Dialogue entre le Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation et la société civile québécoise

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Le lendemain de l’arrivée au Canada du Rapporteur Spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, une première journée de consultation publique s’est tenu hier à Montréal.

 

13 organisations de la société civile ont eu l’opportunité de partager leurs perspectives et leurs recommandations politiques en termes de droit à l’alimentation au Québec et au Canada avec le Rapporteur spécial. L’un après l’autre, les participants ont discuté de leur travail construisant des initiatives communautaires, contre la pauvreté et la faim, démontrant que notre système alimentaire acutel laisse trop de gens souffrir de faim et trop d’agriculteurs et de pêcheurs vulnérables aux forces du marchés qu’ils ne contrôlent pas. L’importance de créer des partenariats intersectoriels et d’analyser la situation du droit à l’alimentation de façon interdisciplinaire a donc également été discuté.

Premier pays « développé » à être visité dans le cadre de cette mission internationale, le Canada est pour l’instant le seul pays de l’OCDE à avoir adressé une invitation au Rapporteur spécial de Nations unies. Monsieur de Schutter a alors promis d’accorder une attention particulière aux enjeux spécifiques liés à l’alimentation au Canada, la pauvreté et les déserts alimentaires engendrant l’insécurité alimentaire par exemple, mais également la problématique lié à la crise actuelle de l’obésité et de ces impacts sur la santé publique. Il s’est en effet dit scandalisé qu’environ 2 millions de personnes vivent encore une situation d’insécurité alimentaire dans un pays économiquement riche comme le Canada. Il a également souligné l’importance de l’implication continue de la société civile sur cette question, invitant les participants à utiliser les rapports qui émergeront de sa mission au Canada à leur plein potentiel. Finalement, le Rapporteur spécial a expliqué que la réalisation du droit à l’alimentation nécessite l’adoption, par le pays, d’une politique alimentaire nationale, tel que mentionné dans l’Observation générale 12 du Comité sur les droits économiques, sociaux et culturelles des Nations Unies.

 

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Plusieurs éléments clés sont ressortis des discussions. Des représentants d’organisations ont notamment mentionné que le droit à l’alimentation ne peut être protégé indépendamment de la protection du droit à l’éducation, du droit au travail, du droit au logement, des droits fonciers autochtones, pour ne mentionner que ceux-ci. Des membres du Collectif pour un Québec sans pauvreté ont évoqué l’insuffisance du Régime québécois de sécurité sociale, forçant les gens à faible revenu à trancher entre un régime alimentaire sain et leurs autres besoins fondamentaux. La militante autochtone Ellen Gabriel a présenté la lutte des communautés autochtones dans la protection de leurs terres, de leur mode de vie, de leur santé physique et de leur survie culturelle. Jean-Paul Faniel de la Table de concertation sur la faim et le développement social a quant à lui souligné la nécessité d’une intervention gouvernementale garantissant à la fois l’approvisionnement à bas prix par les consommateurs d’un panier d’aliments de bases, mais également d’un revenu adéquat pour les petits producteurs locaux. Marie-Paule Duquette du Dispensaire diététique de Montréal, a en outre souligné que le droit à l’alimentation de plusieurs citoyens québécois était compromis par le prix élevé des logements locatifs et en appel à une augmentation générale du salaire minimum indexée à l’augmentation du coût de la vie.

La relocalisation des systèmes alimentaires et le rapprochement entre consommateurs et producteurs sont des enjeux qui ont également été abordés par plusieurs organisations. Des membres de Santropol Roulant, Greenpeace et Équiterre ont plaidé en faveur d’une communauté rurale dynamique et d’un approvisionnement en produits frais et locaux. Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles, a souligné le dévouement de son organisation dans la mise en œuvre d’un système agro-alimentaire écologiquement responsable mais a souligné les nombreux défis auxquels font face les agriculteurs dans ce contexte de mondialisation économique où la compétition internationale est extrêmement forte. Union paysanne a finalement partagé une vision très critique du faible niveau d’appui financier, par le gouvernement, aux productions agricoles biologiques comparativement à d’autres secteurs agricoles hautement financés.

Tous les présentateurs se sont entendus quant à la nécessité d’instituer un changement de priorité au niveau provincial et fédéral, afin de contribuer à la réalisation d’une politique nationale alimentaire qui soit inclusive, holistique et coordonnées. Ils ont également invités les deux paliers de gouvernements à considérer l’alimentation, non comme une simple marchandise, mais comme un bien essentiel, et ont exigés que soit remplie leur responsabilité de protection du droit à l’alimentation pour tous les citoyens canadiens. Sécurité alimentaire Canada plaide pour une politique alimentaire nationale basée sur la Politique alimentaire populaire. Tous les documents et présentations de la consultation montréalaise seront disponibles sous peu sur le site du REDTAC. Monsieur de Schutter visitera dans les prochains jours Ottawa, Toronto et Winnipeg et présentera son rapport sur le droit à l’alimentation au Canada au Conseil des Nations Unies sur les droits humains en mars 2013.

 


 

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