Les dernières nouvelles sur des sujets intéressant l’Union paysanne.

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Mot du président – 17 septembre 2018

Lorsque j’étais enfant, je me souviens qu’aux réunions de famille du jour de l’an, en plein Québec rural profond, un de mes oncles avait un sujet de conversation de prédilection : les plans conjoints. L’effet était magique. Le salon se vidait et tous se retrouvaient dans la cuisine ou dehors. Lorsque j’ai entamé mes études en agronomie, j’ai voulu comprendre. Alors, pour une fois, au lieu d’aller rejoindre mes tantes devant les biscuits, je suis resté avec cet oncle pour tenter de comprendre. Un peu.

Aujourd’hui, c’est à mon tour de vous en parler. L’enjeu est ici de taille et n’a rien de théorique. À partir du 22 octobre, l’Union paysanne ira plaider devant la Régie des marchés agricoles pour une hausse du hors-quota, soit la permission d’élever 2000 poulets, 300 pondeuses et 300 dindons par ferme et par an, sans avoir à détenir ces fabuleux quotas de production, qui limitent actuellement à 100 poulets, 100 poules et 25 dindons le droit de produire.

À l’échelle de la ferme, avoir subitement le droit de vendre 2000 poulets au lieu de 100, ça fait souvent la différence entre la non-rentabilité et la rentabilité. L’étude CIRANO de l’université confirme nos dires, on parle ici d’une hausse possible du revenu net de plusieurs dizaines de milliers de dollars pour chaque ferme concernée.

Pour les gens qui achètent ces produits, c’est aussi la possibilité de se procurer du poulet ou des œufs directement de la ferme, au lieu de passer par l’épicerie. Ça ouvre la porte à du poulet élevé au paturage, par exemple.

Ce que nous demandons, c’est rien de moins que l’équité en comparaison avec le reste du Canada, nettement plus permissif. Ces fameux quotas, onéreux au-delà de la rentabilité (250$ par poule, 800$ par mètre carré dans le poulet), ont au départ été distribués gratuitement aux fermes productrices. Ces quotas sont ensuite devenus une valeur spéculative, rendant très difficile toute forme de relève qui doit en payer le plein prix.

Étrangement, ce que l’Union paysanne va plaider, c’est l’application de la loi sur la mise en marché des produits agricoles! Incroyable mais vrai. L’article 63 stipule clairement que toute vente directe au consommateur peut être faite librement, sans passer par les plans conjoints ou les agences de vente. Toutefois, la Régie peut en décider autrement si elle juge qu’il y a une menace pour l’application des plans conjoints. La vente directe, c’est potentiellement 1 à 3 % du marché. Difficile d’y voir une menace sérieuse pour la mise en marché standardisée. Jusqu’ici, les fédérations de l’UPA, en contact direct et unique avec la Régie des marchés, ont toujours réussi à ne permettre aucune souplesse dans ce système qu’elles contrôlent en conflit d’intérêt : ce sont en effet les détenteurs de quota qui décident si d’autres peuvent en obtenir.

En somme, nous demandons que la Régie, organisme public de surveillance, assume enfin son véritable rôle, de façon neutre, sans obéir aveuglément aux dictats de l’UPA, et applique la loi.

Depuis peu, il y a un changement de garde au sein de la Régie. En effet, celle-ci a récemment refusé un prélèvement sur les céréales vendues directement, supplément que réclamait l’UPA.

Nous avons maintenant besoin de votre aide pour financer cette opération.

www.gofundme.com/horsquota

Alors ques fédérations de l’UPA paient leurs avocats avec nos cotisations de producteurs, nous devons assumer nos frais nous-mêmes. David contre Goliath, direz-vous. Mais si je me souviens bien, c’est David qui a quand même gagné…

Maxime Laplante, agr, président

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L’Union paysanne demande une hausse du hors quota

Ste-Croix, 16 septembre 2018 – Après plus d’un an d’attente, l’Union paysanne a enfin reçu les dates d’audience devant la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec pour plaider la cause de la production hors quota. Rappelons que l’organisme a déposé une demande à la Régie visant à permettre la production et la vente de 2000 poulets, de 300 pondeuses et de 300 dindons par ferme, par an, sans avoir à détenir un quota de production. L’avocat Jean Nobert défendra la cause devant le tribunal.

Le Québec est extrêmement restrictif à ce sujet, ne permettant actuellement que 100 poulets, 100 pondeuses et 25 dindons, alors que la plupart des autres provinces canadiennes permettent beaucoup plus. Au-delà de ces quantités, il y a obligation de détenir un quota, sorte de permis de produire, onéreux et difficile à obtenir.

C’est donc du 22 octobre au 2 novembre que la Régie entendra les points de vue divergents. «L’enjeu est de taille pour un grand nombre de petites entreprises, principalement orientées vers la vente directe, la production de proximité, les produits du terroir, en complète cohérence avec les souhaits de la société civile et ceux de la récente politique bio-alimentaire», souligne Maxime Laplante, président de l’Union paysanne.

Évidemment, l’Union paysanne n’a pas besoin de 9 jours pour présenter ses arguments. Ce sont, entre autres, les fédérations de l’UPA qui veulent également témoigner et s’opposer à ces demandes. Les membres de ces fédérations, actuellement détenteurs des dits quotas, n’entendent pas céder la moindre part de marché, aussi minime soit-elle.

Il y a un déséquilibre énorme entre les forces en présence. L’Union paysanne devra assumer les frais de cette démarche, alors que les avocats des fédérations, dont les moyens sont démesurément plus grands, sont rémunérés à même les cotisations des fermes. En d’autres termes, les membres de l’Union paysanne qui sont en production agricole vont contribuer à payer les avocats de la partie adverse via leurs cotisations.

C’est pourquoi l’Union paysanne fait appel à la générosité de tous et toutes pour mener à bien cette démarche devant la Régie. Nous vous encourageons à contribuer dès maintenant à notre campagne de financement : www.gofundme.com/horsquota

Pour une rare fois au Québec, nous avons enfin la chance de faire avancer une cause paysanne. Ensemble, paysans et paysannes, consommateurs et consommatrices, nous avons le pouvoir de faire plier les fédérations, et contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de petites fermes diversifiées de proximité. Donnez généreusement!

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Maxime Laplante , président 581-888-0941

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Campagne hors quota

Bonjour,

Ainsi que nous l’avons fréquemment mentionné, l’Union paysanne a demandé à la Régie des marchés agricoles d’être entendue dans le dossier du hors-quota afin de permettre la production et la vente de 2000 poulets, 300 dindons et les œufs de 300 pondeuses sans détenir ces fameux quotas de production, si onéreux. Rien de farfelu, puisque c’est déjà le cas dans la plupart des régions du Canada, le Québec et Terre-Neuve étant de loin les provinces les plus restrictives à cet égard.

Évidemment, les fédérations de l’UPA ne sont pas du même avis et ont d’abord demandé à la Régie de ne pas nous laisser présenter notre demande. Mais cette même Régie a quand même annoncé qu’elle tiendra 9 jours d’audience analyser notre demande, entre la fin octobre et le début de novembre.

Dans sa démarche, l’Union paysanne a choisi de faire appel à un avocat au fait des questions agricoles, soit Jean Nobert, que nous avons présenté au dernier congrès. Mais cette démarche occasionne des frais que l’Union paysanne ne peut couvrir à même son budget de fonctionnement habituel. Nous avons donc besoin urgemment de dons pour y parvenir. Nous suggérons un montant de 50$ par personne donatrice. À l’échelle d’une ferme, passer d’une production de 100 poulets à 2000 représente un revenu net supplémentaire d’environ 20 000$. Pour le consommateur, on parle de la possibilité d’avoir enfin accès à du poulet local sans passer par les filières de l’industrie agricole. En somme, un 50$ bien investi.

Pour plus de détails, consultez notre rubrique Campagne sur notre site web et faites un don dès maintenant. Ne laissons pas passer cette occasion de donner un peu d’oxygène au monde rural du Québec.

 

Maxime Laplante, agr, président.

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Les cochons auront-ils le temps d’une paix?

Oh surprise, les cochons du Québec font encore les manchettes, de façon détournée cette fois. Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion d’écouter M. Paul Doyon, second vice-président de l’UPA, je vous invite à le faire, alors qu’il méprise ouvertement ceux qui voudraient élever des cochons « dans le bois », faisant ainsi référence à l’émission « Le temps d’une paix ». Alors que la canicule se poursuivait, on entendait à Radio-Canada les commentaires des dirigeants de l’industrie porcine, aux prises avec des retards de croissance chez les porcs, qui ne peuvent pas suer comme les humains (défaut ou qualité, je vous laisse juger…). Pourtant, depuis des millénaires et partout dans le monde, il y a des cochons qui vivent dehors, à des températures nettement plus chaudes que ce vit le Québec avec son climat nordique. La Corse en est un bel exemple. Pour en avoir élevé moi-même pendant 12 ans à l’extérieur, on observe rapidement que le porc, pour se refroidir, va se creuser un trou dans la boue, pour se protéger de la chaleur, des insectes et du soleil. Mais mon intention n’est pas ici de vouloir imposer ce modèle mur-à-mur mais plutôt de tenir tête à l’attitude arrogante qui veut nous imposer le mode d’élevage industriel de façon uniforme, avec demande de subvention à la clé. Après avoir réclamé de l’aide financière pour construire les fosses à lisier qui ont soulevé la colère des communautés rurales, ainsi pour produire du porc destiné à l’exportation, voici que cette même industrie demande encore de l’argent public pour convertir les étables porcines pour répondre aux exigences en matière de bien-être animal parce que les consommateurs étrangers ne tolèrent plus que les animaux soient encagés sans possibilité de bouger. Et maintenant, en plus de soutirer encore plus d’argent de la part du contribuable pour améliorer le climat dans ces usines qui ne tiennent pas compte des besoins naturels de l’animal, il faudrait endurer le mépris à l’endroit de pratiques permettant aux animaux de vivre à l’extérieur? Difficile pour ma part.

Il semble paradoxal qu’une nation comme le Québec, disposant de telles ressources naturelles, avec de l’espace à souhait, reste enlisé dans une telle rigueur et renonce ainsi au potentiel de la diversité. C’est d’ailleurs dans cette vision de diversité que l’Union paysanne ira devant la Régie des marchés agricoles à la fin octobre (les dates viennent d’être connues) pour demander une hausse de la production hors-quota pour le poulet, les pondeuses et le dindon. L’intention est de créer un espace pour un type différent de production que ce que l’industrie de la volaille impose. Les audiences s’étaleront sur 9 jours. On comprend évidemment que l’Union paysanne n’a pas besoin de 9 jours pour présenter sa proposition mais que les fédérations de l’UPA se sont opposées à la tenue d’une telle réflexion et contribuent donc à allonger le temps nécessaire. Les ressources financières n’étant pas les mêmes, alors que l’UPA finance ses avocats à même les cotisations des fermes (donc aussi de celles qui s’opposent au contrôle de l’UPA), l’Union paysanne doit trouver de l’argent auprès des sympatisants. Nous avons donc besoin de votre aide pour mener à terme cette campagne visant à permettre les petits élevages en dehors du contrôle de l’industrie, comme c’est d’ailleurs la cas partout au Canada. Voyez sur notre site notre campagne sur le hors-quota. Vous voulez aider concrètement? Voici une excellent occasion de le faire.

Votre président

Maxime Laplante, agr

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Une politique d’aménagement du territoire?

À sa fondation en 2001, l’Union paysanne désirait amorcer une réflexion en profondeur de l’aménagement de notre territoire. Cette réflexion nous alors forcé à repenser notre agriculture et à se demander quels sont les objectifs visés. La vision développée présente les rôles de notre agriculture comme suit :

  • Nourrir notre population en quantité et en qualité;
  • Protéger les ressources;
  • Occuper le territoire de façon décentralisée.

On entend régulièrement parler de différents problèmes en milieu rural : parfois il s’agit de terres réquisitionnées pour une autoroute, parfois de spéculation foncière avec une hausse de la valeur des terres. Il y a aussi des municipalités qui veulent conserver leur population, attirer des jeunes familles, et qui ont besoin d’espace. Il y a également une partie de la population qui aspire à s’établir à la campagne. Et les villes, confrontées à la densification et aux problèmes de congestion automobile.

Des questions importantes se posent. Doit-on financer les villes qui s’accroissent avec l’argent de tous, donc de ceux qui habitent en milieu rural? Doit-on laisser la commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) gérer la zone verte de façon uniforme, comme si la banlieue de Montréal se comparait aux rangs gaspésiens?

Vouloir limiter tous ces enjeux à la simple préservation de sols visés par un promoteur immobilier est une façon extrêmement réductrice de balayer le problème sous le tapis.

Pendant presque 20 ans, l’Union paysanne a réclamé un vaste débat à ce sujet. Cette discussion devra aborder aussi la gestion des quotas de production, qui bloquent l’arrivée de nouvelles fermes, ainsi que la gestion de la CPTAQ qui continue souvent de croire que seules les entités de plus de 100 hectares sont viables.

Si on ne fait rien, la valeur des terres poursuivra sa progression, les campagnes se videront davantage, la relève en milieu rural sera insuffisante et le coût de la concentration de notre population en ville explosera. Sommes-nous prêts pour cette réflexion et peut-être envisager une politique d’aménagement du territoire? Sur ce, je retourne à mes champs. Si je ne m’occupe pas de mon petit territoire, il saura bien s’occuper de moi.

Maxime Laplante, agr, président

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Mot du président – 17 juin 2018

Bonjour,

La rencontre du G7 est peut-être terminée mais pas les discussions sur la gestion de l’offre, qui semble être devenue une monnaie d’échange dans les négociations de libre-échange. Prévisible. Le Canada ne peut pas continuer longtemps à prétendre que les frontières sont ouvertes mais qu’elles sont fermées pour certains produits. Dans le dossier du lait, l’importation de lait diafiltré à bas prix en provenance des États-Unis a fait baisser le prix payé à la ferme. Dans un contexte où les dépenses explosent, une baisse du revenu mène obligatoirement à une des quatre avenues suivantes : demander au gouvernement de compenser financièrement. Reste à savoir si le Trésor sera d’accord pour dépenser l’argent des contribuables pour une production sous quota alors que le prix est fixé par une commission. Autre hypothèse : grossir l’entreprise pour augmenter le chiffre d’affaires, ce qui suppose une hausse de l’endettement et des difficultés pour refiler la ferme plus tard à une relève qui n’en aura sans doute pas les moyens. Autre scénario : vendre aux personnes qui veulent grossir. Mais ces solutions ne règlent pas le problème de l’accroissement de la taille des fermes, au contraire. Normalement, pour une entreprise aux prises avec des difficultés financières, la diversification de la production est envisagée, selon la devise de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Pour le secteur laitier, cela supposerait de vendre une partie du lait de façon directe ou transformée, ou d’élever d’autres animaux, d’ajouter un volet récréo-touristique à la ferme, etc. Or, ces avenues sont bloquées de façon quasi systématique au Québec, confinant l’immense majorité des fermes à la production au prix de gros. Bonne chance à ceux et celles qui voudraient faire du fromage à la ferme, ou tenir une table champêtre, accueillir des visiteurs, des campeurs. Dans ce contexte, la perspective d’une disparition de la gestion de l’offre aurait de graves conséquences, surtout en raison de la limitation de la marge de manoeuvre des fermes. Il y a urgence de réformer la version québécoise de la gestion de l’offre, sinon elle est vouée à disparaître et entraînera la disparition d’un grand nombre de fermes.

Dans un autre dossier, d’aucuns auront suivi les déboires de l’ex-ministre de l’agriculture, M. Pierre Paradis. Il ne m’appartient pas de juger s’il y a un lien entre les allégations et sa relation plus que tendue avec l’UPA mais il y a lieu de se demander pourquoi sa réforme entamée du système de remboursement des taxes foncières a été si rapidement reléguée aux oubliettes au lendemain de son départ. Cette réforme prévoyait un changement de la méthode calcul. Mais là n’est pas le point majeur. L’élément-clé était de dissocier le paiement de la cotisation à l’UPA de l’accès au programme. Cette démarche aurait enfin remis un peu de démocratie dans ce système. Il est aberrant de voir qu’au Québec, l’accès à des programmes gouvernementaux soit encore conditionnel au versement d’une cotisation obligatoire à une association privée en situation de monopole.

En terminant, je mentionne la publication toute récente d’une bande dessinée (Faire campagne- de Rémy Bourdillon) qui illustre les déboires d’une dizaine de personnes qui tentent de pratiquer l’agriculture mais qui se heurtent aux obstacles érigés. Bonne lecture.

Maxime Laplante, agr, président

bédéreportage
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Lancement du bédéreportage « Faire campagne »

Le samedi 16 juin, vous êtes invités à vous joindre à nous pour souligner le lancement du bédéreportage «Faire campagne», de Rémy Bourdillon et Pierre-Yves Cézard. Il s’agit du premier titre de la nouvelle collection Journalisme 9, la première collection canadienne francophone dédiée au journalisme dessiné. Une collaboration inédite entre La Pastèque et Atelier 10.

Le monde rural est en plein essor au Québec. Une nouvelle génération d’agriculteurs tente de développer de meilleures manières de produire nos aliments. Grâce à ces jeunes familles qui délaissent la ville pour la campagne, des fruits et légumes oubliés, des fromages locaux, des viandes et charcuteries diversifiées fleurissent. Mais comment survivre dans un système taillé pour l’agriculture industrielle? Comment garder la foi malgré l’intransigeance des règles? Ce projet de bande-dessinée reportage repose sur une enquête journalistique au long cours. Veillant à tendre le micro à tous les acteurs en présence, Rémy Bourdillon et Pierre-Yves Cezard ont suivi pendant un an le combat quotidien d’une dizaine d’agriculteurs aux prises avec le seul et unique syndicat en place, l’Union des producteurs agricoles. À travers ces femmes et ces hommes, cette bande dessinée fait la lumière sur une situation unique à l’échelle mondiale.

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Un G7 malodorant

Ste-Croix, 4 juin 2018 – En prévision de la rencontre du G7, les autorités prient les agriculteurs de ne pas épandre de lisier pendant la durée de l’événement. On comprend qu’il importe de ne pas heurter la sensibilité nasale des délégués.

Les gouvernements ont pourtant tout mis en place pour qu’il y ait ce genre de situation. À commencer par le choix d’une région rurale pour la tenue d’une telle rencontre. Ensuite par le choix du moment, coincidant avec la période des semis et le moment où les fosses à lisier sont remplies à pleine capacité après un long hiver d’entreposage et que les inspecteurs circulent pour s’assurer qu’elles ne déborderont pas.

Mais surtout, le gouvernement a clairement tracé la voie pour la gestion liquide des fumiers, en dépit des avertissements multiples. En effet, au lieu d’encourager la gestion solide des fumiers, les fermes ont dû construire des fosses pour accumuler les fumiers animaux. Pourtant, le problème est simple du point de vue biologique. Les composés organiques à base d’azote sont normalement constitués en présence d’oxygène, ce qui donne des substances stables et largement inodores, comme le compost. À l’inverse, si on bloque l’arrivée d’oxygène, par exemple en entreposant les fumiers dans une fosse liquide dans laquelle l’oxygène ne pénètre pas, on produit des composés instables, solubles et volatiles. C’est l’effet du sac de vidange bien fermé qui a traîné au soleil et qu’on ouvre pour en humer tout l’arôme… L’azote devient ammoniac, soluble et pestilentiel, de même que le carbone forme du méthane nauséabond au lieu d’humus stable.

Les conséquences d’une agriculture animale sur lisier sont multiples, en plus des odeurs dont les communautés rurales sont les premières victimes : compaction des sols en raison des lourdes charges (à 95%, le lisier est constitué d’eau), bris des routes rurales qui n’ont pas été conçues pour résister à de pareilles charges, construction coûteuse de gigantesques fosses d’entreposage.

Mentionnons également le fait que le régime de subventions pousse à la spécialisation et la concentration des élevages, ce qui fait en sorte que les animaux sont largement confinés à l’intérieur au lieu de libérer leurs excréments au champ.

En somme, tout le système en place incite, sinon oblige, à l’épandage nauséabond en ce temps de l’année. C’est indissociable de notre modèle agricole orienté vers la monoculture et l’exportation. Difficile de ne pas être en colère lorsque le gouvernement demande maintenant de préserver une image bucolique.

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Maxime Laplante, agr,

Président

581 888-0941

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Fusion Monsanto-Bayer : une perte de contrôle supplémentaire et alarmante sur le secteur agricole et alimentaire.

Pour diffusion immédiate

Fusion Monsanto-Bayer : une perte de contrôle supplémentaire et alarmante sur le secteur agricole et alimentaire.

Montréal Le 31 mai 2018 : Le Bureau de la concurrence Canada vient d’approuver la fusion des entreprises Bayer et Monsanto, autorisant ainsi la création de la plus grande entreprise de pesticides et de semence au monde. « C’est du jamais vu en terme de contrôle corporatif sur l’agriculture à travers les semences et pesticides » déclare Pascal Priori, président de Vigilance OGM.

L’acquisition de Monsanto par Bayer au prix inégalé de 66 milliards de dollars donnerait à la nouvelle entité le contrôle d’environ 31 % du marché des semences commerciales et 26 % de celui des pesticides agricoles. Quant aux concessions obtenues par le Bureau de la concurrence, elles sont insignifiantes puisque la vente de certains actifs de Bayer se fera fort probablement à un autre géant : BASF.

Les grandes sociétés Dow et Dupont se sont déjà entendues pour fusionner et l’entreprise étatique chinoise ChemChina a acheté Syngenta. En autorisant la fusion de Bayer et Monsanto, ces trois grandes sociétés nouvellement formées contrôlent plus de 71 % des ventes mondiales de pesticides et près de 61 % des ventes de semences commerciales (1).

L’impact sur le système agricole s’annonce désastreux. « Les semences sont le cœur de notre système alimentaire. Si vous contrôlez les semences, vous contrôler les agriculteurs et l’alimentation » déclare Jane Rabinowicz d’USC Canada. « L’accroissement du contrôle corporatif sur les semences a des conséquences désastreuses sur la diversité des semences et notre capacité d’adaptation aux changements climatiques » ajoute-t-elle.

Par exemple, Vigilance OGM révèle dans une analyse exclusive la hausse importante du prix de semences au Québec compte tenu de l’actuelle concentration du marché. Dans le cas du soya, le prix des semences génétiquement modifiées était environ 50 % plus cher en 2016 et 2017 que les semences de soya conventionnel. De plus, entre 2011 et 2017, le prix des semences soya GM a augmenté de 23,5 % tandis que celui des semences conventionnelles a augmenté de 20,6% (2).

Les principales organisations agricoles du Québec, l’Union Paysanne mais également l’Union des producteurs agricoles craignent le pire. « Alors que le nombre de fermes au Québec diminue d’année en année, les grandes entreprises s’approprient le pouvoir de décider des semences et pesticides des agriculteurs et y compris pour une partie des semences et intrants de l’agriculture biologique. C’est une atteinte directe à la souveraineté alimentaire du Québec » déclare Maxime Laplante président de l’Union Paysanne. Cette tendance est corroborée par l’évolution du nombre d’exploitations agricoles au Canada qui a diminué de 47,1 % entre 1971 à 2016.

« Il est clair que cette situation d’oligopole va accroître le prix et réduire le choix des semences et intrants au détriment de la liberté des agriculteurs. Cela va également accroître encore plus le contrôle de quelques entreprises sur la recherche publique en agriculture (3). Le Québec et le Canada font encore preuve d’une docilité exemplaire envers les grandes entreprises agricoles. Cette décision va exactement à l’encontre de la volonté des consommateurs d’accroître l’accès à des productions locales, biologiques, et sans OGM et celle des agriculteurs de pouvoir faire les choix de base et de vivre sereinement de leur production », résume Pascal Priori, Président de Vigilance OGM.

Alors que les pesticides et les OGM sont plus utilisés que jamais dans l’histoire du Canada, cette nouvelle renforce encore plus la dépossession de notre système alimentaire pour le profit de quelques entreprises.

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Pour plus d’information :

Pascal Priori, Vigilance OGM, 514 573 1820

Maxime Laplante, Union Paysanne 581 888 0941

Jane Rabinowicz, USC Canada, 514 473 5319

Lucy Sharratt, Réseau canadien d’action sur les biotechnologies, 613 809 1103 (anglais)

Autre organisme appuyant ce communiqué:

Alliance pour l’interdiction des pesticides systémiques

Note:

Le Réseau canadien d’action sur les biotechnologies (RCAB) et Vigilance OGM, avaient, dès 2016, demandé au bureau de la concurrence d’évaluer l’impact de cette concentration incroyable sur le secteur agricole. Cette requête est toujours sans suite (4).

Références:

(1) Selon des données de 2014 cités par le Groupe international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food) dans son rapport : IPES-Food. 2017. Too big to feed: Exploring the impacts of mega-mergers, concentration, concentration of power in the agri-food sector.

(2) Analyse de Vigilance OGM: Monsanto-Bayer : Conséquences alarmantes pour les agriculteurs au Québec

(3) L’enquête OGM sortie en 2015 précisait déjà : « On entend souvent que les agriculteurs partout dans le monde adoptent les cultures GM parce qu’ils ont choisi d’acheter des semences GM et que les cultures GM leur offrent plus de choix. Mais la concentration du marché des semences signifie que l’introduction de semences GM est souvent suivie du retrait de variétés non GM et de la diminution des options offertes aux agriculteurs. Ainsi, au Canada, 80 % des 120 variétés enregistrées de canola étaient non GM en 2000. En 2007, on ne trouvait plus que cinq variétés de canola non GM sur le marché. Puisque l’on retire des variétés non GM petit à petit, et parce que les caractéristiques GM sont insérées dans des cultures classiques déjà dotées des meilleures caractéristiques de rendement, l’achat de semences GM est souvent le seul moyen pour les agriculteurs de se procurer des variétés modernes à rendement élevé. De plus, quand les entreprises déshomologuent des variétés anciennes au Canada, les agriculteurs qui conservaient ces semences et les utilisaient ont perdu la capacité de le faire. »
Cette concentration s’accompagne d’un désinvestissement massif de la recherche publique en agriculture : «
Au début des années 1980, le secteur public du Canada était responsable de 95 % de la sélection des végétaux et de 100 % de la sélection des cultures céréalières et oléagineuses. Dans les vingt dernières années, le gouvernement canadien a démantelé une grande partie de l’infrastructure publique de la sélection des végétaux au Canada et confié cette responsabilité au secteur privé. » RCAB. 2015. Rapport 4 Les OGM sont-ils bénéfiques pour les agriculteurs?

(4) Commentaires soumis en 2016 au Bureau de la concurrence Canada

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La ruralité a besoin de courage politique

Ste-Croix, 23 mai 2018 – Alors que les intéresséEs doivent débourser 120$ pour avoir accès au rassemblement « Tous ruraux », l’Union paysanne estime que ce débat devra aller nettement plus loin que de simplement louanger la campagne en termes poétiques.

La ruralité passe par la reconnaissance du droit de produire des occupantEs de nos campagnes, que ce soit pour leur consommation familiale ou pour la commercialisation. L’union paysanne souhaite rappeler les solutions qu’elle met de l’avant afin de favoriser une agriculture plurielle et de proximité qui serait extrêmement bénéfique à la revitalisation des villages du Québec.

La ruralité, c’est la diversité!

– Nous exigeons des modifications à la Loi sur la protection du territoire agricole et des activités agricoles, qui prescrit l’homogénéité du territoire au lieu de la diversité;

– Nous encourageons la diversité des usages en milieu rural;

– Nous souhaitons l’établissement de tables champêtres en zone verte, permettant la transformation et la restauration à la ferme.

– Nous faisons la promotion de l’agrotourisme et des formules avec hébergement à la ferme.

– Nous exigeons la modification du mode de soutien des fermes (dont l’ASRA), trop axée sur les monocultures et les exportations;

– Nous exigeons la liberté d’association en agriculture afin de permettre à ceux et celles souhaitant faire de l’agriculture autrement d’être représentéEs.

La ruralité, c’est de nourrir notre population en quantité et en qualité, tel que le souhaite la population du Québec.

– Nous réclamons le droit de produire : augmentons la production hors quota et permettons la vente directe;

– Nous visons un meilleur accès aux produits locaux;

– Nous voulons savoir ce que l’on mange et réclamons l’étiquetage des OGM;

Nous réclamons un appui substantiel pour l’agriculture biologique plus important que ce que propose lanous velle politique bioalimentaire, soit 4% des surfaces d’ici 2025, alors que le reste de la planète prend le virage.

La ruralité, nous voulons tous la voir prendre de l’ampleur, la développer. Mais au-delà des vœux pieux, le Québec doit amorcer des changements réels et majeurs. Sinon, le monde rural continue d’étouffer alors que les campagnes se vident, que les services disparaissent, que les monocultures s’étendent.

La ruralité ne doit pas rester une chasse gardée. Au Québec, la ruralité a nettement besoin de courage politique!

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Maxime Laplante, agr, président

581-888-0941