Conférence des Nations Unies sur la biodiversité (COP14) : l’Union paysanne présente!

Ce texte s’inscrira dans une série d’articles à propos de la Conférence des Nations Unies sur la biodiversité (COP14), où l’Union paysanne est actuellement présente. Vous serez fréquemment mis à jour sur ce dossier international.

Geneviève Lalumière (à droite sur l’image) est semencière paysanne au Québec, membre de l’Union paysanne et du Centre paysan. Elle agit actuellement à titre de représentante du mouvement paysan international de La Via Campesina à Sharm el Sheikh en Égypte pour la Conférence des Nations Unies pour la biodiversité (COP14), qui se déroule du 17 au 29 novembre 2018. Dans cet entretien, Geneviève nous parle du rôle que tient sa délégation dans cette rencontre internationale et explore avec nous une technologie nouvelle : le forçage génétique.

Notre entretien

Q : Quel rôle et quelle importance d’être présent.e dans ces instances internationales?

R : « Les grandes instances internationales comme celle de la COP14 ne sont pas des solutions miracles. Plus les pays ont de l’argent, plus ils ont un pouvoir d’influence. L’industrie s’investit aussi beaucoup monétairement dans ces processus et les décisions qui y sont prises ne sont pas équitables parce que le pouvoir, guidé par l’argent, n’est pas bien redistribué. Par sa présence à la COP14, La Via Campesina veut agir en tant que vigile du processus – parce que les paysan.ne.s se font jouer dans le dos dans ses grandes instances! Ainsi, nous cherchons entre autres à savoir quelles stratégies les représentant.e.s de l’industrie vont utiliser, comprendre par quel moyen douteux ils et elles réussiront à exploiter les ressources biologiques. Il y a par exemple des pressions pour déréglementer l’utilisation et la recherche des nouvelles biotechnologies, comme les nouveaux OGM. De plus, les groupes de la société civile – dont fait partie La Via Campesina – ne peuvent pas voter dans les instances de l’ONU mais peuvent influencer les délégations qui n’ont pas de positions ou qui hésitent. »

Q : Quel est l’objectif de votre présence à la COP14?

R : « Plusieurs enjeux seront abordés durant la COP14. Toutefois, notre délégation s’intéressera surtout aux dossiers qui concernent le forçage génétique, la biologie synthétique, les nouveaux OGM et la protection des ressources génétiques terrestres et marines contre la biopiraterie (brevetage du vivant). De plus, La Via Campesina sera présente pour pousser pour un moratoire immédiat sur le forçage génétique car nous craignons que l’utilisation de cette technologie mette en danger l’intégrité des écosystèmes et donc la capacité des paysan.ne.s d’atteindre la souveraineté alimentaire. »

Sur le forçage génétique

Q : Tu parles de forçage génétique en tant qu’enjeu préoccupant. Peux-tu nous en dire davantage sur cette technologie?

R : « Le forçage génétique, c’est le fait de pouvoir forcer un gène dans 100% de la descendance. Ça vient révolutionner les lois de la génétique. C’est une technologie très récente, jeune, qui fut peu étudiée et déjà, malgré son potentiel de dérive incroyable, l’industrie voudrait l’utiliser dans l’environnement. Et faut se méfier du forçage génétique parce que la contamination et la destruction d’espèces entières sont à sa portée! Cette technologie permet, par exemple, de forcer la stérilité à travers une espèce et ainsi l’annihiler. Elle peut aussi changer la face d’espèces entières en quelques générations à peine. Et aujourd’hui, dans un système capitaliste, cette technologie pourrait se retrouver entre les mains d’une industrie dont les intentions seraient, d’abord et avant tout, de faire de l’argent. Dans cette optique, on ne peut pas laisser entre les mains de n’importe qui une technologie aussi dangereuse! »

« La recherche sur ces technologies est souvent justifiée par des beaux principes comme la santé humaine. Ces beaux principes sont là pour favoriser l’acceptabilité sociale, un frein actuel à son utilisation accrue. L’industrie met énormément d’argent pour en favoriser l’acceptabilité sociale (en indiquant que cette technologie nous permettrait par exemple de guérir la malaria). Ces populations vulnérables deviennent en fait des cobayes car on ne connaît que le potentiel théorique de cette technologie. À l’époque, l’industrie nous vantait aussi les mérites des OGM et évoquait ces mêmes beaux principes de santé humaine et de lutte contre la famine : aujourd’hui, nous constatons que le véritable moteur de leur insistance était le profit, loin devant les bouches à nourrir qui se comptent toujours par centaines de millions à l’échelle planétaire! »


NOTE : Le visage de l’agriculture est évidemment menacé par cette technologie, dont l’usage pourrait renforcer inadéquatement le pouvoir de l’industrie. Actuellement, l’efficacité des organismes génétiquement modifiés (OGM) est parfois remise en doute, notamment parce que les pesticides utilisés dans les champs d’OGM sont dorénavant inutiles contre certaines espèces végétales envahissantes ayant développées des résistances. L’amarante de Palmer, considérée comme adventice dans les champs de maïs OGM, est en un exemple éloquent puisqu’on repère de plus en plus d’individus résistants au glyphosate, remettant en cause ce produit. Devant cette crise des OGM et des agro-toxiques, il a déjà été évoqué par l’industrie qu’une solution à ce problème serait de forcer des gènes dans la descendance de certaines « mauvaises herbes » afin d’empêcher le développement de résistances ou qui de permettre aux individus résistants de ne plus l’être. De cette façon, les intrants chimiques (herbicides et insecticides) pourraient artificiellement retrouver leur pertinence et les entreprises investies dans ce secteur de l’agriculture pourraient à nouveau justifier leur usage abusif et engranger les profits qu’elles réclament.


Geneviève sera présente en Égypte jusqu’à la fin de la COP14. Elle nous offre une position privilégiée pour suivre de près les discussions de la communauté internationale. Nous vous mettrons fréquemment à jour sur le dossier.