Une pétition pour encourager l’autonomie alimentaire

Québec, 14 mai 2020 – L’Union paysanne est fière d’initier une pétition pour encourager l’autonomie alimentaire et l’élargissement des droits des producteurs agricoles en matière de production et de vente directe, sur le site de l’Assemblée nationale. La pétition est marrainée par la députée Émilise Lessard-Therrien, porte-parole en agriculture de Québec solidaire.

Alors que la crise sanitaire a mis de l’avant l’importance d’augmenter la résilience de notre système alimentaire, l’Union paysanne rappelle au gouvernement qu’il dispose des outils législatifs nécessaires pour favoriser une agriculture de proximité afin de nourrir nos communautés.

« L’article 63 de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche, est clair: il spécifie qu’un plan conjoint ne s’applique pas aux ventes faites par un producteur directement à un consommateur », nous rappelle Maxime Laplante, président de l’Union paysanne.

La Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec a trop longtemps été complaisante envers les Fédérations de l’Union des producteurs agricoles (UPA), et ce, aux dépens des producteurs et productrices des plus petites fermes, qui se retrouvent limitées dans la diversification et la croissance de leur entreprise. Les mangeurs et mangeuses désirent également avoir accès à des aliments de proximité.

Parmi les demandes présentes dans la pétition, notons aussi la pluralité syndicale en agriculture et l’augmentation des seuils de production hors quota. Des États généraux sur l’alimentation sont aussi demandés. « Le secteur alimentaire nous concerne tous et toutes, nous mangeons tous les jours et nous finançons l’agriculture. Le débat doit avoir lieu : que voulons-nous manger? Dans quelles conditions la nourriture devrait-elle être produite? Et, comme collectivité, quel type de ferme voulons-nous soutenir financièrement?» soutient Marie-Josée Renaud, coordonnatrice de l’Union paysanne.

L’Union paysanne vous invite donc à signer la pétition d’ici le 29 mai, en accédant au lien suivant:

http://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/signer-petition/index.html

 

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Il devrait être légal de donner du lait au lieu de le jeter

Ste-Croix, 9 avril 2020 – 

L’annonce récente concernant le fait de jeter du bon lait à l’égout en pleine crise a suscité beaucoup de réactions. Il serait pourtant tentant d’acheter du lait directement de la ferme au lieu d’en faire un déchet. Mais malheur au fermier qui se ferait prendre à vendre ou même donner du lait au Québec.

En effet, le Règlement sur les quotas des producteurs de lait est clair à ce sujet:

(art. 3) »Nul ne peut produire ou mettre en marché du lait sans détenir un quota. » Selon ce règlement, nul ne peut produire, ni vendre, ni donner du lait sans détenir un quota. Et pour qui déciderait de vous refiler un peu de lait,  il doit s’attendre à devoir payer une amende de 500 $ par litre de lait pour tout volume inférieur ou égal à 10 litres.(art. 18)

On comprend que la gestion de l’offre en vigueur au Canada vise à équilibrer la production de lait selon les besoins de la population, sans créer de surplus ni de manque. Mais la loi sur la mise en marché des produits agricoles prévoit justement la possibilité de faire la vente directe de lait, sans détenir un quota ni passer par un plan conjoint de mise en marché.

« un plan conjoint ne s’applique pas aux ventes directes au consommateur » (Loi sur la mise en marché des produits agricoles, art.63). Le problème, c’est que la Régie des marchés agricoles, organisme public de surveillance de la mise en marché, refuse d’appliquer la loi, cédant sous la pression des Producteurs de lait de l’UPA.

Et même si vous détenez un quota, au prix de 24 000$ par vache pour un minimum de 10 vaches, soit 240 000$, vous n’avez quand même pas le droit de faire de la vente directe à un client. Pourtant, ailleurs au Canada, l’Alberta permet la vente directe de 50 litres de lait par jour. Pour Maxime Laplante, président de l’Union paysanne, « on peut acheter du lait directement de la ferme pratiquement partout sur la planète, sauf ici ».

Tant que la Régie des marchés agricoles, sous la pression de l’UPA, refusera de permettre la vente directe de lait selon la loi, le Québec continuera à assister à du déversement de lait à l’égout, alors qu’un marché est disponible et que nombre de fermes seraient intéressées par un revenu supplémentaire.

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Pourquoi nous empêcher de produire de la nourriture?

Nous avons assisté récemment au discours du premier ministre en faveur d’une plus grande autonomie alimentaire pour le Québec. Un propos encourageant pour l’Union paysanne mais un contraste flagrant avec les politiques actuelles. Mais le plus surprenant, c’est d’entendre le même ton de la part du président de l’UPA qui déclarait il y a un an  » Grâce aux ententes internationales comme l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste et l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, les perspectives d’exportation sont très favorables. »

Dans le contexte du coronavirus, alors que la population s’inquiète de la sécurité de nos approvisionnements, l’Union paysanne réclame le droit de produire pour la mise en marché directe. Pour son président, Maxime Laplante, « il est inconcevable que le Québec doive importer des quantités massives d’aliments mais interdise à ses propres habitants de produire ces mêmes aliments. »

Des exemples?

Le Québec a importé en 2018 (données du MAPAQ):

-Plus de 220 millions $ en produits laitiers mais la filière des producteurs de lait de l’UPA nous interdit de vendre ou même de donner un seul litre de lait à moins d’acheter pour 240 000$ de quota.

-10 000 000$ en oeufs mais les fédérations de l’UPA nous interdisent de détenir plus de 100 poules, à moins de payer un quota à 245$ par poule.

-440 000 000$ en poissons et fruits de mer mais les plans conjoints interdisent de ramasser une huître, une moule ou un homard au bord de la mer, ne serait-ce que pour manger en famille.

Une loi non appliquée

Pourtant, la loi est claire mais la Régie des marchés agricoles et alimentaires, sous la pression directe de l’UPA, refuse d’appliquer cette loi.

« un plan conjoint ne s’applique pas aux ventes directes au consommateur » (Loi sur la mise en marché des produits agricoles, art. 63)

Depuis 3 ans, l’Union paysanne réclame l’application de la loi et ainsi nous permettre de nourrir nos communautés au lieu de dépendre des importations.

Les agriculteurs du Québec sont prêts à produire. Encore faut-il qu’ils en aient le droit.

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Travailleurs étrangers : Et si on changeait notre modèle agricole?

Ste-Croix, 19 mars 2020 – Alors que les frontières se ferment partout dans le monde, l’inquiétude grandit quant à la possibilité pour les fermes québécoises de faire venir de la main-d’œuvre étrangère. Ce fut la panique, particulièrement pour certains-nes producteurs-trices maraîchers-ères, qui dépendent grandement de cette main-d’oeuvre abondante et «bon marché».

Nous voyons bien à quel point notre système alimentaire dépend d’une économie mondialisée sur laquelle nous n’avons aucun contrôle et qui fragilise notre sécurité alimentaire. Ce sont 16 000 travailleurs-euses qui viennent, à tous les ans, travailler sur les fermes du Québec, principalement des gens du Mexique et du Guatemala.

L’UPA et nos gouvernements se sont positionnés en sauveurs hier en annonçant la venue de travailleurs étrangers et ce, même s’il faut aller jusqu’à noliser des avions pour aller les chercher. Or, ce contournement des règles de confinement ne se fera pas sans brimer, encore plus, les droits des travailleurs-euse étrangers-ères en leur imposant un protocole sanitaire strict, qui renforcera encore plus leur dépendance envers leur employeur-e. En effet, ce protocole stipule que ces personnes seront mises en quarantaine dès leur arrivée au Canada et que leurs déplacements seront limités au maximum pendant toute la saison. Limités par qui?

Rappelons que les personnes bénéficiant du programme pour les travailleurs étrangers temporaires (TET) sont forts dépendants de leur employeur-e et vivent souvent dans des conditions difficiles. En dépit du fait qu’ils doivent payer impôts et taxes comme le reste de la population québécoise, une foule de services leurs sont refusés ou lourdement entravés, comme l’assurance-emploi, l’aide juridique, l’aide sociale, le régime d’assurance parentale, etc.

L’Union paysanne dénonce les conséquences de la production alimentaire industrialisée et mondialisée: on produit pour l’étranger, on consomme de l’étranger et on fait venir des travailleurs-euses de l’étranger. Alors que la production à plus petite échelle a fait ses preuves de rendement et nourrit actuellement 70% de la population mondiale, le Québec continue de s’enfoncer dans une dépendance aux marchés mondiaux, ce qui compromet sérieusement la souveraineté alimentaire de nos communautés.

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Lancement de la première bière en soutien à la paysannerie

Ce samedi 15 février, l’Union paysanne a procédé au lancement de sa première bière bénéfice dans le cadre de son événement annuel en présence du ministre de l’agriculture, monsieur André Lamontagne. Nommée La Paysanne, cette session IPA, brassée par la microbrasserie La Chouape, est la première bière québécoise dédiée au soutien à la paysannerie. À chaque bouteille vendue, 0,30$ sera remis à l’Union paysanne. Le projet a aussi été possible grâce à la précieuse collaboration du graphiste et illustrateur Mathieu Fortin, de Anorak Studio et Wazak, qui a brillamment illustré la paysannerie sur l’étiquette de la bière.

L’Union paysanne a profité de la dernière fin de semaine pour se rassembler à la ferme Guyon, à Chambly. Elle y a tenu une journée de discussions en ateliers ainsi que son Assemblée générale annuelle. La soirée du samedi a été dédiée au lancement de La Paysanne. Plus de 100 personnes se sont déplacées pour l’événement.

L’Union paysanne regroupe en une force collective organisée et représentative tous ceux et celles qui sont en faveur d’une agriculture paysanne et de la souveraineté alimentaire. Comme association agricole et citoyenne, elle intercède auprès des autorités, des médias et de l’opinion publique pour défendre les intérêts des paysans et des artisans de la Terre à la Table. Ses membres sont majoritairement des agriculteurs mais elle donne également une place aux citoyens soucieux de s’impliquer en faveur d’une agriculture et d’une alimentation à échelle humaine.

 

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Les droits des paysans à l’ordre du jour de l’ONU

Montréal, 10 décembre 2019 – Le 10 décembre est la Journée internationale des droits humains et premier anniversaire de l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies de la Déclaration sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales. L’Union paysanne célèbre les efforts du mouvement international La Via Campesina et ses alliés, tout en demandant aux gouvernements fédéral et provincial que les principes de la Déclaration se réflètent dans la législation canadienne et québécoise.

Quand un travailleur agricole saisonnier qui travaille sur une ferme québécoise ayant moins de 3 permanents ne peut pas se syndiquer, qu’un agriculteur au Saskatchewan rendu malade par le Roundup continue de l’utiliser parce qu’il croit ne pas avoir d’alternative, que la viabilité d’une ferme laitière canadienne est sacrifiée sur l’autel des accords de libre échange dominés par les sociétés transnationales, il s’agit dans tous ces cas de violation des droits humains faisant partie de la Déclaration. Il en va de même pour un paysan dont les cultures biologiques sont menacées par une contamination venant des cultures OGM dans les alentours ou pour un agriculteur « conventionnel » qui a de la difficulté à trouver des semences non-OGM sur le marché. (Voir les articles 2, 9, 14, 16, 19, 20 de la Déclaration) Et tous ces producteurs agricoles canadiens dans toutes les catégories qui subissent une pression financière lourde et constante, se voyant souvent obligés de supplémenter leurs revenus par un emploi à l’extérieur de la ferme, sont victimes de violation de leur droit à un niveau de vie suffisant.(Voir l’article 16)

Selon les principes de la Déclaration, les États doivent veiller à ce que les accords internationaux qu’ils signent soient « compatibles avec leurs obligations relatives aux droits de l’homme applicables aux paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales. » Les États doivent aussi « prendre toutes les mesures nécessaires pour faire en sorte que les acteurs non étatiques» dont «les sociétés transnationales, respectent et renforcent les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales. » En somme, il faut que les droits des paysans, tels que les droits à la terre, aux semences et à la biodiversité, priment sur les intérêts commerciaux ou politiques plus larges.

C’est dans ce contexte que l’Union paysanne applaudit la résolution du Conseil des droits humains des Nations unies visant à créer un instrument juridiquement contraignant sur les sociétés transnationales et les droits humains. En tant que membre du mouvement international, La Via Campesina, elle constate que ce sont fréquemment les communautés rurales et paysannes qui sont les plus affectées par les agissements des sociétés transnationales. L’accaparement des terres, la contamination des eaux et des sols, les attaques contre les défenseurs des droits paysans et environnementaux, toutes ces violations sont le résultat de projets agro-industriels, de l’exploration et de l’exploitation minière, ou de travaux d’infrastructure, menés sans égard aux droits des populations paysannes par des sociétés transnationales bénéficiant de l’appui actif ou tacite des gouvernements concernés. Un instrument juridiquement contraignant permettrait d’en finir avec l’impunité des sociétés transnationales, en obligeant les gouvernements des pays du Nord où se trouve leur siège social d’assumer la responsabilité de réglementer toutes leurs activités et en renforçant la capacité des pays du Sud de les contrôler.

Il s’agira d’un long chemin et beaucoup d’efforts de la part de la société civile pour faire en sorte que cette initiative onusienne aboutisse dans un instrument qui soit vraiment efficace, un complément important à la Déclaration internationale sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales.

Au pays, nous devrions demander au gouvernement fédéral d’appuyer l’initiative onusienne, tout en insistant sur la nécessité de donner des pouvoirs réels au poste canadien d’Ombudsman indépendant pour la responsabilité des entreprises canadiennes. Et il faut surtout rappeler au gouvernement canadien, même s’il s’est abstenu lors du vote à l’Assemblée générale des Nations unies, de son obligation de prendre des mesures pour assurer la pleine réalisation des droits énoncés dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales.

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Réforme de la taxation des terres agricoles: et si on s’attaquait aux causes de la spéculation?

Ste-Croix, 7 novembre 2019 – Le gouvernement du Québec vient de déposer un projet de loi pour modifier le régime de taxation des terres agricoles, en réaction à la hausse de la valeur des terres. Si on peut saluer l’intention de simplifier les procédures administratives et la paperasse, l’Union paysanne estime toutefois qu’une réflexion s’impose sur les causes de l’explosion de la valeur des terres.

Les rapports sur la valeur des terres, dont celui du groupe CIRANO de l’Université Laval, démontrent d’abord que les spéculateurs chinois ne sont pas la cause principale, les principaux spéculateurs étant les fermiers eux-mêmes, qui cherchent à accroître leurs superficies. Selon Maxime Laplante, président de l’Union paysanne, « il faut trouver une façon de faire un revenu décent de l’agriculture sans avoir à augmenter sans cesse les surfaces cultivées ». Cela signifie la possibilité d’améliorer la plus-value à la ferme. On parle ici de permettre la diversification des opérations, comme la transformation et l’abattage à la ferme, l’hébergement, la restauration, etc. Cela signifie aussi de permettre de produire en vue de vente au détail, directement au consommateur. Or, ces pratiques sont largement prohibées au Québec : pas d’accès à la production hors quota pour le poulet, les œufs, le lapin, le lait, etc. Cela concerne aussi les règles mésadaptées de la CPTAQ (protection du territoire agricole) qui considère d’emblée qu’une ferme de moins de 100 hectares n’est pas rentable et qu’il faut préserver l’homogénéité du territoire alors que toute la société civile réclame la diversité du milieu rural.

Ensuite, le financement de l’agriculture québécoise, axée principalement sur les volumes de production et les monocultures, incite fortement les fermes à acquérir de nouvelles terres, créant donc une pression sur les prix. La part du lion des subventions agricoles va justement vers les monocultures de céréales de grande surface et vers l’industrie porcine, associée aux productions de maïs et de soya à grande échelle.

Simplement réduire la facture des agriculteurs au détriment des autres citoyens des municipalités ne règlera pas le problème de fond. Espérons que le projet de loi se penchera sur les causes de la spéculation foncière agricole au lieu de simplement céder aux intérêts de l’UPA qui réclame encore plus d’argent de la part du contribuable.

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16 octobre : journée internationale d’action contre les Sociétés transnationales et pour la souveraineté alimentaire

Québec, 15 octobre 2019 – Un appel de mobilisation mondiale est lancé à l’occasion de la Semaine de mobilisation populaire à Genève du 12 au 19 octobre, afin de réclamer la primauté des droits des peuples devant les mégaprojets destructifs et les investisseurs sauvages, des conditions de travail abusives et les profits astronomiques des entreprises ainsi que l’impunité de ces dernières. Fin à l’impunité des sociétés transnationales!

Au sein de cette mobilisation, les organisations de la Via Campesina, dont fait partie l’Union paysanne, continuent de lutter pour faire reculer l’influence du secteur privé avec ses menaces envers les droits humains. Ces luttes sont liées à l’accaparement des terres, à l’agriculture industrielle, aux industries extractives, aux OGM, aux produits et semences agrochimiques et aux grandes fusions (Monsanto-Bayer, par exemple). L’Union paysanne soutient que pour atteindre la souveraineté alimentaire la paysannerie a besoin de ses droits!

À l’heure où 1,2 milliard de paysan.ne.s et de familles, qui représentent un tiers de la population mondiale, sont confrontés à d’innombrables violations systématiques et systémiques de leurs droits, il est temps de mettre en place des mesures concrètes et juridiquement contraignantes pour mettre fin à l’impunité des sociétés transnationales.

« Au bout d’un processus de travail et de mobilisations collectives entamé par la Via Campesina il y a 18 ans, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales a été adoptée à l’Assemblée générale des Nations Unies le 19 novembre 2018.»

– Geneviève Lalumière, représentante de la Via Campesina

Cette déclaration constitue un outil stratégique pour renforcer les luttes et les propositions des organisations rurales, dont la vie et les moyens de subsistance dépendent de leurs terres, forêts, rivières et océans. Dans la lutte contre l’impunité des sociétés transnationales, la Déclaration établit également une jurisprudence et une perspective juridique internationales pour guider la législation et les politiques publiques à tous les niveaux institutionnels dans l’intérêt de ceux et celles qui nourrissent le monde en prenant soin de la terre.

Au Québec, la paysannerie est confrontée à des politiques gouvernementales défavorables en matière de production et de commercialisation; elle est soumise à de mauvaises conditions de travail, à des restrictions de production, une absence de liberté d’association, des règlements inadaptés à son échelle de production, se retrouve en compétition avec des géants de l’agribusiness et est souvent victime de criminalisation lorsqu’elle décide de simplement nourrir sa communauté. De plus, la biodiversité, dont dépend la paysannerie pour construire ses systèmes alimentaires durables, est en déclin. Selon Maxime Laplante, président de l’Union paysanne, ces conditions inacceptables sont le résultat de l’avidité des sociétés transnationales qui ont main-mise sur notre système agricole, avec la complicité de l’Union des producteurs agricoles, en faveur d’une agriculture industrielle et d’exportation.

La Déclaration vise donc à faire respecter les droits de la paysannerie, avec pour élément central le droit à la terre, aux semences et à la biodiversité, monopolisées à l’heure actuelle par l’industrie. Plusieurs droits collectifs ancrés dans la souveraineté alimentaire, dont le droit des peuples à déterminer leurs propres systèmes alimentaires et agricoles et le droit à une alimentation saine et culturellement appropriée, y sont soulignés. C’est un outil pour exiger à nos gouvernements l’adoption de politiques publiques visant à prévenir et résoudre les injustices sociales, dont la majorité sont liés aux activités des sociétés transnationales.

Toutefois la lutte n’est pas gagnée; la Déclaration est un outil historique, mais pas tout-puissant: elle n’est pas juridiquement contraignante et sa force est surtout morale. Il reste maintenant à travailler afin de la faire implémenter dans le droit contraignant de nos instances légales.

Toutes et tous ensemble le 16 octobre, journée internationale d’action contre les sociétés transnationales (STN) et pour la souveraineté alimentaire!

Pour aller plus loin:

-La Via Campesina ( https://viacampesina.org/fr/16-octobre-2019-journee-internationale-daction-pour-la-souverainete-alimentaire/ )

-la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les milieux ruraux ( https://unionpaysanne.com/divers/daration-des-droits-des-paysannes-et-des-paysans/ )

stopcorporateimpunity.org

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Hors-quota : la Régie accouche d’une souris

Ste-Croix, 24 juillet 2019 –

Après 3 ans de démarches, d’audiences et de consultation, la Régie des marchés agricoles accouche d’une minuscule souris dans le dossier du hors-quota et refuse d’appliquer la loi sur la mise en marché des produits agricoles.

En effet, alors que l’Union paysanne avait demandé l’application de la loi ainsi que la hausse de la production hors quota jusqu’à 2000 poulets, 300 pondeuses et 300 dindons, la Régie se contente d’avaliser l’offre des Éleveurs de volaille de l’UPA qui est de 300 poulets. La Régie omet même de considérer une hausse pour le dindon et la poule pondeuse, argumentant que l’Union paysanne n’en aurait pas justifié la demande!

Selon ses propres règlements, la Régie était tenue de rendre son jugement au plus tard le 2 mars dernier mais a préféré le faire avec presque 5 mois de retard en plein pendant les vacances de la construction, période de creux médiatique. Coïncidence?

La loi sur la mise en marché des produits agricoles est pourtant claire : (art 63) « Un plan conjoint ne s’applique pas aux ventes faites par un producteur directement à un consommateur ». La Régie interprète cette phrase en soumettant les ventes directes aux plans conjoints. Pour Maxime Laplante, président de l’Union paysanne, « quelqu’un a visiblement raté l’examen de compréhension de texte au primaire… Il est inadmissible que la Régie bloque ainsi l’application de la loi, ce qui fait le jeu des fédérations de l’UPA qui contrôlent l’essentiel de la production ». Rappelons que la Régie, à la demande des fédérations de l’UPA, a même refusé de considérer le rapport du groupe universitaire CIRANO sur les circuits courts et le hors-quota.

Pour la suite, l’Union paysanne entend faire savoir qu’il est maintenant possible de produire 300 poulets par an pour une ferme sans détenir un exorbitant quota. Toutefois, la décision de la Régie constitue un gâchis et un mépris de la paysannerie, surtout dans un contexte où toute la société réclame des circuits courts et des produits de proximité. L’Union paysanne entend réfléchir aux démarches subséquentes pour faire en sorte que les fermiers québécois puissent faire ce que les autres fermiers canadiens ont le droit de faire, soit vendre de petites quantités de poulets, d’œufs et de dindons sans quota, conformément à la loi. Et pendant ce temps, le Canada importe de grandes quantités de ces produits de l’étranger, sans exiger de quota. Le Québec bloque ainsi la production locale et encourage l’importation. Logique?

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Maxime Laplante, agr, président

581 888-0941

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Non, M. Groleau, vous ne nous représentez pas!

** Cette lettre est une réplique à l’éditorial de Marcel Groleau, 27 février 2019, https://www.upa.qc.ca/fr/textes-dopinion/2019/02/mettre-en-opposition-les-petites-aux-grandes-fermes-ne-mene-a-rien/

Dans un éditorial du 27 février dernier, Marcel Groleau, président de l’UPA, nous met en garde contre le danger d’opposer «les petites fermes aux plus grandes». Devant l’arrogance de cette tentative de récupération des revendications des mouvements paysans dans le giron du monopole syndical obligatoire, nous, paysan-ne-s et membres de l’Union Paysanne, tenons à dénoncer le sophisme de M. Groleau, qui tente de sur-simplifier les distinctions fondamentales qui existent entre différents modes de productions alimentaires au Québec et ailleurs dans le monde.

Ces distinctions séparent les industries bio-alimentaires (nommées comme telles par le gouvernement du Québec1) et les modes de production (et de vie) paysans. Car tel est le point qu’il faut nommer et re-nommer ici; la paysannerie n’est pas un emploi ou un secteur de production, c’est une manière de vivre, une manière d’être au monde. Si les fermes du Québec ne sont pas celles des États-Unis, il n’en reste pas moins que le portrait agricole du Québec est largement structuré par des mécanismes d’intégration qui, comme le dit le livre vert pour une politique bio-alimentaire, englobent «toute la chaîne alimentaire, de la terre et de la mer jusqu’à votre table2». Ce sont ces chaînes qui forment l’industrie et qui encouragent, par exemple, l’emploi de travailleurs migrants temporaires au statut souvent précaire, l’utilisation éhontée d’éléments toxiques dans la production d’aliments, la mise en marché internationale d’exportation orchestrée par les ententes de libre-échange contradictoires aux principes fondamentaux de la souveraineté alimentaire.

Si les chiffres présentés par M. Groleau illustrent quelque chose, c’est bien que les petites exploitations agricoles existent, et qu’elles sont réparties sur le territoire. Ces mêmes chiffres toutefois ne parlent aucunement de la santé de ces entreprises ou de ceux et celles qui les rendent vivantes . Dans sa lancée, le président de l’UPA affirme que «Les unes et les autres se côtoient sur tous ces marchés, selon les opportunités qui se présentent, et sont toutes importantes dans l’écosystème régional». Difficile à croire. L’UPA a quand même délégué ses avocats devant la Régie des marchés agricoles pour bâillonner l’Union paysanne sur la question de la production hors-quota. Ces mêmes avocats ont même exigé de la Régie qu’elle ne prenne pas connaissance du rapport Pronovost sur l’avenir de l’agriculture, ni du rapport CIRANO de l’Université Laval sur les circuits courts. Ce que nous dénonçons, c’est la planification organisée par les ministères et le monopole syndical qu’est l’UPA. C’est par la création et le soutien d’une multitude de fermes paysannes diversifiées que les communautés rurales seront résilientes et non par la concentration des terres selon le modus operandi : “get bigger or die”.

Le Québec comptait 140 000 fermes réellement familiales en 1950, Monsieur Groleau. Oui, il ne reste que 29 000 fermes. Ce n’est pas un succès, c’est une catastrophe, un échec monumental du système agricole mis de l’avant par l’UPA. Ce système, M. Groleau, il est industriel. L’agriculture industrielle n’est pas fonction de la taille, mais des pratiques qu’elle utilise et de sa façon de se déployer. Produire une commodité monnayable standardisée sous un système de mise en marché écrasant et totalitaire imposé par un pseudo office de commercialisation ayant le titre trompeur de « fédération » ou « d’agence » en situation de monopole et qui ne laisse aucune place à l’artisan-ne, au paysan-ne, à la relève et à l’entrepreneuriat, ce n’est pas un milieu favorable pour les « petits», M. Groleau. Vous déguiser en défenseur de tous et toutes vous va très mal.

Il n’y a pas de « cohabitation sur le territoire entre les entreprises agricoles»; il n’y a qu’un seul et unique modèle imposé à tous et à toutes. Ce modèle agricole que défend l’UPA est mourant, dépassé, ne va vraiment pas bien et nous dirige vers un mur. Année après année, la Financière agricole du Québec (FADQ) est en déficit d’opération en essayant de maintenir sous respirateur artificiel l’agriculture au Québec sous la forme de versements d’assurances agricoles diverses. Versements qui profitent très largement aux intégrateurs et aux productions de masse destinées à toute autre chose que de contribuer à la souveraineté alimentaire québécoise. En mettant de l’avant une vision extractiviste, productiviste et l’utopie d’une croissance infinie, l’UPA a bloqué l’innovation, la paysannerie, l’agroécologie, les pratiques alternatives, ancestrales et respectueuses des milieux de vie.

La réalité, c’est que le système alimentaire paysan produit plus de 70 % de tous les aliments que les gens mangent sur le globe sur seulement 20% à 30% des terres arables. Il utilise moins de 20 % de tous les carburants fossiles et 30 % de toute l’eau qui est utilisée en agriculture; il entretient et fait un usage durable de la diversité; il est le plus important producteur d’aliments non exportés, qui représentent 85 % de tous les aliments produits et consommés3».

Le monopole de l’UPA provient du laxisme de l’État québécois, au mépris des accords internationaux signés par le Canada concernant la liberté d’association. C’est de l’abus de pouvoir légalisé qui ne vous confère en aucun cas, M. Groleau, le droit moral de prétendre nous représenter. Et ce n’est surtout pas le pouvoir de nous soutirer une cotisation exorbitante sans notre accord qui nous convaincra de vos intentions de soutenir la paysannerie.

Non, M. Groleau, vous ne nous représentez pas.

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Maxime Laplante, agr, président de l’Union paysanne

Gaspar Ciesielski Lépine, paysan à la Coop du Trécarré

Alexandre Pigeon, paysan ferme Valex

 

Liens suggérés

http://www.etcgroup.org/content/who-will-feed-us-industrial-food-chain-vs-peasant-food-web

https://www.protegez-vous.ca/Sante-et-alimentation/dou-vient-ce-quon-mange

http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/agriculture/profil-bioalimentaire2017.pdf

http://www.etcgroup.org/sites/www.etcgroup.org/files/Food%20Poster_FR%20.pdf

http://www.etcgroup.org/sites/www.etcgroup.org/files/Affiche%20Qui%20nous%20nourrira%20-%20traduit%20FR%20FINAL_V1.pdf

https://viacampesina.org/fr/comment-le-systeme-alimentaire-industriel-contribue-a-la-crise-climatique/

1Profil sectoriel de l’industrie bio-alimentaire 2017

2D’ou vient ce qu’on mange, protegez vous

3ETC groupe Selon le ETC GROUP et leur dernière étude paru en 2014 et revu en 2017