Les dernières nouvelles sur des sujets intéressant l’Union paysanne.

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Les droits des paysans à l’ordre du jour de l’ONU

Montréal, 10 décembre 2019 – Le 10 décembre est la Journée internationale des droits humains et premier anniversaire de l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies de la Déclaration sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales. L’Union paysanne célèbre les efforts du mouvement international La Via Campesina et ses alliés, tout en demandant aux gouvernements fédéral et provincial que les principes de la Déclaration se réflètent dans la législation canadienne et québécoise.

Quand un travailleur agricole saisonnier qui travaille sur une ferme québécoise ayant moins de 3 permanents ne peut pas se syndiquer, qu’un agriculteur au Saskatchewan rendu malade par le Roundup continue de l’utiliser parce qu’il croit ne pas avoir d’alternative, que la viabilité d’une ferme laitière canadienne est sacrifiée sur l’autel des accords de libre échange dominés par les sociétés transnationales, il s’agit dans tous ces cas de violation des droits humains faisant partie de la Déclaration. Il en va de même pour un paysan dont les cultures biologiques sont menacées par une contamination venant des cultures OGM dans les alentours ou pour un agriculteur « conventionnel » qui a de la difficulté à trouver des semences non-OGM sur le marché. (Voir les articles 2, 9, 14, 16, 19, 20 de la Déclaration) Et tous ces producteurs agricoles canadiens dans toutes les catégories qui subissent une pression financière lourde et constante, se voyant souvent obligés de supplémenter leurs revenus par un emploi à l’extérieur de la ferme, sont victimes de violation de leur droit à un niveau de vie suffisant.(Voir l’article 16)

Selon les principes de la Déclaration, les États doivent veiller à ce que les accords internationaux qu’ils signent soient « compatibles avec leurs obligations relatives aux droits de l’homme applicables aux paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales. » Les États doivent aussi « prendre toutes les mesures nécessaires pour faire en sorte que les acteurs non étatiques» dont «les sociétés transnationales, respectent et renforcent les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales. » En somme, il faut que les droits des paysans, tels que les droits à la terre, aux semences et à la biodiversité, priment sur les intérêts commerciaux ou politiques plus larges.

C’est dans ce contexte que l’Union paysanne applaudit la résolution du Conseil des droits humains des Nations unies visant à créer un instrument juridiquement contraignant sur les sociétés transnationales et les droits humains. En tant que membre du mouvement international, La Via Campesina, elle constate que ce sont fréquemment les communautés rurales et paysannes qui sont les plus affectées par les agissements des sociétés transnationales. L’accaparement des terres, la contamination des eaux et des sols, les attaques contre les défenseurs des droits paysans et environnementaux, toutes ces violations sont le résultat de projets agro-industriels, de l’exploration et de l’exploitation minière, ou de travaux d’infrastructure, menés sans égard aux droits des populations paysannes par des sociétés transnationales bénéficiant de l’appui actif ou tacite des gouvernements concernés. Un instrument juridiquement contraignant permettrait d’en finir avec l’impunité des sociétés transnationales, en obligeant les gouvernements des pays du Nord où se trouve leur siège social d’assumer la responsabilité de réglementer toutes leurs activités et en renforçant la capacité des pays du Sud de les contrôler.

Il s’agira d’un long chemin et beaucoup d’efforts de la part de la société civile pour faire en sorte que cette initiative onusienne aboutisse dans un instrument qui soit vraiment efficace, un complément important à la Déclaration internationale sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales.

Au pays, nous devrions demander au gouvernement fédéral d’appuyer l’initiative onusienne, tout en insistant sur la nécessité de donner des pouvoirs réels au poste canadien d’Ombudsman indépendant pour la responsabilité des entreprises canadiennes. Et il faut surtout rappeler au gouvernement canadien, même s’il s’est abstenu lors du vote à l’Assemblée générale des Nations unies, de son obligation de prendre des mesures pour assurer la pleine réalisation des droits énoncés dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales.

Journée de réflexion
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Invitation: journée de réflexion stratégique

On souhaite vous entendre!

L’Union paysanne souhaite profiter de l’hiver 2020 pour réfléchir à son avenir et se doter d’un nouveau plan statégique! Le Québec évolue, le monde agricole évolue, et l’Union paysanne aussi!

L’équipe de l’Union paysanne a adopté un fonctionnement horizontal afin de représenter les acteurs-trices sensibles à l’agroécologie paysanne. Nous souhaitons construire de nouvelles alliance et consolider le rôle fédérateur de l’organisation au sein de la paysannerie québécoise.

Pour ce faire, nous invitons tous ceux et celles qui s’intéressent à l’agroécologie et la souveraineté alimentaire, agriculteurs-trices et consommateurs-trices, à participer à une journée de réflexion le samedi 15 février 2020. Nouveaux-elles membres, ancienNEs membres, non membres, tout le monde est invité à contribuer à la discussion pour l’élaboration d’un plan stratégique qui orientera les activités de l’Union paysanne pour les 3 à 5 prochaines années.

La journée de réflexion stratégique aura lieu le samedi 15 février 2020 dans les magnifiques serres de la Ferme Guyon, à Chambly, sur la rive sud de Montréal. La journée sera constituée d’ateliers et de discussions de groupes sur la place de l’Union paysanne dans l’univers agricole du Québec et d’ailleurs: l’avancement de ses luttes, ses prochains dossiers, les alliances à locales et internationales à créer, etc.

Parce que l’Union paysanne, c’est vous! Joignez le mouvement!

*** Dîner fourni – Réservez votre billet gratuit avant le 1e février 2020 ***

QUOI : Journée de réflexion

QUI : TouTEs ceux-elles qui ont la paysannerie à cœur

OÙ : À la ferme Guyon, à Chambly (1001 rue Patrick-Farrar, Chambly, Qc, Canada, J3L 4A7

QUAND: Samedi le 15 février, de 10h à 17h (suivi de l’assemblée générale annuelle, dimanche matin, 16 février)

Afin de nous aider à prévoir le nombre de places et de dîner, merci de réserver votre billet dès maintenant  sur Eventbrite en Cliquant ici!

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Mot du président – nov 2019

Terres des sœurs de la Charité, hausse de la valeur des terres en milieu agricole, demandes de promoteurs pour construire en zone verte, demandes des municipalités de pouvoir installer de nouvelles familles en région, tous ces éléments ont en commun l’aménagement du territoire. Le territoire est une denrée convoitée, d’autant plus qu’il ne s’en fabrique plus depuis un bon moment.

À la fin des années 70, le Québec a voté la loi sur la protection du territoire agricole et mis en place la fameuse CPTAQ (Commission de protection du territoire agricole du Québec). 40 ans plus tard, force est de constater qu’une sérieuse mise à jour est de mise. En effet, pour d’étranges raisons, la CPTAQ considère qu’une ferme de moins de 100 hectares n’est pas rentable, sauf exception. Pourtant, l’immense majorité des fermes sur la planète sont plus petites que 100 ha. Et pourquoi exigerait-on d’une ferme qu’elle soit rentable. On ne s’en soucie pas pour tous les autres secteurs de l’économie. La conséquence de cette vision est extrêmement néfaste pour les néo-agriculteurs, peu désireux de s’endetter avec d’immenses surfaces. 100 ha, c’est quand même un kilomètre carré! Et si la CPTAQ désirait protéger les meilleurs sols, pourquoi a-t-elle permis l’étalement urbain aux abords de Montréal ou de Québec?

Le gouvernement vient de déposer un projet de loi visant à réduire le fardeau de la taxation foncière pour les agriculteurs, évidemment sous la pression de l’UPA. En effet, même si les fermiers peuvent obtenir un remboursement d’environ 70% de leurs taxes foncières, il reste quand même 30% à payer et la valeur des terres a explosé. L’UPA demande donc au gouvernement, donc au contribuable, d’absorber cette hausse. Évidemment, les municipalités ne sont pas emballées par ce projet, parce que la facture sera refilée aux autres citoyens. Les routes doivent encore être entretenues…

Mais on peut se demander pourquoi la valeur des terres a ainsi augmenté. J’estime qu’il faudrait d’abord faire en sorte qu’il soit possible de tirer un revenu décent avec une petite surface agricole au lieu de devoir accroître sans cesse les surfaces. Pour ce faire, il faut d’abord permettre la plus-value à la ferme, comme la transformation, la restauration, les tables champêtres, l’hébergement à la ferme, l’abattage des animaux, soit des opérations économiquement intéressantes qui sont pour l’instant largement prohibées. Il faudrait ensuite faire appliquer la loi sur la mise en marché des produits agricoles, bloquée par la Régie des marchés agricoles, pour permettre la production pour vente au consommateur. Or, sans ultra-dispendieux quota, impossible de produire du poulet, des œufs, du lait, du lapin, du dindon, alors que le gouvernement importe les mêmes denrées à grand volume de l’étranger. On importe tout en interdisant la production locale. Un beau cas de schizophrénie…

Ensuite, il faudrait revoir le mode de financement de notre agriculture, largement orienté vers les grandes superficies et l’exportation, ce qui augmente la pression sur le prix des terres. En somme, tout le système agricole du Québec pousse les fermiers à augmenter leurs surfaces. Rien de surprenant à ce que le prix des terres s’envole.

Si rien d’autre n’est fait que de refiler les taxes foncières aux autres citoyens, il y a fort à parier que rien ne sera réglé. La solution réside dans une refonte de la CPTAQ, de la Régie des marchés agricoles, de la Financière agricole et de l’influence démesurée de l’UPA sur l’ensemble.

Maxime Laplante, agr, président

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Réforme de la taxation des terres agricoles: et si on s’attaquait aux causes de la spéculation?

Ste-Croix, 7 novembre 2019 – Le gouvernement du Québec vient de déposer un projet de loi pour modifier le régime de taxation des terres agricoles, en réaction à la hausse de la valeur des terres. Si on peut saluer l’intention de simplifier les procédures administratives et la paperasse, l’Union paysanne estime toutefois qu’une réflexion s’impose sur les causes de l’explosion de la valeur des terres.

Les rapports sur la valeur des terres, dont celui du groupe CIRANO de l’Université Laval, démontrent d’abord que les spéculateurs chinois ne sont pas la cause principale, les principaux spéculateurs étant les fermiers eux-mêmes, qui cherchent à accroître leurs superficies. Selon Maxime Laplante, président de l’Union paysanne, « il faut trouver une façon de faire un revenu décent de l’agriculture sans avoir à augmenter sans cesse les surfaces cultivées ». Cela signifie la possibilité d’améliorer la plus-value à la ferme. On parle ici de permettre la diversification des opérations, comme la transformation et l’abattage à la ferme, l’hébergement, la restauration, etc. Cela signifie aussi de permettre de produire en vue de vente au détail, directement au consommateur. Or, ces pratiques sont largement prohibées au Québec : pas d’accès à la production hors quota pour le poulet, les œufs, le lapin, le lait, etc. Cela concerne aussi les règles mésadaptées de la CPTAQ (protection du territoire agricole) qui considère d’emblée qu’une ferme de moins de 100 hectares n’est pas rentable et qu’il faut préserver l’homogénéité du territoire alors que toute la société civile réclame la diversité du milieu rural.

Ensuite, le financement de l’agriculture québécoise, axée principalement sur les volumes de production et les monocultures, incite fortement les fermes à acquérir de nouvelles terres, créant donc une pression sur les prix. La part du lion des subventions agricoles va justement vers les monocultures de céréales de grande surface et vers l’industrie porcine, associée aux productions de maïs et de soya à grande échelle.

Simplement réduire la facture des agriculteurs au détriment des autres citoyens des municipalités ne règlera pas le problème de fond. Espérons que le projet de loi se penchera sur les causes de la spéculation foncière agricole au lieu de simplement céder aux intérêts de l’UPA qui réclame encore plus d’argent de la part du contribuable.

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thumbnail of Memoire PECC – Union paysanne

Mémoire de l’Up pour le PECC

L’Union paysanne dépose un mémoire dans le cadre de la Consultation pour le Plan d’électrification et de changements climatiques

Consultez-le ici!

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Pesticides : le Québec s’en sortira-t-il?

La commission sur l’agriculture, les pêcheries et les ressources naturelles (CAPERN) a tenu ses audiences sur les pesticides en agriculture à la fin septembre. On pouvait y entendre essentiellement deux discours : un premier provenant des utilisateurs ou des commerçants de pesticides qui nous disent en gros qu’ils sont utiles, voire indispensables à la production d’aliments. Le second, des rangs des gens de la santé ou de l’environnement, soutient que leur usage est néfaste et qu’il faut viser une réduction rapide de leur emploi. En trame de fond, les vœux pieux du gouvernement qui nous annonçait une forte diminution de leur usage il y a quelques années (Prédiction qui ne s’est nullement réalisée, au contraire) et qui maintenant se contente de viser une simple réduction des risques reliés à leur emploi.

Qu’il est donc reposant d’écouter un film comme Star Wars, où bons et méchants sont faciles à repérer, sans nuances. La réalité semble différente. Lors de sa présentation, l’Union paysanne a fait valoir que l’emploi de pesticides est intimement lié à la monoculture et la spécialisation. Difficile en effet d’imaginer une monoculture de maïs de 2000 ha sans avoir recours aux herbicides, dont le maintenant tristement célèbre Roundup. Dans un contexte d’exportation, la spécialisation se répand, et donc l’usage de pesticides. À l’inverse, ce besoin est nettement moins présent dans le cas de productions diversifiées, en rotation. Les études du MAPAQ, dont Louis Robert fait mention (Louis Robert est l’agronome qui fut congédié par le MAPAQ et ensuite réembauché pour avoir dénoncé l’ingérence de l’industrie des pesticides dans la recherche publique) montrent clairement qu’il est possible de largement renoncer aux pesticides à condition de pratiquer certaines méthodes culturales, comme la rotation, la variation des plantes, les engrais verts, etc. D’autre part, la production biologique fait depuis longtemps la preuve qu’on peut se passer de pesticides de synthèse.

Toutefois, la récente politique bioalimentaire du gouvernement québécois, qui n’a rien de bio, soit dit en passant, vise précisément un accroissement de nos exportations et une augmentation de nos importations, le tout contribuant à une diminution marquée de notre taux d’approvisionnement. En effet, vous avez bien lu : le gouvernement vise une plus grande dépendance de notre alimentation face aux importations ainsi qu’une dépendance accrue de notre agriculture face aux exportations. En somme, l’État vise à augmenter les conditions qui nous rendent dépendants des pesticides. Sommes-nous vraiment sur la bonne voie?

De plus, problème soulevé par plusieurs, les normes encadrant l’usage de pesticides varient beaucoup d’un pays à l’autre et nos tablettes regorgent maintenant de produits contaminés par des pesticides, à des concentrations qui ne sont pas nécessairement autorisées par notre production locale. La politique bioalimentaire vise pourtant de plus grandes entrées de ces produits.

Espérons que la CAPERN réussira à émettre des recommandations pertinentes à ce sujet.

Maxime Laplante, agr, président

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16 octobre : journée internationale d’action contre les Sociétés transnationales et pour la souveraineté alimentaire

Québec, 15 octobre 2019 – Un appel de mobilisation mondiale est lancé à l’occasion de la Semaine de mobilisation populaire à Genève du 12 au 19 octobre, afin de réclamer la primauté des droits des peuples devant les mégaprojets destructifs et les investisseurs sauvages, des conditions de travail abusives et les profits astronomiques des entreprises ainsi que l’impunité de ces dernières. Fin à l’impunité des sociétés transnationales!

Au sein de cette mobilisation, les organisations de la Via Campesina, dont fait partie l’Union paysanne, continuent de lutter pour faire reculer l’influence du secteur privé avec ses menaces envers les droits humains. Ces luttes sont liées à l’accaparement des terres, à l’agriculture industrielle, aux industries extractives, aux OGM, aux produits et semences agrochimiques et aux grandes fusions (Monsanto-Bayer, par exemple). L’Union paysanne soutient que pour atteindre la souveraineté alimentaire la paysannerie a besoin de ses droits!

À l’heure où 1,2 milliard de paysan.ne.s et de familles, qui représentent un tiers de la population mondiale, sont confrontés à d’innombrables violations systématiques et systémiques de leurs droits, il est temps de mettre en place des mesures concrètes et juridiquement contraignantes pour mettre fin à l’impunité des sociétés transnationales.

« Au bout d’un processus de travail et de mobilisations collectives entamé par la Via Campesina il y a 18 ans, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales a été adoptée à l’Assemblée générale des Nations Unies le 19 novembre 2018.»

– Geneviève Lalumière, représentante de la Via Campesina

Cette déclaration constitue un outil stratégique pour renforcer les luttes et les propositions des organisations rurales, dont la vie et les moyens de subsistance dépendent de leurs terres, forêts, rivières et océans. Dans la lutte contre l’impunité des sociétés transnationales, la Déclaration établit également une jurisprudence et une perspective juridique internationales pour guider la législation et les politiques publiques à tous les niveaux institutionnels dans l’intérêt de ceux et celles qui nourrissent le monde en prenant soin de la terre.

Au Québec, la paysannerie est confrontée à des politiques gouvernementales défavorables en matière de production et de commercialisation; elle est soumise à de mauvaises conditions de travail, à des restrictions de production, une absence de liberté d’association, des règlements inadaptés à son échelle de production, se retrouve en compétition avec des géants de l’agribusiness et est souvent victime de criminalisation lorsqu’elle décide de simplement nourrir sa communauté. De plus, la biodiversité, dont dépend la paysannerie pour construire ses systèmes alimentaires durables, est en déclin. Selon Maxime Laplante, président de l’Union paysanne, ces conditions inacceptables sont le résultat de l’avidité des sociétés transnationales qui ont main-mise sur notre système agricole, avec la complicité de l’Union des producteurs agricoles, en faveur d’une agriculture industrielle et d’exportation.

La Déclaration vise donc à faire respecter les droits de la paysannerie, avec pour élément central le droit à la terre, aux semences et à la biodiversité, monopolisées à l’heure actuelle par l’industrie. Plusieurs droits collectifs ancrés dans la souveraineté alimentaire, dont le droit des peuples à déterminer leurs propres systèmes alimentaires et agricoles et le droit à une alimentation saine et culturellement appropriée, y sont soulignés. C’est un outil pour exiger à nos gouvernements l’adoption de politiques publiques visant à prévenir et résoudre les injustices sociales, dont la majorité sont liés aux activités des sociétés transnationales.

Toutefois la lutte n’est pas gagnée; la Déclaration est un outil historique, mais pas tout-puissant: elle n’est pas juridiquement contraignante et sa force est surtout morale. Il reste maintenant à travailler afin de la faire implémenter dans le droit contraignant de nos instances légales.

Toutes et tous ensemble le 16 octobre, journée internationale d’action contre les sociétés transnationales (STN) et pour la souveraineté alimentaire!

Pour aller plus loin:

-La Via Campesina ( https://viacampesina.org/fr/16-octobre-2019-journee-internationale-daction-pour-la-souverainete-alimentaire/ )

-la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les milieux ruraux ( https://unionpaysanne.com/divers/daration-des-droits-des-paysannes-et-des-paysans/ )

stopcorporateimpunity.org

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Analyse des interventions à la commission parlementaire sur les pesticides

Après avoir assisté à toutes les représentations de la commission parlementaire de la semaine du 23 septembre au 26 septembre, il m’apparaît clair que les intervenantEs venuEs témoigner sur la question des pesticides sont diviséEs entre deux clans ayant des priorités fort différentes.

Le premier « clan », celui défendant le modèle façonné au fil des années par l’UPA, se trouve celles et ceux pour qui la priorité a été la défense de la compétitivité des entreprises agricoles de l’actuel modèle agricole québécois. Ces intervenantEs vont être tout à fait d’accord avec des actions visant à améliorer la qualité de notre environnement en tentant de diminuer la quantité de pesticides utilisés (difficile d’être contre la vertu) si ces actions ne remettent pas en doute les grandes caractéristiques du modèle agricole québécois qui mènent à l’utilisation de ces produits phytosanitaires. Parmi celles-ci, pensons à la monoculture, l’impératif de productivité accrue, la spécialisation agroalimentaire axée sur l’exportation et la préséance de l’agriculture industrielle sur toute autre utilisation du territoire rural. Pour conserver ces caractéristiques, c’est-à-dire un certain statu quo, on proposera alors de fortement se fier à des avancées technologiques, dont l’intelligence artificielle, ainsi que le recours à lutte intégrée.

Dans la première solution, les avancées technologiques, on remarque que celle-ci nécessitera des investissements majeurs, ce qui aura pour effet de contribuer à la concentration des fermes, ainsi qu’à l’endettement des agricultrices-eurs. Pour ce qui est de la deuxième solution, la lutte intégrée, elle est beaucoup plus louable, cependant étant donné que dans bien des cas elle n’est, pour l’instant, pas aussi efficace par dollar investi que le recours aux pesticides (c’est le cas notamment des mouches stériles), il m’apparaît peu probable qu’elle réussisse à s’implanter dans ce modèle de libre marché où la compétitivité est la règle la plus sacrée.

Les tenantEs de cette approche s’opposent à quelconque réglementation qui ne serait pas réciproque chez leurs plus proches compétitrice-eurs, particulièrement la production étasunienne. À en juger l’actuelle gestion environnementale de l’administration Trump, aussi bien dire que ce qui y est désiré est le statu quo en matière réglementaire.

Dans le deuxième « clan », l’on retrouve des intervenantEs ayant comme priorité la santé publique et la santé environnementale. Celles et ceux-ci sont venuEs partager leurs expertises respectives pour faire comprendre aux députés les dangers des pesticides, mais également la perte de rentabilité que peut entraîner l’utilisation de ceux-ci (pensons aux apicultrice-eurs, ainsi qu’aux agricultrice-eurs biologiques). Leurs témoignages font état de dangers graves liés aux pesticides (comme la maladie de Parkinson, le lymphome non hodgkinien, la perte de biodiversité et bien d’autres) et rappellent que ces produits phytosanitaires sont des poisons et des perturbateurs endocriniens.

Ces intervenantEs ne militent pas activement pour que l’agriculture québécoise fasse faillite (j’ose espérer que personne ne veut une telle chose), mais considèrent que ne pas prendre les actions nécessaires envers la dangerosité des pesticides serait un déni destructeur de l’environnement qui pose problème en ce qui a trait à la santé publique.

À l’Union paysanne, nous croyons qu’il est impératif que le secteur agricole fasse une introspection et qu’il se rende compte des dangers émanant de sa filière dite conventionnelle. Nous croyons également, comme touTEs les intervenantEs de la commission, qu’il ne faut pas pointer du doigt les agricultrice-eurs pour l’état des choses. Ils sont au contraire en première ligne des dangers liés aux pesticides, comme c’est le cas du voisinage en milieu rural, ainsi que les travailleuse-eurs agricoles. L’Union paysanne a d’ailleurs été un des deux seules organisations (l’autre étant l’Institut national de la santé publique du Québec), députéEs siégeant à la commission inclusES, ayant évoqué les risques pour la classe ouvrière agricole, ce qui montre le peu de considération envers cette population tant nécessaire à notre agriculture.

Le doigt accusateur doit plutôt se tourner vers ceux qui ont orienté l’agriculture vers une production industrielle (utilisant largement les pesticides) axée sur le libre-marché, c’est-à-dire le gouvernement du Québec accompagné par monopole syndical de l’UPA, sans oublier l’industrie agrochimique qui a grandement profité de cette tournure des évènements. Le gouvernement a maintenant le devoir de trouver une solution et d’élaborer un plan de transition qui permettra à la fois la survie financière des agricultrice-eurs, mais aussi la disparition totale des risques qu’engendrent les pesticides sur la santé et l’environnement.

Pour ce faire, l’Union paysanne propose un modèle agricole axé sur la paysannerie, l’agroécologie, les circuits courts, la multifonctionnalité des campagnes et la souveraineté alimentaire. Passons de la compétitivité internationale à la solidarité internationale en favorisant les paysanneries locales.

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Notre vision de l’agriculture, la vraie raison de notre dépendance aux pesticides

Par: Alexandre B. Couture, étudiant à la maitrise en agroforesterie et stagiaire à l’Union paysanne

 

Dans l’appréhension des auditions traitant des pesticides à la Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles (Capern), qui se dérouleront du 23 au 26 septembre, une multitude de reportages et d’articles ont tenté de démontrer qu’il existe des alternatives techniques aux pesticides tels qu’utilisés dans l’agriculture conventionnelle au Québec. Un de ces articles s’est toutefois démarqué du lot en creusant le problème plus creux que ces symptômes, en dénonçant plutôt la cause et les mécanismes menant à ces symptômes. L’article en question, paru dans le journal La Presse, est celui de Marie-Claude Lortie1.

Dans cet article on peut y lire que les « besoins en pesticides tout comme les besoins en engrais costauds ne sortent pas de nulle part. Ils sont liés à la façon dont on a organisé, structuré, l’agriculture depuis 60 ans ». La façon dont l’agriculture est organisée et structurée depuis six décennies c’est la monoculture selon la chroniqueuse de La Presse et elle a tout à fait raison. Cependant j’aimerais encore pousser l’analyse plus loin, sans rien enlever à toute la pertinence de ce qu’elle a écrit, puisque la monoculture ne demeure qu’une technique qui s’est parfaitement insérée dans la vision maintenant dominante de l’agriculture du Québec. Cette vision est celle d’une agriculture industrielle productiviste qui s’est imposée (logique agricole qui répond au besoin de croissance incessante du système économique dominant, le capitalisme), lors de la révolution verte2, sur un modèle d’agriculture de subsistance qui fut jadis largement dominant dans la province. Ce tournant industriel de l’agriculture a pratiquement effacé la présence paysanne de la province (ce qui fit disparaître environ 100 000 fermes du territoire québécois), tout comme ce genre de tournant industriel l’avait fait avec les artisanEs dans la foulée de la révolution industrielle.

Ce changement de paradigme est cependant venu avec son lot de problème puisqu’il a fait passer à une étape supérieure la tentative humaine de domination sur l’environnement, ce qui a nécessité, en autres, une utilisation massive de pesticides de tous genres. En fait, on comprenait et on comprend toujours mal les complexes interactions que peuvent jouer les différents membres des écosystèmes ce qui fait que l’utilisation de ces produits phytosanitaires a dans bien des cas détruit les mécanismes d’autorégulation naturels, ce qui a justifié encore plus l’utilisation de ces pesticides. L’agriculture est donc emprisonnée dans un cercle vicieux qui a de potentielles conséquences graves sur notre santé (Parkinson, autisme, cancer, Alzheimer, etc.) et sur notre environnement (perte de biodiversité, dégradation des sols, dégradation de la richesse aqueuse, gaz à effet de serre, etc.).

De terribles conséquences, en lien avec la perturbation des mécanismes de régulation des écosystèmes, avaient pourtant fait leur apparition dès le début de la révolution verte. L’un des exemples ayant eu des conséquences tristement célèbre fut la gestion des « indésirables » par Mao Zedong lors de l’établissement de la politique du Grand Bond en avant (1958 à 1960). En fait, l’une des campagnes de cette politique était la campagne des quatre nuisibles qui visait à se débarrasser en autres du moineau (les trois autres indésirables étaient les rats, les mouches et les moustiques) puisque celui-ci se nourrissait à même les récoltes. Cette campagne d’élimination du moineau fut un succès dans le sens ou la population de cet oiseau fut rapidement en danger de disparition. Cependant, on n’observa pas l’augmentation des rendements agricoles attendue, mais plutôt à une baisse significative de ceux-ci. La raison est simple, bien que les moineaux se nourrissent des récoltes, il agissait également comme un régulateur écosystémique puisqu’il se nourrit également d’insecte. Lorsque l’oiseau fut pratiquement exterminé les insectes, en particulier les criquets, ont eu le champ libre pour faire des ravages bien plus important aux récoltes, ce qui participa, sans en être la seule cause loin de là, à la grande famine chinoise qui a fait de 15 à 45 millions de morts entre 1959 et 1961.

La mauvaise gestion écosystémique chinoise de cette époque aurait dû être un signal d’alarme démontrant qu’il est extrêmement dangereux d’aller à contre-courant des mécanismes de régulation naturels. C’est pourtant ce que continue de faire, près de 60 ans plus tard, l’agriculture industrielle avec sa méthode culturale privilégiée : la monoculture. L’utilisation de pesticides ne disparaîtra pas tant que la vision de domination de la nature demeurera puisque la neutralisation d’une espèce jugée indésirable ne fera qu’en sorte qu’une autre espèce plus résistante profitera du festin monoculturel.

L’objectif ici n’est pas de glorifier l’ère où l’Église catholique a forgé le paysage québécois en mettant de l’avant un certain mode de vie paysan capable d’ouvrir les portes du paradis, mais de constater que les paysanneries de jadis et d’aujourd’hui ont leur lot d’avantages, dont des pratiques culturales ne nécessitant pas tout l’arsenal phytosanitaire de l’agriculture dite « conventionnelle ». La recherche de productivité en agriculture a poussé notre agriculture a dépasser les limites écologiques et à instaurer un modèle faisant fi des processus de régulation naturels. Il serait alors sage de retrouver un équilibre avec notre environnement en faisant place à une régulation plus naturelle des espèces qui ne passe pas nécessairement par la destruction de ce qui est jugé indésirable à première vue, mais plutôt par un modèle favorisant cette régulation quitte à avoir un rendement plus faible que dans le modèle industriel. Il n’est d’ailleurs pas clair que les rendements du modèle conventionnel pourront demeurer élevée pour une longue période puisque les conséquences environnementales qui y sont rattachées (particulièrement l’érosion et la perte de fertilité des sols) mettent directement en péril son efficacité et celle de toutes autres méthodes culturales dépasser un certain seuil critique.

Une agroécologie paysanne, dans cette perspective, semble non seulement une solution pour éviter l’utilisation de pesticides, mais également une méthode culturale plus soutenable à long terme. Il faut alors espérer que la Capern le comprenne lors des auditions de fin septembre, malgré le fait que tout indique que nous aurons le droit à une analyse de surface du problème des pesticides qui ne s’attaquera au mieux qu’aux symptômes de notre modèle agricole industriel et non aux causes fondamentales des problèmes qu’il crée.

 

1 LORTIE, Marie-Claude, « Agriculture : soigner les causes, pas justes les symptômes », La Presse, 4 septembre 2019, https://www.lapresse.ca/actualites/201909/03/01-5239705-agriculture-soigner-les-causes-pas-juste-les-symptomes.php?fbclid=IwAR1wFqn0b1VQ_-tACRA1xzro97zDaIcxLPx9ZsxscR2WIZ_lCxjOHJzqo9Q.

2 Révolution dans les pratiques agricoles qui commença dans les années 1960, qui augmenta significativement les rendements agricoles par, entre autres, l’utilisation des progrès techniques dans le domaine de la chimie et l’industrialisation des procédés agricoles.

Commission sur les pesticides: mémoire de l’Union paysanne

L’Union paysanne a déposé son mémoire à la commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles dans le cadre du mandat d’initiative  : Examiner les impacts des pesticides sur la santé publique et l’environnement, ainsi que les pratiques de remplacement innovantes disponibles et à venir dans les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation, et ce en reconnaissance de la compétitivité du secteur agroalimentaire québécois.

Mémoire déposé à la CAPERN