L’initiative Bauta sur la sécurité semencière au Canada

En juillet 2012, une vingtaine de délégués – agriculteurs, chercheurs, producteurs de semences, ONG traitant d’alimentation et de semences (dont Sécurité alimentaire Canada) et associations d’agriculteurs – en provenance des quatre coins du pays se sont rencontrés à Ottawa afin de discuter de sécurité semencière au Canada.

L’objectif : évaluer les progrès accomplis et commenter les objectifs à long terme de l’initiative Bauta sur la sécurité semencière au Canada.

L’initiative Bauta, qui traverse actuellement son année pilote, est menée de manière collaborative par USC Canada – une organisation qui soutient les familles d’agriculteurs à l’étranger depuis des dizaines d’années – et Semences du patrimoine Canada – une organisation qui vise avec le même engagement à conserver la biodiversité des semences au pays. Son but consiste à mettre les semences à l’avant-plan dans les discussions et les actions afin de promouvoir la sécurité alimentaire, la résilience climatique et le bien-être des communautés.

Pourquoi accorder tant d’importance aux semences?

Les semences constituent actuellement l’origine de 90 % des aliments consommés mondialement [1]. Le mouvement alimentaire canadien est en expansion, mais pour la majeure partie des Canadiens, le lien entre la sécurité alimentaire et la sécurité semencière reste encore à faire. Ils seraient ainsi surpris d’apprendre que la plupart des produits locaux se retrouvant sur les rayons des épiceries et même dans les marchés paysans sont obtenus à partir de semences provenant des États-Unis, de l’Europe, ou de plus loin encore.

Comme le savent les membres de Sécurité alimentaire Canada, notre pays préconise un type d’agriculture qui requiert de grandes quantités d’intrants et dont la production est essentiellement destinée à l’exportation. Dans ce contexte, la majeure partie des recherches se concentrent sur la mise au point de « variétés améliorées » de semences. La majorité de celles-ci sont importées, s’adaptent difficilement aux conditions locales et ne peuvent être conservées en vue d’être ressemées l’année suivante. Chaque printemps, les agriculteurs doivent se tourner vers les entreprises semencières pour se procurer les différents intrants coûteux dont ils dépendent : semences, fertilisants, pesticides, herbicides et insecticides. Il n’est ainsi pas surprenant de constater que le nombre de fermes familiales a décliné au Canada et que les dettes de celles-ci atteignent des sommets records [2]. Les agriculteurs biologiques sont encore plus désavantagés parce que la grande majorité des semences disponibles sur le marché sont préparées pour répondre aux normes de l’agriculture ordinaire. De plus, pratiquer l’agriculture sans employer d’intrants chimiques se traduit souvent par une réduction de la productivité et du rendement.

La question de la biodiversité demeure tout aussi importante. Notre planète a perdu 75 % de sa diversité génétique végétale, et 75 % de nos aliments sont dérivés d’à peine douze espèces végétales et cinq espèces animales [3]. Cela signifie que le bagage génétique des aliments actuels est extrêmement ténu, se limitant seulement à quelques variétés de chaque culture, par opposition aux milliers de variétés qui étaient encore disponibles à l’aube du 20e siècle. De cette réduction de la diversité génétique découle une réduction de la résilience aux événements climatiques ainsi qu’aux différentes espèces nuisibles et maladies. Cela signifie également que les agriculteurs ont à leur disposition moins de matériel brut à partir duquel effectuer une sélection des variétés les mieux adaptées aux conditions de leur milieu de production.

Bien que toutes ces préoccupations soient bien documentées, les efforts mis de l’avant pour mettre sur pied des options de rechange plus durables le sont moins. Le Canada regorge de personnes et d’organisations inventives qui ont joué un rôle de pionnier dans la production et la conservation de semences locales en investissant bénévolement d’innombrables heures à sélectionner et à reproduire des plantes à la ferme, à prendre part à des foires ou à des échanges de semences, et à s’investir au sein de réseaux régionaux visant la promotion des semences locales.

L’initiative Bauta sur la sécurité semencière au Canada cherche à soutenir et à mettre en contact les principaux acteurs de la production et de la distribution de semences écologiques au Canada. Les besoins à combler sont les suivants : accroître l’accès public aux semences; organiser des formations sur la conservation des semences pour les agriculteurs et les jardiniers; entreprendre des activités de recherche à la ferme visant à créer des variétés adaptées aux conditions régionales et aux modalités de l’agriculture biologique; et assurer les ressources nécessaires pour les infrastructures à petite échelle.

Depuis le début de 2012, l’équipe du projet travaille à la conception de matériel didactique et à l’établissement d’un service de soutien-conseil en ligne sur les semences, en plus d’effectuer des visites sur le terrain à travers tout le pays afin de déterminer l’état de la sécurité semencière au Canada et de dénicher les acteurs nécessaires au renforcement du projet.

Il est souhaité que cette année pilote débouchera sur la réalisation de projets concrets dans les champs des agriculteurs et qu’elle permettra d’accorder plus d’importance aux semences au sein du mouvement alimentaire canadien dans les années à venir.


 

Pour plus d’information, visitez le http://usc-canada.org/ et le http://www.seeds.ca/fr.php

Source : Jane Rabinowicz, http://foodsecurecanada.org/fr/blog/l-initiative-bauta-sur-la-securite-semenciere-au-canada