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Les semences : un enjeu négligé

Dans le contexte agricole actuel où la norme est à la monoculture des champs, des espèces et de l’esprit, produire des semences biologiques et du patrimoine afin d’encourager la vie et travailler avec la nature est une lutte essentielle que l’Union paysanne souhaite souligner en cette journée internationale des luttes paysannes. C’est également l’occasion de soutenir les paysans et paysannes dans leur lutte pour le bien commun qui n’est pas une marchandise.

 

En ce 17 Avril, nous nous mobilisons pour nos semences paysannes!

Le 17 avril 1996, 19 paysans sont morts au Brésil pour avoir manifesté pacifiquement dans le but de reprendre le contrôle sur leur propre production alimentaire. En tant que citoyens et citoyennes, nous devons avoir conscience que notre alimentation soulève de nombreux enjeux politiques, sociaux et économiques. Actuellement au cœur d’une lutte contre le brevetage du vivant, les semences sont un exemple significatif de ce que représentent ces enjeux.

 

Les agriculteurs se mobilisent contre des lois criminalisant des pratiques ancestrales

Au Canada, les agriculteurs de l’Union Nationale des Fermiers mènent une campagne contre le projet de loi fédéral C-18 qui vise à amender la Loi sur la protection des obtentions végétales pour l’harmoniser avec la convention de l’Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) de 1991. Ceci aurait pour conséquence d’accroître le pouvoir des semencières transnationales de recevoir des redevances et contraindre l’usage des variétés qu’elles développent.

En Europe, une loi proposée par la commission européenne veut rendre illégal le fait de faire pousser, vendre ou reproduire des semences qui n’auraient pas été approuvées par une nouvelle autorité : l’agence européenne des variétés végétales. La Via Campesina dénonce cette loi : « En réduisant les droits des paysans à ressemer leurs propres semences, en durcissant les conditions de reconnaissance des variétés par des petits entrepreneurs indépendants, en limitant la circulation et l’échange de graines entre associations et entre planteurs, la Commission Européennes balaye 10000 ans d’histoire ».

Nous vivons dans un monde d’interdépendance où les savoir-faire paysans sont reliés à la multitude des semences que la nature nous offre généreusement. Avec de telles lois, c’est une partie de la biodiversité qui est vouée à disparaitre, emportant avec elle un bout de notre culture et donc de notre identité.

En Inde, Vandana Shiva, chercheuse et activiste, dénonce l’industrie semencière qui tente de nous imposer un monopole. Elle explique que Monsanto a réussi à prendre le contrôle de la production du coton en Inde avec l’appui de gouvernements soumis au néolibéralisme et qu’aujourd’hui, 90% de la production agricole dépend des semences génétiquement modifiées et des poisons qui les accompagnent. Ce contexte a entraîné une destruction du mode de production paysan du coton et l’endettement généralisé des producteurs. Depuis 1995, on dénombre 284 000 suicides de paysans indiens. Vandana Shiva parle d’un véritable génocide occulté par les grands médias du monde entier et dont le principal coupable est Monsanto.

 

Qu’en est-il au Québec?

Au Québec, nous ne sommes pas à l’abri. Avec l’accroissement annuel de la superficie des grandes cultures dédiées aux OGM et la négligence des autorités quant à l’importance d’encourager une production semencière localisée répondant aux besoins de tous les types de production, nous avons complètement perdu notre autonomie semencière.

Les Jardins de l’Écoumène figure parmi les rares semenciers biologiques au Québec. Dans cette capsule vidéo, Jean-François Lévêque parle des défis reliés à la production semencière au Québec, et explique en quoi les semences sont fondamentales à la vie.

 


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Voir cette vidéo sur la chaîne Youtube de l’Union paysanne.

 

À ce combat d’une vie qu’est la production de semences biologiques, Jean-François Lévêque et Guylaine St-Vincent refusent de payer leur cotisation syndicale à l’UPA (seul syndicat officiellement reconnu par la loi). Jean-François Lévêque s’explique : « les raisons pour lesquelles je ne veux pas adhérer à l’UPA sont simples. Étant un producteur biologique je ne veux pas faire partie d’une organisation syndicale dont je ne partage pas la vision. L’UPA prône une agriculture productiviste qui est à l’opposée de ma façon de travailler la terre. Adhérer à ce syndicat, serait pour moi un non-sens et irait dans la direction opposée à tout le travail que j’ai effectué depuis des années ».

En cette journée des luttes paysannes, soyons vigilants et vigilantes. La société évolue constamment et la démocratie ne doit pas en pâtir. Le brevetage du vivant n’est pas acceptable dans une société démocratique, le vivant doit être réservé au collectif, notamment aux paysans et paysannes qui sont là pour sauvegarder la Terre et son patrimoine dans le partage et la solidarité.

 

Pour en savoir plus :

Campagne de l’Union Nationale des Fermiers contre le projet de loi fédéral C-18

Les Jardins de l’Écoumène VS l’Union des producteurs agricoles

Série de messages vidéos enregistrés pour célébrer le 17 avril sur le site ViaCampesina TV

Réseau Combat Monsanto

Entrevue avec Vandana Shiva

 

Vers une Déclaration des droits humains des paysans

En ce 10 décembre 2012, Journée internationale des droits humains, deux organisations québécoises tiennent à souligner une importante avancée dans la reconnaissance des droits humains de cette moitié de la population mondiale qui vit toujours en milieu rural.

À l’issu d’un processus amorcé en septembre passé, le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies adopta la résolution sur la Promotion des droits des paysans et des autres personnes vivant en milieu rural. Ainsi, le 27 septembire dernier, le Conseil des droits de l’Homme a mis en branle un processus menant à une éventuelle Déclaration sur les droits humains des paysans et des autres personnes vivant en milieu rural. Cette démarche est d’autant plus significative que les paysans eux-mêmes seront consultés au cours des travaux menant à l’élaboration du texte final de la Déclaration.

C’est à partir du constat de la vulnérabilité des communautés paysannes et de la nécessité de mesures spéciales pour garantir leurs droits, que le comité consultatif a élaboré le premier projet de déclaration. Le Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter, proche du processus, considère qu’en protégeant l’accès à la terre et aux autres moyens de production une telle déclaration renforcerait l’agriculture paysanne de subsistance face à l’agriculture industrielle. Ceci offre, de l’avis de l’Union paysanne et du Comité pour la Justice sociale, une réelle solution au problème de la faim qui, à l’échelle mondiale, poursuit sa croissance malgré les promesses décennales de l’agro-industrie.

Les organisations québécoises sont consternées par l’absence d’appui à cette initiative de la part des pays riches du Nord. En effet, huit pays européens et les États-Unis se sont opposés à la résolution, qui, parrainée par la Bolivie, a néanmoins reçu l’appui de vingt-trois pays membres du Conseil. (Notons quinze abstentions.)

Selon Maxime Laplante de l’Union paysanne (organisation québécoise faisant partie de la coalition internationale la Via Campesina) la Déclaration, même à son stade actuel, servirait à aider le mouvement paysan à résister aux efforts des grandes compagnies transnationales, appuyées par des instances internationales et des gouvernements de certains pays du Nord, de remplacer l’agriculture écologique paysanne par une agriculture, dite plus productive, hautement dépendante des intrants chimiques et de la biotechnologie. Car, en plus du droit à la terre, la Déclaration met en évidence les droits des paysans de garder, de vendre ou d’échanger les semences, de protéger l’environnement et de ne pas être affectés par la contamination résultant de l’utilisation de produits chimiques et des OGM. Dans ce contexte, la proposition actuelle, dénoncée par la Via Campesina, d’autoriser la plantation au nord du Mexique de 2,4 million d’hectares de maïs génétiquement modifié, au détriment des semences traditionnelles et de l’agriculture paysanne, est en soi une violation des droits humains.

En Amérique centrale, le CJS a constaté les ravages causées par les activités des compagnies minières qui polluent l’eau et la terre, brisant des communautés entières et leurs moyens de subsistance en échange de quelques emplois qui disparaîtront sitôt le sol vidé de ses ressources. Également, les grandes plantations industrielles, dont la production est généralement destinée à l’exportation, souvent pour des biocarburants, remplacent les milliers de petits producteurs, leur coupant leur emploi, leur source de revenu, leur capacité de transmettre leur identité culturelle aux prochaines générations, tout en raréfiant les produits alimentaires dont le coût augmente.

Dans plusieurs pays du Sud, c’est tragiquement souvent au prix de leur vie que les paysans se mobilisent pour faire respecter leurs droits. Rappelons les décès survenus cette année au Honduras dans la vallée d’Aguàn où 300 000 paysans sans terre protestent encore aujourd’hui contre leurs conditions en occupant les terres de Facusse, riche propriétaire terrien. Bien que les agriculteurs du Nord ne subissent pas de graves violations de leur droit à la vie et à l’intégrité physique, ils souffrent, en tant que petits ou moyens agriculteurs, d’un manque de respect de leurs droits socio-économiques. À titre d’exemples, en Italie, le gouvernement central est présentement en Cour pour empêcher les instances régionales de la Calabre de favoriser la commercialisation des produits locaux. Au Québec, les petites fermes pratiquant une agriculture écologique diversifiée sont les parents pauvres du monde agricole. Sur tous les continents, des traités de libre échange, de plus en plus contraignants, et des plans d’investissement menacent l’agriculture paysanne locale.

C’est en honorant les défenseurs des droits des paysans partout dans le monde, que le Comité pour la justice sociale et l’Union paysanne saluent ce projet de Déclaration historique.

 

Maxime Laplante 418 926 2473
Karen Rothschild 450 458 2005

 

Pièce-jointe :

com-up-2012-12-10-declaration-droits-humains-paysans.pdf (71,5 ko)