Les dernières nouvelles sur des sujets intéressant l’Union paysanne.

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Mot du président – Chronique du 17 avril 2018

Bonjour,

Récemment, le vendredi 6 avril pour être exact, le gouvernement du Québec a annoncé sa politique bioalimentaire. Cette politique a suivi un singulier parcours. À la suite de la commission Pronovost, largement tablettée, un sommet sur l’alimentation a vu le jour, dans le but d’aboutir à une politique agricole. Et voilà que le terme « agricole » est remplacé par « bioalimentaire ». Sans qu’il soit question de prendre un virage bio ni même alimentaire.

Le but d’une politique devrait, et j’insiste sur le « devrait », être de donner une direction claire. Sans direction claire, on s’éparpille, avec des décisions souvent contradictoires, voire contre-productives. Un peu de subvention bio et beaucoup pour les cultures OGM, par exemple. Ce qui est décevant, c’est que la nouvelle politique bioalimentaire ne donne pas de direction claire, justement. On veut du produit local mais on subventionne l’exportation. On veut plus d’approvisionnement québécois auprès des institutions sans remettre en question les accords de libre-échange qui risquent d’accorder priorité au produit étranger dans les appels d’offres.

Il y a quand même un élément intéressant qui va peut-être se mettre en place à la suite de cette politique : un processus périodique d’évaluation pour vérifier si les objectifs sont atteints. Lorsque l’Union paysanne avait présenté son projet de politique agricole devant la commission Pronovost, j’avais insisté sur la nécessité d’évaluer l’atteinte des objectifs au lieu d’attendre un demi-siècle sans se demander si des reliquats antédiluviens sont encore pertinents, comme le monopole de l’UPA, ou si la gestion de l’offre ne devrait pas être réajustée. On ne se surprendra évidemment pas d’entendre que l’UPA, la CAQ ou le PQ soient contre un tel processus d’évaluation, trop accrochés au statuquo. On est encore loin des objectifs de souveraineté alimentaire dont rêve l’Union paysanne. Les objectifs d’une politique agricole digne de ce nom devraient être :

  • Nourrir notre population, en quantité et en qualité
  • Protéger les ressources
  • Occuper le territoire de façon décentralisée

 

Ça semble évident, non?

Bon printemps!

Maxime Laplante, président

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Politique bioalimentaire, quelle est la direction?

Annoncée en grandes pompes à l’île Perrot, la politique bioalimentaire présente de louables intentions : augmenter la part des approvisionnements des institutions publiques en aliments québécois, doubler les surfaces en production biologique, gonfler la part des produits du Québec sur les étalages, les valoriser, etc.

« Alimenter notre monde », clame cette politique. Quel monde? La population du Québec dans un objectif de souveraineté alimentaire ou plutôt la planète? À la lumière des budgets envisagés, la seconde hypothèse semble prendre le pas. Le préfixe « BIO » de la politique n’a évidemment aucun lien avec la production biologique. En fait, doubler notre maigre 2% de surface bio au Québec pour atteindre 4% d’ici 2025 semble dérisoire. La politique prévoit une somme de 7 millions pour soutenir la production biologique mais 10 pour gérer les pesticides. L’investissement se fait aussi beaucoup plus lourd pour modifier les conditions d’élevage porcin en vue d’exportation ou pour robotiser et automatiser.

Ce projet de politique n’a de bio que le nom, se place à l’opposé de la souveraineté alimentaire, ne remet aucunement en question la situation actuelle. Le rapport Pronovost reste sur sa tablette, alors qu’il recommandait clairement une réforme du modèle. Aucune changement sur le monopole de l’UPA, ce qui surprend peu vu la présence démesurée de l’UPA aux différentes étapes du sommet qui ont précédé l’annonce de la politique, même lors de la rencontre des consommateurs.

On peut également se demander comment augmenter la part de produit québécois dans nos institutions alors que la concurrence étrangère peut maintenir sa place en raison de coûts inférieurs. D’autre part, si nos institutions réclament plus d’œufs, de lait, de poulet ou de lapin d’ici, il faudra passer par une augmentation des quotas, ce qui accroîtra la part de marché des actuels détenteurs de quota, dont les entreprises deviendront encore plus grosses, sans place pour de la relève ou des néo-agriculteurs.

Pour Maxime Laplante, « cette politique fait le pari qu’une croissance économique d’exportation sera au bénéfice des QuébécoisES. Or, elle se fixe des objectifs qui n’ont rien à voir avec les souhaits de la société civile, comme la revitalisation des régions, la mise en marché directe, l’accès à de la nourriture bio abordable, l’étiquetage des OGM, etc. »

À quand une politique agricole basée sur la souveraineté alimentaire?

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La ruralité : il y a un éléphant dans nos campagnes

Ste-Croix, 15 mars 2018 – L’UPA, la Coop fédérée et Desjardins réaniment la défunte « Solidarité rurale » en vue d’un événement en mai. Véritable tentative de développer la ruralité ou opération cosmétique?

Le constat est clair, nos régions se vident de leurs services, de leur population, alors que les villes grandissent. Depuis sa fondation, l’Union paysanne mise sur l’alliance entre la terre et la table. Ses membres proviennent d’ailleurs de la campagne et de la ville, contribuant à une réflexion élargie sur l’avenir de notre agriculture.

Mais un renouveau de la ruralité passe par un changement radical, selon Maxime Laplante, président du l’Union paysanne. Selon lui, il faudra plus que des mesures cosmétiques. Si le nombre de fermes continue de décliner, que les rangs se vident, c’est parce que des décisions politiques ont dicté cette voie. La relève agricole qui n’a pas accès aux quotas de production, l’accès à la terre qui est lourdement entravé alors que d’immenses superficies sont en friche, les tables champêtres sont interdites en zone verte, les subventions agricoles incitent à la monoculture et la Caisse Desjardins, partenaire de la campagne Tous ruraux, ferme ses guichets dans les villages. Tout cela contribue à la désertification de nos campagnes.

Il faut relire Jacques Proulx, fondateur de Solidarité rurale, à propos du rapport Pronovost sur l’avenir de l’agriculture : « …Pronovost, c’était une révolution en agriculture, un coup de barre essentiel pour bâtir l’agriculture de demain. Tous les corporatismes se sont braqués et les politiques n’ont pas eu le courage de faire les changements qui s’imposaient. » Et aujourd’hui, l’UPA et la Coop fédérée tentent de nous convaincre de leur volonté de changement pour la revitalisation de la campagne, alors que l’encre du rapport Pronovost est bien sèche. Ces mêmes corporations qui réclament plus d’argent à l’État pour la conquête des marchés à l’étranger, entraînant la désertification des campagnes, cause de l’agriculture intensive, industrielle et spécialisée.

L’Union paysanne croit fermement en la ruralité. Mais pour la sauver et la promouvoir, il faudra appliquer les recommandations du rapport Pronovost, redonner de l’oxygène pour enrayer l’étouffement et l’exode. Il faudra réformer le soutien de l’État pour l’agriculture, permettre l’accès à la terre en région, permettre l’accès à la production, permettre la liberté d’association, revoir notre modèle agricole en fonction d’un objectif de souveraineté alimentaire et d’agro-écologie paysanne.

Union paysanne
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CEROM : L’Union paysanne prône la transparence dans les instances et invite au débat public

Québec, 6 mars 2018 –  Plusieurs chercheurs et employés du CEROM (Centre de recherche sur les grains) ont claqué la porte en raison du contrôle des résultats de leurs recherches sur les céréales par l’industrie privée. En effet, le CEROM, financé à 68% par de l’argent public, est dirigé majoritairement par des personnes de l’industrie privée, qu’il s’agisse d’entreprises commercialisant des pesticides (Coop fédérée, Synagri) ou de l’UPA. Le gouvernement n’y a aucun droit de vote. Alors que les études menées par le CEROM et la MAPAQ concluent que l’utilisation des néonicotinoïdes ne se justifie généralement pas, les dirigeants de l’organisme ont occulté ces informations.

Selon Maxime Laplante, de l’Union paysanne, « cette situation de conflit d’intérêt est malheureusement chose courante en agriculture au Québec. C’est ce que les européens appellent la cogestion ». Qu’il s’agisse de la Financière agricole qui, jusqu’à récemment, était présidée par le président de l’UPA, contrôlant plusieurs centaines de millions d’argent public, ou du défunt organisme CDAQ (Conseil pour le Développement de l’Agriculture au Québec), exclusivement sous la coupe des dirigeants de l’UPA, la question de la gouvernance est cruciale.

Le récent rapport du groupe CIRANO de l’Université Laval, portant sur le hors-quota et sur les circuits courts de mise en marché agricole, souligne la situation de conflit d’intérêt dans les plans conjoints agricoles, où ce sont les détenteurs actuels de quota qui décident si de la relève mériterait d’obtenir aussi du quota et à quelles conditions.

L’Union paysanne souhaite rappeler l’importance d’avoir des instances démocratiques, indépendantes et transparentes. Qu’un centre de recherche scientifique financé par des fonds publics soit littéralement censuré par ses administrateurs-trices, issuEs du lobby de l’industrie, est une insulte à notre intelligence collective. L’indépendance des études scientifiques et de leur publication est primordiale dans une société qui aspire à une saine démocratie.

L’Union paysanne salue le courage des gens qui ont dénoncé la situation en renonçant parfois à leur emploi. À court terme, il est urgent de revoir la composition des conseils d’administration des organismes dépendant de financement public. À l’aube des élections, nous tendons la main à tous les acteurs en agriculture et à la population québécoise en général afin d’entamer une discussion sur le Québec alimentaire de demain. Les politiques agricoles mises en place par notre gouvernement devraient faire l’enjeu de débats publics et avoir le bien commun et la préservation de l’environnement en priorité au lieu de se soumettre aux lobbys industriels.

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Maxime Laplante, agr

Président de l’Union paysanne 581-888-0941

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Néonicotinoïdes : Parlons des enjeux réels

Montréal, 3 mars 2018. Récemment, le Ministère du développement durable, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) faisait une sortie médiatique pour annoncer la restriction de l’usage de certains pesticides. Les néonicotinoïdes, atrazine et chlopyrifos ont été pointés du doigt, bien que l’annonce du Ministère en a laissé septique plus d’unE. Quelques temps après, un article percutant, publié par Furlan et al. dans Environmental Science and Pollution Research, venait marquer au fer rouge la réputation des néonicotinoïdes, stipulant que ceux-ci étaient purement et simplement inefficaces.

Des pesticides « tueurs d’abeilles »?

Par la suite, certains médias ont repris les nouvelles et la toile abondait d’articles portant sur les insecticides, avec une attention particulière fixée sur les néonicotinoïdes. On titrait en gros « Les pesticides tueurs d’abeilles » et les attaques fusaient de toute part. Tout ce qui peut tuer les abeilles est forcément mauvais, on s’entend. Et voilà qu’au niveau sociétal, nous posions sur le podium une espèce animale. Une nouvelle vedette venait de naître.

Pourquoi parle-t-on seulement des abeilles? Qu’est-ce qui justifie que ces êtres soient placés sous les projecteurs, devant l’arrière-scène qui cache une multitude d’autres invertébrés tout aussi vulnérables aux insecticides à base de néonicotinoïdes? La raison est profondément systémique, trouvant ces fondements dans l’imaginaire qui sous-tend nos relations socio-économiques. Dans les faits, les abeilles ne sont qu’un élément singulier dans l’équilibre écosystémique qui permet la résilience de la nature. Certes, les services de pollinisation qu’elles offrent sont indispensables pour assurer le fonctionnement de la biosphère. Toutefois, maintes autres espèces nous assurent aussi ce service. Or, pourquoi elles, précisément, s’érigent en vedettes lorsque la question des insecticides refait surface dans le débat québécois?

Les abeilles sont les ouvrières de près de 50 000 ruches dispersées sur le territoire québécois. En outre, leur travail permet des exportations canadiennes d’environ 75 millions de dollars de miel vers les États-Unis et la Chine. Elles sont le cœur d’une industrie lucrative. Dans les faits, nous leur avons accordé une valeur fondamentalement économique. Lorsque leur survie est menacée, entre autres pour cause d’usage d’insecticides à base de néonicotinoïdes et, plus globalement, en raison du modèle industriel de production agricole, nous ne pouvons faire fi de cette évidence : l’industrie est menacée.

Si les fondements de la dénomination tueurs d’abeilles trouvaient racines dans l’argumentaire environnementaliste, pourquoi éviterions-nous de parler des écosystèmes dans leur entièreté? Pourquoi utiliserions-nous un tel raccourci pour parler d’une situation hautement plus complexe que la « simple » disparition d’une espèce? C’est que notre imaginaire est teinté par le système économique et cela nous rattrape, nous faisant oublier de mentionner que l’environnement et ses fonctions écosystémiques se trouvent à la base même de ce qui permet notre survie, même lorsqu’on dit supporter la cause environnementale!

À la lumière de ces faits, l’Union paysanne dénonce vivement l’usage des intrants chimiques, notamment les néonicotinoïdes et le glyphosate, parce qu’ils menacent l’équilibre des systèmes planétaires et qu’ils perpétuent le modèle industriel de production agricole. Un modèle qui repose sur un usage massif d’intrants chimiques, sur des semences transgéniques et enrobées et sur l’utilisation d’énergies carbonées, menaçant plus globalement l’environnement et la justice sociale. Nous sommes d’accord, les abeilles sont importantes, mais l’harmonie d’un écosystème sain l’est encore plus!

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Des études le confirment : les insecticides néonicotinoïdes sont inutiles.

Ste-Croix, 1e mars 2018 – Une étude en Italie et des études du MAPAQ confirment : les insecticides néonicotinoïdes sont inutiles.

Alors que le gouvernement du Québec vient de resserrer l’usage d’un groupe de pesticides largement utilisés dans la production de maïs et de soya, les néonicotinoïdes, la revue  «Environmental Science and Pollution Research1» vient de publier les résultats d’une enquête dans des champs en Italie, portant sur une durée de 29 ans et sur une surface de près de 50 000 ha. Les auteurs concluent que non seulement ces pesticides nuisent aux populations d’abeilles mais aussi qu’ils n’améliorent pas les rendements. En fait, il apparaît plus rentable de se passer de ces pesticides et de mettre sur pied une assurance qui couvre les pertes, au cas où. Selon l’étude, moins de 4% des surfaces auraient été touchées par les prédateurs visés par les pesticides. Nul besoin de traiter toutes les surfaces de façon préventive, comme c’est largement le cas au Québec. Un ensemble de mesures simples, comme la rotation des cultures, le drainage adéquat, l’emploi de variétés plus résistantes ou de pièges pour les insectes prédateurs seraient nettement plus efficaces et moins coûteuses.

Le programme d’assurance mis en place, le Mutual fund, prévoit un coût d’environ 5$ par hectare, soit environ un dixième de ce que coûte l’emploi des pesticides ainsi évités. Et il s’agit d’un programme privé, contrairement à des programmes comme l’ASRA (assurance-stabilisation) au Québec, qui reposent largement sur des subventions publiques.

Au Québec, le MAPAQ publiait en 2013 les résultats suivants2:

Ainsi, pour les essais réalisés sur 13 fermes en 2012 et 13 fermes en 2013, il n’y a pas de différence significative dans l’abondance et les dommages des vers fil-de-fer ou de la mouche des semis, que la semence soit traitée ou non avec de la clothianidine (PONCHO®) ou du thiaméthoxame (CRUISER®).”

Une étude réalisée au Québec (Samson-Robert et al., 2013) a démontré un taux de mortalité quatre fois plus élevé des abeilles domestiques durant la période de semis lorsqu’elles sont à proximité de champs de maïs traités aux néonicotinoïdes.”

Pour l’Union paysanne, le temps d’un vrai virage vers le bio est venu. Remboursement des frais de certification, réorientation du soutien de l’État et accès facilité au marché sont des étapes indispensables pour développer ce secteur au lieu de dépendre des approvisionnements étrangers.

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Maxime Laplante, agr, président 581 888-0941

Camille Perron-Thivierge, vice-présidente 450 924-0367

1 Environmental Science and Pollution Research, https://doi.org/10.1007/s11356-017-1052-5

2 Les néonicotinoïdes utilisés comme traitement de semence dans le maïs-grain, Par Yves Perreault, MAPAQ

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Les restrictions sur les néonicotinoïdes vont-elles s’étendre aux principaux pesticides?


Sainte-Croix, 19 février 2018 –  À l’annonce faite par le gouvernement d’encadrer l’utilisation d’un certain groupe de pesticides connus, entre autres, pour leur impact sur les abeilles, l’Union paysanne y espère un premier pas vers une réduction de l’usage des pesticides au Québec. Il s’agit d’une première action depuis la Stratégie gouvernementale sur les pesticides il y a trois ans. Depuis, l’usage des pesticides n’a cessé d’augmenter.

Cette nouvelle mesure vise à limiter l’usage préventif de ces substances, maintenant largement utilisées dans la culture du maïs et du soya pour enrober les semences. Il s’agit d’une intention timide de la part des ministères concernés, alors que des pesticides plus utilisés, comme le glyphosate (Roundup) voient leurs ventes en hausse.

Si le Québec veut vraisemblablement atteindre ses objectifs de réduction, l’Union paysanne estime que ce premier geste devra être suivi de mesures de transition vers la production biologique. Il est encore aberrant de constater que les coûts de la certification biologique sont à la charge des fermes alors que l’usage de pesticides ne nécessite pas de permis.

Le vérificateur général souligne d’ailleurs que les mesures incitatives du MAPAQ pour réduire l’usage des pesticides en milieu agricole font difficilement contrepoids au lobby de l’industrie chimique qui conseille le secteur agricole.

L’Union paysanne entend collaborer avec les ministères concernés, en vue d’en arriver à une transition vers une agriculture plus diversifiée et respectueuse des ressources naturelles. Cette transition devra nécessairement passer par une réforme en profondeur du soutien de l’État, de façon à créer des incitatifs pour le changement.

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Maxime Laplante, agr, président     581 888-0941

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Négociations de l’ALENA : et la souveraineté alimentaire?

Ste-Croix, 25 janvier 2018 – Montréal accueille actuellement la sixième ronde de négociation de l’ALENA, sous la menace des Etats-Unis de se retirer. Les discours alarmistes fusent, comme si le commerce international était apparu avec cet accord ou risquait de disparaître. En 2018, difficile d’imaginer notre société sans échange commercial avec d’autres pays. Les Québécois ne renonceront pas au café, ni au poivre, ni aux bananes et il est peu probable que la production de ces aliments se fasse ici prochainement.

Pour l’Union paysanne, il importe surtout que cet accord se fasse sur d’autres bases. OXFAM a publié cette semaine que la richesse engendrée par ces échanges ne profitait qu’à une infime minorité. Premièrement, de tels accords ne devraient plus se faire en cachette de l’opinion publique. Si le Québec a tenu la commission Pronovost, il devrait être possible de consulter la population sur le commerce.

Deuxièmement, sur la question agricole, un des enjeux de l’ALENA, le principe de souveraineté alimentaire devrait avoir priorité. L’alimentation est d’une importance capitale et chaque État devrait pouvoir décider comment les aliments sont produits, transformés et distribués, sans être soumis à des tribunaux internationaux ou à des règles de commerce mondial. C’est d’ailleurs une des principales revendications du mouvement paysan mondial « La via campesina » : L’agriculture hors des accords de commerce international.

Le Canada tient à la gestion de l’offre et ne veut pas la voir modifier lors des négociations. L’Union paysanne soutient néanmoins qu’il faudra adapter cette gestion de l’offre à la réalité moderne, sinon elle disparaîtra sous les pressions. En effet, difficile de vouloir exporter du porc, mais de bloquer l’importation de poulet sans se faire reprocher une certaine dose d’hypocrisie. Et au Québec en particulier, la gestion de l’offre a rempli son rôle de contrôle, mais a échoué lamentablement pour maintenir le nombre de fermes ou permettre la relève et la diversité. Une centaine de producteurs d’œufs détenteurs de quota, moins d’un millier pour le poulet et le dindon, c’est une situation franchement inacceptable. De plus, la version québécoise de la gestion de l’offre diffère grandement de la version ailleurs au Canada. Ici, c’est l’UPA et ses filiales qui gèrent le système en monopole. La gestion de l’offre, c’est au départ un contrat social entre l’État et le monde agricole. Ça ne devrait pas être la propriété privée d’un cartel. La Via campesina et l’Union paysanne sont en faveur du principe de la gestion de l’offre, mais ce système devra être réformé rapidement.

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Maxime Laplante, agr, président : 581 888-0941

Camille Perron-Thivierge, vice-présidente : 450 924-0367

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Sirop d’érable : la fédération ne manque pas d’aplomb

Sainte-Croix, 25 janvier 2018. Les médias ont récemment fait état de la décision de la Californie de renforcer la norme de teneur en plomb dans l’alimentation. Selon cette norme, il ne devrait pas y avoir plus de 11 parties par milliard de plomb dans le sirop d’érable, soit la même chose que dans l’eau potable. Chacun comprend que personne ne consomme autant de sirop d’érable que d’eau mais bon, les Californiens ont bien le droit de faire leurs normes comme ils l’entendent.

Toutefois, une bonne partie du sirop d’érable produit au Québec passe par la Californie, parce que c’est le lieu du centre de distribution pour une grande part des Etats-Unis, principal client pour le sirop québécois. Si le Québec veut continuer à envoyer du sirop en Californie, il devra donc réduire le niveau de plomb, sinon le produit devra porter la mention : peut contenir des traces de plomb.

Les fabricants de matériel acéricole tentent donc d’éliminer le plomb dans leur équipement. Conséquence logique pour s’adapter au marché. La fédération des producteurs acéricoles, affiliée à l’UPA, s’est donc sentie concernée et le directeur général de cette fédération a donné des entrevues, dont Radio-Canada à la mi-janvier, pour donner son avis sur la question.

Ce directeur a alors déclaré que c’était la faute aux petits producteurs, qui fonctionnent avec du matériel comme au temps de leurs grands-parents. Selon lui, cet équipement n’a plus sa place aujourd’hui et devrait aller au musée!

Absolument inouï! Ce directeur est l’employé des producteurs et se permet d’aller faire le salissage médiatique sur leur dos. Une telle attitude est plutôt digne d’un patron arrogant et non celle d’un employé qui devrait plutôt tenter de trouver une solution à l’avantage de ses employeurs. Surtout que la publicité entourant le sirop d’érable présente continuellement « cet équipement qui devrait aller au musée ». Sur les cannes de sirop, on voit les chaudières, les barils en bois, les chevaux, et non les tubulures en plastique. La fédération utilise à profit l’image des petits producteurs mais les dénonce sur la place publique.

Ce qui m’amène à deux conclusions. La première, c’est que lorsqu’on met l’essentiel de ses œufs dans le même panier en misant sur les gros marchés d’exportation, on se rend vulnérable à des décisions qu’on ne contrôle pas. On fragilise notre mise en marché. C’est ce qu’a fait la fédération en prenant le contrôle de la production de sirop. Que la Californie ait raison ou pas de changer ses normes, il reste que c’est leur décision. La souveraineté alimentaire passe par le pouvoir des peuples de décider de leur alimentation.

La seconde conclusion, c’est que beaucoup trop de pouvoir a été conféré à cette fédération de l’UPA, qui se comporte de façon odieuse envers ses propres membres. Le monarque n’a que faire de l’opinion de ses sujets. Est-ce que les producteurs concernés oseront porter plainte?


Maxime Laplante, agr, président de l’Union paysanne

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Les accords de libre-échange : peu compatibles avec la souveraineté alimentaire

Alors que la question du libre-échange rebondit à nouveau dans les médias, qu’il s’agisse de l’accord nord-américain impliquant le Mexique, le Canada et les États-Unis (ALÉNA) ou encore de celui avec l’Europe (Accord économique et commercial global), on peut se demander à qui cela bénéficie vraiment. Et d’autant, si ce genre d’entente contribue à l’atteinte d’une souveraineté alimentaire réelle des États puisque cette dernière suppose, entre autres, le respect du droit des peuples et des nations de déterminer le modèle agricole qu’elles désirent, et non pas d’abandonner ce genre de décisions à des entreprises multinationales ou à des tribunaux, comme ce sera le cas pour l’accord européen.

Dans cette logique, permettre l’arrivée de 17 000 tonnes de fromages européens, en partie produits de lait cru, dont la fabrication est interdite ici, constitue une aberration. De plus, réclamer des compensations financières de la part du gouvernement en vue de dédommager les pertes de revenus pour les fermierEs n’est pas une solution à long terme et surtout pas à l’avantage du payeur de taxes. Dans le même ordre d’idée, permettre l’exportation de maïs américain vers le Mexique, en sachant pertinemment que les fermes mexicaines n’arriveront plus à écouler leur propre production sur leurs marchés locaux, ne peut pas vraiment être considéré comme une amélioration de la souveraineté alimentaire de ce pays. Et encore, miser sur ce genre d’accord pour gonfler nos exportations de porc ou de bœuf vers l’Europe ne constitue pas non plus un objectif louable, en regard du coût environnemental et social de la production industrielle porcine dans nos régions.

Comme c’est couramment le cas, de tels traités sont concoctés dans l’ombre, sans consultation publique, jaillissant subitement d’une boîte à surprise. Ceux qui profiteront alors de tels accords ne sont pas les citoyens; ce sont les entreprises qui ont tout loisir de déplacer la production vers les endroits de moindres salaires ou dont les normes sont moins contraignantes. En somme, il ne s’agit pas d’être contre le commerce international, mais un produit ne devrait jamais entrer sur un territoire à un prix moindre que ce qui est produit sur celui-ci pour une qualité équivalente. Autrement, il s’agit non seulement d’un nivellement par le bas, mais aussi d’une baisse de revenus considérable pour certaines productions agricoles, entraînant alors vers la chute les petites fermes de par le monde. Mais encore, ce genre d’accord peut entraîner la perte de souveraineté au niveau alimentaire pour de nombreux pays.

Maxime Laplante, agr, président