Les 30 ans de Bhopal

Pierre-Olivier Brassard

Il y a de cela exactement 30 ans, dans la nuit du 3 décembre 1984, un événement tragique vint changer le cours de l’histoire. Situé dans la localité de Bhopal en Inde, l’explosion d’une usine de pesticides de la compagnie américaine Union Carbide dégagea 40 tonnes d’isocyanate de méthyle dans l’atmosphère de la ville.

Cette tragédie tua officiellement entre 20 et 25 000 personnes selon les associations des victimes, 3500 personnes sont décédées dans la première nuit et un grand nombre dans les semaines suivantes par causes de maladies provoquées par l’exposition au gaz. Cette seconde usine avait été, à la base, construite pour pallier à la demande nationale de pesticides, car l’Inde était en pleine révolution verte. Cette seconde usine est construite en 1978 à Bhopal, capitale de l’État comptant alors pas moins de 300 000 habitants, à 600 kilomètres au sud de New Delhi. L’usine conçue pour produire 5 000 tonnes/an de pesticides se trouve à 5 kilomètres à l’extérieur de la ville, et à un kilomètre de la gare.

30 ans plus tard, quelles conclusions peut ont faire sur cet événement sans précédent? Suite à l’explosion , Warren Anderson, le PDG de l’usine est recherché par les autorités indiennes pour avoir négligé 30 problèmes de sécurité majeurs dans cette usine, alors que des problèmes analogues avaient été réparés dans une usine située aux États-Unis. Le mauvais entretien de l’usine sera donc la cause principale de cette explosion. La compagnie Union Carbide fut ensuite rachetée par Dow Chemical qui laissa le site littéralement à l’abandon.

Des compensations furent accordées à quelques familles pour éviter des plaintes, et la majorité des survivants continuent de vivre aux abords d’un site toujours toxique. À travers cette tragédie qui laissa une communauté face à une hécatombe, 30 ans plus tard, quelles conclusions peut ont faire sur cet événement sans précédent?

  • Est-ce que l’agrochimie, promue par les multinationales au début de la révolution verte, à réussi à nourrir la planète ?
  • Est-ce que les modes de production industrielle ont été bénéfiques pour les paysans de ce monde ?
  • Est-ce que les pesticides et les monocultures ont réussi à enrayer les problèmes de ravageurs dans les champs des paysans ?

La réponse est : NON.

La tragédie de Bhopal se reproduit tous les jours, dans chaque champ où l’on épand ces poisons mortels. Les conclusions alarmantes qui viennent à notre esprit 30 ans plus tard sont aussi tragiques que la mort de tous ces êtres innocents de la localité de Bhopal. Perte de biodiversité, hausse des maladies chroniques, dégradation des sols, exil forcé des peuples indigènes de leurs terres ancestrales, stigmatisation des femmes paysannes, etc.

Il faut donc se rappeler que la tragédie de Bhopal se reproduit tous les jours, dans chaque champ où l’on épand ces poisons mortels, mais que contrairement à l’explosion de cette usine qui a eu un effet dévastateur à très court terme, les effets de l’agrochimie et de la révolution verte sont plus pervers et détruisent sur le long terme.

L’Union Paysanne, membre de La Via Campesina, et son comité international vous invite à se remémorer cet événement comme une tragédie étant porteuse d’un message bien précis qui dénonce un modèle agricole qui est basé sur la destruction et non sur la préservation, car tous ces gens ne sont pas morts en vain.

Pierre-Olivier Brassard, membre du conseil de coordination Union paysanne