Les dernières nouvelles sur des sujets intéressant l’Union paysanne.

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Le coronavirus et les failles de notre système agricole

Nous sommes encore loin de connaître les conséquences de la pandémie sur l’agriculture du Québec. Différents secteurs risquent d’être touchés plus que d’autres. La production maraîchère est devenue largement dépendante de l’arrivée de travailleurs étrangers, du Mexique, du Guatemala ou d’ailleurs. L’industrie porcine prévoit également subir des pertes, alors qu’elle dépend à 70% de l’exportation. La propagation rapide du virus chez les humains à travers la planète illustre à quelle vitesse une maladie peut se propager, en raison de la circulation des personnes par toutes sortes de moyens. Une éventuelle fermeture des frontières peut également fortement ébranler notre système d’approvisionnement alimentaire, dépendant pour une large part des importations.

L’industrie agricole, déjà largement tributaire des programmes de subventions comme l’ASRA, se prépare à quémander encore plus de la part du contribuable pour contrer les difficultés financières des fermes. Est-ce que l’injection d’encore plus d’argent dans un système déjà coûteux va vraiment être la solution? Au contraire, l’Union paysanne estime que la situation entourant le coronavirus doit nous forcer à revoir notre modèle agricole le plus rapidement possible.

La propagation des maladies

Le coronavirus a rapidement envahi la planète. Les mesures recommandées prévoient essentiellement deux choses : la distanciation des humains et l’interdiction de circuler d’un endroit à l’autre. Dans le cas de la production animale, il n’en va pas autrement. Le système d’élevage industriel du Québec se pose en contradiction flagrante avec ces principes élémentaires de précaution. Les deux facteurs de risque d’apparition et de propagation des maladies sont la grande concentration des animaux et de la volaille, ainsi que la circulation d’une ferme à l’autre des ouvriers, de la moulée, du fumier, des animaux eux-mêmes, etc. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les gigantesques élevages concentrés de porc (2400 porcs par ferme en moyenne) ou de volaille (34 500 poules par ferme en moyenne) doivent être très vigilants concernant les règles sanitaires. Mais ce n’est pas suffisant et ce ne le sera jamais. Les élevages de volaille au Québec prévoient environ un pied carré par volatile, parfois moins. Difficile d’éviter la propagation d’une maladie dans ces conditions. Et utiliser des antibiotiques de façon préventive et massive créera d’autres problèmes, comme la résistance aux antibiotiques chez humains et animaux. Le mode d’élevage qui s’est établi pour le porc et la volaille s’étend également aux élevages de bovins ou de vaches laitières, où des troupeaux de plus en plus denses s’installent et se concentrent dans des territoires de plus en plus réduits.

Selon l’organisation mondiale de la santé :

  • La résistance aux antibiotiques constitue aujourd’hui l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, la sécurité alimentaire et le développement.

  • Elle peut toucher toute personne, à n’importe quel âge et dans n’importe quel pays.

  • La résistance aux antibiotiques est un phénomène naturel mais le mauvais usage de ces médicaments chez l’homme et l’animal accélère le processus.

– Communiqué de presse du 7 novembre 2017

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande que les éleveurs et l’industrie alimentaire cessent d’utiliser systématiquement des antibiotiques pour promouvoir la croissance et prévenir les maladies chez des animaux sains. 

Les nouvelles recommandations de l’Organisation visent à préserver l’efficacité des antibiotiques importants pour la médecine humaine en réduisant leur utilisation inutile chez l’animal. Dans certains pays, (dont le Canada, selon Radio-Canada) approximativement 80% des antibiotiques importants pour la médecine humaine sont consommés dans le secteur animal, et, en grande partie, pour favoriser la croissance chez des animaux sains.

« Mes collègues ont découvert que lorsqu’on était en contact direct avec un porc porteur d’une souche résistante aux antibiotiques, que ce soit un éleveur ou un vétérinaire, on avait de 60 % à 70 % de risques d’être colonisé par la bactérie. »

– Jan Kluytmans, microbiologiste à l’hôpital de Breda, aux Pays-Bas

Sachant que le porc a un métabolisme très proche de l’humain, difficile de s’imaginer que la propagation de maladies pourrait être différente. Ce que le coronavirus déclenche chez les populations humaines nous donne une idée de ce qui pourrait arriver dans nos élevages. C’est d’ailleurs déjà arrivé: C’est d’ailleurs déjà arrivé: syndrome de dépérissement postsevrage (SDPS), diarrhée épidémique porcine (DEP) et deltacoronavirus porcin (DCVP), sans compter la menace actuelle de peste porcine dont les premiers cas viennent d’apparaître au québec.

La solution? Diminuer la densité des élevages, disperser la production sur le territoire au lieu de la concentrer dans certaines régions, réduire la circulation entre les fermes. Le message est pourtant clair auprès des humains: distanciation et réduction des déplacements. En matière de production animale, nous faisons exactement le contraire…

La dépendance face aux exportations

70% du porc produit au Québec est exporté, grâce au système de subventions comme l’ASRA (déficitaire depuis plus de 10 ans, essentiellement en raison du secteur porcin. Une autre facture de 265 millions en 2018 seulement). En plus de coûter cher au contribuable du Québec et d’avoir soulevé la colère du milieu rural, cette exportation a de nombreux effets néfastes. Nous ne contrôlons pas le marché à l’étranger, ce qui rend ce secteur extrêmement vulnérable. Lorsque les acheteurs asiatiques ont exigé de meilleures conditions d’élevage pour les truies, l’État québécois a allongé environ 100 millions de plus pour modifier les cages. Et chaque fois que la demande mondiale ou le prix faiblit, l’industrie se retourne vers l’État pour une nouvelle compensation financière. En bout de piste, ce porc arrive ensuite à l’étranger à des prix de dumping, nuisant lourdement à la capacité locale de produire la même denrée.

Le blocage de la vente directe

Circuits courts, agriculture de proximité, ça vous dit quelque chose? Tous s’entendent sur le constat que la réduction de l’utilisation du pétrole s’impose. Le discours est sur toutes les lèvres: acheter local. En principe, avec notre système de gestion de l’offre, nous devrions être en mesure de produire les quantités de nourriture pour les besoins de notre population. Et pourtant, bonne chance pour réussir à acheter un poulet, des oeufs ou du lait directement de la ferme au Québec. À moins de détenir un exorbitant quota de production (245$ par poule, 24 000$ par vache, 1850$ par mètre carré pour le poulet), chaque ferme est limitée à 100 poules, 300 poulets et 24 dindons. Pendant ce temps, avec les accords du commerce international, le Canada, et donc le Québec, permet l’arrivage de quantités massives de ces produits de l’étranger mais tolère que les fédérations de l’UPA, par le biais des plans conjoints, interdisent la production locale directement au consommateur. Uniquement en 2017, le Québec a importé 3 millions de douzaines d’oeufs mais nos petites fermes n’ont pas le droit de les produire! Pour la même année, le Québec a dû importer 56 millions d’oeufs d’incubation et 9 millions de poussins, de quoi remplir les élevages de volaille. Le Québec est largement dépendant de l’importation dans ce secteur. Pas très rassurant en cas de fermeture de frontières.

Situation analogue pour le lait, pourtant emblème fort de la gestion de l’offre; le Québec importe environ pour 260 millions de dollars en divers produits laitiers. Tout en interdisant aux fermes d’ici de remplir la commande… Pour avoir le droit de fournir du lait à des voisins, il faut débourser 24 000$ par vache, pour un minimum de 10 vaches, soit 240 000$. Il faut ensuite encore acheter les vaches, les nourrir, acheter la plomberie imposée, le fameux « Bulktank » réfrigéré. Et même là, ce lait devra transiter par le monopole de transport du lait et le fermier producteur ne recevra que le prix du gros et non le prix du détail, à moins de racheter sa propre production. Difficile d’être plus loin de la vente directe souhaitée…

Main-d’oeuvre étrangère

Bon an, mal an, environ 16 000 travailleurs étrangers sont attendus sur les fermes du Québec. L’Union paysanne dénonce les conséquences de la production alimentaire industrialisée et mondialisée: on produit pour l’étranger, on consomme de l’étranger et on fait venir des travailleurs-euses de l’étranger. Alors que la production à plus petite échelle a fait ses preuves de rendement et nourrit actuellement 70% de la population mondiale, le Québec continue de s’enfoncer dans une dépendance aux marchés mondiaux, ce qui compromet sérieusement la souveraineté alimentaire de nos communautés. Il ne s’agit pas ici de dénigrer le travail de ces personnes qui ont quitté leur famille avec l’espoir d’un meilleur revenu, mais il est justement inadmissible que ces gens, alors qu’ils paient impôt et taxes ici, n’aient pas accès à tous les services offerts à la population québécoise et qu’ils doivent choisir entre famille et salaire.

Notre modèle agricole s’avère de plus en plus dépendant de cet apport de main-d’oeuvre étrangère. Le cas du coronavirus met à jour les conséquences d’une telle dépendance. On peut en outre présumer que ces gens préfèreraient travailler dans leur pays, avec leur famille. On peut aussi s’interroger sur les méfaits du commerce international et du dumping sur la structure vivrière de production des pays d’origine de ces personnes.

Comment rendre notre agriculture moins vulnérable

  • obtenir le droit de produire

Au-delà des voeux pieux sur l’agriculture de proximité, l’Union paysanne réclame d’abord le droit de produire pour nos communautés, nos familles, nos voisins. Si c’est (encore) possible dans le cas des légumes et des fruits (moyennant le paiement d’une redevance à l’industrie, entre autres pour les pommes, les fraises et les framboises. Incroyable mais vrai), la situation est radicalement différente pour les produits sous gestion de l’offre comme le lait, les oeufs, la volaille et le lapin. L’Union paysanne exige l’application de la loi sur la mise en marché des produits agricoles (art. 63) qui stipule:

Un plan conjoint (incluant les quotas) ne s’applique pas aux ventes faites par un producteur directement à un consommateur.

Selon cette loi, dont l’application est bloquée par la Régie des marchés agricoles sous la pression des fédérations de l’UPA et de l’UPA elle-même, il serait possible de vendre directement dans nos communautés. Cette situation se révèle totalement absurde: La Régie des marchés agricoles, organe public, refuse d’appliquer la loi qui l’encadre et se soumet lamentablement aux demandes des cartels, entravant lourdement la vente directe. Aux frais du contribuable en plus.

  • Modifier le financement de l’agriculture

La part du lion en matière de subventions agricoles va à la spécialisation et l’exportation. Les programmes de l’assurance-stabilisation du revenu agricole (ASRA) viennent en aide principalement à la production porcine et aux monocultures associées, comme le maïs, les céréales et le soya. Même la toute récente politique bioalimentaire annonce un accroissement de notre dépendance en matière de production agricole.

  • Modifier le régime de gestion de l’offre

Le Québec ne pourra pas longtemps maintenir le système des quotas de production s’il persiste à miser de plus en plus sur l’exportation. On ne peut pas ouvrir et fermer les frontières en même temps. Exporter du lait et vouloir en bloquer l’importation, c’est profondément paradoxal et indéfendable dans le cadre du commerce international. Le système de gestion est avant tout un contrat social entre l’État et le monde agricole. Ce contrat dit essentiellement deux choses: les fermes s’engagent à ne produire que ce qui correspond aux besoins de notre population et l’État s’engage à contrôler les frontières pour éviter que des importations ne viennent nuire à cet équilibre. Le dérapage, c’est d’avoir confié cette gestion à des cartels en situation de conflit d’intérêt. Ceux qui détiennent les quotas défendent leurs acquis et les concentrent. Il n’y a que peu de place pour la relève ou pour de nouveaux arrivants, en plus de concentrer la production dans certaines régions. Une gestion de l’offre réformée et sous le contrôle d’instances plus soucieuses d’autonomie et de souveraineté alimentaire pourrait être un outil formidable pour redynamiser les régions périphériques, la relève, la diversité. Par exemple, chaque fois que la demande pour des oeufs, du poulet ou du lait augmente, du nouveau quota est distribué. Mais cette distribution est faite uniquement aux détenteurs actuels de quota, en proportion de la taille de leur entreprise. Plus la ferme a du quota, plus elle en reçoit. Le système actuel contribue à la concentration des élevages alors que la prudence la plus élémentaire inciterait au contraire. Alors qu’on pourrait facilement attribuer ce nouveau quota à de nouvelles entreprises.

En conclusion, notre agriculture, de plus en plus dépendante du marché mondial, se révèle de moins en moins outillée pour faire face à des situations de crise comme celle du coronavirus. Sans être alarmiste, on peut facilement imaginer qu’en cas de réel effondrement des approvisionnements, le gros bon sens reprendrait ses droits et la population chercherait à s’alimenter directement à la ferme. L’Histoire abonde de cas où la sécurité alimentaire des populations s’est faite grâce à un contact direct entre la terre et la table. Ce sont encore les petites fermes diversifiées qui fournissent 70% de la nourriture mondialement. La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas le bon Dieu qui a mis en place nos politiques d’exportation et de monocultures. Nous pouvons et devons réorienter notre modèle agricole. Espérons que la situation créée par le virus nous incitera collectivement à un changement de cap.

Maxime Laplante, agronome, paysan et président de l’Union paysanne

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Souveraineté alimentaire en temps de crise

Lettre ouverte à M. Marcel Groleau, président de l’UPA

Monsieur Groleau,

Depuis le début de la crise reliée à la Covid-19, vous nous avez souvent rappelé l’importance de consommer des produits québécois et d’assurer la sécurité alimentaire du Québec. Dans votre récente chronique intitulée : « Covid 19, j’ai confiance en nous« , vous affirmez que «La sécurité alimentaire d’une nation est une priorité qui dépasse très largement les intérêts économiques de tout un chacun.» Sur ce, l’Union paysanne ne peut qu’être en accord avec vous.

C’est pourquoi nous vous demandons aujourd’hui d’agir en acteur positif de changement. Monsieur Groleau, vous connaissez bien les demandes de l’Union paysanne. Devant la Régie des marchés agricoles, pendant les audiences pour la hausse de la production hors quota, vous avez vous-même dénoncé la rigidité et le manque d’ouverture de certaines Fédérations de producteurs.

En cette période de crise, la sécurité alimentaire du Québec est en danger. Sylvain Charlebois, de l’Université Dalhousie, nous rappelait récemment que durant l’hiver et le printemps, 40 % de tout ce qu’on consomme provient soit des États-Unis ou a transité par les États-Unis. Il faut absolument augmenter la production de denrées alimentaires par et pour nos communautés et ainsi diminuer notre dépendance aux aléas des marchés mondiaux.

Plusieurs mesures peuvent être mises de l’avant dès maintenant afin de favoriser la production et la distribution en circuit court. Pour ce faire, nous vous exhortons d’adopter ces mesures :

  • Augmenter les seuils de production hors quota à 500 œufs, 2000 poulets et 300 dindons, de façon à permettre aux fermes du Québec de nourrir nos communautés. Pendant que vos fédérations nous interdisent de produire ces denrées, le Québec importe ces mêmes aliments de l’étranger. Par exemple, le Québec importe pour 42 millions $ de poulet alors qu’une ferme d’ici ne peut produire plus de 300 poulets sans détenir un exorbitant quota. Autre exemple: le Québec importe pour plus de 6 millions de dollars d’oeufs mais on interdit aux fermes du Québec d’avoir plus de 100 poules sans acheter un quota à l’industrie de la volaille;

  • Nous aider à faire appliquer la Loi sur la mise en marché des produits agricoles qui dit clairement qu’un plan conjoint (et quota) ne devrait pas s’appliquer aux ventes directes au consommateurs;

  • Supprimer les entraves imposées par les offices de producteurs à la vente à la ferme et en circuit court telles que l’obligation de payer des prélevés sur le transport du lait pour les artisans-fromagers (alors que leur lait ne sort pas de la ferme);

  • L’arrêt des poursuites et saisies menées par les différentes fédérations de l’UPA qui vont même jusqu’à mépriser les règles de confinement en faisant irruption dans des fermes (http://lavieagricole.ca/5909).

Les paysans-nes du Québec ne demandent qu’à pouvoir nourrir leurs communautés. Ces personnes ont les possibilités d’assurer la sécurité alimentaire du Québec. Donnons-leur la possibilité de le faire.

Il nous apparaît urgent de trouver une nouvelle voie qui permettrait à la fois de protéger la gestion de l’offre et de donner de l’espace aux jeunes, aux régions, aux agriculteurs biologiques, à l’agriculture locale et aux paysans.

Puisque vous prétendez nous représenter, vous avez donc l’obligation morale de nous soutenir dans notre intention de contribuer à la souveraineté alimentaire du Québec.

Maxime Laplante, agr, producteur, président, l’Union paysanne

Alexandre Pigeon, producteur, vice-président, Union paysanne

Valérie Savard-Bergeron, productrice, trésorière, Union paysanne

Jean-Simon Voghel, secrétaire, Union paysanne

Gaspar Lépine, Producteur, administrateur, Union paysanne

Colette Lavergne, citoyenne, administratrice, Union paysanne

Sarah Bordeleau, administratrice, Union paysanne

Alexandre Béland, administrateur, Union paysanne

Pierre-Olivier Brassard, administrateur, Union paysanne

Marie-Josée Renaud, coordonnatrice, Union paysanne

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L’injustice des conditions de travail dans le secteur agricole Travailleuse-eurs étrangère-ers temporaires

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Travailleurs étrangers : Et si on changeait notre modèle agricole?

Ste-Croix, 19 mars 2020 – Alors que les frontières se ferment partout dans le monde, l’inquiétude grandit quant à la possibilité pour les fermes québécoises de faire venir de la main-d’œuvre étrangère. Ce fut la panique, particulièrement pour certains-nes producteurs-trices maraîchers-ères, qui dépendent grandement de cette main-d’oeuvre abondante et «bon marché».

Nous voyons bien à quel point notre système alimentaire dépend d’une économie mondialisée sur laquelle nous n’avons aucun contrôle et qui fragilise notre sécurité alimentaire. Ce sont 16 000 travailleurs-euses qui viennent, à tous les ans, travailler sur les fermes du Québec, principalement des gens du Mexique et du Guatemala.

L’UPA et nos gouvernements se sont positionnés en sauveurs hier en annonçant la venue de travailleurs étrangers et ce, même s’il faut aller jusqu’à noliser des avions pour aller les chercher. Or, ce contournement des règles de confinement ne se fera pas sans brimer, encore plus, les droits des travailleurs-euse étrangers-ères en leur imposant un protocole sanitaire strict, qui renforcera encore plus leur dépendance envers leur employeur-e. En effet, ce protocole stipule que ces personnes seront mises en quarantaine dès leur arrivée au Canada et que leurs déplacements seront limités au maximum pendant toute la saison. Limités par qui?

Rappelons que les personnes bénéficiant du programme pour les travailleurs étrangers temporaires (TET) sont forts dépendants de leur employeur-e et vivent souvent dans des conditions difficiles. En dépit du fait qu’ils doivent payer impôts et taxes comme le reste de la population québécoise, une foule de services leurs sont refusés ou lourdement entravés, comme l’assurance-emploi, l’aide juridique, l’aide sociale, le régime d’assurance parentale, etc.

L’Union paysanne dénonce les conséquences de la production alimentaire industrialisée et mondialisée: on produit pour l’étranger, on consomme de l’étranger et on fait venir des travailleurs-euses de l’étranger. Alors que la production à plus petite échelle a fait ses preuves de rendement et nourrit actuellement 70% de la population mondiale, le Québec continue de s’enfoncer dans une dépendance aux marchés mondiaux, ce qui compromet sérieusement la souveraineté alimentaire de nos communautés.

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Même l’agriculture industrielle a besoin de la paysannerie

Non, je ne parlerai pas du coronavirus, d’autres le font. J’aborderai plutôt l’utilisation du capital de sympathie envers la paysannerie par l’agrobusiness. Prenons l’exemple du sirop d’érable. Alors que la production est effectuée à 98,5% avec de la tubulure, les images publicitaires montrent encore des chaudières, avec des barriques en bois tirées par des chevaux. Regardez sur n’importe quelle « canne » de sirop.

Ou encore les contenants de lait à l’épicerie, illustrant des animaux au pâturage dans un décor bucolique, alors que la quasi-totalité des vaches laitières sont confinées à l’intérieur, dans des bâtiments ne ressemblant en rien aux granges figurant sur les emballages.

On pourrait aussi jeter un coup d’œil sur les boîtes d’œufs, montrant des poules à l’extérieur. Ou encore consulter le site web de la fédération des producteurs d’œufs, avec de superbes photos de petits poussins dans l’herbe verte, de poules juchées sur des madriers de vieux bois. Simplement charmant.

Lors du bilan de la politique bioalimentaire, un récent sondage nous apprenait que la confiance du consommateur est en baisse face à l’industrie agroalimentaire. Ce même sondage révélait également que plus le consommateur est scolarisé, plus sa confiance baisse. En somme, plus il en sait, moins il ne croit aux messages publicitaires trompeurs. Et plus l’industrie agricole maquillera la réalité de la production (pesticides, monocultures, OGM, compaction et érosion des sols), plus le réveil sera brutal en cas de crise.

Et crise il y aura. Comme il y en a eu en Europe où les consommateurs ont réagi en diminuant leurs achats de poulet ou de bœuf, en raison des épisodes de vache folle ou de substances louches dans la production de volaille.

Au final, la situation est devenue paradoxale. Alors que l’industrie utlise les images de la paysannerie pour mousser ses ventes, la paysannerie véhicule les images de l’industrie pour en dénoncer les pratiques. À vous de faire le tri.

Maxime Laplante, agr

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L’impact économique de l’agriculture industrielle

Depuis longtemps, on se doute des méfaits de l’agriculture industrielle sur la santé humaine, sur le bien-être des animaux, sur les communautés rurales. Ces conséquences sont souvent difficiles à quantifier. Mais les véritables coûts commencent à émerger. Les compagnies Bayer et BASF viennent d’être condamnées à payer 265 millions à un fermier pour avoir endommagé sa production de pêche avec un pesticide, le dicamba.

Pendant ce temps, au Québec, le gouvernement envisage dépenser 70 millions en argent public pour compenser la hausse du compte de taxe des agriculteurs, à la demande de l’UPA. Comme par hasard, cette hausse de la valeur des terres se fait principalement sentir dans les régions dépendantes des subventions comme l’ASRA dans le porc et le maïs.

Le gouvernement fédéral versera près de 4 milliards aux fermiers en compensation pour les conséquences des accords de libre-échange. En plus de ce qui est déjà versé en subventions par les deux palliers de gouvernement.

En prévision des changements climatiques, l’industrie agricole du Québec annonce déjà son intention d’obtenir plus de subventions, alors qu’elle contribue largement à l’augmentation de la production de gaz à effet de serre.

Depuis sa fondation, l’Union paysanne propose de remplacer graduellement les subventions par un Contrat vert, une entente entre l’État et les fermes qui acceptent de contribuer à la protection de l’environnement, à l’approvisionnement de notre population et à la création d’emplois en région. La paysannerie est une solution économiquement rentable pour notre société. La paysannerie représente une façon de concilier la protection des ressources et l’économie. L’agriculture industrielle a largement démontré qu’elle coûte très cher à notre société.

Maxime Laplante, agr, président

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Lancement de la première bière en soutien à la paysannerie

Ce samedi 15 février, l’Union paysanne a procédé au lancement de sa première bière bénéfice dans le cadre de son événement annuel en présence du ministre de l’agriculture, monsieur André Lamontagne. Nommée La Paysanne, cette session IPA, brassée par la microbrasserie La Chouape, est la première bière québécoise dédiée au soutien à la paysannerie. À chaque bouteille vendue, 0,30$ sera remis à l’Union paysanne. Le projet a aussi été possible grâce à la précieuse collaboration du graphiste et illustrateur Mathieu Fortin, de Anorak Studio et Wazak, qui a brillamment illustré la paysannerie sur l’étiquette de la bière.

L’Union paysanne a profité de la dernière fin de semaine pour se rassembler à la ferme Guyon, à Chambly. Elle y a tenu une journée de discussions en ateliers ainsi que son Assemblée générale annuelle. La soirée du samedi a été dédiée au lancement de La Paysanne. Plus de 100 personnes se sont déplacées pour l’événement.

L’Union paysanne regroupe en une force collective organisée et représentative tous ceux et celles qui sont en faveur d’une agriculture paysanne et de la souveraineté alimentaire. Comme association agricole et citoyenne, elle intercède auprès des autorités, des médias et de l’opinion publique pour défendre les intérêts des paysans et des artisans de la Terre à la Table. Ses membres sont majoritairement des agriculteurs mais elle donne également une place aux citoyens soucieux de s’impliquer en faveur d’une agriculture et d’une alimentation à échelle humaine.

 

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15-16 février: la paysannerie en action

Amoureuses et amoureux de la terre, partisanes et partisans de la souveraineté alimentaire, amatrices et amateurs de bières, c’est un rendez-vous!

Les paysans et paysannes du Québec se donnent rendez-vous le 15 et 16 février 2020 afin de réfléchir l’avenir agricole du Québec.

La journée du 15 février sera dédiée à plusieurs ateliers concernant la question agricole du Québec: agroécologie paysanne, souveraineté alimentaire, transition énergétique, accès au marché, aménagement du territoire et réseautage. Les discussions issues de cette journée serviront à l’élaboration du nouveau plan stratégique de l’Union paysanne.

En soirée, nous vous attendons pour le 5 à 7 de lancement de la toute première bière en soutien à la paysannerie québécoise.  En collaboration avec la microbrasserie La Chouape (St-Félicien), Anorak studio et Wazak, nous sommes fière de vous présenter La paysanne. Bientôt sur les tablettes de votre épicerie. Ne la manquez pas!

Nous profiterons ensuite du dimanche 16 février pour tenir notre Assemblée générale annuelle, de 10h à 12h15. Vous pouvez consulter l’ordre du jour de l’assemblé ici. Le centre paysan, coopérative de solidarité, tiendra ensuite sa propre Assemblée générale, à 13h30.

Tous ces événements auront lieu au même endroit, soit à la ferme Guyon, au 1001 Patrick-Farrar, à Chambly.

 

Pour toute question en lien avec ces événements, communiquez avec Marie-Josée Renaud, coordonnatrice de l’Union paysanne au 450-230-5046 ou à coordination@unionpaysanne.com

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Mémoire – Projet de loi 48 sur la taxe foncière agricole

Mémoire de l’Union paysanne déposé à la Commission de l’agriculture, des pêcherie, de l’énergie et des ressources naturelles (CAPERN) Projet de loi 48 visant à contrôler le coût de la taxe foncière agricole et à simplifier l’accès au crédit de taxes foncières agricoles.

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Le miracle de l’engagement

Plus de 18 ans après la fondation de l’Union paysanne, il m’arrive fréquemment de tenter de me souvenir comment étaient les débuts. Je me souviens que l’agriculture n’était jamais un sujet intéressant les médias. Je me souviens de l’énergie déployée pour susciter un débat, de l’opposition de l’UPA. Je me souviens aussi de tous ces gens rencontrés, prêts à aider. Et je me souviens d’un texte du célèbre écrivain et philosophe allemand, Goethe, à propos de l’engagement.

« Tant que nous ne nous engageons pas, le doute règne, la possibilité de se rétracter demeure et l’inefficacité prévaut toujours.

En ce qui concerne tous les actes d’initiatives et de créativité, il est une vérité élémentaire dont l’ignorance a des incidences innombrables et fait avorter des projets splendides. Dès le moment où on s’engage pleinement, la providence se met également en marche.

Pour nous aider, se mettent en œuvre toutes sortes de chose qui sinon n’auraient jamais eu lieu. Tout un enchaînement d’événements, de situation et de décision crée en notre faveur toutes sortes d’incidents imprévus, des rencontres et des aides matérielles que nous n’aurions jamais rêvé de rencontrer sur notre chemin.

Tout ce que tu peux faire ou rêver de faire, tu peux l’entreprendre. L’audace renferme en soi génie, pouvoir et magie.

Débute maintenant. »

Johann Wolfgang von Goethe

Le 15 février prochain, l’Union paysanne tient une journée de réflexion sur notre volonté collective de changer les choses en agriculture, nos enjeux, nos actions, notre rôle. Un récent sondage nous indique un intérêt certain pour des enjeux comme la transition écologique, mais aussi la souveraineté alimentaire, le droit de produire, l’accès à la terre. Au lendemain de cette rencontre, nous tiendrons notre assemblée annuelle, pour fixer notre plan d’action.

Je vous invite à prendre part à cet événement. La mauvaise nouvelle, c’est que le changement en agriculture n’arrivera pas tout seul. La bonne nouvelle, c’est que l’engagement peut changer les choses.

À bientôt

Maxime Laplante, agr, président