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Un an plus tard : Berta vit, la lutte du COPINH se poursuit

2 MARS 2017

 

Le 2 mars 2016, Berta Cáceres a été assassinée dans le but de la faire taire, d’en finir avec son leadership dans la mobilisation communautaire et d’ainsi anéantir le projet politique et la lutte d’un peuple pour la défense de son territoire; ses assassins ne visaient pas seulement à éliminer Berta, mais aussi l’organisation avec laquelle elle militait depuis plus de 20 ans, le COPINH (Conseil civique d’organisations autochtones et populaires du Honduras).

Cependant, ce crime n’est pas parvenu à mettre un terme au mouvement de lutte. Berta Cáceres et l’héritage de son engagement, de sa résistance et de la clarté de sa vision demeurent bien vivants chez les peuples à travers la planète qui font face aux menaces du capitalisme sauvage, du patriarcat et de ce système de pillage, raciste et colonial.

À ce jour, 8 personnes ont été arrêtées en lien avec l’assassinat de Berta et la tentative d’assassinat de Gustavo Castro, présent dans la maison de Berta au moment de l’attentat. Parmi ces personnes figurent des membres de l’armée du Honduras et des militaires retraités, ainsi que des travailleurs de l’entreprise DESA, responsable du projet hydroélectrique Agua Zarca auquel le
COPINH s’oppose depuis plusieurs années dans une lutte qui est devenue emblématique. Malgré l’arrestation des présumés auteurs matériels, l’assassinat de Berta demeurera impuni tant que les véritables responsables de ces crimes ne seront pas dévoilés et poursuivis en justice.

Les proches de Berta, le COPINH et Gustavo, seul témoin et survivant de l’attentat, dénoncent les nombreuses irrégularités et le manque de transparence de l’enquête, qui continue d’être sous ordonnance de non-divulgation. Ce qui pourrait être considéré comme une prétendue inefficacité sert en fait à occulter que les véritables responsables du crime évoluent dans les plus hautes sphères du pays.

Selon le rapport de Global Witness publié le mois dernier, plus de 120 activistes écologistes ont été assassiné-e-s depuis le coup d’État de 2009 en lien avec des conflits causés par la prolifération de projets extractifs impliquant directement des membres de l’élite économique et politique du Honduras. Le Honduras serait ainsi selon ce rapport le pays le plus dangereux pour les défenseur-e-s de l’environnement. Ceux-ci et celles-ci risquent leur vie, en plus d’être confronté-e-s chaque jour à des menaces, à des attaques, à la dépossession et à la criminalisation.

Les organisations et personnes signataires de la présente déclaration soulignent la responsabilité de l’État hondurien dans l’assassinat de Berta Cáceres, puisqu’il n’a pas garanti à la leader lenca des mesures de protection pourtant exigées par la Commission interaméricaine des droits humains. Nous appuyons de plus la requête présentée à la CIDH pour dénoncer les violations des droits humains perpétrées contre Gustavo Castro par l’État hondurien lors de son arrestation en
mars 2016.

Nous condamnons également les campagnes de diffamation menées par la presse et le gouvernement hondurien à l’encontre du travail effectué par le COPINH et par d’autres organisations sociales, autant nationales qu’internationales, de même que la criminalisation constante des défenseur-e-s des droits humains au Honduras.

Face à ce contexte de répression, avec des taux élevés de corruption et d’impunité alimentées par différentes instances de l’État hondurien, il est inacceptable que le gouvernement du Canada continue d’appuyer le Ministère Public du Honduras par le biais de ressources financières, techniques et politiques, incluant un appui spécifique pour l’enquête sur l’assassinat de Berta
Cáceres et la tentative de meurtre contre Gustavo Castro. Au moins deux fonctionnaires du Ministère Public hondurien sont lié-e-s à l’approbation du projet Agua Zarca contre lequel le COPINH est en lutte. Cela soulève des interrogations quant à la volonté politique dudit ministère de mener à terme une enquête complète et impartiale.

Un an après l’assassinat de Berta, nous exprimons notre soutien au COPINH, aux peuples du Honduras et à Gustavo Castro, et nous joignons notre voix à la leur pour exiger:

  1. L’instauration d’une enquête indépendante sur l’assassinat de Berta Cáceres menée par des experts internationaux et impartiaux dans le cadre d’une enquête relevant de la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH), afin que la lumière soit faite sur le crime et ses motifs véritables.
  2. L’annulation immédiate du projet hydroélectrique Agua Zarca et des concessions octroyées sur le territoire lenca, soit plus de cinquante, pour non-respect des processus d’autodétermination et du droit au consentement libre, préalable et éclairé des peuples.
  3. La démilitarisation et le retrait des forces policières du territoire lenca.
  4. L’arrêt de la criminalisation et des attaques envers le COPINH et ses membres.
  5. La cessation de l’appui technique, économique et politique du gouvernement du Canada à l’État du Honduras, en particulier aux forces de sécurité et aux organismes d’enquête du Ministère Public, incluant l’Agence technique d’enquête criminelle (ATIC).
  6. L’arrêt des actions de lobbying et de la diplomatie du gouvernement du Canada pour promouvoir les intérêts au Honduras des investisseurs canadiens, qui ont une forte présence dans les secteurs de l’industrie minière, de l’énergie, des télécommunications et du tourisme, aux dépens des droits humains fondamentaux et des territoires autochtones
    au Honduras.
  7. La cessation des appuis bilatéraux du Canada au Honduras à travers des institutions financières internationales (IFI).
  8. La nullité du traité de libre-échange entre le Canada et le Honduras, négocié dans les mois ayant suivi les élections frauduleuses de novembre 2009 et signé avec un gouvernement s’inscrivant dans la continuité du coup d’État et ayant démontré son mépris pour les droits humains des populations du Honduras.

En mars, nous nous rappelons avec douleur ce crime horrible, mais nous célébrons aussi la vie. La vie de Berta, née un 4 mars, ainsi que la vie du COPINH, qui célébrera ses 24 ans d’existence le 27 mars prochain.

Aujourd’hui, nous célébrons la vie et nous exprimons notre solidarité avec toutes les personnes, les communautés et les mouvements sociaux du Honduras qui défendent les droits humains, l’environnement et la vie dans ce contexte de grave crise démocratique depuis le coup d’État de 2009 et qui demeurent debout face aux menaces croissantes contre les communautés et les territoires.

BERTA VIT, LA LUTTE DU COPINH SE POURSUIT!

Signez en ligne jusqu’à la fin mars

SIGNATAIRES AU 2 MARS 2017

MiningWatch Canada
Mining Justice Action Committee
Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL)
Network in Solidarity with the People of Guatemala – NISGUA
Rights Action
Environmental Network for Central America (ENCA)
Human Rights Observation/Honduras
Biofuelwatch
Committee in Solidarity with the People of El Salvador (CISPES)
RightOnCanada.ca
Global Initiative for Economic, Social and Cultural Rights
Network in Solidarity with the People of Guatemala/NISGUA
Wellington Zapatista Support Group
Office of the Americass
CoDevelopment Canada
AmiEs de la Terre de Québec
United for Mining Justice
Atlantic Regional Solidarity Network
Canadian Jesuits International
PINAY (Filipino Women’s Organization in Quebec)
Union paysanne
Steelworkers Humanity Fund
Comite de defensa del Borde Costero de Cobquecura
Alternatives
Centre justice et foi
L’Entraide missionnaire
Centre des travailleuses et travailleurs immigrants
Projet accompagnement Québec-Guatemala
Jésuites du Canada français et d’Haïti
Bureau des Missions jésuites
Les Soeurs Auxiliatrices du Québec
Honduras Solidarity Network
Observatorio Ciudadano
Jesuits in English Canada
Observatorio Latinoamericano de Conflictos Ambientales OLCA
Red por la Defensa de los Territorios

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Face à l’assassinat de notre camarade Berta Cáceres

Communiqué et appel de La Via Campesina

beeejjcdLe mouvement paysan international La Via Campesina, interpellant l’opinion publique nationale et internationale, fait part de l’assassinat de notre chère camarade de lutte, Berta Cáceres, Coordinatrice générale du Conseil civique des organisations populaires et autochtones du Honduras (COPINH), ce jeudi 3 mars 2016 au matin.

L’assassinat de Berta Cáceres, survenu à son domicile, pendant son repos, expose à un risque plus élevé encore les défenseurs des droits humains, hommes et femmes, la population autochtone en résistance dans les communautés, ainsi que tous les membres des organisations du mouvement social et populaire qui mènent cette lutte légitime.

A plusieurs occasions, Berta Cáceres s’était prononcée contre les actions et les intentions néfastes émanant aussi bien de l’actuel gouvernement qui octroie des concessions de ressources naturelles, que des entreprises transnationales étrangères construisant des barrages et spoliant les ressources des peuples autochtones.

Berta Cáceresfaisait l’objet de mesures conservatoires exigeant de l’État du Honduras qu’il protège son intégrité physique.
Or, ce même État du Honduras a exercé des mesures de persécution à l’encontre de Berta Cáceres, pour sa lutte contre les entreprises étrangères qui anéantissent les ressources naturelles.

Le monde entier a reconnu les qualités de militante des droits humains de la camarade Berta Cáceres, qui s’est vue remettre le prestigieux Prix Goldman pour l’environnement pour la défense des ressources naturelles du pays en 2015.

Nous saluons la lutte historique qu’a menée notre camarade Berta Cáceres aux côtés de notre peuple afin de revendiquer le droit à la terre, ainsi que sa lutte pour la défense de notre souveraineté, pour une réforme agraire intégrale et pour la sécurité alimentaire de notre peuple.

Rappelons que le 9 avril 2014, le député et Coordinateur général de La Via Campesina Honduras, Rafael Alegría, avait présenté en plénière du Congrès national le projet de loi de Réforme agraire intégrale basé sur l’équité de genre pour la Souveraineté Alimentaire et le Développement Rural ; l’objectif étant de chercher des solutions, par la voie politique, à la problématique que vivent actuellement les paysans et paysannes ainsi que les peuples originaires du Honduras. Ce projet n’a à ce jour pas été pris en compte par le Bureau directeur du Congrès national.

Pour toutes ces raisons, La Via Campesina dénonce le gouvernement du Honduras et les entreprises transnationales qui extraient et pillent les ressources naturelles du pays.
Nous exigeons des organismes internationaux de défense des droits humains qu’ils somment l’État du Honduras de punir les auteurs de ce méprisable assassinat.
La Via Campesina en appelle à des actions de protestation devant les ambassades du Honduras du monde entier afin d’exiger que la lumière soit faite sur cet acte criminel.
En solidarité, nous présentons nos condoléances à la famille de notre camarade Berta Cáceres, ainsi qu’au peuple Lenca et au peuple du Honduras, à la souffrance desquels nous nous associons face à cette perte irréparable.

TEGUCIGALPA M.D.C., 3 MARS 2016

GLOBALISONS LA LUTTE, GLOBALISONS L’ESPOIR !
BERTHA CÁCERES RESTE PRÉSENTE !
PLUS QUE JAMAIS, LA LUTTE CONTINUE !