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Sirop d’érable : la fédération ne manque pas d’aplomb

Sainte-Croix, 25 janvier 2018. Les médias ont récemment fait état de la décision de la Californie de renforcer la norme de teneur en plomb dans l’alimentation. Selon cette norme, il ne devrait pas y avoir plus de 11 parties par milliard de plomb dans le sirop d’érable, soit la même chose que dans l’eau potable. Chacun comprend que personne ne consomme autant de sirop d’érable que d’eau mais bon, les Californiens ont bien le droit de faire leurs normes comme ils l’entendent.

Toutefois, une bonne partie du sirop d’érable produit au Québec passe par la Californie, parce que c’est le lieu du centre de distribution pour une grande part des Etats-Unis, principal client pour le sirop québécois. Si le Québec veut continuer à envoyer du sirop en Californie, il devra donc réduire le niveau de plomb, sinon le produit devra porter la mention : peut contenir des traces de plomb.

Les fabricants de matériel acéricole tentent donc d’éliminer le plomb dans leur équipement. Conséquence logique pour s’adapter au marché. La fédération des producteurs acéricoles, affiliée à l’UPA, s’est donc sentie concernée et le directeur général de cette fédération a donné des entrevues, dont Radio-Canada à la mi-janvier, pour donner son avis sur la question.

Ce directeur a alors déclaré que c’était la faute aux petits producteurs, qui fonctionnent avec du matériel comme au temps de leurs grands-parents. Selon lui, cet équipement n’a plus sa place aujourd’hui et devrait aller au musée!

Absolument inouï! Ce directeur est l’employé des producteurs et se permet d’aller faire le salissage médiatique sur leur dos. Une telle attitude est plutôt digne d’un patron arrogant et non celle d’un employé qui devrait plutôt tenter de trouver une solution à l’avantage de ses employeurs. Surtout que la publicité entourant le sirop d’érable présente continuellement « cet équipement qui devrait aller au musée ». Sur les cannes de sirop, on voit les chaudières, les barils en bois, les chevaux, et non les tubulures en plastique. La fédération utilise à profit l’image des petits producteurs mais les dénonce sur la place publique.

Ce qui m’amène à deux conclusions. La première, c’est que lorsqu’on met l’essentiel de ses œufs dans le même panier en misant sur les gros marchés d’exportation, on se rend vulnérable à des décisions qu’on ne contrôle pas. On fragilise notre mise en marché. C’est ce qu’a fait la fédération en prenant le contrôle de la production de sirop. Que la Californie ait raison ou pas de changer ses normes, il reste que c’est leur décision. La souveraineté alimentaire passe par le pouvoir des peuples de décider de leur alimentation.

La seconde conclusion, c’est que beaucoup trop de pouvoir a été conféré à cette fédération de l’UPA, qui se comporte de façon odieuse envers ses propres membres. Le monarque n’a que faire de l’opinion de ses sujets. Est-ce que les producteurs concernés oseront porter plainte?


Maxime Laplante, agr, président de l’Union paysanne