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Fonds de pension et accaparement des terres au Brésil

Fonds de pension et accaparement des terres au Brésil

Par David Bruer, gestionnaire de programmes Inter Pares.

Les fonds de pension sont toujours à l’affût de nouveaux investissements. Ils ont l’obligation de générer des profits pour assurer le versement des pensions de retraite. Pour cela, ils doivent investir les contributions des cotisants au fonds. Au cours des dernières années, les fonds de pension ont manifesté un intérêt croissant pour l’achat de terres agricoles. Il semble que l’investissement soit rentable : pendant que l’on spécule sur l’augmentation de la valeur du bien pour pouvoir le revendre moyennant un profit, le terrain rapporte de l’argent puisqu’il est loué aux paysans qui le cultivent.

Pourtant, partout dans le monde, l’acquisition de terres n’est pas une mince affaire. Être propriétaire foncier, c’est compliqué, et de nombreux ménages pauvres qui dépendent de la terre pour vivre n’ont pas de titre de propriété. Il est monnaie courante, dans tous les pays du monde, de voir les riches et les puissants mettre la main sur des terres de manière douteuse et parfois violente. Il arrive que les petits exploitants agricoles se réveillent un beau matin pour constater que la terre qu’ils ont cultivée toute leur vie appartient désormais à d’autres. Il arrive aussi qu’ils se retrouvent aux prises avec des hommes armés qui leur ordonnent de vendre leur lopin à un riche accapareur de terres, faute de quoi il leur arriverait du mal. Est-ce vraiment ce dans quoi nous voulons investir nos cotisations de retraite? À quel prix génère-t-on du profit?

En novembre 2015, une coalition de groupes canadiens, suédois et américains s’est alliée avec « Rede », un organisme brésilien de défense des droits de la personne. Ils ont publié un rapport intitulé « Fonds de retraite étrangers et accaparement des terres au Brésil ». Le rapport comporte une étude approfondie de la manière dont un important fonds de pension américain, TIIA-CREF, a créé un fonds appelé TCGA pour l’achat de terrains partout dans le monde, notamment au Brésil. À partir du rapport, une courte vidéo traitant de la participation de deux fonds de retraite canadiens dans l’accaparement des terres a été tournée. Prenez quelques minutes pour en prendre connaissance.

Le rapport fait état de quatre fermes ayant été acquises par TCGA dans une région du Brésil où les conflits fonciers sont récurrents. Avant d’être achetés par TCGA, certains terrains avaient été la propriété d’un homme d’affaires brésilien ayant fait l’objet de plusieurs enquêtes criminelles. Il avait été accusé de recourir aux services d’hommes armés pour des opérations d’expulsion et d’avoir ordonné le meurtre d’un paysan qui refusait de lui céder ses terres1. D’autres enquêtes ont permis de démontrer comment les accapareurs tels que lui n’hésitent pas à falsifier des documents pour mettre la main sur des terres dans cette partie du Brésil2.

TCGA a aussi procédé à un montage d’entreprise qui permet au fonds de contourner les lois brésiliennes qui visaient justement à limiter les investissements étrangers dans les terres agricoles. Les investissements de TCGA au Brésil font partie d’une vaste opération de spéculation foncière et de l’élargissement des grandes plantations industrielles. Les petits exploitants perdent leur lopin de terre en raison de l’existence d’un processus qui favorise la concentration des terres et l’exploitation de la main-d’œuvre et qui finit par causer des problèmes écologiques et de santé publique.

Deux fonds de retraite canadiens, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) et la Société de gestion des investissements de Colombie-Britannique (bcIMC), ont des intérêts dans le fonds TCGA. Au Canada, nous avons donc pris l’initiative d’une campagne d’écriture de lettres adressées à la CDPQ et à la bcIMC. Des campagnes semblables se déroulent en Suède et aux États-Unis, où d’autres fonds de pension ont des parts dans ce même fonds foncier mondial.

Au Canada, nous demandons à la CDPQ et à la bcIMC de :

  • S’abstenir de tout investissement futur dans les fonds fonciers mondiaux de TIAA-CREF et d’annuler tout autre investissement spéculatif dans les terres agricoles.
  • Exiger de TIAA-CREF qu’il rende publique la nature, l’ampleur et l’emplacement de ses investissements, directs et indirects, dans les terres agricoles
  • Diffuser cette motion parmi leurs membres.

1 « Manoel Ribeiro denuncia grileiro e assassinatos no sul do Estado», Jus Brasil :
http://al-ma.jusbrasil.com.br/noticias/2614885/manoel-ribeiro-denuncia-grileiro-e-assassinatos-no-sul-do-estado;

2 « Advogados denunciam a indústria da grilagem no Piauí», Portal AZ, 5 février 2012 : http://www.portalaz.com.br/noticia/geral/237397_advogados_denunciam_a_industria_da_grilagem_no_piaui.html

 

N.B.

Voici la lettre adressée à la Caisse de dépôt et placement du Québec. et signée par l’union paysanne, et les modèles de lettre individuelle que vous pouvez envoyé à  la CDPQ et à la BCIMC

Télecharger la lettre adressée à la Caisse de dépôt et placement du Québec
Télecharger le modèle de lettre adressée à la CDPQ
Télecharger le modèle de lettre adressée à la BCIMC

UnionPaysanneAlliance

L’Union paysanne révoltée par un nouveau rapport qui démontre que la Caisse de dépôt et placement est impliquée dans l’accaparement massif et violent de terres au Brésil

Lachute, 17 novembre 2015. Les travailleurs québécois et québécoises seront peut-être surpris d’apprendre que leurs fonds de pension fructifient en encourageant l’éviction violente de paysans de leurs terres au Brésil.

« Les économies des ménages épargnées tant bien que mal en Suède, au Canada et aux États-Unis sont utilisées pour accaparer les terres de paysans au Brésil en vue d’y installer des fermes industrielles massives, qui empoisonnent les communautés locales avec des pesticides et qui prennent le contrôle des sources d’eau locales » Un nouveau rapport publié aujourd’hui par Rede Social de Justiça e Direitos Humanos, GRAIN, Inter Pares, et Solidarity Sweden – Latin America dévoile effectivement que l’investissement de plusieurs fonds de pension comme la Caisse avait servi à acquérir de larges superficies de terres agricoles au Brésil.

Au Québec, nous savions qu’en mai 2012, la Caisse de dépôt et placement du Québec avait investi  250 millions dans le fond américain TIAA-CREF Global Agriculture à des fins de spéculation foncière agricole aux États-Unis, au Brésil et en Australie. Puis, en janvier 2013, la Caisse ouvrait un poste temporaire d’analyste en investissements en terres agricoles et forestières. L’Union des producteurs agricoles et l’IREC avaient alors appelé le gouvernement et la Caisse à investir dans les terres agricoles québécoises avant que des fonds étrangers ne le fassent.

Mais qu’en est-il des impacts des investissements du fond TIAA-CREF Global Agriculture à l’étranger? Le rapport nous apprend que les terres au Brésil furent acquises à travers un homme d’affaires brésilien accusé d’utiliser la force, la fraude et même l’assassinat pour déplacer les paysans. Ces moyens contreviennent aux « Principes pour un investissement agricole responsable » prononcés par des acteurs internationaux, incluant même TIAA-CREF.

« La terre doit appartenir d’abord et avant tout aux paysans et agriculteurs qui la cultivent, et non aux fonds d’investissements! » « Les économies des ménages épargnées tant bien que mal en Suède, au Canada et aux États-Unis sont utilisées pour accaparer les terres de paysans au Brésil en vue d’y installer des fermes industrielles massives, qui empoisonnent les communautés locales avec des pesticides et qui prennent le contrôle des sources d’eau locales », affirme Devlin Kuyek de GRAIN, une organisation qui travaille depuis des années aux côtés de l’Union paysanne et le réseau international La Via Campesina pour la défense de la paysannerie.

En tant que membre de La Via Campesina, le plus important regroupement de paysans au monde, l’Union paysanne considère que la véritable souveraineté alimentaire ne doit jamais compromettre celle d’un autre peuple. « La terre doit appartenir d’abord et avant tout aux paysans et agriculteurs qui la cultivent, et non aux fonds d’investissements! » soutient Benoit Girouard, Président de l’Union paysanne.

« Non seulement le rapport dévoile que la voie d’acquisition des terres au Brésil échappe aux lois internationales, mais il nous rappelle qu’en tant que travailleurs et travailleuses, nous sommes tous et toutes indirectement complices de ces crimes. » ajoute Stéphanie Wang, membre du Comité international de l’Union paysanne.

Nous invitons tous les québécois et québécoises à consulter le rapport et à mettre de la pression sur la Caisse de dépôt et placement afin qu’elle se retire complètement de tout investissement à des fins spéculatives dans les terres agricoles.

Version française du rapport disponible en ligne : https://www.grain.org/e/5337

 

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com-up-2015-11-16-caisse-bresil.pdf

{slider Pour information}

Benoit Girouard
Président Union paysanne
450-495-1910
 
Maxime Laplante
Vice-président
418-926-2473

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