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Les mauvaises langues

par Benoit Girouard, Président de l’Union paysanne

Des mauvaises langues, La Terre de Chez Nous en tête, se sont égosillées depuis quelques jours sur le changement de statut de l’Union paysanne qui est passé de syndicat à association de personnes morales. Elles ont tenté d’y voir un truc obscur ou une renonciation à notre mission. C’est mal nous connaître, en plus d’être mensonger.

Alors voici quelques explications et rectificatifs pour nos amis et membres qui n’auraient pas suivi la situation qui dans les faits date de 2014-2015.

Syndiqués ou chefs d’entreprise?

Le changement de statut de l’Union paysanne, qui a pris effet en février dernier, a été voté au congrès spécial de mai 2015. Cette décision n’est pas sortie d’un sac à surprise. Elle découle d’une réflexion amorcée depuis plusieurs années au sein du mouvement, surtout de la part des agriculteurs qui avaient un malaise à se considérer comme des syndiqués alors qu’ils sont des chefs d’entreprises, des artisans et des paysans. L’Union paysanne, qui s’est toujours efforcée de réfléchir à la direction prise par l’agriculture industrielle, y voit un élément important. Considérer l’agriculteur comme un simple fournisseur de denrées et instituer avec lui une relation de patron à ouvrier fait justement partie du jeu de l’industrie et du gouvernement.

Un autre élément s’ajoutait à l’équation : beaucoup de programmes de subventions et autres écartent les syndicats. Alors que l’Union paysanne est privée de la capacité de cotiser intégralement ses propres membres agriculteurs en raison de la cotisation forcée à l’UPA, nous devions en tenir compte.

Un sondage préalable, avec près de 200 membres répondants, avait déjà préparé le terrain. 90% étaient en faveur de cette modification, qui fut par la suite débattu et entérinée en congrès spécial en mai 2015. Donc c’est le résultat d’une longue réflexion au sein du mouvement et qui au fond ne change rien à nos actions, nos méthodes et à notre capacité à briser le monopole de l’UPA. Rappelez-vous que le rapport Pronovost, en parlant du pluralisme, parlait bien d’association. L’Association de personnes morales est également la forme juridique choisie par le Conseil des entrepreneurs agricoles qui combat également le monopole de l’UPA.

Laissons faire les mauvaises langues et continuons notre lutte commune afin que les agriculteurs québécois puissent retrouver une vraie liberté de s’associer.