Les dernières nouvelles sur des sujets intéressant l’Union paysanne.

Commission sur les pesticides: mémoire de l’Union paysanne

L’Union paysanne a déposé son mémoire à la commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles dans le cadre du mandat d’initiative  : Examiner les impacts des pesticides sur la santé publique et l’environnement, ainsi que les pratiques de remplacement innovantes disponibles et à venir dans les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation, et ce en reconnaissance de la compétitivité du secteur agroalimentaire québécois.

Mémoire déposé à la CAPERN
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Pesticides, un enjeu enfin sur la place publique

Mot du président – 17 septembre 2019

Maxime Laplante, agr

 

À la fin septembre, la CAPERN (Commission sur l’agriculture, les pêcheries et les ressources naturelles) entamera un débat sur les pesticides en agriculture. Les diverses organisations intéressées à la discussion devaient remettre un mémoire en juillet, ce que l’Union paysanne a fait.

Il y a quelques années, le gouvernement s’était fixé comme objectif de réduire l’utilisation des pesticides en milieu agricole. Fiasco. Leur usage a augmenté. On peut même aujourd’hui assister à des épandages de Round-up non seulement pour tuer les mauvaises herbes (désolé, le terme à la mode est plutôt adventices) mais aussi juste avant la récolte des céréales ou d’autres cultures, de façon à accélérer le séchage des plantes et en faciliter la récolte mécanisée.

Le débat devant la CAPERN sera évidemment associé au cas de l’agronome Louis Robert, congédié du MAPAQ pour avoir attiré l’attention médiatique sur l’influence démesurée de l’industrie des pesticides auprès de la recherche financée par les contribuables.

Et pour bien corser le tout, la ville de Montréal a annoncé qu’elle entendait bannir l’usage de Round-up sur son territoire, exemple qui pourrait bien être suivi par d’autres villes. Le cas n’est pas unique, l’Allemagne procèdera à son interdiction sous peu.

Comme on peut s’en douter, l’UPA reproche aux élus minicipaux d’aller trop vite. L’enjeu est quand même de taille parce que tout le modèle de l’agriculture spécialisée, industrielle, axée sur l’exportation, repose sur l’usage des pesticides à large échelle. Interdire ou réduire l’usage des pesticides remet totalement en question les monocultures. Les tenants du maintien de notre modèle agricole sont donc très réticents à diminuer leur emploi. Dans la toute récente politique bioalimentaire, il n’est d’ailleurs plus question de viser une réduction des pesticides mais seulement de réduire les risques associés à leur utilisation!

Un changement s’impose toutefois. Obliger les fermes biologiques de maintenir à leurs frais des bandes tampons de 8 mètres le long de leurs terres pour réduire la contamination par les voisins, ou leur faire payer des frais de certification alors que les fermes usant de pesticides sont exemptes de ces frais, faire payer aux producteurs bio la décontamination de la machinerie si elle a touché des pesticides, c’est mépriser le principe de base du pollueur-payeur.

Devant l’amoncellement des preuves contre la menace des pesticides sur la santé et les écosystèmes et la dépendance des fermes face aux grandes entreprises contrôlant les semences dépendantes des herbicides, on ne peut qu’espérer que les travaux de la CAPERN n’aboutiront pas sur la même tablette que le rapport Pronovost. Le Québec aurait tout intérêt à prendre l’initiative d’un réel virage. Économiquement et socialement.

 

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Hors-quota : la Régie accouche d’une souris

Ste-Croix, 24 juillet 2019 –

Après 3 ans de démarches, d’audiences et de consultation, la Régie des marchés agricoles accouche d’une minuscule souris dans le dossier du hors-quota et refuse d’appliquer la loi sur la mise en marché des produits agricoles.

En effet, alors que l’Union paysanne avait demandé l’application de la loi ainsi que la hausse de la production hors quota jusqu’à 2000 poulets, 300 pondeuses et 300 dindons, la Régie se contente d’avaliser l’offre des Éleveurs de volaille de l’UPA qui est de 300 poulets. La Régie omet même de considérer une hausse pour le dindon et la poule pondeuse, argumentant que l’Union paysanne n’en aurait pas justifié la demande!

Selon ses propres règlements, la Régie était tenue de rendre son jugement au plus tard le 2 mars dernier mais a préféré le faire avec presque 5 mois de retard en plein pendant les vacances de la construction, période de creux médiatique. Coïncidence?

La loi sur la mise en marché des produits agricoles est pourtant claire : (art 63) « Un plan conjoint ne s’applique pas aux ventes faites par un producteur directement à un consommateur ». La Régie interprète cette phrase en soumettant les ventes directes aux plans conjoints. Pour Maxime Laplante, président de l’Union paysanne, « quelqu’un a visiblement raté l’examen de compréhension de texte au primaire… Il est inadmissible que la Régie bloque ainsi l’application de la loi, ce qui fait le jeu des fédérations de l’UPA qui contrôlent l’essentiel de la production ». Rappelons que la Régie, à la demande des fédérations de l’UPA, a même refusé de considérer le rapport du groupe universitaire CIRANO sur les circuits courts et le hors-quota.

Pour la suite, l’Union paysanne entend faire savoir qu’il est maintenant possible de produire 300 poulets par an pour une ferme sans détenir un exorbitant quota. Toutefois, la décision de la Régie constitue un gâchis et un mépris de la paysannerie, surtout dans un contexte où toute la société réclame des circuits courts et des produits de proximité. L’Union paysanne entend réfléchir aux démarches subséquentes pour faire en sorte que les fermiers québécois puissent faire ce que les autres fermiers canadiens ont le droit de faire, soit vendre de petites quantités de poulets, d’œufs et de dindons sans quota, conformément à la loi. Et pendant ce temps, le Canada importe de grandes quantités de ces produits de l’étranger, sans exiger de quota. Le Québec bloque ainsi la production locale et encourage l’importation. Logique?

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Maxime Laplante, agr, président

581 888-0941

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Nourrir notre monde?

Mot du président – juin 2019

Un peu de politique agricole à travers les travaux des champs? Récemment, à Drummondville se tenait la rencontre du bilan de la politique bioalimentaire du gouvernement du Québec. En effet, un an après sa mise en place, il était question d’en faire un premier bilan. Les objectifs principaux? Augmenter les exportations de 6 milliards et mettre 10 milliards de plus en produits québécois sur les tablettes des épiceries. « Nourrir notre monde », selon la devise de cette réunion.

Je me demande encore pourquoi l’objectif d’exporter revêt tant d’importance. On peut comprendre l’intérêt de certains d’y voir une perspective de marché mais pour l’ensemble de notre société, j’y vois des risques certains. Qui dit ouverture de marché doit s’attendre à ce que notre marché soit également ouvert. Ouvert pour les importations de fromages européens, par exemple, ou de substances laitières, d’œufs et de poulets des Etats-Unis, ce qui n’est pas à l’avantage de tous. D’autre part, le fait de miser sur l’exportation nous rend très vulnérables en cas de soubresauts sur des territoires hors de notre contrôle. Si la Chine refuse le canola canadien, on aura beau pester mais nous n’avons aucun pouvoir sur cette décision. On peut se demander ce qui arrivera aux marchés asiatiques de nos porcs lorsque le consommateur japonais (ou le mangeur selon le nouveau vocabulaire à la mode) refusera de manger du porc nourri avec du maïs et du soya transgénique.

En misant sur le contrôle quasi totalitaire du sirop d’érable et de la mise en marché centralisée axée sur l’exportation, le Québec doit maintenant se soumettre aux normes de la Californie, la plaque tournante de la distribution de sirop aux Etats-Unis. « Nourrir notre monde »?

En annonçant la volonté de hausser la production du Québec de 10 milliards sur notre marché d’ici 2025, on oublie de mentionner que d’ici là, la demande aura augmenté de 13 milliards. « Nourrir notre monde »?

Comment donc évaluer si l’exportation est bénéfique ou non, sans tomber dans une argumentation aux allures de débat religieux? La politique bioalimentaire suggérait la mise en place d’indicateurs de mesure des objectifs. C’est d’ailleurs un des éléments importants du projet de politique agricole présenté par l’Union paysanne devant la commission Pronovost : mesurer l’atteinte des buts fixés par la société civile et ainsi pouvoir corriger la trajectoire des politiques. Par exemple, il est incroyable qu’après un demi-siècle de plans conjoints et de quotas, la Régie des marchés agricoles n’ait pas jugé utile d’évaluer l’impact de ce système coercitif sur l’évolution du nombre de fermes, leur rentabilité ou le revenu net des agriculteurs.

Comme si c’était le destin cruel ou la voix de Dieu que le système de quotas contribue à la concentration des entreprises agricoles.

Une politique bioalimentaire digne de ce nom devrait donc mesurer les véritables enjeux : réduction des pesticides, augmentation de la biodiversité, occupation du territoire rural et dynamisme des communautés rurales en périphérie, revenu net des fermes, création d’emplois, degré d’approvisionnement de nos institutions et de nos marchés. « Nourrir notre monde ». Alors seulement on pourra juger si l’exportation de denrées à l’autre bout de la planète doit rester en haut de la liste des objectifs de notre agriculture.

Adhésion à l’Union paysanne

Êtes-vous membre?

Avez-vous renouveléE?

Faite-le en ligne dès maintenant :

https://unionpaysanne.com/devenir-membre/

CertainEs d’entre vous l’auront remarqué, d’autres non. La cotisation annuelle pour devenir membre de l’Union paysanne est récemment passée de 20$ à 60$.

Pourquoi cette augmentation? En fait, il s’agit d’un retour au montant d’il y a 4 ans. En effet, il y a quelques années, les membres du conseil d’administration de l’Union paysanne ont décidé de baisser la cotisation à 20$ par année en espérant créer une adhésion de masse. Le miracle ne s’est malheureusement pas produit et, aujourd’hui, nous sommes dans l’obligation de constater que ce maigre 20$ couvre à peine les frais administratifs relatifs à la gestion des membres.

Or, bien que l’achat local, le bien-être animal et le climat aient la cote ses temps-ci, force est de constater que le mouvement paysan du Québec bat de l’aile. Il n’y a toujours pas de financement disponible pour des organismes qui, comme nous, contribuent à l’amélioration de l’agroécologie et apportent les enjeux de souveraineté alimentaire sous le projecteur.

C’est donc dans une perspective de développement et dans l’objectif de mieux servir la cause paysanne au Québec que la décision a été prise, le 10 février dernier, lors de notre Assemblée génénéral annuelle, de revenir à une cotisation de 60$, en espérant que cette somme ne soit pas un frein pour personne. Si tel est le cas, n’oubliez pas que vous pouvez aussi servir la cause paysanne en proposant vos services bénévoles pour réaliser des tâches diverses (gestion des réseaux sociaux, participation au comité international, recherche de financement, rédaction d’un plan de communications, etc).

En espérant vous compter parmi nous sous peu,

Marie-Joseé Renaud,

coordonnatrice

Union paysanne

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Mot du président – 15 mai 2019

Maintenant que le sujet des changements climatiques circule dans toutes les chaumières et qu’il y aura sans doute bientôt des livres de cuisine en parlant, j’aborde aussi la question.

Dans mon comté définitivement rural (Lotbinière), une initiative citoyenne a donné très récemment naissance à une table de concertation à ce sujet : « Climat demain Lotbinière ». Au lieu de sombrer dans le négativisme et noyer son désespoir en regardant « Game of thrones », ce regroupement de divers organismes locaux désire mettre en commun leurs efforts pour en arriver à une réduction des émissions polluantes.

Évidemment, la première étape, à l’instar de la MRC de Maskinongé, sera d’évaluer localement quelles sont les principales sources des gaz à effet de serre. On peut déjà envisager que les transports et l’agriculture feront partie de la liste des cibles. En matière d’agriculture, on voit venir de loin les expressions « achat local, végétarisme, véganisme ». Une fois l’incontournable phase euphorisante de la création de cette table de concertation, les obstacles apparaîtront. Parmi ceux-ci, les barrières de la Régie des marchés agricoles qui empêchent encore et toujours la production hors-quota. En effet, l’apparition éventuelle de marchés locaux fera rapidement face au défi de trouver localement des œufs, du poulet, du lapin, du fromage, etc. Sept mois après la fin des audiences, la Régie n’a toujours pas rendu son jugement sur le hors-quota, persistant à ne pas vouloir appliquer la loi sur la mise en marché des produits agricoles, qui autoriserait les petits producteurs à fournir leur communauté avec plus que 99 poulets.

Il faudra également aborder la question sensible du végétarisme et du véganisme. À mon avis, ces orientations, dont l’objectif est de se distancer de la production industrielle animale, sont des choix personnels. Mais il ne faudrait pas tout mettre dans le même bain. Si la cible est la production industrielle, il ne faut pas démoniser les petits élevages, sur des fermes diversifiées, avec des animaux ayant accès à l’extérieur. Surtout en climat nordique, les animaux font partie de l’écosystème, qu’on le veuille ou non. À la limite, essayez de convaincre un Inuit de devenir végétarien… Les animaux ont été et resteront une façon incontournable de fournir les communautés humaines à divers aspects : protéines et cuir ou laine, certes, mais aussi fertilisants, compagnie, recyclage de déchets, matière organique, combustible, et aussi réduction des gaz à effet de serre lorsque les bêtes vont au pâturage au lieu de ne consommer que des céréales ou du maïs, contribuant à accélérer la croissance des plantes, un peu comme le forestier pratiquant le jardinage avec ses arbres.

En somme, la paysannerie se révèlera comme étant la meilleure forme d’agriculture pour contrer les changements climatiques.

Maxime Laplante, agr, président

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Offre d’emploi : recherchiste

RECHERCHISTE

L’Union paysanne est à la recherche d’une personne admissible au programme d’emploi-été Canada afin d’agir comme agent-e de communication.

Critères d’admissibilités :

Pour être admissibles, les étudiants-es doivent :

  • Être âgés-es de 15 à 30 ans au début de l’emploi;

  • Être citoyens-nes canadiens-nes, résidents-tes permanents-tes ou désignés-es comme réfugiés-es en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés;

  • Être légalement autorisés à travailler au Canada conformément aux dispositions législatives réglementaires en vigueur dans la province ou le territoire visé.

Tâches

La personne embauchée aura pour tâche d’outiller l’équipe de l’Union paysanne à plusieurs égards, notamment:

  • Documenter, par vidéo ou articles, des pratiques d’élevages responsables;

  • Faire connaître les alternatives à l’élevage industriel;

  • Effectuer diverses recherches sur les empreintes environnementales reliées à la production d’aliments;

  • Effectuer une revue d’actualité sur les certifications environnementales et paysannes à l’international;

Domaine d’étude

  • Production vidéo

  • Agronomie

  • Sciences sociales

  • Environnement

  • Ou toute autre expérience connexe.

 

Conditions de travail

  • Travail qui se fait en partie en télé-travail (à domicile). Il faut posséder un ordinateur avec une haute connection internet pour appels Skype ou conférence;
  • Posséder un permis de conduire et être mobile sur le territoire du Québec, un atout;

  • Posséder ou avoir accès à une caméra et de l’équipement de production vidéo, un atout;

  • Être prêtE à se déplacer en région pour aller voir des agriculteurs-trices.

 

Horaire et salaire

  • Salaire de 15,00$/heure, 30 heures/semaine.
  • Contrat de huit semaines, du 2 juillet au 24 août (flexible)

 

Date limite pour appliquer: lundi 3 juin 2019, à midi.

Pour appliquer, envoyez une lettre de motivation ainsi que votre curriculum vitae à : coordination@unionpaysanne.com

SeulEs les candidatEs retenuEs seront contactéEs. 

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Journée internationale des luttes paysannes: appliquons la Déclaration

Ce 17 avril, la Journée internationale des luttes paysannes, l’Union paysanne, en tant que membre du mouvement paysan mondial la Via Campesina, célèbre une importante victoire : l’adoption, le 17 décembre, 2018, par l’Assemblée générale des Nations unies de la Déclaration sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales.

Bien qu’il ne soit pas juridiquement contraignant, ce nouvel instrument est une affirmation de la volonté des Nations unies de faire respecter les droits de cette partie de l’humanité trop souvent victime de déplacement forcé, de pauvreté, de criminalisation et de subordination aux intérêts des transnationales agro-industrielles.

Au Canada actuellement, les paysanNEs se trouvent menacéEs par le gouvernement, qui souhaite fragiliser le droit de garder leurs semences, ce qui accentuerait la mainmise des transnationales semencières sur l’agriculture familiale. Il s’agit toutefois d’un droit protégé par la Déclaration.

Au Québec, il a fallu le courage d’un lanceur d’alerte, ajouté aux travaux des journalistes, pour persuader le gouvernement de mettre sur pied une commission sur les effets des pesticides sur la santé et l’environnement. Espérons que la commission se penchera particulièrement sur la santé de ceux qui sont les plus exposés aux effets des pesticides, c’est à dire les paysanNEs et leurs familles ainsi que les travailleurs-euses agricoles, et qu’elle se souviendra de l’obligation de l’État de « mener des programmes de …sensibilisation du public aux effets ….des produits chimiques d’utilisation courante dans les zones rurales, ainsi qu’aux solutions de remplacement. » La Commission doit aussi se souvenir du droit des travailleurs-euses agricoles de « ne pas utiliser des substances dangereuses … et de ne pas y être exposés. »

Au Québec et au Canada, les travailleurs- agricoles se voient souvent privéEs de leurs droits, en particulier du droit de constituer des syndicats et de mener des actions collectives, malgré l’obligation des États « de prendre des mesures appropriées pour encourager la création … de syndicats ,.. et de lever les obstacles à … leur développement. » Pour sa part, le gouvernement québécois a souvent manqué de prendre des mesures adéquates pour faire respecter le droit des travailleurs-euses saisonniers à « un logement convenable. »

La Déclaration insiste sur le fait que les droit humains sont « indissociables et interdépendants et se renforcent mutuellement ». Ainsi, dans certaines parties du monde, les paysanNEs et les travailleurs-euses qui réclament leurs droits socio-économiques sont exposéEs à des représailles allant du harcèlement à l’assassinat, une situation qui fait appel à un effort de solidarité de la part du mouvement paysan mondial et des changements de politique chez les gouvernements. Selon Karen Rothschild du Comité international de l’Union paysanne, « avec la nomination d’un Ombudsman pour surveiller le comportement des entreprises canadiennes à l’étranger, le Canada a fait un pas dans la bonne direction. Cependant, il est essentiel que cette nomination se traduise par le plein respect des communautés paysannes en Amérique latine, qui sont souvent victimes de violations très graves de leurs droits humains aux mains des agents des sociétés minières canadiennes. »

En fin de compte, la nouvelle Déclaration marque un point tournant dans les obligations des gouvernements à l’égard de la paysannerie et des zones rurales. Elle appelle aussi à un changement de mentalité chez les paysanNEs et les travailleurs-euses, qui cesseront d’être reléguéEs au statut de simples groupes d’intérêt ou de pression dans un monde majoritairement urbain afin de devenir de pleins sujets des droits collectifs et individuels spécifiques au monde rural.

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Mot du président – 12 avril 2019

Et non, toujours pas de nouvelles de la Régie des marchés agricoles dans le dossier du hors-quota, cinq mois après la fin des audiences. Je ne réussis à obtenir ni raison du retard, ni information quant à un nouveau délai, en dépit de nos multiples demandes.

Toutefois, la Régie, en date du 2 avril, a ordonné à la petite communauté religieuse des « Apôtres de l’amour infini » de ne plus produire de lait pour leur propre consommation. La représentante de la Régie me dit que la cause a été réglée « à l’amiable » entre « Les producteurs de lait » de l’UPA et la communauté. Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette fédération a menacé d’une amende de 192 000$ ce groupe religieux pour avoir osé consommer leur propre lait sans détenir un quota. La même communauté avait déjà vécu une situation semblable alors que la fédération des éleveurs de poulet de l’UPA leur avait interdit de consommer leurs propres poulets. Même si ces gens n’ont jamais commercialisé leurs production, ils ont quand même froissé le besoin de pouvoir des succursales de l’UPA. Le monarque ne négocie pas avec ses sujets.

Cette fameuse gestion de l’offre, avec son cortège de quotas, a beau avoir certains intérêts de stabilisation des prix sur le marché, il n’en reste pas moins que d’en avoir laissé le plein contrôle à des cartels privés mène à de graves abus et soulève la grogne. Le gouvernement a compris que le simple fait de vouloir discuter de la gestion de l’offre sur la place publique était un tabou, au risque de mettre en péril une carrière politique, comme ce fut le cas avec Maxime Bernier. Il ne faut donc pas se surprendre si Ottawa décide de contourner le problème en ouvrant graduellement nos frontières pour des denrées comme le lait, les œufs et le poulet.

Il y a plusieurs années, le président de l’UPA comparait le système de quotas dans le lait à celui des permis des chauffeurs de taxi, même si un quota laitier vaut environ dix fois plus cher. Je ne peux m’empêcher d’y voir aujourd’hui une analogie. Sans juger de la pertinence ou non d’indemniser les chauffeurs pour la perte de valeur de leurs permis, je me pose la question de ce qui arrivera si les importations de lait ou de poulet minent la valeur des quotas de production et que les filiales de l’UPA réclament la compensation financière. Même si les détenteurs initiaux de quota n’ont pas eu à payer pour l’obtention, il n’en reste pas moins que la valeur des quotas agricoles dépasse aujourd’hui largement 13 milliards de dollars, au bas mot. On peut présumer que le conseil du Trésor sera réticent à payer, surtout qu’il s’agit d’une valeur spéculative. Ce qui est inadmissible, c’est justement d’avoir permis de spéculer sur ces quotas, alors qu’il s’agit d’un contrat social entre la ferme et l’État. Et pendant ce temps, on maintient la ligne dure en interdisant aux petites entreprises québécoises de produire et de vendre de petites quantités de lait ou de poulet. Si la gestion de l’offre n’est pas bientôt réformée, elle risque fort de disparaître.

Je suis conscient que le sujet de la gestion de l’offre n’est pas très « sexy ». Actuellement, les discussions sur la souveraineté alimentaire sont plus populaires. Mais il n’y aura pas de souveraineté sans droit de produire ou de liberté d’association.

Maxime Laplante, agr, président

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Non, M. Groleau, vous ne nous représentez pas!

** Cette lettre est une réplique à l’éditorial de Marcel Groleau, 27 février 2019, https://www.upa.qc.ca/fr/textes-dopinion/2019/02/mettre-en-opposition-les-petites-aux-grandes-fermes-ne-mene-a-rien/

Dans un éditorial du 27 février dernier, Marcel Groleau, président de l’UPA, nous met en garde contre le danger d’opposer «les petites fermes aux plus grandes». Devant l’arrogance de cette tentative de récupération des revendications des mouvements paysans dans le giron du monopole syndical obligatoire, nous, paysan-ne-s et membres de l’Union Paysanne, tenons à dénoncer le sophisme de M. Groleau, qui tente de sur-simplifier les distinctions fondamentales qui existent entre différents modes de productions alimentaires au Québec et ailleurs dans le monde.

Ces distinctions séparent les industries bio-alimentaires (nommées comme telles par le gouvernement du Québec1) et les modes de production (et de vie) paysans. Car tel est le point qu’il faut nommer et re-nommer ici; la paysannerie n’est pas un emploi ou un secteur de production, c’est une manière de vivre, une manière d’être au monde. Si les fermes du Québec ne sont pas celles des États-Unis, il n’en reste pas moins que le portrait agricole du Québec est largement structuré par des mécanismes d’intégration qui, comme le dit le livre vert pour une politique bio-alimentaire, englobent «toute la chaîne alimentaire, de la terre et de la mer jusqu’à votre table2». Ce sont ces chaînes qui forment l’industrie et qui encouragent, par exemple, l’emploi de travailleurs migrants temporaires au statut souvent précaire, l’utilisation éhontée d’éléments toxiques dans la production d’aliments, la mise en marché internationale d’exportation orchestrée par les ententes de libre-échange contradictoires aux principes fondamentaux de la souveraineté alimentaire.

Si les chiffres présentés par M. Groleau illustrent quelque chose, c’est bien que les petites exploitations agricoles existent, et qu’elles sont réparties sur le territoire. Ces mêmes chiffres toutefois ne parlent aucunement de la santé de ces entreprises ou de ceux et celles qui les rendent vivantes . Dans sa lancée, le président de l’UPA affirme que «Les unes et les autres se côtoient sur tous ces marchés, selon les opportunités qui se présentent, et sont toutes importantes dans l’écosystème régional». Difficile à croire. L’UPA a quand même délégué ses avocats devant la Régie des marchés agricoles pour bâillonner l’Union paysanne sur la question de la production hors-quota. Ces mêmes avocats ont même exigé de la Régie qu’elle ne prenne pas connaissance du rapport Pronovost sur l’avenir de l’agriculture, ni du rapport CIRANO de l’Université Laval sur les circuits courts. Ce que nous dénonçons, c’est la planification organisée par les ministères et le monopole syndical qu’est l’UPA. C’est par la création et le soutien d’une multitude de fermes paysannes diversifiées que les communautés rurales seront résilientes et non par la concentration des terres selon le modus operandi : “get bigger or die”.

Le Québec comptait 140 000 fermes réellement familiales en 1950, Monsieur Groleau. Oui, il ne reste que 29 000 fermes. Ce n’est pas un succès, c’est une catastrophe, un échec monumental du système agricole mis de l’avant par l’UPA. Ce système, M. Groleau, il est industriel. L’agriculture industrielle n’est pas fonction de la taille, mais des pratiques qu’elle utilise et de sa façon de se déployer. Produire une commodité monnayable standardisée sous un système de mise en marché écrasant et totalitaire imposé par un pseudo office de commercialisation ayant le titre trompeur de « fédération » ou « d’agence » en situation de monopole et qui ne laisse aucune place à l’artisan-ne, au paysan-ne, à la relève et à l’entrepreneuriat, ce n’est pas un milieu favorable pour les « petits», M. Groleau. Vous déguiser en défenseur de tous et toutes vous va très mal.

Il n’y a pas de « cohabitation sur le territoire entre les entreprises agricoles»; il n’y a qu’un seul et unique modèle imposé à tous et à toutes. Ce modèle agricole que défend l’UPA est mourant, dépassé, ne va vraiment pas bien et nous dirige vers un mur. Année après année, la Financière agricole du Québec (FADQ) est en déficit d’opération en essayant de maintenir sous respirateur artificiel l’agriculture au Québec sous la forme de versements d’assurances agricoles diverses. Versements qui profitent très largement aux intégrateurs et aux productions de masse destinées à toute autre chose que de contribuer à la souveraineté alimentaire québécoise. En mettant de l’avant une vision extractiviste, productiviste et l’utopie d’une croissance infinie, l’UPA a bloqué l’innovation, la paysannerie, l’agroécologie, les pratiques alternatives, ancestrales et respectueuses des milieux de vie.

La réalité, c’est que le système alimentaire paysan produit plus de 70 % de tous les aliments que les gens mangent sur le globe sur seulement 20% à 30% des terres arables. Il utilise moins de 20 % de tous les carburants fossiles et 30 % de toute l’eau qui est utilisée en agriculture; il entretient et fait un usage durable de la diversité; il est le plus important producteur d’aliments non exportés, qui représentent 85 % de tous les aliments produits et consommés3».

Le monopole de l’UPA provient du laxisme de l’État québécois, au mépris des accords internationaux signés par le Canada concernant la liberté d’association. C’est de l’abus de pouvoir légalisé qui ne vous confère en aucun cas, M. Groleau, le droit moral de prétendre nous représenter. Et ce n’est surtout pas le pouvoir de nous soutirer une cotisation exorbitante sans notre accord qui nous convaincra de vos intentions de soutenir la paysannerie.

Non, M. Groleau, vous ne nous représentez pas.

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Maxime Laplante, agr, président de l’Union paysanne

Gaspar Ciesielski Lépine, paysan à la Coop du Trécarré

Alexandre Pigeon, paysan ferme Valex

 

Liens suggérés

http://www.etcgroup.org/content/who-will-feed-us-industrial-food-chain-vs-peasant-food-web

https://www.protegez-vous.ca/Sante-et-alimentation/dou-vient-ce-quon-mange

http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/agriculture/profil-bioalimentaire2017.pdf

http://www.etcgroup.org/sites/www.etcgroup.org/files/Food%20Poster_FR%20.pdf

http://www.etcgroup.org/sites/www.etcgroup.org/files/Affiche%20Qui%20nous%20nourrira%20-%20traduit%20FR%20FINAL_V1.pdf

https://viacampesina.org/fr/comment-le-systeme-alimentaire-industriel-contribue-a-la-crise-climatique/

1Profil sectoriel de l’industrie bio-alimentaire 2017

2D’ou vient ce qu’on mange, protegez vous

3ETC groupe Selon le ETC GROUP et leur dernière étude paru en 2014 et revu en 2017