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Mot du président – 17 juin 2018

Bonjour,

La rencontre du G7 est peut-être terminée mais pas les discussions sur la gestion de l’offre, qui semble être devenue une monnaie d’échange dans les négociations de libre-échange. Prévisible. Le Canada ne peut pas continuer longtemps à prétendre que les frontières sont ouvertes mais qu’elles sont fermées pour certains produits. Dans le dossier du lait, l’importation de lait diafiltré à bas prix en provenance des États-Unis a fait baisser le prix payé à la ferme. Dans un contexte où les dépenses explosent, une baisse du revenu mène obligatoirement à une des quatre avenues suivantes : demander au gouvernement de compenser financièrement. Reste à savoir si le Trésor sera d’accord pour dépenser l’argent des contribuables pour une production sous quota alors que le prix est fixé par une commission. Autre hypothèse : grossir l’entreprise pour augmenter le chiffre d’affaires, ce qui suppose une hausse de l’endettement et des difficultés pour refiler la ferme plus tard à une relève qui n’en aura sans doute pas les moyens. Autre scénario : vendre aux personnes qui veulent grossir. Mais ces solutions ne règlent pas le problème de l’accroissement de la taille des fermes, au contraire. Normalement, pour une entreprise aux prises avec des difficultés financières, la diversification de la production est envisagée, selon la devise de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Pour le secteur laitier, cela supposerait de vendre une partie du lait de façon directe ou transformée, ou d’élever d’autres animaux, d’ajouter un volet récréo-touristique à la ferme, etc. Or, ces avenues sont bloquées de façon quasi systématique au Québec, confinant l’immense majorité des fermes à la production au prix de gros. Bonne chance à ceux et celles qui voudraient faire du fromage à la ferme, ou tenir une table champêtre, accueillir des visiteurs, des campeurs. Dans ce contexte, la perspective d’une disparition de la gestion de l’offre aurait de graves conséquences, surtout en raison de la limitation de la marge de manoeuvre des fermes. Il y a urgence de réformer la version québécoise de la gestion de l’offre, sinon elle est vouée à disparaître et entraînera la disparition d’un grand nombre de fermes.

Dans un autre dossier, d’aucuns auront suivi les déboires de l’ex-ministre de l’agriculture, M. Pierre Paradis. Il ne m’appartient pas de juger s’il y a un lien entre les allégations et sa relation plus que tendue avec l’UPA mais il y a lieu de se demander pourquoi sa réforme entamée du système de remboursement des taxes foncières a été si rapidement reléguée aux oubliettes au lendemain de son départ. Cette réforme prévoyait un changement de la méthode calcul. Mais là n’est pas le point majeur. L’élément-clé était de dissocier le paiement de la cotisation à l’UPA de l’accès au programme. Cette démarche aurait enfin remis un peu de démocratie dans ce système. Il est aberrant de voir qu’au Québec, l’accès à des programmes gouvernementaux soit encore conditionnel au versement d’une cotisation obligatoire à une association privée en situation de monopole.

En terminant, je mentionne la publication toute récente d’une bande dessinée (Faire campagne- de Rémy Bourdillon) qui illustre les déboires d’une dizaine de personnes qui tentent de pratiquer l’agriculture mais qui se heurtent aux obstacles érigés. Bonne lecture.

Maxime Laplante, agr, président

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Congrès 2017: Ça passe par la relève

C’est sous le thème de la relève que l’Union paysanne tiendra son congrès 2017. L’activité aura lieu au Complexe Sacré-Coeur de Victoriaville, le 18 novembre 2017. Vous aurez la chance d’entendre et de rencontrer plusieurs panélistes de renomC’est sous le thème de la relève que l’Union paysanne tiendra son congrès 2017. L’activité aura lieu au Complexe Sacré-Coeur de Victoriaville, le 18 novembre 2017. Vous aurez la chance d’entendre et de rencontrer plusieurs panélistes de renom

Marie-Josée Renaud

L’Union paysanne prend de l’ampleur

Lachute, 24 janvier 2017. L’Union paysanne est fière d’annoncer l’embauche de Marie-Josée Renaud à
titre de coordonnatrice générale de l’organisation et de Stéphanie Wang au poste de coordonnatrice-volet international.

Marie-Josée Renaud

Marie-Josée Renaud est bachelière en sciences politiques et détient également une maîtrise en aménagement du territoire et développement régional. Impliquée dans le milieu associatif depuis plus de 10 ans, elle a cofondé et dirigé l’organisme Craque-Bitume, bien connu à Québec pour son travail en écologie urbaine. « L’Union paysanne était un choix naturel considérant ma sensibilité à la souveraineté alimentaire et aux organismes portant des valeurs sociales fortes », souligne Marie-Josée Renaud. Elle sera responsable de l’administration générale de l’organisation, de la coordination des bénévoles et de la recherche de financement.

 

Stéphanie Wang

Stéphanie Wang est impliquée à l’Union paysanne depuis bientôt cinq ans, on lui doit d’avoir structuré le volet international de l’organisation. Elle a réalisé sa recherche de maîtrise de sociologie, sur les lois agricoles québécoises, auprès de l’Union paysanne. Elle coordonnera le travail de l’Union paysanne au niveau canadien, nord-américain et international avec La Via Campesina en plus de recruter des formateurs et jeunes québécois pour des mandats de formations à l’étranger dans le cadre d’un partenariat  avec L’Œuvre Léger.  Elle quittera par ailleurs ses fonctions au conseil de coordination afin de se consacrer à son nouveau poste.

L’ajout de ses deux salariées permettra à l’organisation d’étendre et de consolider ses actions. « 2017 sera une année de croissance pour notre mouvement » prévoit Benoit Girouard, président de l’Union paysanne. « Nous sommes sollicités de toutes part. et l’embauche de deux femmes de terrain nous permettra d’agrandir nos actions. Les agriculteurs recherchent une alternative syndicale et les citoyens veulent voir le modèle agricole refléter les valeurs de l’agroécologie. C’est ce que propose l’Union paysanne», ajoute t’il.

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Pour information :

Benoit Girouard                                                                                  Maxime Laplante
Président Union paysanne                                                                Vice-président
450-495-1910                                                                                      418-926-2473

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Mot de Jean Pronovost en vu du congrès de l’Up

24 heures avant son décès, monsieur Pronovost nous a fait l’honneur d’écrire un mot en vu du congrès de l’Union paysanne. Cet engagement jusqu’à la toute fin envers la cause agricole fait foi de l’importance qu’il accordait  à l’agriculture plurielle. Le voici!

 

Bonjour madame Renaud,

Voici le texte demandé. J’y crois beaucoup. Ce qui m’a incité a l’expédier à quelques autres personnes.  On conçoit souvent l’avenir de l’agriculture une ou à des étiquettes qui escamotent une partie de la vérité.

Certains prônent une agriculture dite industrielle mais qui au fond applique à l’agriculture le modèle économique traditionnel qui repose sur la croissance économique, le marketing, la recherche de la croissance, la productivité etc.  On produit et on vend des pommes de terre, du maïs ou des pommes comme  d’autres secteurs produisent et vendent des clous, des vis ou tous autres produits.

L’agriculture, la vraie, doit intégrer plusieurs autres valeurs à cette dimension économique.  Il faut penser notamment Santé et il faut penser que les impératifs Santé peuvent même varier avec les individus qui ont des besoins différents et particuliers.  Il faut aussi penser à la qualité de l’environnement car la qualité de la nourriture commence là; combattre les failles environnementales par des moyens naturels et biologiques plutôt que chimiques, etc.

Ce que je viens de souligner n’a rien à voir avec la taille des fermes ou de leurs modèles juridiques.  C’est évident que les quantités produites, parce qu’elles intègrent d’autres valeurs, ont tendance à devoir tenir compte des frais que l’éventail de ces valeurs entraînent.  L’État doit prendre tout cela en compte dans ses politiques.  L’agriculture n’est pas univoque. Elle n’est surtout pas noir et blanc et répond à une série de besoins interreliés.

 

Cordialement,

Jean Pronovost

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Mot du président – 16 janvier 2019

Nous avons appris, au lendemain de Noël, le décès de Jean Pronovost qui a présidé la maintenant célèbre commission sur l’avenir de l’agriculture au Québec. Personne intègre et connue pour son doigté, son art de pouvoir entendre les divers intervenants du monde agricole avec attention, M. Pronovost a découvert cet univers qu’est l’agriculture québécoise. Découverte privilégiée, au-delà de la simple image véhiculée par les médias, souvent bucolique à souhait. Après un long périple dans le Québec rural, assisté par une équipe de recherchistes et deux autres commissaires, M. Pronovost s’est lentement forgé une opinion. Son constat principal : l’agriculture du Québec étouffe, manque d’oxygène, pour reprendre ses termes. Le carcan des fédérations contrôlant les plans conjoints, la rigidité des règles touchant l’aménagement du territoire, les obstacles pour la relève, le financement taillé sur mesure pour la grande entreprise spécialisée, tout cela à l’encontre des objectifs de diversification, de multifonctionnalité.

Je me souviens avoir reçu M. Pronovost chez moi, alors qu’il rencontrait diverses organisations. Il faut mentionner que la commission Pronovost trouve son origine dans une demande faite par l’Union paysanne dans le bureau du ministre de l’agriculture de l’époque, M. Vallières. Il allait donc de soi d’aller rencontrer l’Union paysanne. Je l’ai alors accueilli chez moi, dans mon fond de rang, avec pour repas de la viande de porc de mon élevage à l’extérieur. Pendant que le repas finit de cuire et que nous conversons, il regarde par la fenêtre, voyant les bâtiments, les champs, les animaux, le jardin, le verger. Je lui demande alors si, d’après lui, ce qu’il voit correspond à une ferme. Il se dit surpris par la question, soupçonne une blague de ma part. Hésitant, il me répond qu’à toute évidence, il s’agit d’une ferme. Je lui explique donc qu’au sens de la loi du Québec, ce n’est pas une ferme mais simplement un « hobby ». Devant son regard incrédule, je précise que le Québec ne tient compte que des ventes extérieures pour définir une ferme. Nourrir une famille de sept personnes, en plus d’amis ou de parents, ça ne compte pas, même si le nombre d’heures consacré correspond à un emploi régulier. Quand on sait que le rôle premier de l’agriculture dans le monde, c’est de nourrir la famille, il est aberrant que le Québec conserve une vision si réductrice. Une vision unique en somme. Pendant son périple à travers le Québec, M. Pronovost a entendu toutes sortes de commentaires et son lot d’histoires d’horreur, de situations cauchemardesques. Il a aussi vu de la passion, de l’initiative.

On retrouve dans les recommandations du rapport Pronovost de larges pans du mémoire de l’Union paysanne que j’ai présenté lors de cette commission. Il serait temps que le Québec applique ce rapport. Souhaitons que l’avenir rendra aussi hommage à cet homme visionnaire, pour le plus grand bien de notre agriculture et de la diversité des gens qui y travaillent.

Maxime Laplante, agr, président

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Réservez vos dates! Congrès de l’Union paysanne le 9 février

L’Union paysanne vous invite avec enthousiasme à son Congrès 2019 – qui aura pour thème Souveraineté alimentaire et luttes paysannes – le 9 février prochain dans la ville de Québec, au domaine Maizerets. L’événement sera suivi le lendemain par l’Assemblée générale annuelle. En outre, il s’agira d’un lieu où les paysanNEs et les citoyenNEs se réuniront afin de réfléchir collectivement aux prochaines luttes paysannes menées par l’Union paysanne et de discuter des modes d’action pour les concrétiser efficacement. Vous êtes une personne sensible à la cause paysanne et croyez en sa capacité à faire avancer les causes sociales? Alors réservez vos dates et venez assister à notre congrès ouvert à toutes et à tous!

Plusieurs conférencières et conférenciers seront réunis afin d’aborder divers enjeux liés à la question agricole, notamment la question du développement de nouvelles biotechnologies, de l’agroécologie et de la souveraineté alimentaire comme outils conceptuels pour affronter la crise écologique, l’aménagement du territoire, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans, etc. Référez-vous à notre programmation préliminaire (ci-bas) afin de consulter plus exhaustivement les différents sujets abordés.

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Programmation préliminaire

8h00-8h55 : Inscriptions

9h00-9h15 : Mot d’introduction

9h20-9h45 : Démarche de l’Union paysanne devant la régie

9h50-10h45 : La biotechnologie au service de la paysannerie?

10h45-11h00 : PAUSE

11h00-12h00 : Systèmes agro-alimentaires et enjeux environnementaux

12h00-13h00 : DÎNER

13h00-13h40 :

Atelier 1 – Le rôle du facilitateur dans la méthodologie paysan-à-paysan (Centre paysan)

Atelier 2 – Qui sont les paysan.ne.s?

13h45-14h15 : Aménagement du territoire québécois – enjeux

14h20-15h00 : Déclaration des Nations Unies sur les droits paysans

15h00-15h15 : PAUSE

15h15-16h45 : La Souveraineté alimentaire et ses perspectives

16h45-18h45 : SOUPER

18h45-20h00 : Alliance citoyenne-paysanne : identification des luttes prioritaires et des modes d’action

Décès de M. Jean Pronovost

Ste-Croix, 28 décembre 2018 – M. Pronovost, qui a présidé la commission du même nom, est décédé mercredi. L’Union paysanne tient à exprimer ses condoléances auprès de la famille. Depuis une dizaine d’années, M. Pronovost a activement contribué à développer une nouvelle vision de l’agriculture, d’abord en présidant la commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire du Québec, et plus tard en présidant l’institut Jean-Garon.

M. Pronovost a également rédigé un rapport sur la relève agricole. Son approche calme et attentive a fait de lui une personnalité appréciée dans le monde agricole.

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Maxime Laplante, agr
581 888-0941

Journée historique : Adoption officielle de la Déclaration des droits paysans!

C’est avec fierté que le mouvement international paysan de la Via Campesina, dont l’Union paysanne fait partie, salue l’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales. Ce 19 novembre dernier, un vote historique fut tenu lors de la Troisième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies à New York où, malgré l’opposition des États-Unis et du Royaume-Uni et l’abstention de plusieurs pays européens et du Canada, une grande majorité des pays ont voté en faveur de cette Déclaration1. C’est aujourd’hui, le 17 décembre, qu’elle fut officiellement adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies. Pour le mouvement paysan international, il s’agit de l’aboutissement de plus de quinze années de mobilisation et de plaidoyer : ayant pris racines dans les villages de l’Indonésie, cette mobilisation paysanne s’est répandu dans toutes les régions du monde et, avec l’appui de Jean Ziegler, ancien Rapporteur Spécial sur le droit à l’alimentation, a trouvé écho au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (CDH). Suivant la recommandation de son Comité consultatif, le CDH mit sur pied un groupe de travail intergouvernemental – dont le leadership fut assumé par la Bolivie – chargé de négocier les provisions de la Déclaration et de rédiger son texte final : ce texte fut approuvé le 28 septembre dernier par le CDH et il a été présenté par la Bolivie à l’Assemblée générale au début novembre.

Il y a quelques années, en réagissant aux effets dévastateurs de l’ALENA sur la campagne mexicaine, le Centre des droits humains Miguel Agustín Pro au Mexique a évoqué « le droit des paysans de continuer d’être des paysans » (el derecho de los campesinos de seguir siendo campesinos). Bien qu’il ne s’agisse pas d’un droit juridiquement reconnu, cette courte phrase illustre très bien la portée de la nouvelle Déclaration à un moment où, partout dans le monde, la paysannerie et l’agriculture familiale font face à de multiples menaces. Ces dernières prennent la forme de persécution et de criminalisation de celles et ceux qui défendent pacifiquement leurs terres et se manifestent par les multiples pressions économiques qui résultent des politiques néolibérales favorisant les sociétés transnationales.

La Déclaration : essentielle en contexte canadien !

Depuis de nombreuses années, au Québec et au Canada, les politiques encadrant nos systèmes de production alimentaire ont mené nos fermes à se spécialiser dans des secteurs agricoles particuliers. Ainsi, les fermes intensives de production ovine, bovine, aviaire, céréalière, etc. dessinent dorénavant le paysage agricole. Parallèlement à cette dynamique de marchandisation, les fermes pluri-productrices, entravées de multiples façons par nos autorités politiques et abandonnées au profit de la logique industrielle de production, sont de plus en plus marginalisées. De fait, les spécificités de l’agriculture paysanne et à petite échelle, ainsi que son enracinement dans le territoire, sont aujourd’hui ignorés; la ferme-usine, quant à elle, semble à la fois correspondre à la norme et bénéficier de la connivence de nos gouvernements. Dans ce contexte où l’influence des grandes corporations sur la chaîne d’approvisionnement alimentaire s’amplifie outrageusement, la paysannerie, qui peine à tirer ses ficelles d’un jeu inégal, doit se réjouir d’enfin disposer d’un outil international reconnaissant leurs droits fondamentaux.

Quelle est donc la portée de cet instrument dans notre contexte local et national? Le récent accord de libre-échange négocié par les trois pays nord-américains (AEUMC) fut vivement critiqué par la société civile, les organisations non gouvernementales et les groupes citoyens. Alors que des lois provinciales et nationales – activement dénoncées par l’Union paysanne depuis 2001 – limitent l’émergence de réseaux en circuits courts, l’AEUMC ouvrira nos frontières à d’exorbitantes quantités d’œufs, de volailles et de lait importées des États-Unis (voir le tableau). Or, en plus de se répercuter négativement sur les productrices et producteurs qui œuvrent dans ces secteurs, cette exacerbation de la logique néolibérale s’érige comme nouvel affront à la paysannerie qui peine déjà à recevoir des revenus permettant sa survie. Dans ces circonstances, la Déclaration s’affiche comme essentiel pour rappeler à nos autorités politiques de s’engager tangiblement dans la protection de nos droits paysans. 2

« les États engageront des consultations et une coopération de bonne foi avec eux, par le canal de leurs institutions représentatives, en dialoguant avec ceux qui sont susceptibles d’être touchés par les décisions avant que celles-ci ne soient prises (Déclaration : article 2.3) »

La paysannerie globale a des droits!

Partout sur la planète, plusieurs enjeux communs affligent la paysannerie. Parmi ceux-ci, mentionnons d’abord la question des semences paysannes dont la vente, surtout dans les pays du Sud global, fait l’objet d’une criminalisation grandissante. En outre, cette tendance récente est renforcée par la consolidation des lois de protection des brevets et relatives aux « droits de l’obtenteur » qui encadrent la production, la reproduction, la commercialisation, l’importation et l’exportation ainsi que la possession de semences. Rappelons qu’à l’heure actuelle, le marché des semences commerciales est dominé par seulement six entreprises multinationales!

« Les paysans et les autres personnes travaillant dans les zones rurales ont le droit de perpétuer, de contrôler, de protéger et de développer leurs semences et leurs savoirs traditionnels. [De plus,] les États prendront des mesures pour respecter, protéger et mettre en oeuvre le droit aux semences des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales. (Déclaration : articles 19.2 et 19.3) »

L’exploitation de travailleuses et de travailleurs migrant.e.s constitue aussi un enjeu préoccupant et globalement observé. À un moment où l’industrialisation des pratiques agricoles s’accentue continuellement (même dans le secteur dit  « biologique »), cette main d’oeuvre, considérée bon marché, voit sans cesse ses droits fondamentaux bafoués et sa condition précarisée sous prétexte qu’elle demeure indispensable pour assurer des bas prix aux consommatrices et consommateurs.

« Les paysans et les autres personnes travaillant dans les zones rurales, y compris les travailleurs temporaires, saisonniers ou migrants, ont le droit de travailler dans des conditions qui préservent leur sécurité et leur santé […] (Déclaration : article 14.1) »

La logique marchande, responsable en grande partie de ces maux infligés aux paysannes et paysans, prévaut actuellement sur l’intégrité des individus qui permettent au monde entier d’être nourri. Toutefois, une reconnaissance des droits des paysannes et paysans par une instance internationale aussi importante que l’Assemblée générale des Nations Unies semble pointer dans la bonne direction et permettra, nous le souhaitons du moins, une plus grande protection des droits humains fondamentaux pour les personnes vivant et travaillant dans les zones rurales. La Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales nous rappelle que la vie humaine doit impérativement surpasser l’intérêt égoïste des corporations transnationales et autres aspirations néolibérales.

C’est donc en solidarité avec les agricultrices et agriculteurs du Québec et du Canada, mais aussi avec la paysannerie globale et toutes les personnes travaillant dans les milieux ruraux que l’Union paysanne célèbre ces efforts historiques qui auront permis l’adoption, par la paysannerie et pour la paysannerie, d’une Déclaration, portant sur les droits  des personnes vivant et travaillant dans les zones rurales par la plus haute instance internationale. Désormais, en tant que porteuse de la voix paysanne, notre organisation s’engage vertement à en faire la promotion et en exiger le respect entier de la part de nos gouvernements.

Pour les médias :
Contactez Gabriel Leblanc, coordonnateur du comité international de l’Union paysanne à l’adresse international@unionpaysanne.com.


1. 119 voix pour, 7 voix contre et 49 abstentions
2. Rappelons que la Déclaration qui vient d’être adoptée n’oblige d’aucune façon le gouvernement à mettre en place des mesures pour protéger ces droits: il est par conséquent essentiel que la mobilisation paysanne continue. Munie de cet outil, nous devons obliger le gouvernement à prendre ces responsabilités et à respecter les droits des paysannes et paysans d’ici et d’ailleurs.

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Le mot des fêtes

La presse regorge actuellement d’articles sur les répercussions des récents accords de libre-échange ainsi que sur les changements climatiques en lien avec notre agriculture. Conscient de l’impact financier sur les fermes du Québec de l’entrée massive de denrées en provenance d’autres pays, il est cependant nécessaire de pousser l’analyse plus à fond et de ne pas simplement réclamer plus d’argent du gouvernement. Premièrement, il ne fallait pas faire de l’agriculture un produit marchandable et exportable. Vouloir exporter à tout prix et ensuite réclamer une fermeture des frontières relève de la plus profonde hypocrisie.

Ensuite, il faut permettre aux entreprises agricoles de diversifier leurs sources de revenus, par exemple en permettant la mise en marché directe ou l’agrotourisme. Limiter la vente directe à 99 poulets (hors-quota) constitue une entrave majeure à une avenue de diversification. Nous attendons évidemment le jugement de la Régie des marchés agricoles dans ce dossier, jugement qui devrait en principe être émis d’ici un mois. Il serait aberrant que le Québec persiste à interdire la vente directement de la ferme alors que le même gouvernement permet l’importation des mêmes produits de l’étranger. Continuer à interdire les tables champêtres en zone verte, sous prétexte qu’il s’agit d’une nuisance aux activités agricoles, est une autre aberration.

Alors que le Québec vit un « automne » qui donne hâte à l’arrivée de l’hiver et que les messages abondent pour modifier notre consommation d’énergie fossile, la paysannerie, l’agro-écologie et l’agroforesterie devraient apparaître comme les conclusions logiques pour nous distancer de notre modèle agricole énergivore. Un tel changement devra nécessairement passer par une réforme du financement de notre agriculture, ce qui est loin d’être le cas actuellement, alors que le Québec s’enlise à miser sur l’exportation.

Nous avons demandé à rencontrer le nouveau ministre de l’agriculture, M. Lamontagne. D’emblée, il mentionne ne pas vouloir toucher au monopole de l’UPA mais aussi qu’il veut favoriser la diversification des fermes. Est-ce normal si j’ai eu de la difficulté à mettre ça dans la même phrase? Je suis curieux de voir comment le ministre réalisera ce paradoxe…

D’ici là, je souhaite à chacun un beau temps des fêtes, du fond de mon rang. Je trouverai bien un poulet, un lapin ou une dinde hors-quota dans mon congélateur. Ça a meilleur goût.

Maxime Laplante, ag, président

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Congrès 2019 et Assemblée générale annuelle

Veuillez prendre note que le prochain congrès de l’Union paysanne aura lieu samedi le 9 février au Domaine Maizeret, à Québec, sous le thème : «Souveraineté alimentaire et luttes paysannes». Mettez cette date à votre agenda, les billets seront en vente sous peu!!!

L’Assemblée générale annuelle se tiendra le lendemain, dimanche 10 février. TouTEs les membres y sont cordialement invitéEs.

 

COP 14 en Égypte : Les paysan.ne.s demandent un moratoire sur les technologies non-testées des corporations qui menacent la biodiversité, la sécurité alimentaire et les droits paysans

27 novembre, Sharm El-Sheik (Égypte). La Via Campesina s’est jointe à nos alliés du Mouvement agroécologique de l’Amérique latine et des Caraïbes (MAELA) dans le Comité international de Planification de la Souveraineté alimentaire (CIP) duquel nous sommes membres.

Le CIP est une plate-forme autonome et auto-gérée composée de petit.e.s producteur.trice.s alimentaires et d’organisations de travailleur.euse.s de milieux ruraux et de mouvements sociaux communautaires et radicaux qui mettent de l’avant la Souveraineté alimentaire aux échelles nationales et régionales. Le CIP représente 6000 organisations et 300 millions de producteur.trice.s alimentaires.

Nous sommes le seul groupe composé de paysan.ne.s et de producteur.trice.s présent à cette Conférence des parties (COP14).

Lors de cette COP, une attention particulière fut portée sur le Plan stratégique post-2020 de la Convention sur la diversité biologique (CBD) – élaboration du plan d’action de la CBD à horizon 2050. Le CIP espère que ce plan supportera la réalisation des objectifs de la Convention en prenant en compte les revendications indigènes et celles des mouvements sociaux paysans.

Un moratoire sur les nouvelles technologies qui menacent l’intégrité paysanne et la souveraineté alimentaire est exigé

Pendant cette COP, nous avons suivi de près plusieurs enjeux discutés par les États membres, notamment le forçage génétique, la biologie synthétique et le séquençage numérique. Toutes ces technologies sont promues sous prétexte qu’elles sont des « biens publics » par les forces militaires et les grandes corporations – comme l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense (DARPA) du gouvernement étatsunien, la fondation Bill et Melinda Gates, le Tata Trusts et le Open Philanthropy Project supporté par l’entreprise Facebook. Cependant, le groupe ETC rapporte que ces technologies sont surtout d’intérêt pour l’industrie agro-alimentaire.

Par exemple, le forçage génétique qui vise à forcer le transfert de gènes dans toute la descendance d’une population (végétale, animale ou humaine), comme des gènes de stérilité, pourrait potentiellement provoquer la disparition d’espèces entières. Un projet appelé « Target Malaria » fait d’ailleurs la promotion de cette technologie invasive afin d’éradiquer les moustiques porteurs de la malaria. Pour y parvenir, le projet veut libérer 10 000 mâles génétiquement « stériles » au Burkina Faso. Toutefois, en réalité, nous ne connaissons rien de ces technologies et la CBD elle-même promeut les idées de principes préventifs – ce qui implique que toutes les précautions doivent être prises jusqu’à ce qu’il y ait une compréhension scientifique exhaustive des impacts. Qu’arrive-t-il si cette caractéristique de stérilité se propage vers d’autres espèces (animales et végétales) dont l’humain dépend dans ses systèmes agro-alimentaires? Le forçage génétique pose une menace sérieuse à notre santé, à la protection des sols, à la biodiversité, aux droits humains et à l’approvisionnement alimentaire.

Ces technologies qui proviennent des laboratoires, comme les OGM et maintenant le forçage génétique, ignorent les injustices socio-historiques et la redistribution inéquitable du pouvoir et exigent donc d’être considérées politiquement et d’être démocratiquement observées, plutôt que d’être de simples solutions techniques à court-terme.

Durant cette COP, seule la Bolivie a supporté farouchement un moratoire complet sur le forçage génétique, alors que le Brésil, le Canada et la plupart des pays africains ont préconisé la création d’organes de recherche servant à réguler la libération de populations (animales et végétales) génétiquement modifiées. Les pays africains, d’abord hautement incertains, se sont ralliés derrière les position de l’industrie bio-technologie.

Geneviève Lalumière, une jeune paysanne membre de l’Union paysanne au Québec, qui œuvre aussi à la préservation des semences, est intervenue pour le compte du CIP lors de la discussion sur la biologie synthétique :
« Je dédie ma vie à la sauvegarde des savoirs artisans et paysans et au développement de semences paysannes à pollinisation libre. Il est impératif que les paysan.ne.s et les communautés indigènes soient consultés, écoutés et pris en compte dans toutes les étapes du processus. Pour nous, les technologies comme le forçage génétique sont des technologies d’extermination de masse, ce qui met directement notre souveraineté alimentaire en péril. Nous supportons un moratoire sur le forçage génétique. Après Terminator, voici Exterminator. »

Dans une entrevue, Geneviève ajoutait « qu’on tente de résoudre des problèmes causés par l’industrie avec d’autres procédés industriels ».

Nous avons aussi organisé un événement parallèle avec les Amis de la Terre International et le groupe ETC, où plusieurs membres de la société civile africaine ont parlé des menaces du forçage génétique sur les communautés locales, la souveraineté alimentaire et la biodiversité.

Les enjeux liés au séquençage numérique éveillent aussi pour nous des inquiétudes majeures en raisons de ses dérives potentielles vers la biopiraterie. Les avancées rapides dans la séquençage et la synthèse de l’ADN signifient que la biopiraterie « numérique » est dorénavant possible. Cela soulève des questionnements sur le partage juste et équitables des bénéfices d’une telle technologie : qu’arrive-t-il si l’information génétique de variétés de semences paysannes est usurpée par les intérêts corporatistes pour développer de nouvelles formes de vie? En somme, il s’agirait de biopiraterie et ces dérives doivent être strictement régulés.

Notre principale revendication concernant le séquençage numérique fut exprimée par Antonio Gonzalez, originaire du Guatemala et membre de MAELA, lors d’une plénière : « Le séquençage numérique, de paire avec le développement rapide des techniques de biologie synthétique, peut mener au brevetage de semences et de plantes (par exemple, des plantes médicinales) que les communautés locales et les peuples indigènes utilisent pour leur souveraineté alimentaire et leur santé. » Après quoi, pour cette raison, il a ajouté que :
« Que les parties contractantes s’assurent que le protocole de Nagoya régule l’usage des informations de séquençage numérique;
Que le « libre accès » à ces informations ne signifie pas qu’il y ait absence de régulations quant à ces informations;
Que les parties contractantes établissent un groupe à composition non limitée incluant les peuples indigènes et les communautés locales;
Que ce dernier énoncé soit aussi discuté avec les groupes qui œuvrent avec ces ressources génétiques, qui sont maintenant menacés par la biopiraterie. »

Marciano da Silva du MPA a mentionné que « nous avons déjà des solutions concrètes comme l’agroécologie, qui s’est déjà montrée efficace et contribue significativement à la préservation de la biodiversité tel que suggéré par le programme de la CBD. Nous, paysans et paysannes, nourrissont déjà le monde grâce à nos semences paysannes. Les grandes corporations veulent utiliser les technologies comme le forçage génétique pour breveté les traits développés par la paysannerie – il s’agit ici de biopiraterie. »

Déclaration pour l’action climatique des paysanNEs du Québec

Québec, 26 novembre 2018 – L’Union paysanne est fière de joindre le mouvement des déclarations climatiques (www.declarationsclimatiques.ca). Nous unissons nos voix en tant que paysannes et paysans pour livrer au nouveau gouvernement du Québec un message important concernant les générations présentes et à venir.

Les paysanNEs et citoyenNEs du Québec qui veulent joindre leur voix à la nôtre ont jusqu’à mercredi midi le 28 novembre pour signer la déclaration. Nous demandons au gouvernement d’effectuer un changement radical dans son approche envers l’agriculture et de se fixer dès aujourd’hui des objectifs ambitieux et termes de souveraineté alimentaire et d’agroécologie.

Concrètement, nous exigeons :

  1. Que le gouvernement convoque, dès la première session parlementaire, des États généraux sur l’urgence climatique. La transition nécessite un effort concerté et sur tous les fronts, de façon simultanée;
  2. Que le gouvernement change son paradigme en cessant de considérer les produits agricoles comme un bien industriel à exporter et en s’engageant clairement dans une démarche de souveraineté alimentaire. Nous exigeons que des efforts réels soit mis dans la construction d’un système basé sur les principes de l’agroécologie dans une perspective de souveraineté alimentaire;
  3. Que le gouvernement s’engage formellement dans la réduction des pesticides, des fongicides et des OGM et qu’il rende obligatoire l’étiquetage des OGM au Québec;
  4. Que le gouvernement soutiennent concrètement, avec des budgets et des équipes d’expertEs, l’agriculture paysanne;
  5. Que l’exploitation des ressources naturelles ne profitent pas qu’aux grandes exploitations d’exportation mais permettent aux citoyens des régions où elles sont localisées d’en tirer leur subsistance et leur développement, dans des entreprises diversifiées, à échelle humaine et familiale.
  6. Que le gouvernement rétablisse la liberté syndicale dans le monde agricole et modifie la loi qui autorise l’accréditation d’une seule association pour représenter les agriculteurs, de façon à permettre à l’Union paysanne de représenter officiellement les producteurs-trices et citoyenNEs concernéEs par la production et l’alimentation paysannes.

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Marie-Josée Renaud, Coordonnatrice, 450-230-5046

coordination@unionpaysanne.com

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Déclaration climatique paysannes

L’Union paysanne est fière d’initier la déclaration climatique paysanne. Un mouvement citoyen est présentement en marche pour déposer des déclarations climatiques à la rentrée parlementaire mercredi le 28 novembre. Producteurs-trices et citoyenNEs responsables, signez avant mercredi; soyons nombreux-ses à demander un changement radical en agriculture!

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