Rico et Brésil, et nous sommes des origines suivantes : Mexicaine, Mexicaine-Américaine, Guatémaltèque, Salvadorienne, Chilienne, Afro-Américaine, Amérindienne, Portoricaine, Brésilienne, Canadienne, et d’Amérique du Nord.  Nous sommes travailleurs agricoles, de fermes familiales et paysannes, technicien-ne-s d’organisations membres de La Via Campesina, aussi bien que des allié-e-s d’autres organisations de fermiers, d’ONGs, étudiant-e-s et universitaires, interprètes et autres supporteur-e-s.

Nous nous sommes rassemblé-e-s aux Campesinos’ Community Gardens à Fellsmere et Florida City en Floride du 12 au 16 février 2015 pour tenir la Première Rencontre d’Agroécologie de Paysan à Paysan dans la région Amérique du Nord de La Via Campesina.

Cette rencontre, organisée conjointement par des organisations membres de La Via Campesina, la Farm Workers Association de Floride et la Rural Coalition, a rendu possible un échange de connaissances et d’apprentissage collaboratif incluant le partage de sagesse traditionnelle, de respect pour la Terre Mère, et a stimulé les contributions vitales de femmes et de jeunes.

Nous comprenons que depuis des centaines et centaines d’années, l’agriculture familiale, les paysan-ne-s, travailleurs et travailleuses agricoles à travers le monde ont développé, à travers la pratique directe, ce qui sont maintenant des techniques ancestrales utilisées par les paysan-ne-s et pour prendre soin de la terre, supportant sa fertilité en nourrissant et alimentant le sol avec immense amour et affection.  Un peu plus de 50 ans d’agribusiness ont instillé en nous le grand mensonge voulant que nous devions utiliser des agrochimiques toxiques pour améliorer la production, faisant en sorte que les nouvelles générations ont perdu ces pratiques ancestrales.  La société dominante a aussi instillé en nous la conception qu’être paysan-ne ou travailleur-euse agricole est honteux.  Nos jeunes commencent à voir tout ça avec de nouveaux yeux.  Nous devons apprendre à nos enfants qu’ils devraient être fiers d’être paysan-ne ou travailleur-euse agricole.

Cette Rencontre a renforcé notre engagement envers, et notre croyance en l’agroécologie en tant que processus transformatif et comme fondation pour construire la souveraineté alimentaire et pour guérir et protéger la Terre Mère.  Cela a aussi renforcé notre confiance en le travail collectif comme fondation de la lutte pour la justice sociale et économique et la justice écologique et environnementale.  En travaillant avec ces concepts et principes, nous créons des changements à travers lesquels la terre et les peuples sont encore connectés en harmonie.

Menaces et Défis à l’Agriculture Paysanne Agroécologique et à la Souveraineté Alimentaire

Notre région fait face à des défis et menaces qui sapent la souveraineté alimentaire et le bien-être de nos familles et communautés, violant nos droits en tant que travailleur-euse-s, et causant de graves dommages à la terre, au sol, à l’environnement et la Terre Mère.

Nous reconnaissons que la principale menace aux droits des paysan-ne-s et le système alimentaire global, contrôlé par les corporations multinationales, basé sur l’agriculture industrialisée et rendue possible par les injustes accords de libre-échange, qui est aussi subventionné par les gouvernements qui ne servent que les intérêts des corporations et des élites.  Ce système exploite les travailleur-euse-s agricoles et n’enrichit qu’un petit nombre.  Les émissions incontrôlées de gaz à effet de serre du système alimentaire global contrôlé par les corporations blessent la terre et changent le climat.

Nous affrontons des corporations multinationales qui veulent imposer les semences génétiquement modifiées et augmenter la dépendance envers les agrochimiques toxiques, néfastes pour la santé des travailleurs agricoles et des consommateurs.  De même nous confrontons nos agences gouvernementales qui conspirent avec les multinationales, comme Monsanto, pour imposer les semences OGM.  Ce semences menacent l’intégrité de nos variétés locales et la santé de nos familles et communautés.  Pendant que nos sols, rivières, agro-écosystèmes et forêts sont de plus en plus dégradés par l’agriculture industrielle, et toujours en perte de biodiversité et de production locale de semences et les coûts de la production conventionnelle basée sur le modèle de la « Révolution Verte » continuent d’augmenter.

Faisant face à ces sérieuses barrières à l’agriculture agroécologique paysanne et à la souveraineté alimentaire, nous membres d’organisations appartenant à La Via Campesina en Amérique du Nord, aux côtés de nos allié-e-s présent-e-s à la Rencontre d’Agroécologie Paysan à Paysan, affirmons les positions suivantes :

  • L’agriculture agroécologique pratiquée par les familles paysannes et des politiques de souveraineté alimentaire offrent la seule solution faisable aux plusieurs enjeux auxquels nous faisons face.
  • Seules les méthodes agroécologiques servent à s’adapter au changement climatique et permettent une plus grande flexibilité et résistance pour affronter ces défis.
  • Il n’y a que des agroécosystèmes diversifiés, la diversité génétique des semences paysannes locales et des systèmes semenciers fermiers qui nous préparent à faire face aux défis du futur.
  • L’agriculture agroécologique nécessite la connexion des gens à la terre et que nous fassions tout en notre pouvoir pour mettre fin aux accaparements de terres et à la perte de terres par nos diverses communautés et que nous augmentions l’accès à des terres publiques pour protéger notre climat et nourrir nos communautés.
  • Nos gouvernements doivent retirer leur support aux corporations multinationales qui font la promotion de semences industrialisées et génétiquement modifiées, telles que Monsanto, et devraient plutôt supporter des systèmes de production de semences par les fermiers basés sur la récupération, la protection, la multiplication, l’entreposage et l’échange de semences localement.
  • Nous demandons que les fonds publics soutiennent un modèle de recherche de paysan à paysan, des programmes d’éducation pratiques et théoriques pour et par les fermiers à petite échelle et orientés vers l’agriculture paysanne agroécologique, avec une transformation des programmes d’études à tous les niveaux – des écoles primaires jusqu’à l’éducation supérieure.
  • Nous appelons nos gouvernements à créer des programmes complets pour soutenir les pratiques agroécologiques entreprises par les fermiers à petite échelle, paysan-ne-s et familles de travailleur-euse-s agricoles pour reconstruire la Souveraineté Alimentaire.
  • Nous honorons et valorisons la sagesse traditionnelle des Paysans et Paysannes.
  • Nous défendons les principes de Cochabamba sur les Droits de la Terre Mère.
  • Engagements sortants de la Rencontre d’Agroécologie de Paysan à Paysan de la Région Amérique du Nord :
  • Nous nous engageons à continuer de bâtir l’Agroécologie et la Souveraineté Alimentaire à partir d’en bas.
  • Nous allons créer des structures organisationnelles dans nos organisations et dans La Via Campesina au niveau régional pour soutenir nos organisations membres dans leur travail pour faire la promotion de l’agroécologie parmi leurs familles et membres.
  • Nous voulons construire la conscience du « nous », ou du collectif, au lieu de l’individualisme et du focus sur le “moi ».
  • L’Agroécologie n’est pas une option, mais une nécessité! Nous joignons nos ancêtres pour continuer à lutter pour l’agriculture paysanne agroécologique et le respect de nos cultures ancestrales.
  • Nous sommes dévoué-e-s à trouver des façons d’accroître la participation et l’initiative des femmes et des jeunes et à combattre les discriminations basées sur le genre, la race, l’ethnie et l’âge.
  • Nous allons construire des programmes de formations régionaux, des visites d’échange, produire et partager du matériel éducatif, développer du matériel d’éducation populaire ainsi qu’identifier, documenter, systématiser et socialiser les exemples de succès dans la région et internationalement, de même que mettre en place des programmes afin de promouvoir l’agroécologie paysanne de fermier à fermier et de communauté à communauté.
  • Nous allons soutenir les processus favorisant l’éducation de base et populaire, en mettant l’emphase sur les méthodes d’éducation populaire pour diffuser l’agroécologie.  Nous voulons relier les langages populaires et ancestraux.
  • Nous continuons l’engagement à l’année longue de nos organisations, enracinées dans les luttes des indigènes, des afro-descendant-e-s; les concessions de terres et communautés d’acequias protégées par le traité de Guadalupe-Hidalgo; pour mettre fin à l’historique et actuel vol de terres et pour protéger la titularisation des peuples sur la terre et s’assurer que la terre soit entre les mains des gens et communautés qui vont en prendre soin, pour nourrir nos communautés et protéger notre Terre Mère et ses ressources pour les enfants de nos enfants.
  • Nous allons faire pression sur les gouvernements à tous les niveaux (local, provincial, national et régional) pour qu’ils adoptent des politiques publiques qui font la promotion de l’agriculture paysanne agroécologique et de la souveraineté alimentaire.  Nous sommes dédié-e-s à accéder et nous maintenir sur nos terres publiques pour développer des méthodes agroécologiques de production paysanne.
  • Nous allons construire une voix puissante de travailleur-euse-s agricoles, de fermes familiales et de paysan-ne-s qui sera présente, aux côtés d’autres secteurs de la société civile, dans les événements et occasions de plaidoyers nationaux, régionaux et internationaux avec le message que nous nous opposons aux fausses solutions au changements climatiques et demandons l’adoption des Principes de Cochabamba.
  • Nous combattrons toujours l’exploitation des travailleur-euse-s agricoles, le vol des salaires des travailleur-euse-s rurales et des ouvrier-e-s salarié-e-s.
  • Nous insistons sur l’Agriculture Paysanne Agroécologique et la Souveraineté Alimentaire en tant que véritables solutions aux multiples crises – économique, sociale, environnementale, climatique –  auxquelles nous faisons face.  Nous reconnaissons que les mouvements populaires offrent un vrai changement pour résister au pouvoir corporatif globalisé.

Nous pouvons nous nourrir nous mêmes avec l’agroécologie et la souveraineté alimentaire !

Non au système alimentaire corporatif, non aux OGMs, non à l’accaparement de terres !

Agroécologie pour le peuple, pour la vie et pour toujours !

L’agriculture agroécologique paysanne refroidit la planète !

Oui à l’Agroécologie, et NON à l’Agriculture Intelligente face au Climat !

Globalisons le combat ! Globalisons l’espoir !

 

Source : La Via Campesina

 

Les 30 ans de Bhopal

Pierre-Olivier Brassard

Il y a de cela exactement 30 ans, dans la nuit du 3 décembre 1984, un événement tragique vint changer le cours de l’histoire. Situé dans la localité de Bhopal en Inde, l’explosion d’une usine de pesticides de la compagnie américaine Union Carbide dégagea 40 tonnes d’isocyanate de méthyle dans l’atmosphère de la ville.

Cette tragédie tua officiellement entre 20 et 25 000 personnes selon les associations des victimes, 3500 personnes sont décédées dans la première nuit et un grand nombre dans les semaines suivantes par causes de maladies provoquées par l’exposition au gaz. Cette seconde usine avait été, à la base, construite pour pallier à la demande nationale de pesticides, car l’Inde était en pleine révolution verte. Cette seconde usine est construite en 1978 à Bhopal, capitale de l’État comptant alors pas moins de 300 000 habitants, à 600 kilomètres au sud de New Delhi. L’usine conçue pour produire 5 000 tonnes/an de pesticides se trouve à 5 kilomètres à l’extérieur de la ville, et à un kilomètre de la gare.

30 ans plus tard, quelles conclusions peut ont faire sur cet événement sans précédent? Suite à l’explosion , Warren Anderson, le PDG de l’usine est recherché par les autorités indiennes pour avoir négligé 30 problèmes de sécurité majeurs dans cette usine, alors que des problèmes analogues avaient été réparés dans une usine située aux États-Unis. Le mauvais entretien de l’usine sera donc la cause principale de cette explosion. La compagnie Union Carbide fut ensuite rachetée par Dow Chemical qui laissa le site littéralement à l’abandon.

Des compensations furent accordées à quelques familles pour éviter des plaintes, et la majorité des survivants continuent de vivre aux abords d’un site toujours toxique. À travers cette tragédie qui laissa une communauté face à une hécatombe, 30 ans plus tard, quelles conclusions peut ont faire sur cet événement sans précédent?

  • Est-ce que l’agrochimie, promue par les multinationales au début de la révolution verte, à réussi à nourrir la planète ?
  • Est-ce que les modes de production industrielle ont été bénéfiques pour les paysans de ce monde ?
  • Est-ce que les pesticides et les monocultures ont réussi à enrayer les problèmes de ravageurs dans les champs des paysans ?

La réponse est : NON.

La tragédie de Bhopal se reproduit tous les jours, dans chaque champ où l’on épand ces poisons mortels. Les conclusions alarmantes qui viennent à notre esprit 30 ans plus tard sont aussi tragiques que la mort de tous ces êtres innocents de la localité de Bhopal. Perte de biodiversité, hausse des maladies chroniques, dégradation des sols, exil forcé des peuples indigènes de leurs terres ancestrales, stigmatisation des femmes paysannes, etc.

Il faut donc se rappeler que la tragédie de Bhopal se reproduit tous les jours, dans chaque champ où l’on épand ces poisons mortels, mais que contrairement à l’explosion de cette usine qui a eu un effet dévastateur à très court terme, les effets de l’agrochimie et de la révolution verte sont plus pervers et détruisent sur le long terme.

L’Union Paysanne, membre de La Via Campesina, et son comité international vous invite à se remémorer cet événement comme une tragédie étant porteuse d’un message bien précis qui dénonce un modèle agricole qui est basé sur la destruction et non sur la préservation, car tous ces gens ne sont pas morts en vain.

Pierre-Olivier Brassard, membre du conseil de coordination Union paysanne