Bonne fête à la Régie des Marchés agricoles

Saint-Hyacinthe, le 20 septembre 2006. Cette année, nous soulignons le cinquantième anniversaire de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles et, par le fait même, de la Régie des Marchés Agricoles du Québec qui fera vraisemblablement peu de vague, sauf pour les initiés.

Cette loi, qui visait à établir des règles permettant d’organiser de façon ordonnée la production et la mise en marché des produits agricoles, devait par le fait même surtout protéger la classe agricole. Est-ce que le but est atteint? Est-ce que 50 ans plus tard nos agriculteurs sont mieux protégés ou au contraire mieux exploités?

En 1955, lorsque l’U.C.C (ancêtre de l’UPA) témoigna devant la commission Héon, mise en place pour réfléchir à une crise agricole, elle déclara : les conditions réelles des cultivateurs dans la mise en marché de leurs produits témoignent d’un état de dépendance totale vis-à-vis des acheteurs : le transport ferme-usine, le classement et le poids du produit sont contrôlés par ces derniers, le prix est celui qu’ils offrent et le paiement de la vente s’opère à crédit selon des clauses fixées par l’acheteur, alors que très souvent le cultivateur doit acheter ses fournitures au comptant.

Demandez donc aux agriculteurs si les choses ont changé depuis la commission Héon? Aujourd’hui, les prélevés que l’UPA perçoit sur les portions qu’elle contrôle de l’agroalimentaire représente au-delà de 100 millions pris à même les poches des agriculteurs qu’elle est supposée défendre. Si vous ajoutez à cela que les acheteurs n’ont rien changé à leurs pratiques et que les fermiers reçoivent encore moins que ce qu’ils recevaient en 1950, vous avez le tableau rêvé pour expliquer le déclin de la classe agricole ainsi que l’absence de relève.

Une recherche effectuée par une firme de consultants au nom de l’Union paysanne en 2002 démontrait que plus de 4000 agriculteurs1 avaient été poursuivis depuis 1982 devant la Régie pour non paiement de leur cotisation à l’UPA2 ou à un de ses syndicats. Pendant ces mêmes 20 années, des milliers de causes dans tous les secteurs agricoles ont opposé encore là l’UPA et les agriculteurs qui étaient majoritairement les perdants de ces batailles. Des chiffres de Statistiques Canada sont particulièrement éclairants sur le sujet puisqu’ils démontrent que les fermes du Québec disparaissent 10 % plus vite qu’ailleurs au Canada et ce depuis 20 ans3.

Cette loi qui devait en réalité favoriser la cohésion autant que l’émancipation des agriculteurs est en réalité devenue entre les mains de l’UPA un outil dangereux. Autrefois de vrais entrepreneurs, les agriculteurs sont devenus entre les mains des syndicats de l’UPA l’équivalent d’ouvriers d’usine. Plusieurs confessent qu’ils ont la ferme conviction que l’UPA écoute mais n’entend plus ses agriculteurs et que l’UPA n’est plus représentée par l’ensemble des agriculteurs4. Dans le meilleur des cas ils continuent à se battre mais dans une certaine indifférence de la classe politique puisque l’ensemble des gouvernements du Québec ont préféré laisser entre les mains d’un syndicat unique la gestion de notre agriculture.

L’Union paysanne a pu constater depuis 5 ans un cynisme a peine voilé de la part des députés lorsque vient le temps de parler d’agriculture ou du Ministère de l’Agriculture. La phrase qui revient le plus souvent est : vous savez l’agriculture ….c’est l’UPA qui s’en occupe!

L’Union paysanne pense que la Loi sur la mise en marché des produits agricoles demeure un outil formidable pour les agriculteurs mais qui se révèle pernicieux en situation de monopole et lorsque aucune ouverture n’est faite pour ceux ne voulant pas participer au système.

En ce sens il est plus que temps que le gouvernement en place réforme la loi sur la mise en marché agricole et par le fait même le rôle de la Régie afin que notre agriculture respire mieux.

La première tâche serait de redonner la liberté d’association aux agriculteurs du Québec, ce qui lui permettrait ainsi de rejoindre la quasi-totalité des nations du monde. En ce sens, malgré l’incapacité de l’Union paysanne d’avoir accès à la liste des producteurs agricoles5, plus de 1500 fermes ont choisi librement, à un moment ou un autre des 4 dernières années, de devenir membre de l’Union paysanne.

Deuxièmement, il faudra redonner aux coopératives leurs lettres de noblesse, elles qui ont tranquillement disparu du paysage agricole au détriment des plans conjoints mis en place par l’UPA. Comme certains l’ont évoqué, l’appétit de l’UPA ne s’arrêtera que lorsqu’elle aura produit, transformé et mis en marché l’ensemble des produits agricoles du Québec.

En terminant, les preuves s’accumulent à l’effet que la faillite anticipée de notre agriculture est directement liée à la gestion, au manque de vision de l’UPA et à sa position prédominante qui empêche l’émergence d’un autre discours.

En s’enveloppant dans un langage emprunté à la gauche, tel que mise en marché collective, justes prix et équité, l’UPA cache aux Québécois que ses méthodes sur le terrain se confondent en réalité avec une vision corporatiste à court terme et au totalitarisme fréquemment lié à une situation de monopole.

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Pour information contactez :
Benoît Girouard, porte-parole Maxime Laplante, président
(450)533-9955 (418) 926 2473

1-N.C.A. Consultants, Inc

 

 

2-Les agriculteurs sont forcés par la Loi sur la mise en marché des produits agricoles a versés une cotisation au seul syndicat accrédité par l’état. Si vous êtes deux propriétaires de l’entreprise vous en payés deux et ainsi de suite. Cette situation est unique au Canada puisque la moyenne de cotisation canadienne se situe autour de 150$ avec un seul cotisant par ferme.

 

 

3- Net recul du nombre de fermes au Québec, selon le Recensement de l’agriculture de 2001-Statistique Canada

 

 

4- Analyse suite aux rencontres des présidentes et présidents des syndicats de base des trois Fédérations de l’UPA de la région de Québec, octobre 2001

 

 

5-En 2004 l’Union paysanne a tenté d’avoir accès à la liste des producteurs agricoles afin de les rejoindre, cette demande nous a été refusée par le responsable de la Loi sur l’accès à l’information du MAPAQ puisque que seul le syndicat accrédité par l’état a accès à la liste.