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Mot du président – 17 juin 2018

Bonjour,

La rencontre du G7 est peut-être terminée mais pas les discussions sur la gestion de l’offre, qui semble être devenue une monnaie d’échange dans les négociations de libre-échange. Prévisible. Le Canada ne peut pas continuer longtemps à prétendre que les frontières sont ouvertes mais qu’elles sont fermées pour certains produits. Dans le dossier du lait, l’importation de lait diafiltré à bas prix en provenance des États-Unis a fait baisser le prix payé à la ferme. Dans un contexte où les dépenses explosent, une baisse du revenu mène obligatoirement à une des quatre avenues suivantes : demander au gouvernement de compenser financièrement. Reste à savoir si le Trésor sera d’accord pour dépenser l’argent des contribuables pour une production sous quota alors que le prix est fixé par une commission. Autre hypothèse : grossir l’entreprise pour augmenter le chiffre d’affaires, ce qui suppose une hausse de l’endettement et des difficultés pour refiler la ferme plus tard à une relève qui n’en aura sans doute pas les moyens. Autre scénario : vendre aux personnes qui veulent grossir. Mais ces solutions ne règlent pas le problème de l’accroissement de la taille des fermes, au contraire. Normalement, pour une entreprise aux prises avec des difficultés financières, la diversification de la production est envisagée, selon la devise de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Pour le secteur laitier, cela supposerait de vendre une partie du lait de façon directe ou transformée, ou d’élever d’autres animaux, d’ajouter un volet récréo-touristique à la ferme, etc. Or, ces avenues sont bloquées de façon quasi systématique au Québec, confinant l’immense majorité des fermes à la production au prix de gros. Bonne chance à ceux et celles qui voudraient faire du fromage à la ferme, ou tenir une table champêtre, accueillir des visiteurs, des campeurs. Dans ce contexte, la perspective d’une disparition de la gestion de l’offre aurait de graves conséquences, surtout en raison de la limitation de la marge de manoeuvre des fermes. Il y a urgence de réformer la version québécoise de la gestion de l’offre, sinon elle est vouée à disparaître et entraînera la disparition d’un grand nombre de fermes.

Dans un autre dossier, d’aucuns auront suivi les déboires de l’ex-ministre de l’agriculture, M. Pierre Paradis. Il ne m’appartient pas de juger s’il y a un lien entre les allégations et sa relation plus que tendue avec l’UPA mais il y a lieu de se demander pourquoi sa réforme entamée du système de remboursement des taxes foncières a été si rapidement reléguée aux oubliettes au lendemain de son départ. Cette réforme prévoyait un changement de la méthode calcul. Mais là n’est pas le point majeur. L’élément-clé était de dissocier le paiement de la cotisation à l’UPA de l’accès au programme. Cette démarche aurait enfin remis un peu de démocratie dans ce système. Il est aberrant de voir qu’au Québec, l’accès à des programmes gouvernementaux soit encore conditionnel au versement d’une cotisation obligatoire à une association privée en situation de monopole.

En terminant, je mentionne la publication toute récente d’une bande dessinée (Faire campagne- de Rémy Bourdillon) qui illustre les déboires d’une dizaine de personnes qui tentent de pratiquer l’agriculture mais qui se heurtent aux obstacles érigés. Bonne lecture.

Maxime Laplante, agr, président

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Congrès 2017: Ça passe par la relève

C’est sous le thème de la relève que l’Union paysanne tiendra son congrès 2017. L’activité aura lieu au Complexe Sacré-Coeur de Victoriaville, le 18 novembre 2017. Vous aurez la chance d’entendre et de rencontrer plusieurs panélistes de renomC’est sous le thème de la relève que l’Union paysanne tiendra son congrès 2017. L’activité aura lieu au Complexe Sacré-Coeur de Victoriaville, le 18 novembre 2017. Vous aurez la chance d’entendre et de rencontrer plusieurs panélistes de renom

Marie-Josée Renaud

L’Union paysanne prend de l’ampleur

Lachute, 24 janvier 2017. L’Union paysanne est fière d’annoncer l’embauche de Marie-Josée Renaud à
titre de coordonnatrice générale de l’organisation et de Stéphanie Wang au poste de coordonnatrice-volet international.

Marie-Josée Renaud

Marie-Josée Renaud est bachelière en sciences politiques et détient également une maîtrise en aménagement du territoire et développement régional. Impliquée dans le milieu associatif depuis plus de 10 ans, elle a cofondé et dirigé l’organisme Craque-Bitume, bien connu à Québec pour son travail en écologie urbaine. « L’Union paysanne était un choix naturel considérant ma sensibilité à la souveraineté alimentaire et aux organismes portant des valeurs sociales fortes », souligne Marie-Josée Renaud. Elle sera responsable de l’administration générale de l’organisation, de la coordination des bénévoles et de la recherche de financement.

 

Stéphanie Wang

Stéphanie Wang est impliquée à l’Union paysanne depuis bientôt cinq ans, on lui doit d’avoir structuré le volet international de l’organisation. Elle a réalisé sa recherche de maîtrise de sociologie, sur les lois agricoles québécoises, auprès de l’Union paysanne. Elle coordonnera le travail de l’Union paysanne au niveau canadien, nord-américain et international avec La Via Campesina en plus de recruter des formateurs et jeunes québécois pour des mandats de formations à l’étranger dans le cadre d’un partenariat  avec L’Œuvre Léger.  Elle quittera par ailleurs ses fonctions au conseil de coordination afin de se consacrer à son nouveau poste.

L’ajout de ses deux salariées permettra à l’organisation d’étendre et de consolider ses actions. « 2017 sera une année de croissance pour notre mouvement » prévoit Benoit Girouard, président de l’Union paysanne. « Nous sommes sollicités de toutes part. et l’embauche de deux femmes de terrain nous permettra d’agrandir nos actions. Les agriculteurs recherchent une alternative syndicale et les citoyens veulent voir le modèle agricole refléter les valeurs de l’agroécologie. C’est ce que propose l’Union paysanne», ajoute t’il.

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Pour information :

Benoit Girouard                                                                                  Maxime Laplante
Président Union paysanne                                                                Vice-président
450-495-1910                                                                                      418-926-2473

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Journée internationale des luttes paysannes: appliquons la Déclaration

Ce 17 avril, la Journée internationale des luttes paysannes, l’Union paysanne, en tant que membre du mouvement paysan mondial la Via Campesina, célèbre une importante victoire : l’adoption, le 17 décembre, 2018, par l’Assemblée générale des Nations unies de la Déclaration sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales.

Bien qu’il ne soit pas juridiquement contraignant, ce nouvel instrument est une affirmation de la volonté des Nations unies de faire respecter les droits de cette partie de l’humanité trop souvent victime de déplacement forcé, de pauvreté, de criminalisation et de subordination aux intérêts des transnationales agro-industrielles.

Au Canada actuellement, les paysanNEs se trouvent menacéEs par le gouvernement, qui souhaite fragiliser le droit de garder leurs semences, ce qui accentuerait la mainmise des transnationales semencières sur l’agriculture familiale. Il s’agit toutefois d’un droit protégé par la Déclaration.

Au Québec, il a fallu le courage d’un lanceur d’alerte, ajouté aux travaux des journalistes, pour persuader le gouvernement de mettre sur pied une commission sur les effets des pesticides sur la santé et l’environnement. Espérons que la commission se penchera particulièrement sur la santé de ceux qui sont les plus exposés aux effets des pesticides, c’est à dire les paysanNEs et leurs familles ainsi que les travailleurs-euses agricoles, et qu’elle se souviendra de l’obligation de l’État de « mener des programmes de …sensibilisation du public aux effets ….des produits chimiques d’utilisation courante dans les zones rurales, ainsi qu’aux solutions de remplacement. » La Commission doit aussi se souvenir du droit des travailleurs-euses agricoles de « ne pas utiliser des substances dangereuses … et de ne pas y être exposés. »

Au Québec et au Canada, les travailleurs- agricoles se voient souvent privéEs de leurs droits, en particulier du droit de constituer des syndicats et de mener des actions collectives, malgré l’obligation des États « de prendre des mesures appropriées pour encourager la création … de syndicats ,.. et de lever les obstacles à … leur développement. » Pour sa part, le gouvernement québécois a souvent manqué de prendre des mesures adéquates pour faire respecter le droit des travailleurs-euses saisonniers à « un logement convenable. »

La Déclaration insiste sur le fait que les droit humains sont « indissociables et interdépendants et se renforcent mutuellement ». Ainsi, dans certaines parties du monde, les paysanNEs et les travailleurs-euses qui réclament leurs droits socio-économiques sont exposéEs à des représailles allant du harcèlement à l’assassinat, une situation qui fait appel à un effort de solidarité de la part du mouvement paysan mondial et des changements de politique chez les gouvernements. Selon Karen Rothschild du Comité international de l’Union paysanne, « avec la nomination d’un Ombudsman pour surveiller le comportement des entreprises canadiennes à l’étranger, le Canada a fait un pas dans la bonne direction. Cependant, il est essentiel que cette nomination se traduise par le plein respect des communautés paysannes en Amérique latine, qui sont souvent victimes de violations très graves de leurs droits humains aux mains des agents des sociétés minières canadiennes. »

En fin de compte, la nouvelle Déclaration marque un point tournant dans les obligations des gouvernements à l’égard de la paysannerie et des zones rurales. Elle appelle aussi à un changement de mentalité chez les paysanNEs et les travailleurs-euses, qui cesseront d’être reléguéEs au statut de simples groupes d’intérêt ou de pression dans un monde majoritairement urbain afin de devenir de pleins sujets des droits collectifs et individuels spécifiques au monde rural.

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Mot du président – 12 avril 2019

Et non, toujours pas de nouvelles de la Régie des marchés agricoles dans le dossier du hors-quota, cinq mois après la fin des audiences. Je ne réussis à obtenir ni raison du retard, ni information quant à un nouveau délai, en dépit de nos multiples demandes.

Toutefois, la Régie, en date du 2 avril, a ordonné à la petite communauté religieuse des « Apôtres de l’amour infini » de ne plus produire de lait pour leur propre consommation. La représentante de la Régie me dit que la cause a été réglée « à l’amiable » entre « Les producteurs de lait » de l’UPA et la communauté. Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette fédération a menacé d’une amende de 192 000$ ce groupe religieux pour avoir osé consommer leur propre lait sans détenir un quota. La même communauté avait déjà vécu une situation semblable alors que la fédération des éleveurs de poulet de l’UPA leur avait interdit de consommer leurs propres poulets. Même si ces gens n’ont jamais commercialisé leurs production, ils ont quand même froissé le besoin de pouvoir des succursales de l’UPA. Le monarque ne négocie pas avec ses sujets.

Cette fameuse gestion de l’offre, avec son cortège de quotas, a beau avoir certains intérêts de stabilisation des prix sur le marché, il n’en reste pas moins que d’en avoir laissé le plein contrôle à des cartels privés mène à de graves abus et soulève la grogne. Le gouvernement a compris que le simple fait de vouloir discuter de la gestion de l’offre sur la place publique était un tabou, au risque de mettre en péril une carrière politique, comme ce fut le cas avec Maxime Bernier. Il ne faut donc pas se surprendre si Ottawa décide de contourner le problème en ouvrant graduellement nos frontières pour des denrées comme le lait, les œufs et le poulet.

Il y a plusieurs années, le président de l’UPA comparait le système de quotas dans le lait à celui des permis des chauffeurs de taxi, même si un quota laitier vaut environ dix fois plus cher. Je ne peux m’empêcher d’y voir aujourd’hui une analogie. Sans juger de la pertinence ou non d’indemniser les chauffeurs pour la perte de valeur de leurs permis, je me pose la question de ce qui arrivera si les importations de lait ou de poulet minent la valeur des quotas de production et que les filiales de l’UPA réclament la compensation financière. Même si les détenteurs initiaux de quota n’ont pas eu à payer pour l’obtention, il n’en reste pas moins que la valeur des quotas agricoles dépasse aujourd’hui largement 13 milliards de dollars, au bas mot. On peut présumer que le conseil du Trésor sera réticent à payer, surtout qu’il s’agit d’une valeur spéculative. Ce qui est inadmissible, c’est justement d’avoir permis de spéculer sur ces quotas, alors qu’il s’agit d’un contrat social entre la ferme et l’État. Et pendant ce temps, on maintient la ligne dure en interdisant aux petites entreprises québécoises de produire et de vendre de petites quantités de lait ou de poulet. Si la gestion de l’offre n’est pas bientôt réformée, elle risque fort de disparaître.

Je suis conscient que le sujet de la gestion de l’offre n’est pas très « sexy ». Actuellement, les discussions sur la souveraineté alimentaire sont plus populaires. Mais il n’y aura pas de souveraineté sans droit de produire ou de liberté d’association.

Maxime Laplante, agr, président

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Paysans-nes recherchés-es

Frampton dans le village : porcherie sur litière qui aimerait accueillir des moutons et/ou chèvres et/ou porcs et/ou poules et/ou dindons et/ou canards et/ou cailles et/ou sangliers et/ou grillons et/ou ténébrions et/ou autres patentes pour rendre la bâtisse utile (pas de girafe, le plafond est trop bas, 8pi.).

Porcherie de 150pi x 38pi, abri à fumier de 30pi x 80pi (compost ???), silo à grain (achat en vrac), petit bob cat pour ramasser et environ 70 000pi² de terrain. Hébergement possible à prix modique, possibilité de travailler à l’ébénisterie à faire des sculptures ou autres patentes. Je suis ouvert à toutes discussion, la porcherie me sert de cabanon présentement. Situé près du golf Dorchester, à 1,6 km de l’épicerie et encore plus près : caisse pop, resto, bars, quincaillerie, essence, pharmacie, garage de mécanique, école et +.

Je travaille toujours à Québec, mais à temps partiel… je commence à pratiquer la retraite. Condition de location de départ facilitantes.

Jim

418-655-3232

jimmy.rheault@cegep-ste-foy.qc.ca

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Le cas des pesticides : un modèle à revoir

Depuis plusieurs mois, de fréquentes sorties médiatiques sur la question des pesticides ont permis de refléter une préoccupation manifeste quant à leur utilisation parmi la population québécoise. Inquiète des répercussions dommageables pour sa santé et son environnement, cette dernière semble espérer des autorités compétentes une révision de l’utilisation massive de ces intrants chimiques. Et la communauté scientifique — lorsqu’elle n’est pas à l’emploi des multinationales qui commercialisent ces produits — démontre que ces inquiétudes ont effectivement raison d’être.


Pour l’Union paysanne, la question des pesticides ne peut être traitée sans être au minimum contextualisée. Nous soutenons que l’utilisation massive des pesticides ne découle aucunement des agriculteurs-trices, mais que cette responsabilité doit plutôt être impartie à l’actuel système agro-alimentaire qui fait du productivisme son modus operandi. Ce modèle de production, que nous désignerons sous l’appellation d’agriculture industrielle, suggère que l’amélioration des rendements à l’hectare est nécessaire afin d’atteindre une soi-disant « sécurité alimentaire ». Ce faisant, réfléchir la question des pesticides ne peut s’effectuer sans revisiter les fondements du système industriel de production, qui pourrait s’avérer de maintes façons hautement inefficace.

« Il n’y a pas d’agriculture industrielle au Québec », soutient l’UPA

Et pourtant. De manière générale, l’industrialisation s’effectue lorsqu’il y a une chaîne de production et lorsque les techniques permettent une augmentation de la productivité afin d’augmenter la rentabilité économique. Et force est de constater que ce processus s’est intégré à la réalité d’une grande partie des fermes québécoises.

De fait, notre système agro-alimentaire s’apparente désormais à l’usine, où les postes de production sont compartimentés et le travail hautement divisé. À l’instar du forgeron fournissant sa communauté en outils, l’agriculteur approvisionnant son entourage en aliments tend à disparaître. Lorsqu’il existe, c’est avec un ton bucolique que nous le dénommons. « Mon fermier de famille ». De fait, ce lien presque direct qui existait jadis entre la production agricole et la consommation de nourriture n’est que le vestige d’un système agro-alimentaire actualisé aux réalités d’une économie capitaliste de marché. Aujourd’hui, l’aliment est un bien marchand qu’on retrouve principalement à l’épicerie — de surcroît, possédée par les grandes bannières –, elle-même approvisionnée par les grossistes qui comblent leurs palettes d’une nourriture originaire des quatre coins du monde et de transformateurs alimentaires ayant opéré sous la même logique. Pour répondre à la demande de ces corporations, qui exigent des semi-remorques entières de fruits et légumes (sans quoi la marge de profit est trop mince), les agriculteurs doivent réaliser des économies d’échelle de façon à pouvoir leur offrir un prix compétitif. Pour survivre et continuer à vivre de sa profession, souvent transmise depuis plusieurs générations, l’agriculteur est contraint d’adapter son système de production aux réquisitions des demandeurs et de produire en quantité immense, le contraignant à limiter sa production à une seule plante, à un seul animal, à la monoculture. Car croit-on, cultiver une plante ou une espèce animale unique permet de limiter le nombre de variables à contrôler et donc d’intensifier la production, d’augmenter les rendements.

L’emploi de pesticides découle directement de cette logique : c’est le modèle industriel de production qui le demande, par nécessité d’optimisation. Cette recherche d’une productivité accrue témoigne justement de l’existence bien réelle d’une agriculture industrielle au Québec, quoi qu’en dise l’UPA! Dans un système en monoculture, le très faible niveau de biodiversité ne permet pas au champ d’être résilient par lui-même, comme pourrait l’être une forêt ou un marécage, par exemple. Or, si une adventice ou un insecte ravageur s’introduit dans ce système, le problème doit être réglé par une intervention externe. Et c’est là où le mode de production capitaliste en est venu à développer et à commercialiser les pesticides : pour combler une lacune occasionnée par le mode de production qu’il a préconisé depuis la Révolution verte, à savoir cette période de forte augmentation de la production agricole à l’échelle globale dans les années 1960 causée par l’industrialisation des pratiques. En ce sens, les pesticides n’existent pas pour augmenter les volumes de production, mais bien pour palier à un problème et limiter les pertes inhérentes à un système de production qui a subjugué des fonctions écosystémiques primordiales à l’intervention anthropique, qui a élevé l’humain au-dessus de la nature.

Pour l’Union paysanne, éliminer les pesticides de nos pratiques est une avenue souhaitable si cette revendication s’inscrit dans une perspective de renversement complet du modèle industriel de production agricole. Une agriculture dite « biologique » — où les pesticides sont proscrits, mais où les monocultures et l’exploitation indue des travailleurs demeurent, où la production agricole reste globalisée et transportée par les énergies carbonées, où l’accessibilité des aliments marchandisés est fonction du pouvoir d’achat — ne fait que perpétuer les problèmes qu’il faudra éventuellement résoudre. De fait, nous soutenons que les innombrables enjeux de l’agriculture industrielle et des pesticides, de même que la recherche d’une durabilité véritable de ce système ne peuvent être réglées que par la souveraineté alimentaire et que celle-ci doit être portée par l’agroécologie paysanne.

« En ce sens, les pesticides n’existent pas pour augmenter les volumes de production, mais bien pour palier à un problème et limiter les pertes inhérentes à un système de production qui a subjugué des fonctions écosystémiques primordiales à l’intervention anthropique, qui a élevé l’humain au-dessus de la nature. »

L’alternative, c’est la souveraineté alimentaire!

L’industrialisation de l’agriculture a rompu le lien direct qui unissait auparavant le producteur et le consommateur. Soit. En conséquence, l’épicerie (devenue supermarché à travers le phénomène de corporatisation) est dorénavant le plus proche lien que nous entretenons avec l’agriculture. Il est effectivement difficile de pleinement saisir comment les immenses champs de soja et de maïs qui longent nos autoroutes contribuent à nourrir nos familles. Devant des étagères comblées par des produits du Mexique, de l’Espagne ou du Japon, nous en sommes venus à oublier que le territoire québécois regorge d’un potentiel nourricier incroyable, capable d’alimenter d’une nourriture locale, riche et responsable l’ensemble de sa population.

Malgré cela, en date de 2017, au Québec, c’est l’équivalent en superficie de 225 000 hectares de soja que nous exportions vers les marchés étatsuniens et asiatiques. Or, 80 % de nos superficies où se cultive l’oléagineux « quittent » notre territoire pour alimenter les flux du commerce international, nous privant ainsi d’un vaste espace où pourraient être cultivés des aliments distribués localement. La logique industrielle — dont la chaîne de production est indiscutablement mondiale — fait prévaloir l’intérêt de celles qui opèrent le système, à savoir les corporations multinationales, au nom de la sacro-sainte liberté économique. Faut-il mentionner qu’une quantité faramineuse de pesticides est employée sur ces champs.

Or, la question des pesticides doit passer par une réappropriation de notre territoire agricole, par la construction d’un système agro-alimentaire basé sur la souveraineté alimentaire. La posture à adopter est combative, puisque la lutte qui doit s’engager nous oppose aux intérêts des gros joueurs de l’actuel système agro-alimentaire, bénéficiant trop souvent de la connivence gouvernementale. Le rapport de force doit être créé collectivement, paysannes et paysans uniEs aux citoyennes et citoyens, afin de réparer ce lien rompu entre la production et la consommation.

 

Gabriel Leblanc

Coordonnateur du comité international
UNION PAYSANNE
Paysan à La Ferme de la Dérive

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Non, M. Groleau, vous ne nous représentez pas!

** Cette lettre est une réplique à l’éditorial de Marcel Groleau, 27 février 2019, https://www.upa.qc.ca/fr/textes-dopinion/2019/02/mettre-en-opposition-les-petites-aux-grandes-fermes-ne-mene-a-rien/

Dans un éditorial du 27 février dernier, Marcel Groleau, président de l’UPA, nous met en garde contre le danger d’opposer «les petites fermes aux plus grandes». Devant l’arrogance de cette tentative de récupération des revendications des mouvements paysans dans le giron du monopole syndical obligatoire, nous, paysan-ne-s et membres de l’Union Paysanne, tenons à dénoncer le sophisme de M. Groleau, qui tente de sur-simplifier les distinctions fondamentales qui existent entre différents modes de productions alimentaires au Québec et ailleurs dans le monde.

Ces distinctions séparent les industries bio-alimentaires (nommées comme telles par le gouvernement du Québec1) et les modes de production (et de vie) paysans. Car tel est le point qu’il faut nommer et re-nommer ici; la paysannerie n’est pas un emploi ou un secteur de production, c’est une manière de vivre, une manière d’être au monde. Si les fermes du Québec ne sont pas celles des États-Unis, il n’en reste pas moins que le portrait agricole du Québec est largement structuré par des mécanismes d’intégration qui, comme le dit le livre vert pour une politique bio-alimentaire, englobent «toute la chaîne alimentaire, de la terre et de la mer jusqu’à votre table2». Ce sont ces chaînes qui forment l’industrie et qui encouragent, par exemple, l’emploi de travailleurs migrants temporaires au statut souvent précaire, l’utilisation éhontée d’éléments toxiques dans la production d’aliments, la mise en marché internationale d’exportation orchestrée par les ententes de libre-échange contradictoires aux principes fondamentaux de la souveraineté alimentaire.

Si les chiffres présentés par M. Groleau illustrent quelque chose, c’est bien que les petites exploitations agricoles existent, et qu’elles sont réparties sur le territoire. Ces mêmes chiffres toutefois ne parlent aucunement de la santé de ces entreprises ou de ceux et celles qui les rendent vivantes . Dans sa lancée, le président de l’UPA affirme que «Les unes et les autres se côtoient sur tous ces marchés, selon les opportunités qui se présentent, et sont toutes importantes dans l’écosystème régional». Difficile à croire. L’UPA a quand même délégué ses avocats devant la Régie des marchés agricoles pour bâillonner l’Union paysanne sur la question de la production hors-quota. Ces mêmes avocats ont même exigé de la Régie qu’elle ne prenne pas connaissance du rapport Pronovost sur l’avenir de l’agriculture, ni du rapport CIRANO de l’Université Laval sur les circuits courts. Ce que nous dénonçons, c’est la planification organisée par les ministères et le monopole syndical qu’est l’UPA. C’est par la création et le soutien d’une multitude de fermes paysannes diversifiées que les communautés rurales seront résilientes et non par la concentration des terres selon le modus operandi : “get bigger or die”.

Le Québec comptait 140 000 fermes réellement familiales en 1950, Monsieur Groleau. Oui, il ne reste que 29 000 fermes. Ce n’est pas un succès, c’est une catastrophe, un échec monumental du système agricole mis de l’avant par l’UPA. Ce système, M. Groleau, il est industriel. L’agriculture industrielle n’est pas fonction de la taille, mais des pratiques qu’elle utilise et de sa façon de se déployer. Produire une commodité monnayable standardisée sous un système de mise en marché écrasant et totalitaire imposé par un pseudo office de commercialisation ayant le titre trompeur de « fédération » ou « d’agence » en situation de monopole et qui ne laisse aucune place à l’artisan-ne, au paysan-ne, à la relève et à l’entrepreneuriat, ce n’est pas un milieu favorable pour les « petits», M. Groleau. Vous déguiser en défenseur de tous et toutes vous va très mal.

Il n’y a pas de « cohabitation sur le territoire entre les entreprises agricoles»; il n’y a qu’un seul et unique modèle imposé à tous et à toutes. Ce modèle agricole que défend l’UPA est mourant, dépassé, ne va vraiment pas bien et nous dirige vers un mur. Année après année, la Financière agricole du Québec (FADQ) est en déficit d’opération en essayant de maintenir sous respirateur artificiel l’agriculture au Québec sous la forme de versements d’assurances agricoles diverses. Versements qui profitent très largement aux intégrateurs et aux productions de masse destinées à toute autre chose que de contribuer à la souveraineté alimentaire québécoise. En mettant de l’avant une vision extractiviste, productiviste et l’utopie d’une croissance infinie, l’UPA a bloqué l’innovation, la paysannerie, l’agroécologie, les pratiques alternatives, ancestrales et respectueuses des milieux de vie.

La réalité, c’est que le système alimentaire paysan produit plus de 70 % de tous les aliments que les gens mangent sur le globe sur seulement 20% à 30% des terres arables. Il utilise moins de 20 % de tous les carburants fossiles et 30 % de toute l’eau qui est utilisée en agriculture; il entretient et fait un usage durable de la diversité; il est le plus important producteur d’aliments non exportés, qui représentent 85 % de tous les aliments produits et consommés3».

Le monopole de l’UPA provient du laxisme de l’État québécois, au mépris des accords internationaux signés par le Canada concernant la liberté d’association. C’est de l’abus de pouvoir légalisé qui ne vous confère en aucun cas, M. Groleau, le droit moral de prétendre nous représenter. Et ce n’est surtout pas le pouvoir de nous soutirer une cotisation exorbitante sans notre accord qui nous convaincra de vos intentions de soutenir la paysannerie.

Non, M. Groleau, vous ne nous représentez pas.

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Maxime Laplante, agr, président de l’Union paysanne

Gaspar Ciesielski Lépine, paysan à la Coop du Trécarré

Alexandre Pigeon, paysan ferme Valex

 

Liens suggérés

http://www.etcgroup.org/content/who-will-feed-us-industrial-food-chain-vs-peasant-food-web

https://www.protegez-vous.ca/Sante-et-alimentation/dou-vient-ce-quon-mange

http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/agriculture/profil-bioalimentaire2017.pdf

http://www.etcgroup.org/sites/www.etcgroup.org/files/Food%20Poster_FR%20.pdf

http://www.etcgroup.org/sites/www.etcgroup.org/files/Affiche%20Qui%20nous%20nourrira%20-%20traduit%20FR%20FINAL_V1.pdf

https://viacampesina.org/fr/comment-le-systeme-alimentaire-industriel-contribue-a-la-crise-climatique/

1Profil sectoriel de l’industrie bio-alimentaire 2017

2D’ou vient ce qu’on mange, protegez vous

3ETC groupe Selon le ETC GROUP et leur dernière étude paru en 2014 et revu en 2017

 

Terres agricoles à disposition pour un projet collectif

Bonjour,

je possède plusieurs terrains agricole dans le secteur de Dosquet ( limite St-Aggapit ) totalisant 290 000 pieds carrés. (Presque 3 hectares).

Je cherche à mettre mes terrains à contribution pour l’exploitation maraîchère et bâtir un partenariat avec un groupe de personnes désirant cultiver un petit lopin de terre. Je suis ouvert à toute proposition.

N’ayant aucune connaissance de l’agriculture, je suis prêt à m’investir à ma façon (finance, affaires et transport)

J’ai une parti d’environ 200 000 pieds carrés avec un puits artésien,l’électricité ainsi qu’un champ d’épuration, Une autre parti d’environ 60 000 pieds carrés avec l’électricité ainsi qu’un terrain seul de 30 000 pieds carré.

Mon but dans cette démarche est tout simplement d’exploiter ces terrains dont je ne me sert pas pour le bien de tous, tout en ayant du plaisir. Je ne cherche pas à dégager de profit ou de faire de l’argent sur le dos de ceux qui désirent s’investir.

Je vous invites à communiquer avec moi (Jonathan) au 581-994-7717 et voir quel genre d’exploitation/ partenariat nous pourrions faire !

https://www.kijiji.ca/v-view-details.html?adId=1416445452

 

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Mot du président – 25 février 2019

Les congrès de l’Union paysanne sont souvent particuliers et riches en découvertes ou en surprises. Celui de cette année a donné lieu à toute une vague médiatique, étant donné la venue du ministre de l’agriculture, M. Lamontagne. Lorsque Marie-Josée (coordonnatrice) et moi l’avions rencontré précédemment, il avait été question, entre autres, des nombreux obstacles à la paysannerie, dont les normes. Lorsque le ministre, en début de congrès, a fait allusion aux normes du ministère de l’environnement, nul ne pouvait présager la tempête qui a suivi. Une mauvaise interprétation du discours laissait entendre qu’il fallait alléger la protection de l’environnement. Au contraire!

Depuis ses débuts, l’Union paysanne plaide pour des normes adaptées à la paysannerie au lieu du rouleau compresseur taillé sur mesure pour les besoins de l’industrie. Les exemples pullulent : interdiction d’épandage du fumier après le 1er octobre, sans faire la différence entre le lisier de l’industrie porcine et les fumiers solides ou compostés. Interdiction de réutiliser ses propres semences si on veut avoir accès aux programmes de subvention comme l’ASRA. Interdiction d’abattage à la ferme. Bandes tampons exigées aux fermes biologiques afin de limiter la contamination par les pesticides des voisins.

Le problème des normes mal adaptées a d’ailleurs été au cœur des audiences devant la Régie des marchés agricoles, alors que l’industrie accusait les petits éleveurs de ne pas avoir de cahier de normes exigeantes et ainsi de constituer une menace pour la santé des animaux, celle des humains et le bien-être animal. Nous nous sommes donc retrouvés dans la situation absurde de nous faire reprocher de ne pas nous préoccuper du bien-être animal par les propriétaires d’élevages industriels qui ont un cahier de charges stipulant que d’élever une poule sur un espace aussi petit que 64 pouces carrés (soit moins qu’une feuille 8 ½ x 11) est respectueux des animaux…

En fait, une grande partie des normes apparaissent lorsqu’il y a une distance entre la fourche et la fourchette. La vente directe constitue la meilleure traçabilité et la meilleure garantie de qualité.

En rencontre avec le ministre, nous avons formulé la demande de créer une division du MAPAQ qui serait dédiée à la diversification et la multifonctionnalité de l’agriculture, de façon à obtenir un appui de l’État pour un changement de modèle agricole. Il est grand temps de concrétiser les recommandations du rapport Pronovost à ce sujet. Devant le congrès de l’Union paysanne, le ministre a déclaré que ce rapport constituait dorénavant son guide, son « étoile du nord ». Espérons qu’un changement de vision de l’agriculture fasse son chemin au gouvernement.

Maxime Laplante, agr, président

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Des normes à adapter pour la paysannerie

Ste-Croix, 12 février 2019Pour l’Union paysanne, le discours du ministre Lamontagne mérite d’être replacé dans le contexte et ne doit surtout pas être interprété comme une volonté d’ouvrir une brèche dans la protection de l’environnement, au contraire. Depuis sa fondation, l’Union paysanne plaide pour un arrimage entre l’environnement, l’agriculture et les demandes de la société civile. Les pourparlers précédents avec M. Lamontagne, mais aussi avec ses prédécesseurs soulignaient la nécessité d’adapter les normes environnementales, sanitaires et administratives aux besoins de la paysannerie au lieu d’imposer une structure taillée sur mesure pour la grande industrie.

Par exemple, on occasionne de graves problèmes aux petits éleveurs en imposant une interdiction d’épandage de fumier solide ou composté après le 1er octobre sous prétexte que les déversements massifs de lisier de l’industrie porcine en début d’hiver risquaient d’aboutir dans les cours d’eau.

Vouloir imposer des combinaisons en plastique ou des lavages aux petits élevages de basse-cour à l’extérieur sous prétexte que la forte concentration des oiseaux des élevages industriels constitue un risque pour la propagation des maladies est une aberration.

Interdire aux producteurs biologiques de céréales de réutiliser leurs propres semences en les menaçant de leur bloquer l’accès aux programmes gouvernementaux est une autre de ces situations où les normes en place sont faites pour la grande industrie sans égard pour un autre modèle de production.

Ce mépris normatif pour la paysannerie n’est toutefois pas l’exclusivité du ministère de l’environnement. Le MAPAQ y trouve également sa part de culpabilité ainsi que le système de plans conjoints de l’UPA qui bloque l’accès à la relève par les remparts de quotas prohibitifs ou inaccessibles.

Ce que l’Union paysanne a clairement demandé au ministre de l’agriculture, c’est qu’une division du MAPAQ soit dédiée à la diversification et à la multifonctionnalité de l’agriculture, de façon à rassembler les efforts de l’Union paysanne, de la société civile et du ministère de l’agriculture.

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Maxime Laplante, agr, président et porte-parole 581 888-0941

 

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Le congrès annuel de l’Union paysanne

Ste-Croix, 10 février 2019 – C’est au domaine Maizerets à Québec que s’est tenu le congrès de l’Union paysanne, sous le thème « Souveraineté alimentaire et luttes paysannes ». À l’ouverture, l’assistance a accueilli le nouveau ministre de l’agriculture, M. André Lamontagne. Celui-ci a affirmé son intention d’aller de l’avant en suivant les recommandations du rapport Pronovost, rapport maintenant lu par toute l’équipe de direction du MAPAQ et qu’il considère comme son « étoile du nord ».

L’Union paysanne aura en effet besoin qu’un ministre applique enfin ce fameux rapport, de façon à donner de l’oxygène aux fermes du Québec. La Régie des marchés agricoles devra sous peu rendre son jugement concernant la hausse réclamée de la production hors-quota pour les œufs, le poulet et le dindon, ce qui permettrait une amélioration de revenu pour les petits élevages, comme c’est le cas dans les autres provinces canadiennes.

Le congrès a également porté son attention sur l’aménagement du territoire, qui sera un prochain dossier lourd pour l’Union paysanne : accès à la terre, spéculation foncière, taxation des municipalités rurales, etc.

La paysannerie au plan international a fait l’objet de présentations et d’ateliers, un des objectifs étant d’obtenir un statut officiel auprès des Nations unies, ainsi que la reconnaissance de l’importance des paysans dans l’approvisionnement alimentaire des habitants de la planète. « Souveraineté alimentaire et agroécologie sont deux concepts indissociables », selon Gabriel Leblanc, coordonnateur du comité international.

Au cours de l’année 2019, l’Union paysanne entend poursuivre son travail de promotion et de défense de la paysannerie, autant au plan de la souveraineté alimentaire qu’au niveau de la protection des ressources et sa contribution à la réduction de l’utilisation des énergies fossiles, dans un objectif de réduction des gaz à effet de serre.

-30-

Maxime Laplante, agr, président et porte-parole 581 888-0941

 

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