Les dernières nouvelles sur des sujets intéressant l’Union paysanne.

union paysanne invitée sur le podcast la Culture du Vivant
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L’Union Paysanne sur le podcast de La Culture du Vivant

Le président de l’Union Paysanne, Maxime Laplante, a été invité en entrevue sur le podcast de la Culture du Vivant en mai dernier.

Dans cet épisode, on fait un portrait global de l’état actuel de l’agriculture au Québec, qui n’a pas changé depuis 20 ans. On y explique les impacts de ce modèle unique, contrôlé par le monopole syndical agricole de l’UPA, pour les agriculteurs-trices bien sûr, mais aussi pour les citoyen-nes.

Pour connaître les bâtons qui sont mis dans les roues de l’agriculture québécoise et, du même coup, de la liberté de choix pour les consommateurs-trices, c’est un épisode incontournable. Mais aussi, pour savoir qu’est-ce qu’on peut faire en tant que citoyen-nes pour aller vers un changement de paradigme agricole, que l’Union Paysanne souhaite plus éthique et plus vert.

L’organisation soutient et encourage la multiplication de fermes à échelle humaine, la transformation et la mise en marché directe à la ferme, les pratiques respectueuses de nos écosystèmes, la démocratie rurale, et bien plus encore. Tout cela pour offrir une liberté pour les paysan-nes et pour les citoyen-nes, dans l’objectif que notre agriculture soit le moteur de notre souveraineté alimentaire.

Pour écouter l’épisode, cliquez ici

 

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Aurait-on oublié que « Small is beautiful? »

Nous vivons dans un monde plein de coincidences. Comme par hasard, les principaux cas de COVID-19 sont à Montréal. Comme par hasard, les lieux de concentration humaine sont plus touchés. C’est sûrement donc par hasard si une usine d’abattage de porc employant 2500 personnes est affectée ou que des centaines de milliers de poussins doivent être euthanasiés.

Lorsqu’une nation concentre la moitié de sa population dans un centre urbain, c’est carrément de la provocation au niveau épidémiologique. Après des décennies de fermeture sauvage des petits abattoirs sur l’ensemble du territoire québécois par les autorités sanitaires, nous voici confrontés à un manque criant de structure d’abattage en région et une fragilisation des usines d’abattage. Encore le hasard?

Le Québec, qui n’est évidemment pas le seul cas, a choisi de concentrer un peu tout ce qu’il y avait moyen de concentrer: système de santé, système scolaire, agriculture, etc. Pour de vagues motifs d’économie d’échelle? Et si on incluait dans ce loufoque calcul d’économie d’échelle la facture du confinement, nul doute que ces objectifs de concentration seraient remis en question. Il est parfois désolant que, même en 2020, perdure l’adage: »Privatisation des profits, étatisation des dépenses ».

Le risque de la concentration commence à se percevoir de façon flagrante. Le port du masque et la distance de deux mètres vont peut-être sauver les meubles mais les virus, bactéries et autres « hasards » de la nature ne vont pas disparaître. Les maladies ont toujours été présentes et le seront toujours dans l’avenir. Ce qui a changé, c’est que notre société a tout mis en place pour en faciliter la propagation rapide. À moins de vouloir passer le reste de nos vies à porter un masque et à se tenir loin des autres, ce qui serait contraire au fondement même d’une « société », il faudra remettre en question le processus actuel de concentration et de monoculture. Concentrer le bagage génétique de nos animaux constitue un risque majeur. Utiliser de façon préventive des antibiotiques dans les élevages animaux concentrés est une menace directe, risquant d’anéantir l’efficacité des médicaments. Concentrer les cultures est une menace pour la biodiversité. Espérons que l’actuelle épidémie servira à enclencher un changement au lieu de simplement refiler au contribuable les coûts des dommages provoqués par le hasard…

Maxime Laplante, agr, président de l’Union paysanne

résilience
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Pétition pour l’autonomie alimentaire

Autonomie alimentaire et élargissement des droits des producteurs agricoles en matière de production et de vente directe

L’Union paysanne, en collaboration avec la porte-parole en matière d’agriculture de Québec solidaire, Émilise Lessard-Therrien, est fière d’initier une pétition qui sera déposée au Salon bleu le 29 mai prochain afin d’augmenter la résilience de notre système alimentaire.

Merci de faire circuler!

 

Signez la pétition en cliquant ici

 

CONSIDÉRANT QUE le gouvernement du Québec fait appel à une plus grande autonomie alimentaire, plus particulièrement en contexte de crise comme celle de la COVID-19;

CONSIDÉRANT QUE l’article 63 de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche indique qu’«un plan conjoint ne s’applique pas aux ventes faites par un producteur directement à un consommateur»;

CONSIDÉRANT QUE le Québec a importé, en 2018, 220 millions de dollars en produits laitiers et 10 millions de dollars en œufs;

CONSIDÉRANT QUE plusieurs productions sont soumises à des plans conjoints qui limitent et pénalisent financièrement les producteurs et productrices qui voudraient vendre directement ces produits à la ferme;

CONSIDÉRANT QUE de nombreuses fermes de proximité se voient fortement limitées dans la diversification et la croissance de leurs productions;

 

Nous, soussignés, demandons au gouvernement du Québec :

Qu’il permette la vente directe ou le don direct de tous les produits agricoles;
Qu’il augmente les seuils hors quota pour les productions sous gestion de l’offre;
Qu’il offre un soutien financier aux fermes faisant moins de 50 000 $ de chiffre d’affaires;
Qu’il abroge la Loi sur les producteurs agricoles pour permettre le pluralisme syndical;
Qu’il convoque des états généraux sur l’alimentation au Québec;
Qu’il interdise les saisies de produits sous plan conjoint pour la saison 2020;
Qu’il permette un accès aux programmes gouvernementaux sans que les producteurs et productrices s’acquittent obligatoirement de leur cotisation syndicale.

 

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Quelques idées pour faire germer la souveraineté alimentaire

Depuis quelque temps, la question agricole au Québec est de toutes les tribunes. Depuis que nos dirigeant-e-s, dans toute leur parasainteté, ont alignés les mots de l’abondance, les réflexions pleuvent et tous y vont de leurs propositions. On y retrouve des propositions des plus banales, comme les initiatives d’achat local, autant citoyennes que gouvernementales, aux idées légèrement audacieuses comme les tarifs préférentiels pour le chauffage de serres ou la conversion de pépinières ornementales en pépinières légumières. Par contre, grâce aux travaux de certaines personnes, on se rend compte que l’hiver n’est pas le frein majeur à la production légumière que l’on pensait. Semble donc émerger l’idée que la production de certains légumes, toute l’année, au Québec serait possible. Ce qui est déjà le cas dans certaines fermes.

Prenons un moment pour explorer les idées grand public qui circulent actuellement. En premier, le fameux rabais d’électricité. En amont de l’idée, il faut savoir que les exploitations agricoles (terme officiel pour les fermes au MAPAQ) ont déjà accès au tarif domestique d’Hydro-Québec, ce qui représente une contribution de l’État pour faciliter la production ou pour augmenter les bénéfices des entreprises. Aussi, il faut regarder à quoi sert cette électricité sur les fermes. Actuellement, c’est surtout le propane et le bois qui servent à chauffer les installations agricoles. Que l’on pense aux serres, aux pouponnières ou aux séchoirs à grains. La fausse crise du propane aura été révélatrice à cet égard. Dans cette mesure, on peut se questionner sur le rôle à venir d’Hydro-Québec et de sa nouvelle directrice, précédemment chez Gaz-métro. À quoi sert donc l’électricité dans tout ça ? Principalement à l’éclairage. Car au-delà des températures hivernales, l’hiver amène aussi des carences en temps d’ensoleillement. Ce serait donc à l’avantage des grands consommateurs de lumières, c’est-à-dire les grands complexes de serres comme Savoura, Toundra, Lufa ou les plus récents producteurs de pot. Les mêmes industries auxquelles nous reprochons, notamment, la pollution lumineuse. Bien qu’une partie de leurs productions nourrisse effectivement la province, c’est surtout leurs bénéfices nets qui vont s’en trouver améliorés. C’est donc les gros joueurs industriels qui apprécieront les nouveaux tarifs d’électricité et non les petits maraîchers de proximité. Une meilleure idée serait de donner l’électricité gratuitement aux fermes à faible chiffre d’affaires et qui font de la distribution en circuits courts. Et pourquoi pas aux fermes à but non lucratif ?

Deuxième idée à nuancer, l’achat local et les circuits courts. C’est en soi une bonne blague de voir ce discours émerger alors que, depuis les années 80, on porte au pouvoir des gouvernements néo-libéraux, Hérault de la délocalisation et du marché mondial, qui s’efforcent de créer de grandes chaînes d’intégrations internationales pour approvisionner la province. Alors certes, acheter local et à proximité, mais dans le réel, à regarder la politique bioalimentaire du Québec, c’est l’inverse qui est mis de l’avant. Des questions comme l’absence d’abattoirs de proximité, l’accès difficile à la terre ou la professionnalisation de l’agriculture sont autant de freins à l’achat local que le gouvernement actuel ne semble pas vouloir adresser. À cet égard, les revendications de l’Union paysanne concernant la hausse du hors quota, l’abattage à la ferme et l’application de la loi sur la mise en marché des produits agricoles seraient bien plus en mesure d’aider la production et l’achat local, en plus d’encourager la réhabitation de régions dévitalisées.

Finalement, la dernière initiative grand public en est une relativement bonne. On parle ici d’une majoration de 4$/h par rapport au salaire de base pour les travailleurs et travailleuses agricoles. Sur cette question, on peut mentionner que la question salariale est fondamentale quand on regarde l’impact selon la taille (et le chiffre d’affaires) des fermes. Plus la ferme est petite, plus la proportion des frais d’exploitation liés aux salaires est grande. Aider à améliorer les conditions de travail des gens sur la ferme ne peut être que souhaitable et pourrait sérieusement aider les plus petites fermes à augmenter significativement leur production. Par contre, si on regarde simplement les dépenses en salaires, on se rend compte que les grands maraîchers (souvent en monoculture) sont des employeurs importants et qu’ils bénéficieraient également de cette majoration. Si l’objectif est d’améliorer les conditions de travail et l’attractivité des emplois agricoles, cette mesure semble adéquate. Par contre, si l’objectif est de réduire le nombre de fermes industrielles, alors c’est ailleurs qu’il faudra chercher.

Au-delà de ces idées, il semble important de prendre un moment et d’adresser les termes que l’on entend fréquemment dans les médias. Je pense ici à aux questions de la sécurité, de l’autonomie et de la souveraineté alimentaire. Le premier terme, de sécurité fait référence à la possibilité de se procurer une nourriture qui satisfait les besoins. C’est ce qu’on vit en ce moment, au Québec, avec l’offre alimentaire des épiceries, des transformateurs industriels et de certains marchés mondains. On donne donc à la main invisible du libre marché le rôle de constituer cette offre. Bien sûr, un certain nombre de lois et de règlements existent pour minimiser les effets néfastes et faciliter l’implantation de telles offres. Les banques alimentaires, approvisionnées presque exclusivement par les industriels, sont aussi une partie de cette sécurité pour les moins nantis d’entre nous. La sécurité est le terme que les capitalistes ont choisi pour parler de l’appareil de production alimentaire industriel mondial, celui qui pollue, qui empoisonne et qui nourrit à peine.

Deuxième terme, celui de l’autonomie. Cette idée implique de faire les choses soi-même. C’est une saveur plus nationale, plus protectionniste qui se déploie derrière ce terme. C’est l’idée de ramener une partie plus importante de la production nourricière du Québec au Québec. Cette idée se heurte, encore une fois, à l’esprit néo-libéral actuel qui ne jure que par l’ouverture des frontières et les exemptions douanières. On voit cette gymnastique à l’oeuvre en ce moment dans certaines politiques agricoles comme les quotas et les tarifs douaniers, dans lesquels naviguent les partenariats et les ententes de libre-échange. On veut produire plus au Québec, mais on veut aussi améliorer la balance commerciale du pays et de la province. Autre phénomène lié au terme, celui du type de production. Aucune intention n’existe, derrière l’autonomie alimentaire, d’augmenter le nombre de fermes, d’en réduire la taille et d’en améliorer les pratiques au point de vue social, environnemental et nutritif. Tout cela est laissé aux experts des fédérations spécialisées et aux plans conjoints. Et la tendance actuelle, à quelques exceptions près, reste à la concentration, l’intégration et à la spécialisation.

Finalement, le dernier terme, celui de souveraineté alimentaire est de loin le plus intéressant. Ce terme, issu des luttes de La Via Campesina, une organisation paysanne internationale, se déploie en six piliers. L’accent est mis sur la nourriture destinée aux populations locales. Elle encourage et valorise les productions locales et propose de localiser les productions et la consommation. Le contrôle de ces productions est aussi localisé pour encourager le travail avec la nature et les connaissances et compétences des paysan-ne-s. Derrière ce terme, on retrouve l’idée du choix, de la décision. Dans notre contexte, c’est là un terme important, car c’est bien l’une des choses dont nous sommes privé-e-s. Quoi produire, comment le produire, comment distribuer sont autant de questions importantes qu’il est temps de se poser.

Après ce survol de quelques idées et de termes qui peuvent porter à confusion, on est en mesure de se demander ce qui serait réellement transformateur pour l’agriculture du Québec. Je m’essaye de quelques propositions. Avant toute chose, je veux quand même saluer les initiatives qui se déploient en ce moment, à travers le Québec, pour essayer d’améliorer les choses. Car c’est bien de cela qu’il est question ici : l’amélioration par la transformation. Autant dire que le status quo n’est pas à préserver, il est à bouleverser.

En premier lieu, il est question de la relation entre la société et son modèle de production agricole. Ce modèle est, en ce moment, laissé à quelques spécialistes qui ne nous disent rien à part de leur faire confiance. Il faut se séparer de cette vision technocratique et essayer d’imaginer un tout autre rapport. Un rapport dans lequel les forces productives de l’alimentation acceptent un contrat avec l’État. Comme le sont certain.e.s professionnel-le-s et les fonctionnaires. L’idée est de reconnaître les services que rendent les agriculteurs et agricultrices comme un service collectif et qu’ils et elles soient rémunéré.e.s sur ces bases plutôt que comme des entrepreneur.e.s à la recherche permanente de projets subventionnables, comme c’est le cas en ce moment. Cette idée émane du contrat vert de l’Union Paysanne, un document que l’on aurait intérêt à ressortir et à explorer collectivement.

En second lieu, c’est la relation entre les forces productives et les forces de consommation qu’il est important d’explorer. Cet exercice doit être considéré à plusieurs échelles pour pouvoir se déployer convenablement. L’idée fondamentale est la suivante. Ce n’est pas le libre marché qui doit organiser l’alimentation de la province, mais bien des organisations qui permettraient l’union des producteur-trice-s et des mangeur-euse-s. Ces organisations auraient pour but de déterminer les besoins de ceux et celles qui mangent et d’y faire correspondre une production locale. Pour répondre aux besoins de toutes et tous, ces organisations devraient se déployer à l’échelle d’un quartier ou d’un village, jusqu’à celui de la province. Une forme de fédération pourrait être mise en place pour organiser le tout et des agences de facilitation pourraient voir le jour pour aider les processus. Ce qu’il faut voir dans cette idée, c’est son caractère décisionnel pour les gens du Québec. C’est aussi un exercice beaucoup plus démocratique que ce que nos parlementaires nous proposent. C’est, de plus, un exercice d’autogestion collective à grande échelle. C’est, à mon avis, la voie de la souveraineté alimentaire. Une proposition du Front commun pour la transition énergétique va dans ce sens et mérite notre attention. C’est la création de programmes régionaux de souveraineté alimentaire, une idée qu’il serait également intéressant d’explorer collectivement.

Finalement, les démarches que le Québec doit mettre en place pour atteindre une réelle souveraineté alimentaire sont définitivement collectives. Il faut rompre avec l’idée des spécialistes et technocrates qui connaissent nos besoins. Il faut rompre avec les idées néo-libérales du désengagement de l’État et de sa vision hégémonique capitaliste. Nous devons reconstruire nos processus et nos espaces décisionnels sur de nouvelles bases décentralisées. Après la crise, nous devons organiser les États Généraux sur l’Alimentation au Québec.

Gaspar C. Lépine, paysan, coop du Trécarré

Jean Simon Voghel, paysan, ferme Le Noyau

Alexandre Béland, fondateur et président de ulocal.co

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L’UPA, l’éléphant dans la pièce

On me reproche parfois de faire du « UPA-bashing ». Je trouve au contraire que prétendre vouloir parler d’agriculture au Québec ou de souveraineté alimentaire en évitant soigneusement de mentionner l’UPA, c’est un peu comme de vouloir décrire un salon en oubliant de parler de l’éléphant qui se trouve au centre. Après presque 50 ans de monopole et de contrôle quasi absolu sur notre agriculture, il faut reconnaître la lourde part de responsabilité de l’UPA dans la dépendance de notre agriculture, autant en exportation qu’en importation, en spécialisation, en disparition des fermes.

Le double discours constant

D’un côté de la bouche, on vante notre force de travail en tant qu’agriculteurs et de l’autre, on affirme que ça prend deux Québécois pour être aussi efficace qu’un travailleur étranger (Marcel Groleau, lapresse.ca, 7 avril 2020). Je ne sais pas pour vous, mais je n’apprécie pas beaucoup que celui supposé me représenter du haut de son monopole émette ce genre de propos raciste à mon endroit.

Encore en décembre, l’UPA louangeait l’exportation et la conquête des marchés (congrès, déc 2019) et prétend aujourd’hui s’être toujours préoccupée de mise en marché locale. Sans oublier le fait que l’UPA a quand même embauché des avocats pour bloquer nos requêtes de vente directe d’oeufs, de poulet et de dindon devant la Régie des marchés agricoles. Avocats payés avec nos cotisations de fermiers, en outre…

Une absence louche

Avec tout le pouvoir dont dispose l’UPA, on peut se demander pourquoi cette organisation ne s’est jamais attaquée aux enjeux de l’agriculture de proximité. Par exemple, il aurait été simple de demander le remboursement des certifications bio, ce qui représenterait à peine 2 ou 3 millions, alors qu’elle a obtenu sans peine les milliards pour développer une agriculture d’exportation reposant sur les subventions du porc et du maïs. La Régie aurait plié rapidement, comme d’habitude, si l’UPA avait demandé une hausse de la production hors-quota pour permettre la mise en marché directe à faible volume. Il y a fort à parier que nous aurions encore une multitude de petits abattoirs en région si l’UPA avait plaidé en ce sens.

Dans son rapport remis à la commission Pronovost, la notoire commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) recommandait vivement une diversification et une multifonctionnalité de l’agriculture. Elle terminait son rapport en mentionnant l’opposition de l’UPA à ce projet.

En tant que fermiers, nous avons écrit à l’UPA pour réclamer un soutien pour notre agriculture de proximité. Sans réponse. Le monarque ne négocie pas avec ses sujets…

Ce qui empêche notre agriculture de s’adapter, d’évoluer, de contribuer à une véritable souveraineté alimentaire, ce ne sont pas les « forces du marché » ou une quelconque volonté céleste. C’est clairement le carcan de l’UPA, ce qui incitait Jean Pronovost à conclure que le Québec agricole manquait d’oxygène. Vous voulez un véritable changement en agriculture? Ça passe obligatoirement par la fin du monopole de l’UPA.

Maxime Laplante, agr, président

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Lettre à tous les paysans et paysannes

Ce sera visiblement pour la plupart d’entre nous une période de Pâques radicalement différente, alors que chacun développe des aptitudes avec Internet, Skype, Facetime et autres outils virtuels.

En entendant le premier ministre déclarer son intérêt pour l’autonomie alimentaire du Québec, je perçois un message d’espoir, alors que l’Union paysanne réclame depuis sa fondation la souveraineté alimentaire, la mise en place de circuits courts, avec tout ce que ça comporte, en termes de transformation possible à la ferme, d’abattage de proximité, de vente directe, d’agrotourisme.

Évidemment, il serait facile de dire: « On vous l’avait dit, que le système d’agriculture spécialisée, exportatrice, nous mènera tôt ou tard vers un mur ». Le mur est maintenant là. Je comprends donc un message d’espoir mais également un signe d’encouragement de tout mettre en oeuvre pour que cette crise aboutisse à un changement majeur d’orientation de notre agriculture.

Le modèle actuel d’agriculture spécialisée, contrôlée par un monopole, arrive aux aberrations malheureusement prévisibles. De grandes quantités de lait jeté en pleine période de crise, alors qu’on aurait pu organiser une distribution locale de ce lait, directement aux communautés. J’ai moi-même offert à des fermes laitières, obligées de jeter leur lait, de mettre en place rapidement un réseau de clients avec une collecte de lait, incluant des recettes faciles pour la fabrication de fromage, de yogourt. Malheureusement, c’est encore interdit au Québec. Il y a aussi la menace de devoir euthanasier des porcs parce que la filière d’exportation est ébranlée ainsi que les structures centralisées d’abattage. Puis notre dépendance face à des approvisionnements de l’étranger, autant en aliments qu’en main-d’oeuvre. La menace de maladies dans nos cheptels animaux et de volaille hautement densifiés. La distanciation sociale comme mesure pour protéger les humains devrait s’appliquer autant aux animaux.

Contrairement aux affirmations de l’UPA à l’effet que le Québec agricole ne soit pas en mesure à court terme de s’adapter, ou même qu’un travailleur étranger vaille deux Québécois, nous sommes convaincus du potentiel gigantesque des artisans et artisannes de la terre, de leur savoir-faire, de leur esprit d’initiative et d’innovation. Il faut juste leur donner la marge de manoeuvre nécessaire, leur permettre de produire et de vendre, d’entrer en contact direct avec la population.

En attendant, profitons du fait qu’il n’y ait pas de quota sur les oeufs de Pâques,

Maxime Laplante, agr, président

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Il devrait être légal de donner du lait au lieu de le jeter

Ste-Croix, 9 avril 2020 – 

L’annonce récente concernant le fait de jeter du bon lait à l’égout en pleine crise a suscité beaucoup de réactions. Il serait pourtant tentant d’acheter du lait directement de la ferme au lieu d’en faire un déchet. Mais malheur au fermier qui se ferait prendre à vendre ou même donner du lait au Québec.

En effet, le Règlement sur les quotas des producteurs de lait est clair à ce sujet:

(art. 3) »Nul ne peut produire ou mettre en marché du lait sans détenir un quota. » Selon ce règlement, nul ne peut produire, ni vendre, ni donner du lait sans détenir un quota. Et pour qui déciderait de vous refiler un peu de lait,  il doit s’attendre à devoir payer une amende de 500 $ par litre de lait pour tout volume inférieur ou égal à 10 litres.(art. 18)

On comprend que la gestion de l’offre en vigueur au Canada vise à équilibrer la production de lait selon les besoins de la population, sans créer de surplus ni de manque. Mais la loi sur la mise en marché des produits agricoles prévoit justement la possibilité de faire la vente directe de lait, sans détenir un quota ni passer par un plan conjoint de mise en marché.

« un plan conjoint ne s’applique pas aux ventes directes au consommateur » (Loi sur la mise en marché des produits agricoles, art.63). Le problème, c’est que la Régie des marchés agricoles, organisme public de surveillance de la mise en marché, refuse d’appliquer la loi, cédant sous la pression des Producteurs de lait de l’UPA.

Et même si vous détenez un quota, au prix de 24 000$ par vache pour un minimum de 10 vaches, soit 240 000$, vous n’avez quand même pas le droit de faire de la vente directe à un client. Pourtant, ailleurs au Canada, l’Alberta permet la vente directe de 50 litres de lait par jour. Pour Maxime Laplante, président de l’Union paysanne, « on peut acheter du lait directement de la ferme pratiquement partout sur la planète, sauf ici ».

Tant que la Régie des marchés agricoles, sous la pression de l’UPA, refusera de permettre la vente directe de lait selon la loi, le Québec continuera à assister à du déversement de lait à l’égout, alors qu’un marché est disponible et que nombre de fermes seraient intéressées par un revenu supplémentaire.

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Pourquoi nous empêcher de produire de la nourriture?

Nous avons assisté récemment au discours du premier ministre en faveur d’une plus grande autonomie alimentaire pour le Québec. Un propos encourageant pour l’Union paysanne mais un contraste flagrant avec les politiques actuelles. Mais le plus surprenant, c’est d’entendre le même ton de la part du président de l’UPA qui déclarait il y a un an  » Grâce aux ententes internationales comme l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste et l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, les perspectives d’exportation sont très favorables. »

Dans le contexte du coronavirus, alors que la population s’inquiète de la sécurité de nos approvisionnements, l’Union paysanne réclame le droit de produire pour la mise en marché directe. Pour son président, Maxime Laplante, « il est inconcevable que le Québec doive importer des quantités massives d’aliments mais interdise à ses propres habitants de produire ces mêmes aliments. »

Des exemples?

Le Québec a importé en 2018 (données du MAPAQ):

-Plus de 220 millions $ en produits laitiers mais la filière des producteurs de lait de l’UPA nous interdit de vendre ou même de donner un seul litre de lait à moins d’acheter pour 240 000$ de quota.

-10 000 000$ en oeufs mais les fédérations de l’UPA nous interdisent de détenir plus de 100 poules, à moins de payer un quota à 245$ par poule.

-440 000 000$ en poissons et fruits de mer mais les plans conjoints interdisent de ramasser une huître, une moule ou un homard au bord de la mer, ne serait-ce que pour manger en famille.

Une loi non appliquée

Pourtant, la loi est claire mais la Régie des marchés agricoles et alimentaires, sous la pression directe de l’UPA, refuse d’appliquer cette loi.

« un plan conjoint ne s’applique pas aux ventes directes au consommateur » (Loi sur la mise en marché des produits agricoles, art. 63)

Depuis 3 ans, l’Union paysanne réclame l’application de la loi et ainsi nous permettre de nourrir nos communautés au lieu de dépendre des importations.

Les agriculteurs du Québec sont prêts à produire. Encore faut-il qu’ils en aient le droit.

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Semences paysannes

Voici une liste (à compléter, n’hésitez pas à nous écrire) des entreprises paysannes qui offrent des semences locales par la poste afin d’assurer votre souveraineté alimentaire en ces temps de crise alimentaire imminente. Alors le protocole: commander, semer, cultiver, manger!

Photo: Dégustation de tomates paysannes lors de l’Agroecology Field School d’Ottawa en septembre 2018 chez Greta Kryger, par Geneviève Lalumière

https://www.seeds-organic.com/

Zombieseedz
https://zombieseedz.ca

Terre Promise
https://www.terrepromise.ca

Verte Santé
https://vertesante.weebly.com/catalogue-des-semences.html

Le Noyau
http://lenoyau.com/produits/

Le Potager Ornemental de Catherine
https://www.potagerornemental.com

Le jardin des vie-la-joie
https://vielajoie.com

La Société des Plantes
www.lasocietedesplantes.com

Les semences du batteux
http://lessemencesdubatteux.ca

Les semences nourricières
http://fr.seedsforfood.net

Les Jardins de la Gaillarde
https://www.jardinsdelagaillarde.ca/fr/accueil

Le Jardin de Julie
http://jardindejulie.com/products-page/les-semences/

La Ferme Coopérative Tourne-Sol
https://fr.boutique.fermetournesol.qc.ca

Les Semences du Portage
https://www.semencesduportage.com/catalogue/

Les Jardins de l’Écoumène
http://www.ecoumene.com

La Ferme de l’Aube
https://www.lafermedelaube.com

Jardins La Brouette
https://www.jardinslabrouette.com/semences

Pepperseedz
https://www.pepperseedz.com

Ferme coopérative Les Potagers Partagés
http://potagerspartages.ca/semences

Semences Nouveau Monde
https://www.semencesnouveaumonde.com

Les Jardins féconds de Kélanie
https://www.lesjardinsfeconds.ca/

La Croisée des Cultures
https://www.croiseedescultures.com/shop

Semences nordiques
https://northernseeds.ca

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Le coronavirus et les failles de notre système agricole

Nous sommes encore loin de connaître les conséquences de la pandémie sur l’agriculture du Québec. Différents secteurs risquent d’être touchés plus que d’autres. La production maraîchère est devenue largement dépendante de l’arrivée de travailleurs étrangers, du Mexique, du Guatemala ou d’ailleurs. L’industrie porcine prévoit également subir des pertes, alors qu’elle dépend à 70% de l’exportation. La propagation rapide du virus chez les humains à travers la planète illustre à quelle vitesse une maladie peut se propager, en raison de la circulation des personnes par toutes sortes de moyens. Une éventuelle fermeture des frontières peut également fortement ébranler notre système d’approvisionnement alimentaire, dépendant pour une large part des importations.

L’industrie agricole, déjà largement tributaire des programmes de subventions comme l’ASRA, se prépare à quémander encore plus de la part du contribuable pour contrer les difficultés financières des fermes. Est-ce que l’injection d’encore plus d’argent dans un système déjà coûteux va vraiment être la solution? Au contraire, l’Union paysanne estime que la situation entourant le coronavirus doit nous forcer à revoir notre modèle agricole le plus rapidement possible.

La propagation des maladies

Le coronavirus a rapidement envahi la planète. Les mesures recommandées prévoient essentiellement deux choses : la distanciation des humains et l’interdiction de circuler d’un endroit à l’autre. Dans le cas de la production animale, il n’en va pas autrement. Le système d’élevage industriel du Québec se pose en contradiction flagrante avec ces principes élémentaires de précaution. Les deux facteurs de risque d’apparition et de propagation des maladies sont la grande concentration des animaux et de la volaille, ainsi que la circulation d’une ferme à l’autre des ouvriers, de la moulée, du fumier, des animaux eux-mêmes, etc. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les gigantesques élevages concentrés de porc (2400 porcs par ferme en moyenne) ou de volaille (34 500 poules par ferme en moyenne) doivent être très vigilants concernant les règles sanitaires. Mais ce n’est pas suffisant et ce ne le sera jamais. Les élevages de volaille au Québec prévoient environ un pied carré par volatile, parfois moins. Difficile d’éviter la propagation d’une maladie dans ces conditions. Et utiliser des antibiotiques de façon préventive et massive créera d’autres problèmes, comme la résistance aux antibiotiques chez humains et animaux. Le mode d’élevage qui s’est établi pour le porc et la volaille s’étend également aux élevages de bovins ou de vaches laitières, où des troupeaux de plus en plus denses s’installent et se concentrent dans des territoires de plus en plus réduits.

Selon l’organisation mondiale de la santé :

  • La résistance aux antibiotiques constitue aujourd’hui l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, la sécurité alimentaire et le développement.

  • Elle peut toucher toute personne, à n’importe quel âge et dans n’importe quel pays.

  • La résistance aux antibiotiques est un phénomène naturel mais le mauvais usage de ces médicaments chez l’homme et l’animal accélère le processus.

– Communiqué de presse du 7 novembre 2017

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande que les éleveurs et l’industrie alimentaire cessent d’utiliser systématiquement des antibiotiques pour promouvoir la croissance et prévenir les maladies chez des animaux sains. 

Les nouvelles recommandations de l’Organisation visent à préserver l’efficacité des antibiotiques importants pour la médecine humaine en réduisant leur utilisation inutile chez l’animal. Dans certains pays, (dont le Canada, selon Radio-Canada) approximativement 80% des antibiotiques importants pour la médecine humaine sont consommés dans le secteur animal, et, en grande partie, pour favoriser la croissance chez des animaux sains.

« Mes collègues ont découvert que lorsqu’on était en contact direct avec un porc porteur d’une souche résistante aux antibiotiques, que ce soit un éleveur ou un vétérinaire, on avait de 60 % à 70 % de risques d’être colonisé par la bactérie. »

– Jan Kluytmans, microbiologiste à l’hôpital de Breda, aux Pays-Bas

Sachant que le porc a un métabolisme très proche de l’humain, difficile de s’imaginer que la propagation de maladies pourrait être différente. Ce que le coronavirus déclenche chez les populations humaines nous donne une idée de ce qui pourrait arriver dans nos élevages. C’est d’ailleurs déjà arrivé: C’est d’ailleurs déjà arrivé: syndrome de dépérissement postsevrage (SDPS), diarrhée épidémique porcine (DEP) et deltacoronavirus porcin (DCVP), sans compter la menace actuelle de peste porcine dont les premiers cas viennent d’apparaître au québec.

La solution? Diminuer la densité des élevages, disperser la production sur le territoire au lieu de la concentrer dans certaines régions, réduire la circulation entre les fermes. Le message est pourtant clair auprès des humains: distanciation et réduction des déplacements. En matière de production animale, nous faisons exactement le contraire…

La dépendance face aux exportations

70% du porc produit au Québec est exporté, grâce au système de subventions comme l’ASRA (déficitaire depuis plus de 10 ans, essentiellement en raison du secteur porcin. Une autre facture de 265 millions en 2018 seulement). En plus de coûter cher au contribuable du Québec et d’avoir soulevé la colère du milieu rural, cette exportation a de nombreux effets néfastes. Nous ne contrôlons pas le marché à l’étranger, ce qui rend ce secteur extrêmement vulnérable. Lorsque les acheteurs asiatiques ont exigé de meilleures conditions d’élevage pour les truies, l’État québécois a allongé environ 100 millions de plus pour modifier les cages. Et chaque fois que la demande mondiale ou le prix faiblit, l’industrie se retourne vers l’État pour une nouvelle compensation financière. En bout de piste, ce porc arrive ensuite à l’étranger à des prix de dumping, nuisant lourdement à la capacité locale de produire la même denrée.

Le blocage de la vente directe

Circuits courts, agriculture de proximité, ça vous dit quelque chose? Tous s’entendent sur le constat que la réduction de l’utilisation du pétrole s’impose. Le discours est sur toutes les lèvres: acheter local. En principe, avec notre système de gestion de l’offre, nous devrions être en mesure de produire les quantités de nourriture pour les besoins de notre population. Et pourtant, bonne chance pour réussir à acheter un poulet, des oeufs ou du lait directement de la ferme au Québec. À moins de détenir un exorbitant quota de production (245$ par poule, 24 000$ par vache, 1850$ par mètre carré pour le poulet), chaque ferme est limitée à 100 poules, 300 poulets et 24 dindons. Pendant ce temps, avec les accords du commerce international, le Canada, et donc le Québec, permet l’arrivage de quantités massives de ces produits de l’étranger mais tolère que les fédérations de l’UPA, par le biais des plans conjoints, interdisent la production locale directement au consommateur. Uniquement en 2017, le Québec a importé 3 millions de douzaines d’oeufs mais nos petites fermes n’ont pas le droit de les produire! Pour la même année, le Québec a dû importer 56 millions d’oeufs d’incubation et 9 millions de poussins, de quoi remplir les élevages de volaille. Le Québec est largement dépendant de l’importation dans ce secteur. Pas très rassurant en cas de fermeture de frontières.

Situation analogue pour le lait, pourtant emblème fort de la gestion de l’offre; le Québec importe environ pour 260 millions de dollars en divers produits laitiers. Tout en interdisant aux fermes d’ici de remplir la commande… Pour avoir le droit de fournir du lait à des voisins, il faut débourser 24 000$ par vache, pour un minimum de 10 vaches, soit 240 000$. Il faut ensuite encore acheter les vaches, les nourrir, acheter la plomberie imposée, le fameux « Bulktank » réfrigéré. Et même là, ce lait devra transiter par le monopole de transport du lait et le fermier producteur ne recevra que le prix du gros et non le prix du détail, à moins de racheter sa propre production. Difficile d’être plus loin de la vente directe souhaitée…

Main-d’oeuvre étrangère

Bon an, mal an, environ 16 000 travailleurs étrangers sont attendus sur les fermes du Québec. L’Union paysanne dénonce les conséquences de la production alimentaire industrialisée et mondialisée: on produit pour l’étranger, on consomme de l’étranger et on fait venir des travailleurs-euses de l’étranger. Alors que la production à plus petite échelle a fait ses preuves de rendement et nourrit actuellement 70% de la population mondiale, le Québec continue de s’enfoncer dans une dépendance aux marchés mondiaux, ce qui compromet sérieusement la souveraineté alimentaire de nos communautés. Il ne s’agit pas ici de dénigrer le travail de ces personnes qui ont quitté leur famille avec l’espoir d’un meilleur revenu, mais il est justement inadmissible que ces gens, alors qu’ils paient impôt et taxes ici, n’aient pas accès à tous les services offerts à la population québécoise et qu’ils doivent choisir entre famille et salaire.

Notre modèle agricole s’avère de plus en plus dépendant de cet apport de main-d’oeuvre étrangère. Le cas du coronavirus met à jour les conséquences d’une telle dépendance. On peut en outre présumer que ces gens préfèreraient travailler dans leur pays, avec leur famille. On peut aussi s’interroger sur les méfaits du commerce international et du dumping sur la structure vivrière de production des pays d’origine de ces personnes.

Comment rendre notre agriculture moins vulnérable

  • obtenir le droit de produire

Au-delà des voeux pieux sur l’agriculture de proximité, l’Union paysanne réclame d’abord le droit de produire pour nos communautés, nos familles, nos voisins. Si c’est (encore) possible dans le cas des légumes et des fruits (moyennant le paiement d’une redevance à l’industrie, entre autres pour les pommes, les fraises et les framboises. Incroyable mais vrai), la situation est radicalement différente pour les produits sous gestion de l’offre comme le lait, les oeufs, la volaille et le lapin. L’Union paysanne exige l’application de la loi sur la mise en marché des produits agricoles (art. 63) qui stipule:

Un plan conjoint (incluant les quotas) ne s’applique pas aux ventes faites par un producteur directement à un consommateur.

Selon cette loi, dont l’application est bloquée par la Régie des marchés agricoles sous la pression des fédérations de l’UPA et de l’UPA elle-même, il serait possible de vendre directement dans nos communautés. Cette situation se révèle totalement absurde: La Régie des marchés agricoles, organe public, refuse d’appliquer la loi qui l’encadre et se soumet lamentablement aux demandes des cartels, entravant lourdement la vente directe. Aux frais du contribuable en plus.

  • Modifier le financement de l’agriculture

La part du lion en matière de subventions agricoles va à la spécialisation et l’exportation. Les programmes de l’assurance-stabilisation du revenu agricole (ASRA) viennent en aide principalement à la production porcine et aux monocultures associées, comme le maïs, les céréales et le soya. Même la toute récente politique bioalimentaire annonce un accroissement de notre dépendance en matière de production agricole.

  • Modifier le régime de gestion de l’offre

Le Québec ne pourra pas longtemps maintenir le système des quotas de production s’il persiste à miser de plus en plus sur l’exportation. On ne peut pas ouvrir et fermer les frontières en même temps. Exporter du lait et vouloir en bloquer l’importation, c’est profondément paradoxal et indéfendable dans le cadre du commerce international. Le système de gestion est avant tout un contrat social entre l’État et le monde agricole. Ce contrat dit essentiellement deux choses: les fermes s’engagent à ne produire que ce qui correspond aux besoins de notre population et l’État s’engage à contrôler les frontières pour éviter que des importations ne viennent nuire à cet équilibre. Le dérapage, c’est d’avoir confié cette gestion à des cartels en situation de conflit d’intérêt. Ceux qui détiennent les quotas défendent leurs acquis et les concentrent. Il n’y a que peu de place pour la relève ou pour de nouveaux arrivants, en plus de concentrer la production dans certaines régions. Une gestion de l’offre réformée et sous le contrôle d’instances plus soucieuses d’autonomie et de souveraineté alimentaire pourrait être un outil formidable pour redynamiser les régions périphériques, la relève, la diversité. Par exemple, chaque fois que la demande pour des oeufs, du poulet ou du lait augmente, du nouveau quota est distribué. Mais cette distribution est faite uniquement aux détenteurs actuels de quota, en proportion de la taille de leur entreprise. Plus la ferme a du quota, plus elle en reçoit. Le système actuel contribue à la concentration des élevages alors que la prudence la plus élémentaire inciterait au contraire. Alors qu’on pourrait facilement attribuer ce nouveau quota à de nouvelles entreprises.

En conclusion, notre agriculture, de plus en plus dépendante du marché mondial, se révèle de moins en moins outillée pour faire face à des situations de crise comme celle du coronavirus. Sans être alarmiste, on peut facilement imaginer qu’en cas de réel effondrement des approvisionnements, le gros bon sens reprendrait ses droits et la population chercherait à s’alimenter directement à la ferme. L’Histoire abonde de cas où la sécurité alimentaire des populations s’est faite grâce à un contact direct entre la terre et la table. Ce sont encore les petites fermes diversifiées qui fournissent 70% de la nourriture mondialement. La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas le bon Dieu qui a mis en place nos politiques d’exportation et de monocultures. Nous pouvons et devons réorienter notre modèle agricole. Espérons que la situation créée par le virus nous incitera collectivement à un changement de cap.

Maxime Laplante, agronome, paysan et président de l’Union paysanne