Les dernières nouvelles sur des sujets intéressant l’Union paysanne.

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Sur la piste d’un véritable contrat social?

Il y a parfois d’étranges coïncidences. Ainsi, alors que l’Union paysanne fait des démarches auprès du gouvernement pour établir un contrat social entre le monde agricole et les citoyens, comme par hasard l’UPA annonce haut et fort son intention de jeter les bases d’un contrat social. D’aucuns y verront une convergence inattendue, voire une possibilité de partenariat entre l’Union paysanne et l’empereur… pardon, l’UPA. Malheureusement non, parce qu’il n’y a pas de vision commune quant aux objectifs d’une consultation publique.

En effet, avant même la fondation de l’Union paysanne, j’ai formulé un projet de Contrat vert, en vue de modifier le mode de financement de notre agriculture pour mieux répondre aux souhaits de ceux qui paient les subventions, c’est-à-dire les payeurs de taxes. Lorsqu’on demande aux gens ce qu’ils désirent encourager, on entend des expressions comme: terroir, proximité, local, bio, etc. Étrangement, je n’ai jamais entendu quelqu’un déclarer: « Moi, j’aimerais que mes impôts servent à financer l’élevage industriel porcin, en contrat d’intégration, avec alimentation sur base de maïs transgénique et destiné à l’exportation ». Et pourtant, c’est ce que notre gouvernement persiste à vouloir subventionner en dépit de tout bon sens.

Un véritable contrat entre le monde agricole et la société civile doit obligatoirement aboutir à un changement majeur du financement de notre agriculture et pas seulement se contenter de saupoudrer ici et là des petits budgets décoratifs sans remettre en question des programmes comme l’ASRA ni les subventions au volume de production en monoculture. En fait, pour que ce contrat soit satisfaisant, on doit mettre fin aux subventions et les remplacer par des paiements pour services rendus. Actuellement, les subventions agricoles québécoises n’ont aucune exigence en matière de service rendu à la société. Même le ministère de l’environnement estime qu’aucun programme de subvention agricole québécois n’a d’effet bénéfique sur l’environnement!

Ne soyons pas naïfs. L’UPA n’a aucune intention de toucher au modèle agricole actuel. Une autre petite opération de marketing sur le thème « manger local » sans laisser de la place pour la production de poulet, d’oeufs ou de lait hors-quota.

L’intention de l’Union paysanne vise à consulter fermiers et consommateurs sur les pratiques jugées souhaitables pour la protection de l’environnement, sur les changements climatiques, sur la vitalisation des régions, pour ensuite exiger du gouvernement un changement de cap. Et vous, si on vous demandait votre avis sur la façon dont vos impôts servent à payer les subventions agricoles, comment voudriez-vous que ça se passe? Modèle UPA ou Union paysanne?

Maxime Laplante, agr, président

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Vous avez dit phosphore?

Phosphore. La lettre P dans NPK, les trois éléments considérés comme majeurs en agriculture, à côté de l’azote et du potassium. Jusque dans les années 50, l’agriculture trouvait le phosphore essentiellement dans le fumier animal. Depuis, on l’extrait des mines, étant donné que l’agriculture intensive aime bien la monoculture et la spécialisation et a donc dissocié les productions végétales et animales. En concentrant les élevages dans une région, comme la Beauce, et en transformant la Montérégie en désert de maïs, le transport du fumier devient rapidement prohibitif. En bref, le Québec doit importer l’essentiel de son phosphore puisqu’il n’y a aucune mine de ce type au Canada. Si la tendance se maintient, le déclin des ressources en phosphore se fera sentir dans une vingtaine d’années, selon certains scénarios.

De plus, lorsque les sols sont compactés ou déficients en matière organique, entre 70 et 90% du phosphore apporté au sol est perdu et ne profite pas aux cultures. Pour aggraver encore la situation, mentionnons que le phosphore prélevé du sol par les plantes cultivées aboutit nécessairement à l’humain, que ce soit directement par la consommation des végétaux ou par la viande des animaux qui ont mangé les plantes cultivées. Et que fait l’humain dans notre société évoluée? Il jette ses excréments bien souvent dans l’eau. Le phosphore alimente ensuite la croissance d »algues indésirables dans les cours d’eau, jusqu’à aboutir au fond de la mer. Il n’y a ensuite plus qu’à attendre quelques centaines de millions d’années, le temps qu’une nouvelle chaîne de montagnes émerge du fond des mers. Simple, non?

Il y a certes moyen de réduire les pertes de phosphore au champ en améliorant les pratiques culturales, en vue de réduire l’érosion et la compaction des sols, en augmentant la matière organique, en utilisant des champignons mycorhizes. Mais il n’en reste pas moins que le cas du phosphore illustre une fois de plus les risques de l’agriculture industrielle, avec sa manie de séparer plantes et animaux, sa soif de monocultures. En plus de nous rendre totalement dépendants de nations étrangères pour l’approvisionnement.

En terminant, je citerai une étude de Denis Boutin, agronome et économiste au ministère de l’environnement, qui dit essentiellement ceci: 62% des programmes gouvernementaux de soutien agricole ont un effet néfaste sur l’environnement. Le 38% restant n’a aucun effet bénéfique, sans être nuisible non plus. Et oui, les subventions agricoles nuisent à notre environnement! J’ai comme l’impression que ça va prendre plus qu’une petite pub « manger local » pour changer les choses…

Pour prendre connaissance de l’étude en question :

http://www.environnement.gouv.qc.ca/milieu_agri/agricole/publi/tendance-perspect2.htm

Maxime Laplante, agr, président

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Une ressource précieuse pour conserver des semences

Ça y est: Vous êtes attiré par la conservation des semences, vous vous dites que vous êtes rendu là, vous comprenez l’incroyable importance de ce geste… mais vous êtes perdu face à l’apparente complexité de la chose?

Nous trouvons le site web du Réseau des Semences Communautaires (RSC) complètement génial, c’est une ressource en or mise sur pied par des passionnÉes des semences, et supporté par Sème l’Avenir et Seed Savers Exchange.

 

Pourquoi un réseau de semences communautaires?

Voici la réponse tirée de leur site web:

‘’Le Réseau des semences communautaires (RSC) existe pour faciliter la sauvegarde et le partage des semences. Il y a autant de raisons de sauver et partager des semences, qu’il y a de gens qui le font. Certaines personnes qui font partie du mouvement des semences communautaires sont des militants, c’est-à-dire qu’ils travaillent pour que les semences continuent d’appartenir au domaine public en s’approvisionnant, en échangeant et en partageant librement. D’autres sont des éducateurs, des organisateurs, des innovateurs ou des protecteurs de l’environnement, s’efforçant de former la prochaine génération de sauveurs de semences tout en aidant à protéger la biodiversité mondiale. D’autres encore sont des jardiniers amateurs, sauvant et partageant des semences pour préserver des traditions familiales ou culturelles, ou simplement pour le plaisir que cela leur procure.’’

Saviez-vous que le safran ne se reproduit pas par la graine, car sa fleur est stérile, mais par la division de son bulbe, appelé corme?

En adoptant une semence, vous ferez naturellement partie du grand réseau des semences communautaires!

 

https://www.communityseednetwork.org/resource

 

À vos semences!

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Subventions agricoles et autonomie alimentaire. Y a-t-il un lien?

Le gouvernement du Québec, par le biais de la société Hydro-Québec, vient d’annoncer un vaste programme de subventions pour réduire les coûts d’électricité des productions en serre. Selon le même gouvernement, cette mesure vise à accroître notre autonomie alimentaire. Ah ouais?

Je n’ai rien contre la production en serre, j’y ai passé des années de ma vie. Mais je ne vois pas en quoi une subvention mettra automatiquement plus de tomates ou de concombres sur les tablettes de nos épiceries. Qu’est-ce qui nous garantit que la hausse de production attendue n’ira pas à l’exportation? En fait, rien. Lorsque la Hollande a décidé de subventionner les factures d’énergie des serres, l’essentiel des récoltes fut exporté. Et les nappes phréatiques locales ont reçu les fertilisants et pesticides employés… En quoi le contribuable moyen en a-t-il bénéficié?

Mais ce qui peut arriver dans les serres se passe déjà pour d’autres productions. Normalement, quand une entreprise investit de l’argent dans un projet, il y a un espoir de retour sur l’investissement. Il devrait en aller de même pour les programmes agricoles. Un médecin n’est pas subventionné, il est rémunéré contre service rendu. Même chose pour un policier, un député, bref pour toute personne recevant de l’argent de l’État. Il serait grand temps de mettre un quelconque objectif social sur le soutien agricole. Par exemple, le gouvernement rembourse une bonne partie des taxes foncières agricoles aux fermes. Si cette ferme produit des légumes pour la communauté environnante, tant mieux. Si une autre ferme exporte sur un marché étranger, là où les mêmes subventions n’existent pas, cela devient du dumping, sans aucun avantage pour notre société. Mais dans les deux cas, le contribuable aura payé. Dans un cas, ce sera bénéfique pour la société québécoise, dans l’autre cas, …

Selon une analyse récente du ministère de l’environnement, 62% des subventions (comme l’ASRA) versées en agriculture au Canada ont un effet néfaste sur l’environnement. Le reste, 38%, n’a aucun effet.

(Ministère de l’environnement et lutte contre les changements climatiques, http://www.environnement.gouv.qc.ca/milieu_agri/agricole/publi/tendance-perspect2.htm)

En somme, nous payons pour soutenir un modèle agricole qui ne correspond pas aux attentes de notre société en matière d’environnement.

L’Union paysanne entend intervenir en ce sens lors de la présentation du plan d’agriculture durable du gouvernement. Il est grand temps de mettre en place des objectifs souhaitables lorsqu’il s’agit de donner de l’argent public. C’est essentiellement le projet de Contrat vert que j’ai proposé il y a 20 ans…

Maxime Laplante, agr, président

union paysanne invitée sur le podcast la Culture du Vivant
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L’Union Paysanne sur le podcast de La Culture du Vivant

Le président de l’Union Paysanne, Maxime Laplante, a été invité en entrevue sur le podcast de la Culture du Vivant en mai dernier.

Dans cet épisode, on fait un portrait global de l’état actuel de l’agriculture au Québec, qui n’a pas changé depuis 20 ans. On y explique les impacts de ce modèle unique, contrôlé par le monopole syndical agricole de l’UPA, pour les agriculteurs-trices bien sûr, mais aussi pour les citoyen-nes.

Pour connaître les bâtons qui sont mis dans les roues de l’agriculture québécoise et, du même coup, de la liberté de choix pour les consommateurs-trices, c’est un épisode incontournable. Mais aussi, pour savoir qu’est-ce qu’on peut faire en tant que citoyen-nes pour aller vers un changement de paradigme agricole, que l’Union Paysanne souhaite plus éthique et plus vert.

L’organisation soutient et encourage la multiplication de fermes à échelle humaine, la transformation et la mise en marché directe à la ferme, les pratiques respectueuses de nos écosystèmes, la démocratie rurale, et bien plus encore. Tout cela pour offrir une liberté pour les paysan-nes et pour les citoyen-nes, dans l’objectif que notre agriculture soit le moteur de notre souveraineté alimentaire.

Pour écouter l’épisode, cliquez ici

 

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Aurait-on oublié que « Small is beautiful? »

Nous vivons dans un monde plein de coincidences. Comme par hasard, les principaux cas de COVID-19 sont à Montréal. Comme par hasard, les lieux de concentration humaine sont plus touchés. C’est sûrement donc par hasard si une usine d’abattage de porc employant 2500 personnes est affectée ou que des centaines de milliers de poussins doivent être euthanasiés.

Lorsqu’une nation concentre la moitié de sa population dans un centre urbain, c’est carrément de la provocation au niveau épidémiologique. Après des décennies de fermeture sauvage des petits abattoirs sur l’ensemble du territoire québécois par les autorités sanitaires, nous voici confrontés à un manque criant de structure d’abattage en région et une fragilisation des usines d’abattage. Encore le hasard?

Le Québec, qui n’est évidemment pas le seul cas, a choisi de concentrer un peu tout ce qu’il y avait moyen de concentrer: système de santé, système scolaire, agriculture, etc. Pour de vagues motifs d’économie d’échelle? Et si on incluait dans ce loufoque calcul d’économie d’échelle la facture du confinement, nul doute que ces objectifs de concentration seraient remis en question. Il est parfois désolant que, même en 2020, perdure l’adage: »Privatisation des profits, étatisation des dépenses ».

Le risque de la concentration commence à se percevoir de façon flagrante. Le port du masque et la distance de deux mètres vont peut-être sauver les meubles mais les virus, bactéries et autres « hasards » de la nature ne vont pas disparaître. Les maladies ont toujours été présentes et le seront toujours dans l’avenir. Ce qui a changé, c’est que notre société a tout mis en place pour en faciliter la propagation rapide. À moins de vouloir passer le reste de nos vies à porter un masque et à se tenir loin des autres, ce qui serait contraire au fondement même d’une « société », il faudra remettre en question le processus actuel de concentration et de monoculture. Concentrer le bagage génétique de nos animaux constitue un risque majeur. Utiliser de façon préventive des antibiotiques dans les élevages animaux concentrés est une menace directe, risquant d’anéantir l’efficacité des médicaments. Concentrer les cultures est une menace pour la biodiversité. Espérons que l’actuelle épidémie servira à enclencher un changement au lieu de simplement refiler au contribuable les coûts des dommages provoqués par le hasard…

Maxime Laplante, agr, président de l’Union paysanne

résilience
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Pétition pour l’autonomie alimentaire

Autonomie alimentaire et élargissement des droits des producteurs agricoles en matière de production et de vente directe

L’Union paysanne, en collaboration avec la porte-parole en matière d’agriculture de Québec solidaire, Émilise Lessard-Therrien, est fière d’initier une pétition qui sera déposée au Salon bleu le 29 mai prochain afin d’augmenter la résilience de notre système alimentaire.

Merci de faire circuler!

 

Signez la pétition en cliquant ici

 

CONSIDÉRANT QUE le gouvernement du Québec fait appel à une plus grande autonomie alimentaire, plus particulièrement en contexte de crise comme celle de la COVID-19;

CONSIDÉRANT QUE l’article 63 de la Loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche indique qu’«un plan conjoint ne s’applique pas aux ventes faites par un producteur directement à un consommateur»;

CONSIDÉRANT QUE le Québec a importé, en 2018, 220 millions de dollars en produits laitiers et 10 millions de dollars en œufs;

CONSIDÉRANT QUE plusieurs productions sont soumises à des plans conjoints qui limitent et pénalisent financièrement les producteurs et productrices qui voudraient vendre directement ces produits à la ferme;

CONSIDÉRANT QUE de nombreuses fermes de proximité se voient fortement limitées dans la diversification et la croissance de leurs productions;

 

Nous, soussignés, demandons au gouvernement du Québec :

Qu’il permette la vente directe ou le don direct de tous les produits agricoles;
Qu’il augmente les seuils hors quota pour les productions sous gestion de l’offre;
Qu’il offre un soutien financier aux fermes faisant moins de 50 000 $ de chiffre d’affaires;
Qu’il abroge la Loi sur les producteurs agricoles pour permettre le pluralisme syndical;
Qu’il convoque des états généraux sur l’alimentation au Québec;
Qu’il interdise les saisies de produits sous plan conjoint pour la saison 2020;
Qu’il permette un accès aux programmes gouvernementaux sans que les producteurs et productrices s’acquittent obligatoirement de leur cotisation syndicale.

 

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Quelques idées pour faire germer la souveraineté alimentaire

Depuis quelque temps, la question agricole au Québec est de toutes les tribunes. Depuis que nos dirigeant-e-s, dans toute leur parasainteté, ont alignés les mots de l’abondance, les réflexions pleuvent et tous y vont de leurs propositions. On y retrouve des propositions des plus banales, comme les initiatives d’achat local, autant citoyennes que gouvernementales, aux idées légèrement audacieuses comme les tarifs préférentiels pour le chauffage de serres ou la conversion de pépinières ornementales en pépinières légumières. Par contre, grâce aux travaux de certaines personnes, on se rend compte que l’hiver n’est pas le frein majeur à la production légumière que l’on pensait. Semble donc émerger l’idée que la production de certains légumes, toute l’année, au Québec serait possible. Ce qui est déjà le cas dans certaines fermes.

Prenons un moment pour explorer les idées grand public qui circulent actuellement. En premier, le fameux rabais d’électricité. En amont de l’idée, il faut savoir que les exploitations agricoles (terme officiel pour les fermes au MAPAQ) ont déjà accès au tarif domestique d’Hydro-Québec, ce qui représente une contribution de l’État pour faciliter la production ou pour augmenter les bénéfices des entreprises. Aussi, il faut regarder à quoi sert cette électricité sur les fermes. Actuellement, c’est surtout le propane et le bois qui servent à chauffer les installations agricoles. Que l’on pense aux serres, aux pouponnières ou aux séchoirs à grains. La fausse crise du propane aura été révélatrice à cet égard. Dans cette mesure, on peut se questionner sur le rôle à venir d’Hydro-Québec et de sa nouvelle directrice, précédemment chez Gaz-métro. À quoi sert donc l’électricité dans tout ça ? Principalement à l’éclairage. Car au-delà des températures hivernales, l’hiver amène aussi des carences en temps d’ensoleillement. Ce serait donc à l’avantage des grands consommateurs de lumières, c’est-à-dire les grands complexes de serres comme Savoura, Toundra, Lufa ou les plus récents producteurs de pot. Les mêmes industries auxquelles nous reprochons, notamment, la pollution lumineuse. Bien qu’une partie de leurs productions nourrisse effectivement la province, c’est surtout leurs bénéfices nets qui vont s’en trouver améliorés. C’est donc les gros joueurs industriels qui apprécieront les nouveaux tarifs d’électricité et non les petits maraîchers de proximité. Une meilleure idée serait de donner l’électricité gratuitement aux fermes à faible chiffre d’affaires et qui font de la distribution en circuits courts. Et pourquoi pas aux fermes à but non lucratif ?

Deuxième idée à nuancer, l’achat local et les circuits courts. C’est en soi une bonne blague de voir ce discours émerger alors que, depuis les années 80, on porte au pouvoir des gouvernements néo-libéraux, Hérault de la délocalisation et du marché mondial, qui s’efforcent de créer de grandes chaînes d’intégrations internationales pour approvisionner la province. Alors certes, acheter local et à proximité, mais dans le réel, à regarder la politique bioalimentaire du Québec, c’est l’inverse qui est mis de l’avant. Des questions comme l’absence d’abattoirs de proximité, l’accès difficile à la terre ou la professionnalisation de l’agriculture sont autant de freins à l’achat local que le gouvernement actuel ne semble pas vouloir adresser. À cet égard, les revendications de l’Union paysanne concernant la hausse du hors quota, l’abattage à la ferme et l’application de la loi sur la mise en marché des produits agricoles seraient bien plus en mesure d’aider la production et l’achat local, en plus d’encourager la réhabitation de régions dévitalisées.

Finalement, la dernière initiative grand public en est une relativement bonne. On parle ici d’une majoration de 4$/h par rapport au salaire de base pour les travailleurs et travailleuses agricoles. Sur cette question, on peut mentionner que la question salariale est fondamentale quand on regarde l’impact selon la taille (et le chiffre d’affaires) des fermes. Plus la ferme est petite, plus la proportion des frais d’exploitation liés aux salaires est grande. Aider à améliorer les conditions de travail des gens sur la ferme ne peut être que souhaitable et pourrait sérieusement aider les plus petites fermes à augmenter significativement leur production. Par contre, si on regarde simplement les dépenses en salaires, on se rend compte que les grands maraîchers (souvent en monoculture) sont des employeurs importants et qu’ils bénéficieraient également de cette majoration. Si l’objectif est d’améliorer les conditions de travail et l’attractivité des emplois agricoles, cette mesure semble adéquate. Par contre, si l’objectif est de réduire le nombre de fermes industrielles, alors c’est ailleurs qu’il faudra chercher.

Au-delà de ces idées, il semble important de prendre un moment et d’adresser les termes que l’on entend fréquemment dans les médias. Je pense ici à aux questions de la sécurité, de l’autonomie et de la souveraineté alimentaire. Le premier terme, de sécurité fait référence à la possibilité de se procurer une nourriture qui satisfait les besoins. C’est ce qu’on vit en ce moment, au Québec, avec l’offre alimentaire des épiceries, des transformateurs industriels et de certains marchés mondains. On donne donc à la main invisible du libre marché le rôle de constituer cette offre. Bien sûr, un certain nombre de lois et de règlements existent pour minimiser les effets néfastes et faciliter l’implantation de telles offres. Les banques alimentaires, approvisionnées presque exclusivement par les industriels, sont aussi une partie de cette sécurité pour les moins nantis d’entre nous. La sécurité est le terme que les capitalistes ont choisi pour parler de l’appareil de production alimentaire industriel mondial, celui qui pollue, qui empoisonne et qui nourrit à peine.

Deuxième terme, celui de l’autonomie. Cette idée implique de faire les choses soi-même. C’est une saveur plus nationale, plus protectionniste qui se déploie derrière ce terme. C’est l’idée de ramener une partie plus importante de la production nourricière du Québec au Québec. Cette idée se heurte, encore une fois, à l’esprit néo-libéral actuel qui ne jure que par l’ouverture des frontières et les exemptions douanières. On voit cette gymnastique à l’oeuvre en ce moment dans certaines politiques agricoles comme les quotas et les tarifs douaniers, dans lesquels naviguent les partenariats et les ententes de libre-échange. On veut produire plus au Québec, mais on veut aussi améliorer la balance commerciale du pays et de la province. Autre phénomène lié au terme, celui du type de production. Aucune intention n’existe, derrière l’autonomie alimentaire, d’augmenter le nombre de fermes, d’en réduire la taille et d’en améliorer les pratiques au point de vue social, environnemental et nutritif. Tout cela est laissé aux experts des fédérations spécialisées et aux plans conjoints. Et la tendance actuelle, à quelques exceptions près, reste à la concentration, l’intégration et à la spécialisation.

Finalement, le dernier terme, celui de souveraineté alimentaire est de loin le plus intéressant. Ce terme, issu des luttes de La Via Campesina, une organisation paysanne internationale, se déploie en six piliers. L’accent est mis sur la nourriture destinée aux populations locales. Elle encourage et valorise les productions locales et propose de localiser les productions et la consommation. Le contrôle de ces productions est aussi localisé pour encourager le travail avec la nature et les connaissances et compétences des paysan-ne-s. Derrière ce terme, on retrouve l’idée du choix, de la décision. Dans notre contexte, c’est là un terme important, car c’est bien l’une des choses dont nous sommes privé-e-s. Quoi produire, comment le produire, comment distribuer sont autant de questions importantes qu’il est temps de se poser.

Après ce survol de quelques idées et de termes qui peuvent porter à confusion, on est en mesure de se demander ce qui serait réellement transformateur pour l’agriculture du Québec. Je m’essaye de quelques propositions. Avant toute chose, je veux quand même saluer les initiatives qui se déploient en ce moment, à travers le Québec, pour essayer d’améliorer les choses. Car c’est bien de cela qu’il est question ici : l’amélioration par la transformation. Autant dire que le status quo n’est pas à préserver, il est à bouleverser.

En premier lieu, il est question de la relation entre la société et son modèle de production agricole. Ce modèle est, en ce moment, laissé à quelques spécialistes qui ne nous disent rien à part de leur faire confiance. Il faut se séparer de cette vision technocratique et essayer d’imaginer un tout autre rapport. Un rapport dans lequel les forces productives de l’alimentation acceptent un contrat avec l’État. Comme le sont certain.e.s professionnel-le-s et les fonctionnaires. L’idée est de reconnaître les services que rendent les agriculteurs et agricultrices comme un service collectif et qu’ils et elles soient rémunéré.e.s sur ces bases plutôt que comme des entrepreneur.e.s à la recherche permanente de projets subventionnables, comme c’est le cas en ce moment. Cette idée émane du contrat vert de l’Union Paysanne, un document que l’on aurait intérêt à ressortir et à explorer collectivement.

En second lieu, c’est la relation entre les forces productives et les forces de consommation qu’il est important d’explorer. Cet exercice doit être considéré à plusieurs échelles pour pouvoir se déployer convenablement. L’idée fondamentale est la suivante. Ce n’est pas le libre marché qui doit organiser l’alimentation de la province, mais bien des organisations qui permettraient l’union des producteur-trice-s et des mangeur-euse-s. Ces organisations auraient pour but de déterminer les besoins de ceux et celles qui mangent et d’y faire correspondre une production locale. Pour répondre aux besoins de toutes et tous, ces organisations devraient se déployer à l’échelle d’un quartier ou d’un village, jusqu’à celui de la province. Une forme de fédération pourrait être mise en place pour organiser le tout et des agences de facilitation pourraient voir le jour pour aider les processus. Ce qu’il faut voir dans cette idée, c’est son caractère décisionnel pour les gens du Québec. C’est aussi un exercice beaucoup plus démocratique que ce que nos parlementaires nous proposent. C’est, de plus, un exercice d’autogestion collective à grande échelle. C’est, à mon avis, la voie de la souveraineté alimentaire. Une proposition du Front commun pour la transition énergétique va dans ce sens et mérite notre attention. C’est la création de programmes régionaux de souveraineté alimentaire, une idée qu’il serait également intéressant d’explorer collectivement.

Finalement, les démarches que le Québec doit mettre en place pour atteindre une réelle souveraineté alimentaire sont définitivement collectives. Il faut rompre avec l’idée des spécialistes et technocrates qui connaissent nos besoins. Il faut rompre avec les idées néo-libérales du désengagement de l’État et de sa vision hégémonique capitaliste. Nous devons reconstruire nos processus et nos espaces décisionnels sur de nouvelles bases décentralisées. Après la crise, nous devons organiser les États Généraux sur l’Alimentation au Québec.

Gaspar C. Lépine, paysan, coop du Trécarré

Jean Simon Voghel, paysan, ferme Le Noyau

Alexandre Béland, fondateur et président de ulocal.co

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L’UPA, l’éléphant dans la pièce

On me reproche parfois de faire du « UPA-bashing ». Je trouve au contraire que prétendre vouloir parler d’agriculture au Québec ou de souveraineté alimentaire en évitant soigneusement de mentionner l’UPA, c’est un peu comme de vouloir décrire un salon en oubliant de parler de l’éléphant qui se trouve au centre. Après presque 50 ans de monopole et de contrôle quasi absolu sur notre agriculture, il faut reconnaître la lourde part de responsabilité de l’UPA dans la dépendance de notre agriculture, autant en exportation qu’en importation, en spécialisation, en disparition des fermes.

Le double discours constant

D’un côté de la bouche, on vante notre force de travail en tant qu’agriculteurs et de l’autre, on affirme que ça prend deux Québécois pour être aussi efficace qu’un travailleur étranger (Marcel Groleau, lapresse.ca, 7 avril 2020). Je ne sais pas pour vous, mais je n’apprécie pas beaucoup que celui supposé me représenter du haut de son monopole émette ce genre de propos raciste à mon endroit.

Encore en décembre, l’UPA louangeait l’exportation et la conquête des marchés (congrès, déc 2019) et prétend aujourd’hui s’être toujours préoccupée de mise en marché locale. Sans oublier le fait que l’UPA a quand même embauché des avocats pour bloquer nos requêtes de vente directe d’oeufs, de poulet et de dindon devant la Régie des marchés agricoles. Avocats payés avec nos cotisations de fermiers, en outre…

Une absence louche

Avec tout le pouvoir dont dispose l’UPA, on peut se demander pourquoi cette organisation ne s’est jamais attaquée aux enjeux de l’agriculture de proximité. Par exemple, il aurait été simple de demander le remboursement des certifications bio, ce qui représenterait à peine 2 ou 3 millions, alors qu’elle a obtenu sans peine les milliards pour développer une agriculture d’exportation reposant sur les subventions du porc et du maïs. La Régie aurait plié rapidement, comme d’habitude, si l’UPA avait demandé une hausse de la production hors-quota pour permettre la mise en marché directe à faible volume. Il y a fort à parier que nous aurions encore une multitude de petits abattoirs en région si l’UPA avait plaidé en ce sens.

Dans son rapport remis à la commission Pronovost, la notoire commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) recommandait vivement une diversification et une multifonctionnalité de l’agriculture. Elle terminait son rapport en mentionnant l’opposition de l’UPA à ce projet.

En tant que fermiers, nous avons écrit à l’UPA pour réclamer un soutien pour notre agriculture de proximité. Sans réponse. Le monarque ne négocie pas avec ses sujets…

Ce qui empêche notre agriculture de s’adapter, d’évoluer, de contribuer à une véritable souveraineté alimentaire, ce ne sont pas les « forces du marché » ou une quelconque volonté céleste. C’est clairement le carcan de l’UPA, ce qui incitait Jean Pronovost à conclure que le Québec agricole manquait d’oxygène. Vous voulez un véritable changement en agriculture? Ça passe obligatoirement par la fin du monopole de l’UPA.

Maxime Laplante, agr, président

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Lettre à tous les paysans et paysannes

Ce sera visiblement pour la plupart d’entre nous une période de Pâques radicalement différente, alors que chacun développe des aptitudes avec Internet, Skype, Facetime et autres outils virtuels.

En entendant le premier ministre déclarer son intérêt pour l’autonomie alimentaire du Québec, je perçois un message d’espoir, alors que l’Union paysanne réclame depuis sa fondation la souveraineté alimentaire, la mise en place de circuits courts, avec tout ce que ça comporte, en termes de transformation possible à la ferme, d’abattage de proximité, de vente directe, d’agrotourisme.

Évidemment, il serait facile de dire: « On vous l’avait dit, que le système d’agriculture spécialisée, exportatrice, nous mènera tôt ou tard vers un mur ». Le mur est maintenant là. Je comprends donc un message d’espoir mais également un signe d’encouragement de tout mettre en oeuvre pour que cette crise aboutisse à un changement majeur d’orientation de notre agriculture.

Le modèle actuel d’agriculture spécialisée, contrôlée par un monopole, arrive aux aberrations malheureusement prévisibles. De grandes quantités de lait jeté en pleine période de crise, alors qu’on aurait pu organiser une distribution locale de ce lait, directement aux communautés. J’ai moi-même offert à des fermes laitières, obligées de jeter leur lait, de mettre en place rapidement un réseau de clients avec une collecte de lait, incluant des recettes faciles pour la fabrication de fromage, de yogourt. Malheureusement, c’est encore interdit au Québec. Il y a aussi la menace de devoir euthanasier des porcs parce que la filière d’exportation est ébranlée ainsi que les structures centralisées d’abattage. Puis notre dépendance face à des approvisionnements de l’étranger, autant en aliments qu’en main-d’oeuvre. La menace de maladies dans nos cheptels animaux et de volaille hautement densifiés. La distanciation sociale comme mesure pour protéger les humains devrait s’appliquer autant aux animaux.

Contrairement aux affirmations de l’UPA à l’effet que le Québec agricole ne soit pas en mesure à court terme de s’adapter, ou même qu’un travailleur étranger vaille deux Québécois, nous sommes convaincus du potentiel gigantesque des artisans et artisannes de la terre, de leur savoir-faire, de leur esprit d’initiative et d’innovation. Il faut juste leur donner la marge de manoeuvre nécessaire, leur permettre de produire et de vendre, d’entrer en contact direct avec la population.

En attendant, profitons du fait qu’il n’y ait pas de quota sur les oeufs de Pâques,

Maxime Laplante, agr, président