Proclamation du 10 avril

En ce jour, un demi millier de paysans et paysannes ont pris le pont international Córdova Américas qui divise Ciudad Juárez, Chihuahua, Mexique et El Paso, Texas, pour rappeler le 95e anniversaire de l’assassinat du général Emiliano Zapata et pour faire connaître la « Proclamation du Dix Avril, » laquelle traduit leurs problématiques et leurs demandes. Notre organisation, conjointement à d’autres du côté américain, accompagnons cette mobilisation.

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À 95 ans du sacrifice de Zapata, les paysans et paysannes, consommateurs et consommatrices qui aujourd’hui occupons le pont international Córdova-Américas, nous revendiquons les bannières justes du Caudillo du Sud ainsi que celles du Centaure du Nord, Francisco Villa. En ce moment historique, nous clamons pour « la défense des territoires indigènes et paysans et la production durable d’aliments, sains, en quantité suffisante, nutritifs et de qualité pour tous les Mexicains et toutes les Mexicaines.

 

-Parce que la propriété sociale de la terre, celle des communautés indigènes et les terres communales (ejidos), est menacée par ceux qui, depuis les hautes directions de l’État et de l’argent, souhaitent une nouvelle fois réformer les lois agraires pour procéder à la spoliation, par la privatisation et la concentration des terres entre les mains d’une poignée propriétaires terriens urbains et ruraux.

-Parce qu’il s’agit non seulement de la terre, mais aussi du territoire avec tout ce qu’il contient : eau, forêts, pâturages, paysages, ressources du sous-sol, lieux rituels, sites historiques, qu’ils entendent convertir en marchandise pour le profit de quelques-uns tout en portant préjudice à nos communautés et à tous les êtres vivants qui y habitent. Les entreprises transnationales veulent développer des méga projets miniers, touristiques, éoliens et extractivistes qui causeront la désintégration des collectivités, des menaces et la mort de défenseurs des droits humains qui s’opposent à la contamination des ressources naturelles et à la spoliation.

-Parce que les transnationales de l’agrobusiness ambitieuses et le pouvoir politique soumis et instrumentalisé par celles-ci se sont approprié toute la chaîne agroalimentaire, menaçant sérieusement l’alimentation de notre peuple, la subsistance des familles productrices et la durabilité des ressources naturelles. Tout, de la semence qui est semée jusqu’aux aliments dans nos assiettes, fait maintenant l’objet de spoliation, de spéculation et de lucre.

-Parce qu’il faut que l’État obéisse à la société et mette fin à la surexploitation des nappes phréatiques, des plans et cours d’eau, des pâturages, des forêts, de la biodiversité; pour garantir la production durable d’aliments.

-Parce qu’il est urgent qu’il y ait des organismes publics qui produisent les semences créoles en quantité et qualité suffisantes pour renforcer la capacité productive des familles paysannes et couper d’un seul coup toutes les tentatives de nous envahir avec les organismes génétiquement modifiés.

-Parce qu’il est nécessaire qu’une entreprise publique soit compétitrice et régulatrice du stockage, de la commercialisation et de la vente au détail au profit des producteurs et consommateurs.

-Parce qu’il est nécessaire que le financement public aille à l’agriculture paysanne, familiale et indigène, qui en sont actuellement presque complètement exclues et qu’il soit dirigé surtout à la production d’aliments de base et stratégiques.

-Parce que l’alimentation du peuple mexicain est presque totalement l’otage des entreprises transnationales et des commerçants qui, avec leurs mécanismes d’intermédiation et d’accaparement, séquestrent la production nationale et payent aux producteurs des prix en dessous du coût de production.

-Parce que les mécanismes d’intermédiation et de stockage de cette poignée d’entreprises privilégiées par le financement public et l’information que leur accorde le gouvernement ont fait augmenter le prix du panier alimentaire de base quatre fois plus que la moyenne de l’OCDE.

-Le gouvernement doit établir des responsabilités pénales à tous ceux qui spéculent avec les aliments, pillant ainsi les revenus des producteurs et abusant des consommateurs.

-Parce qu’en utilisant l’ALENA à leur avantage, des entreprises comme Cargill, Grumma, Lala et les géants des centres d’approvisionnement concurrencent déloyalement et font s’écrouler notre production avec des aliments de mauvaise qualité importés à bas prix des États-Unis.

-Parce que les grandes entreprises de transformation alimentaire ont inondé le marché avec de la malbouffe, chère et de piètre qualité nutritive, ruinant la santé du peuple du Mexique, faisant exploser les indices de surpoids, l’obésité et le diabète qui surchargent le système de santé qui est maintenant sur le point de s’effondrer.

-Parce qu’il n’existe aucun mécanisme public – c’est à dire, du gouvernement ou de la société – qui stocke et gère des réserves stratégiques d’aliments de base, qui soient à l’abri des fluctuations du marché et nous garantissent la souveraineté alimentaire.

-Parce que les entreprises publiques productrices d’énergie comme CFE et PEMEX fonctionnent comme si leur unique objectif était le profit et non de stimuler le développement national basé sur la production d’aliments sains et accessibles à tous et toutes.

-Parce que l’alimentation est un droit humain établi dans la constitution et consacré dans divers traités de droits humains que l’État mexicain est obligé de garantir, traités qui ont une hiérarchie spéciale, prédominant toujours sur les traités comme les accords de libre-échange. Là où la Croisade nationale contre la faim a été incapable de garantir le droit humain à l’alimentation.

-Parce qu’il est bien connu au Mexique et à l’étranger que les personnes qui souffrent le plus de la pauvreté sont les femmes, les enfants, les indigènes et d’autres secteurs sociaux vulnérables.

-Parce que la réforme du secteur énergétique prétend extraire le gaz de schiste à l’aide de la technique de la fracturation hydraulique (fracking), ce qui causera la contamination des nappes phréatiques et utilisera les ressources hydriques déjà insuffisantes pour développer ces projets des entreprises transnationales.

 

POUT TOUTES CES RAISON, NOUS OCCUPONS LE PONT INTERNATIONAL ET APPELONS TOUS LES PRODUCTEURS ET LEURS ORGANISATIONS, TOUS LES CONSOMMATEURS, TOUT LE PEUPLE DU MEXIQUE À CONSTRUIRE À PARTIR DE LA BASE UN GRAND ACCORD NATIONAL ALIMENTAIRE ET NUTRITIONNEL QUI EXIGE L’INTERVENTION DE L’ÉTAT POUR APPUYER LES EFFORTS DES PRODUCTEURS ET CONSOMMATEURS AFIN D’OBTENIR DES ALIMENTS SAINS, EN QUANTITÉ SUFFISANTE, UNE VIE DIGNE POUR TOUS ET TOUTES ET LA VIABILITÉ POUR NOTRE MÈRE LA NATURE.

 

Ciudad Juárez, Chihuahua, le 10 avril 2014.

 

El Barzón

Unión Campesina Democrática (Union paysanne démocratique)

Coordinadora Nacional del Plan de Ayala (Coordination nationale du plan d’Ayala)

Frente de Productores Agropecuarios (Front des producteurs agricoles)

Agrodinámica Nacional

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