Caisse de dépôt et terres agricoles, l’État ne peut jouer à l’autruche.

Mercredi 26 avril 2017 : Jeudi dernier, nous apprenions que la Caisse de dépôt et placement du Québec et le Fonds de solidarité FTQ investiront 20 millions de dollars dans l’entreprise Pangea en plus de 30 millions de dollars provenant de fonds privés. Pangea achète des terres agricoles un peu partout au Québec pour ensuite s’associer à des agriculteurs locaux, souvent des jeunes, pour les faire cultiver. Doit on se réjouir? Se désoler?

Pangea représente dans les faits un nouveau genre d’intégrateur1 qui vise les terres agricoles et certaines des activités s’y rattachant. L’intégration existe depuis plus de 25 ans au Québec alors que 60% du porc, 28% des œufs, 25% de la volaille, 15% des agneaux, 50% du veau de grain produits sont la propriété d’industriels à travers l’intégration complète ou à forfait. Dans le cas du veau de lait, c’est même 100%. C’est notre idée de ferme familiale qui en prend pour son rhume.

La question ici n’est pas de diaboliser qui que ce soit, mais c’est d’abord une question de modèle agricole. L’intégration en agriculture résulte de notre incapacité collective à développer un modèle agricole qui permettrait aux jeunes de s’établir en agriculture avec des conditions de vies décentes. L’intégration est le symptôme, pas la maladie. Elle découle du coût élevé des terres agricoles, du manque d’espace pour l’entreprenariat dans les plans conjoints, des subventions agricoles liées aux volumes et globalement de la rigidité de l’ensemble du système agricole.

Si le gouvernement a un réel intérêt dans une politique agricole nourricière et d’occupation du territoire, il devra le prouver en mettant en place des règles qui favoriseront les agriculteurs. Lorsque des fonds d’investissements et des investisseurs se mettent ensemble pour financer l’achat de parties du territoire agricole par un tiers, pouvons-nous réellement penser que l’agriculteur est à armes égales dans ce supposé libre marché?

Ce qui est questionnable ici, ce n’est pas l’existence de l’entreprise Pangea, mais la participation de l’argent publique dans une entreprise qui compétitionne les agriculteurs. Est-ce que le ministre de l’agriculture Laurent Lessard est d’accord pour que des fonds de la CDPQ servent à financer une entreprise pour l’instant largement basée sur la monoculture, les OGM et la pétrochimie? Est-ce qu’il sait ce qu’il fera si éventuellement Pangea décidait de cesser ses activités agricoles tout en gardant possession des terres acquises pour laisser jouer la spéculation pendant quelques années?

Pour l’Union paysanne, le principal problème réside là. L’État québécois ne sait toujours pas à quoi doit servir l’agriculture du Québec. Elle n’a pas de modèle, ni de vision et entend surtout se baser sur des états financiers et non pas sur le développement d’une agriculture nourricière et durable à tous les échelons. Voilà de surcroît que la CDPQ a décidé de sauter dans le secteur, ce qui, en l’absence de balises claires, placera le modèle agricole encore plus sous pression.

1 : L’intégration verticale se produit lorsqu’une personne ou une entreprise acquiert la propriété d’entreprises de deux stages adjacents du système de production et de commercialisation.

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Pour information :

Benoit Girouard                                                         Maxime Laplante

Président Union paysanne                                        Vice-président

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