L’Union paysanne interpelle le gouvernement canadien à l’occasion de la Journée internationale des droits humains

En ce 10 décembre, Journée internationale des droits humains, l’Union paysanne salue la décision du gouvernement canadien de modifier les lois canadiennes afin de les aligner avec la Déclaration internationale sur les droits des peuples indigènes. Cette décision laisse espérer que le Canada accordera son appui au processus d’élaboration de la Déclaration sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant en milieu rural, qui est actuellement en négociation au sein des Nations unies. Tout comme la Déclaration internationale sur les droits des peuples indigènes, cette nouvelle déclaration est le fruit d’un long travail à la base, dans les communautés rurales des différentes régions du monde. Il s’agit d’un projet qui est né dans les villages d’Indonésie et qui s’est entendu jusqu’au Conseil des droits humains des Nations unies à Genève.

Au sein du Conseil des droits humains, on a constaté que la majorité des personnes dans le monde souffrant de faim et de malnutrition vivaient à la campagne. Actuellement, dans les régions rurales du Sud, on dénote une augmentation des atteintes à la vie et à l’intégrité physique. Les paysans et les défenseurs des droits environnementaux sont les premières victimes. Dans les pays du Nord, on assiste d’année en année à une diminution du nombre de fermes, en plus d’une concentration des terres agricoles et, souvent, d’une croissance de l’utilisation des pesticides. Presque partout dans le monde, l’agriculture industrielle a recours à des travailleurs saisonniers et migrants dont le travail précaire est inadéquatement payé et parfois dangereux. Dans un tel contexte mondial, les droits à la vie, à l’alimentation, à la terre, à la santé et à un revenu décent des paysans et des autres personnes travaillant en milieu rural trouvent toute leur pertinence.

La Déclaration international sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant en milieu rural a son complément dans une nouvelle initiative du Conseil des droits humains visant le développement d’un traité international juridiquement contraignant sur les sociétés transnationales et autres entreprises et les droits de l’homme. Très fréquemment les violations des droits humains ayant lieu à la campagne ont leurs origine et cause dans les activités des entreprises transnationales. Dans beaucoup de cas, des comportements abusifs de leur part sont tolérés ou même soutenus par les gouvernements, soit le gouvernement du pays où leurs activités ont lieu ou le gouvernement du pays où se trouve le siège social de l’entreprise en question.

Cet instrument chercherait à affirmer la primauté des droits humains des différentes communautés sur les droits économiques des entreprises et des investisseurs. Il en découle que le droit des paysans aux semences devrait avoir préséance sur les lois de brevetage et que le droit à la terre devrait prévenir l’accaparement des terres et des territoires des communautés rurales par des entreprises engagées dans l’agro-exportation ou l’extraction des ressources naturelles.

Au Québec et au Canada ainsi qu’en Europe, le droit des paysans de garder, replanter et vendre leurs semences est de plus en plus limité. Plusieurs producteurs agricoles craignent les effets des accords de libre échange et les gouvernements semblent incapables de contrôler l’utilisation abusive des pesticides. Dans les pays du Sud, des circonstances similaires sont fréquemment aggravées par un manque flagrant de respect pour les droits civiques et politiques des paysans. Au Sud comme au Nord, l’expansion de l’industrie extractive menacent les terres et les territoires des paysans et des communautés autochtones. Devant cette situation, il nous incombe d’insister auprès du gouvernement canadien afin qu’il pose un geste de solidarité envers les paysans et les travailleurs agricoles du monde en appuyant les processus onusiens de Déclaration internationale sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant en milieu rural et d’un traité international contraignant sur les entreprises transnationales et les droits humains.

Le comité international de l’Union paysanne


La Déclaration des Nations Unies sur les droits paysans peut être consultée intégralement en cliquant ICI (version de 2013, sujet à modifications puisque le texte est encore cours de négociation aux Nations Unies).