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Vous avez dit phosphore?

Phosphore. La lettre P dans NPK, les trois éléments considérés comme majeurs en agriculture, à côté de l’azote et du potassium. Jusque dans les années 50, l’agriculture trouvait le phosphore essentiellement dans le fumier animal. Depuis, on l’extrait des mines, étant donné que l’agriculture intensive aime bien la monoculture et la spécialisation et a donc dissocié les productions végétales et animales. En concentrant les élevages dans une région, comme la Beauce, et en transformant la Montérégie en désert de maïs, le transport du fumier devient rapidement prohibitif. En bref, le Québec doit importer l’essentiel de son phosphore puisqu’il n’y a aucune mine de ce type au Canada. Si la tendance se maintient, le déclin des ressources en phosphore se fera sentir dans une vingtaine d’années, selon certains scénarios.

De plus, lorsque les sols sont compactés ou déficients en matière organique, entre 70 et 90% du phosphore apporté au sol est perdu et ne profite pas aux cultures. Pour aggraver encore la situation, mentionnons que le phosphore prélevé du sol par les plantes cultivées aboutit nécessairement à l’humain, que ce soit directement par la consommation des végétaux ou par la viande des animaux qui ont mangé les plantes cultivées. Et que fait l’humain dans notre société évoluée? Il jette ses excréments bien souvent dans l’eau. Le phosphore alimente ensuite la croissance d »algues indésirables dans les cours d’eau, jusqu’à aboutir au fond de la mer. Il n’y a ensuite plus qu’à attendre quelques centaines de millions d’années, le temps qu’une nouvelle chaîne de montagnes émerge du fond des mers. Simple, non?

Il y a certes moyen de réduire les pertes de phosphore au champ en améliorant les pratiques culturales, en vue de réduire l’érosion et la compaction des sols, en augmentant la matière organique, en utilisant des champignons mycorhizes. Mais il n’en reste pas moins que le cas du phosphore illustre une fois de plus les risques de l’agriculture industrielle, avec sa manie de séparer plantes et animaux, sa soif de monocultures. En plus de nous rendre totalement dépendants de nations étrangères pour l’approvisionnement.

En terminant, je citerai une étude de Denis Boutin, agronome et économiste au ministère de l’environnement, qui dit essentiellement ceci: 62% des programmes gouvernementaux de soutien agricole ont un effet néfaste sur l’environnement. Le 38% restant n’a aucun effet bénéfique, sans être nuisible non plus. Et oui, les subventions agricoles nuisent à notre environnement! J’ai comme l’impression que ça va prendre plus qu’une petite pub « manger local » pour changer les choses…

Pour prendre connaissance de l’étude en question :

http://www.environnement.gouv.qc.ca/milieu_agri/agricole/publi/tendance-perspect2.htm

Maxime Laplante, agr, président