, ,

La souveraineté alimentaire au temps de la pandémie

Le 17 avril dernier marquait la journée internationale des paysans et des paysannes. Si chaque année l’Union paysanne souligne cette journée symbolique en mémoire des 21 paysans sans terre qui ont été tués, le 17 avril 1996 au Brésil, événement tristement connu depuis lors sous le nom de massacre d’Eldorado de Carajás, c’est pour rendre hommage aux personnes qui nourrissent leurs communautés et qui luttent pour leur droit à le faire. En ces temps de pandémie, le 17 avril résonne toutefois un peu différemment.

 

Avec la crise sanitaire qui bat son plein, la souveraineté alimentaire devient un remède qui se popularise. L’autonomie alimentaire est maintenant sur toute les lèvres et est présente dans tous les médias. Développer la capacité de nous nourrir comme peuple, comme nation tissée serrée semble être une idée novatrice, une sortie de crise annoncée aux pénuries de farine, d’huile végétale et de levure sur les tablettes de nos épiceries. Alors qu’on ignore encore dans quel état l’économie mondial s’en sortira et quelle sera la situation du pétrole, politiciens et grandes entreprises proposent de miser sur “les agriculteurs bien de chez nous”. À priori, nous devrions nous en réjouir. N’est-ce pas là l’essence même de la souveraineté alimentaire, une nation capable de subvenir aux besoins alimentaires de sa population et de ne dépendre d’aucune autre entité? Oui, peut-être. Mais il y a plus.

La souveraineté alimentaire pour tous les peuples de tous les pays est le principe fondamental de La Via Campesina et est également l’adage de nombreux producteurs, paysannes, artisans, cultivatrices, apiculteurs, maraîchères, acériculteurs, cueilleuses, chasseurs et pêcheuses. Il y a, derrière la souveraineté alimentaire, cette idée de produire de la nourriture pour et par les gens, mais également de le faire dans le respect des droits des personnes qui nous nourrissent et dans celui des écosystèmes. Or, trop souvent, on oublie les gens qui sont au coeur de nos systèmes alimentaires. Ou plutôt, on n’en tient pas compte. Et pourtant, il aura fallu une pandémie pour que l’on réalise que le travail de ces personnes est essentiel…

Nous, paysans et paysannes de La Via Campesina , réitérons que c’est la paysannerie qui produit 70% de la nourriture globale que nous consommons sur 25% des superficies totales. Une production qui nourrit non pas les stocks boursiers et les grands investisseurs, mais plutôt celle qui nourrit les communautés et les familles. Une agriculture à visage humain. C’est pourquoi il est impératif de non seulement reconnaître la souveraineté alimentaire dès maintenant, mais qu’il faut également réaffirmer et protéger, aujourd’hui plus que jamais, le respect des droits des paysans et des paysannes.

Il est important de saisir l’opportunité que nous présentent ces temps incertains pour nous poser des questions au sein de nos communautés locales. Alors que d’importantes décisions sont prises et que les barrières économiques semblent prendre une place moins grande dans l’équation, nous avons le pouvoir, et le devoir d’aller au-delà de l’action immédiate. N’oublions pas que la crise écologique est la trame de fond de cette pandémie.  Nous devons nous positionner de sorte à ne pas seulement éteindre les feux qui sont présentement sous nos yeux. Nous devons réfléchir sur l’ensemble du fonctionnement de nos systèmes alimentaires afin de les rendre plus justes et équitables. Osons aller plus loin et ne pas seulement revendiquer une “agriculture de chez nous”, mais parlons de notre dépendance à la main d’oeuvre agricole étrangère. Parlons des enjeux pour ces personnes qui, année après année, viennent récolter les fruits et légumes dans “nos champs bien de chez nous” afin de faire vivre leur famille “dans leur pays bien à eux”. Nommons le statut précaire – et précarisé – de ces personnes sans qui manger local ne serait pas possible. Essayons de comprendre les ramifications coloniales de nos systèmes alimentaires. Ayons le courage de dire que nos champs se trouvent sur des territoires qui n’ont jamais été cédés. Écoutons les paysans et paysannes de tout âge qui aspirent à un système alimentaire meilleur mais qui se butent constamment aux multiples barrières légales et administratives. Discutons avec les travailleurs et travailleuses agricoles, d’ici et d’ailleurs, dont les conditions de travail mettent en danger leur vie, leur sécurité et leur santé. Soutenons-les alors qu’ils et elles dénoncent les cancers et autres problèmes de santé causés par les pesticides et autres agents chimiques. Au niveau mondial, rappelons-nous les noms et les visages des activistes paysans et paysannes qui sont disparus ou qui ont été tués parce que leur voix dérangeaient.

Parce qu’en des temps aussi incertains, rappelons-nous que, peu importe où nous vivons, nous sommes tous et toutes uniEs. Martelons que l’union fait la force et scandons que ce que nous voulons c’est un véritable changement. Une fois la crise terminée, souvenons-nous – ce dont notre peuple se vante tellement – que ce sont ces vagues de solidarité qui nous auront permis de passer au travers. Et surtout, n’oublions pas que nous sommes tous et toutes dans le même bateau. Serrons-nous les coudes et osons faire de nos systèmes alimentaires des systèmes justes et solidaires afin que les gens qui nous nourrissent n’aient plus ce goût amer en bouche…

,

Lettre ouverte à Marcel Groleau

Souveraineté alimentaire en temps de crise

Monsieur Groleau,
Depuis le début de la crise reliée à la Covid-19, vous nous avez souvent rappelé l’importance de consommer des produits québécois et d’assurer la sécurité alimentaire du Québec. Dans votre récente chronique intitulée : « Covid 19, j’ai confiance en nous », vous affirmez que «La sécurité alimentaire d’une nation est une priorité qui dépasse très largement les intérêts économiques de tout un chacun.» Sur ce, l’Union paysanne ne peut qu’être en accord avec vous.

C’est pourquoi nous vous demandons aujourd’hui d’agir en acteur positif de changement.
Monsieur Groleau, vous connaissez bien les demandes de l’Union paysanne. Devant la Régie des marchés agricoles, pendant les audiences pour la hausse de la production hors quota, vous avez vous-même dénoncé la rigidité et le manque d’ouverture de certaines Fédérations de producteurs.
En cette période de crise, la sécurité alimentaire du Québec est en danger. Sylvain Charlebois, de l’Université Dalhousie, nous rappelait récemment que durant l’hiver et le printemps, 40 % de tout ce qu’on consomme provient soit des États-Unis ou a transité par les États-Unis. Il faut absolument augmenter la production de denrées alimentaires par et pour nos communautés et ainsi diminuer notre dépendance aux aléas des marchés mondiaux.

Plusieurs mesures peuvent être mises de l’avant dès maintenant afin de favoriser la production et la distribution en circuit court. Pour ce faire, nous vous exhortons d’adopter ces mesures :

• Augmenter les seuils de production hors quota à 500 oeufs, 2000 poulets et 300 dindons, de façon à permettre aux fermes du Québec de nourrir nos communautés. Pendant que vos fédérations nous interdisent de produire ces denrées, le Québec importe ces mêmes aliments de l’étranger. Par exemple, le Québec importe pour 42 millions $ de poulet alors qu’une ferme d’ici ne peut produire plus de 300 poulets sans détenir un exorbitant quota. Autre exemple: le Québec importe pour plus de 6 millions de dollars d’oeufs mais on interdit aux fermes du Québec d’avoir plus de 100 poules sans acheter un quota à l’industrie de la volaille;

• Nous aider à faire appliquer la Loi sur la mise en marché des produits agricoles qui dit clairement qu’un plan conjoint (et quota) ne devrait pas s’appliquer aux ventes directes au consommateurs;

• Supprimer les entraves imposées par les offices de producteurs à la vente à la ferme et en circuit court telles que l’obligation de payer des prélevés sur le transport du lait pour les artisans-fromagers (alors que leur lait ne sort pas de la ferme);

• L’arrêt des poursuites et saisies menées par les différentes fédérations de l’UPA qui vont même jusqu’à mépriser les règles de confinement en faisant irruption dans des fermes (http://lavieagricole.ca/5909). Les paysans-nes du Québec ne demandent qu’à pouvoir nourrir leurs communautés. Ces personnes ont les possibilités d’assurer la sécurité alimentaire du Québec. Donnons-leur la possibilité de le faire. Il nous apparaît urgent de trouver une nouvelle voie qui permettrait à la fois de protéger la gestion de l’offre et de donner de l’espace aux jeunes, aux régions, aux agriculteurs biologiques, à l’agriculture locale et aux paysans.

Puisque vous prétendez nous représenter, vous avez donc l’obligation morale de nous soutenir dans notre intention de contribuer à la souveraineté alimentaire du Québec.

Maxime Laplante, agr, producteur, président, l’Union paysanne
Alexandre Pigeon, producteur, vice-président, Union paysanne
Valérie Savard-Bergeron, productrice, trésorière, Union paysanne
Jean-Simon Voghel, secrétaire, Union paysanne
Gaspar Lépine, Producteur, administrateur, Union paysanne
Colette Lavergne, citoyenne, administratrice, Union paysanne
Sarah Bordeleau, administratrice, Union paysanne
Alexandre Béland, administrateur, Union paysanne
Pierre-Olivier Brassard, administrateur, Union paysanne
Marie-Josée Renaud, coordonnatrice, Union paysanne

, ,

L’injustice des conditions de travail dans le secteur agricole Travailleuse-eurs étrangère-ers temporaires

Votre prénom Votre nom Votre courriel *

, ,

Service événementiel en agriculture

Connaissez-vous Marcias Portelance? Il s’agit d’un personnage créé par Jimmy Hamel, artiste engagé dans l’agroalimentaire.

Nous vous invitons à découvrir ce personnage haut en couleur qui peut animer n’importe laquelle de vos activités en lien avec l’agriculture.

Ce personnage s’intègre bien aux événements agroalimentaires par diverses prestations: animation ambulante à travers le site, maître de cérémonie si une programmation sur scène est prévue et contes pour petits et grands. Le projet de Marcias Portelance apporte non seulement du divertissement, mais a pour objectif de sensibiliser, de rassembler, de conscientiser sur une bonne alimentation, le travail des agriculteurs et transformateurs ainsi que leurs produits afin d’encourager l’achat local et les bienfaits de ce mode de vie.

Spectacles, contes, animation d’événement, plusieurs services sont offerts.

Pour en savoir plus, visitez le site internet de Marcias!

, ,

Le miracle de l’engagement

Plus de 18 ans après la fondation de l’Union paysanne, il m’arrive fréquemment de tenter de me souvenir comment étaient les débuts. Je me souviens que l’agriculture n’était jamais un sujet intéressant les médias. Je me souviens de l’énergie déployée pour susciter un débat, de l’opposition de l’UPA. Je me souviens aussi de tous ces gens rencontrés, prêts à aider. Et je me souviens d’un texte du célèbre écrivain et philosophe allemand, Goethe, à propos de l’engagement.

« Tant que nous ne nous engageons pas, le doute règne, la possibilité de se rétracter demeure et l’inefficacité prévaut toujours.

En ce qui concerne tous les actes d’initiatives et de créativité, il est une vérité élémentaire dont l’ignorance a des incidences innombrables et fait avorter des projets splendides. Dès le moment où on s’engage pleinement, la providence se met également en marche.

Pour nous aider, se mettent en œuvre toutes sortes de chose qui sinon n’auraient jamais eu lieu. Tout un enchaînement d’événements, de situation et de décision crée en notre faveur toutes sortes d’incidents imprévus, des rencontres et des aides matérielles que nous n’aurions jamais rêvé de rencontrer sur notre chemin.

Tout ce que tu peux faire ou rêver de faire, tu peux l’entreprendre. L’audace renferme en soi génie, pouvoir et magie.

Débute maintenant. »

Johann Wolfgang von Goethe

Le 15 février prochain, l’Union paysanne tient une journée de réflexion sur notre volonté collective de changer les choses en agriculture, nos enjeux, nos actions, notre rôle. Un récent sondage nous indique un intérêt certain pour des enjeux comme la transition écologique, mais aussi la souveraineté alimentaire, le droit de produire, l’accès à la terre. Au lendemain de cette rencontre, nous tiendrons notre assemblée annuelle, pour fixer notre plan d’action.

Je vous invite à prendre part à cet événement. La mauvaise nouvelle, c’est que le changement en agriculture n’arrivera pas tout seul. La bonne nouvelle, c’est que l’engagement peut changer les choses.

À bientôt

Maxime Laplante, agr, président

, , ,

Assemblée générale annuelle

Union paysanne

Assemblée générale annuelle

Dimanche 16 février 2020

Ferme Guyon, Chambly

L’Union paysanne est fière et heureuse de vous convier à son Assemblée générale annuelle! Ce sera l’occasion parfaite pour adhérer à l’organisme ou encore pour renouveler votre engagement. Venez découvrir ce qu’on a fait en 2019 et ce que nous réserve 2020!

Assemblée générale annuelle – 16 février 2020

Ordre du jour proposé

10h : Ouverture de l’assemblée et mot de bienvenue

10h15 : Nomination d’unE présidentE et d’unE secrétaire d’assemblée;

10h20 : Lecture et adoption de l’ordre du jour;

10h25 : Lecture et adoption du procès verbal de la dernière assemblée générale annuelle;

10h40 : Bilan annuel : présentation du rapport d’activité;

11h00 : Retour sur l’assemblée paysanne et positions stratégiques

11h30 : Prévisions budgétaires 2020;

11h50 : Élections sur le Conseil d’administration

12h05: Nomination d’un vérificateur externe

12h010: Questions diverses

12h15 : Levée de l’assemblée

Veuillez noter que l’AGA sera précédée de l’Assemblé paysanne le samedi 15 février, toujours à la Ferme Guyon. Cet événement est gratuit (dîner fourni sur réservation ici) et vise à établir les priorités de la paysannerie québécoise pour les prochaines années. La journée sera constituée d’ateliers et de discussions de groupe portant sur la place de l’Union paysanne dans l’univers agricole du Québec et d’ailleurs: l’avancement de ses luttes, ses prochains dossiers, les alliances à locales et internationales à créer, etc. Pour en savoir plus, cliquez ici.

, ,

Pesticides : le Québec s’en sortira-t-il?

La commission sur l’agriculture, les pêcheries et les ressources naturelles (CAPERN) a tenu ses audiences sur les pesticides en agriculture à la fin septembre. On pouvait y entendre essentiellement deux discours : un premier provenant des utilisateurs ou des commerçants de pesticides qui nous disent en gros qu’ils sont utiles, voire indispensables à la production d’aliments. Le second, des rangs des gens de la santé ou de l’environnement, soutient que leur usage est néfaste et qu’il faut viser une réduction rapide de leur emploi. En trame de fond, les vœux pieux du gouvernement qui nous annonçait une forte diminution de leur usage il y a quelques années (Prédiction qui ne s’est nullement réalisée, au contraire) et qui maintenant se contente de viser une simple réduction des risques reliés à leur emploi.

Qu’il est donc reposant d’écouter un film comme Star Wars, où bons et méchants sont faciles à repérer, sans nuances. La réalité semble différente. Lors de sa présentation, l’Union paysanne a fait valoir que l’emploi de pesticides est intimement lié à la monoculture et la spécialisation. Difficile en effet d’imaginer une monoculture de maïs de 2000 ha sans avoir recours aux herbicides, dont le maintenant tristement célèbre Roundup. Dans un contexte d’exportation, la spécialisation se répand, et donc l’usage de pesticides. À l’inverse, ce besoin est nettement moins présent dans le cas de productions diversifiées, en rotation. Les études du MAPAQ, dont Louis Robert fait mention (Louis Robert est l’agronome qui fut congédié par le MAPAQ et ensuite réembauché pour avoir dénoncé l’ingérence de l’industrie des pesticides dans la recherche publique) montrent clairement qu’il est possible de largement renoncer aux pesticides à condition de pratiquer certaines méthodes culturales, comme la rotation, la variation des plantes, les engrais verts, etc. D’autre part, la production biologique fait depuis longtemps la preuve qu’on peut se passer de pesticides de synthèse.

Toutefois, la récente politique bioalimentaire du gouvernement québécois, qui n’a rien de bio, soit dit en passant, vise précisément un accroissement de nos exportations et une augmentation de nos importations, le tout contribuant à une diminution marquée de notre taux d’approvisionnement. En effet, vous avez bien lu : le gouvernement vise une plus grande dépendance de notre alimentation face aux importations ainsi qu’une dépendance accrue de notre agriculture face aux exportations. En somme, l’État vise à augmenter les conditions qui nous rendent dépendants des pesticides. Sommes-nous vraiment sur la bonne voie?

De plus, problème soulevé par plusieurs, les normes encadrant l’usage de pesticides varient beaucoup d’un pays à l’autre et nos tablettes regorgent maintenant de produits contaminés par des pesticides, à des concentrations qui ne sont pas nécessairement autorisées par notre production locale. La politique bioalimentaire vise pourtant de plus grandes entrées de ces produits.

Espérons que la CAPERN réussira à émettre des recommandations pertinentes à ce sujet.

Maxime Laplante, agr, président

, ,

Analyse des interventions à la commission parlementaire sur les pesticides

Après avoir assisté à toutes les représentations de la commission parlementaire de la semaine du 23 septembre au 26 septembre, il m’apparaît clair que les intervenantEs venuEs témoigner sur la question des pesticides sont diviséEs entre deux clans ayant des priorités fort différentes.

Le premier « clan », celui défendant le modèle façonné au fil des années par l’UPA, se trouve celles et ceux pour qui la priorité a été la défense de la compétitivité des entreprises agricoles de l’actuel modèle agricole québécois. Ces intervenantEs vont être tout à fait d’accord avec des actions visant à améliorer la qualité de notre environnement en tentant de diminuer la quantité de pesticides utilisés (difficile d’être contre la vertu) si ces actions ne remettent pas en doute les grandes caractéristiques du modèle agricole québécois qui mènent à l’utilisation de ces produits phytosanitaires. Parmi celles-ci, pensons à la monoculture, l’impératif de productivité accrue, la spécialisation agroalimentaire axée sur l’exportation et la préséance de l’agriculture industrielle sur toute autre utilisation du territoire rural. Pour conserver ces caractéristiques, c’est-à-dire un certain statu quo, on proposera alors de fortement se fier à des avancées technologiques, dont l’intelligence artificielle, ainsi que le recours à lutte intégrée.

Dans la première solution, les avancées technologiques, on remarque que celle-ci nécessitera des investissements majeurs, ce qui aura pour effet de contribuer à la concentration des fermes, ainsi qu’à l’endettement des agricultrices-eurs. Pour ce qui est de la deuxième solution, la lutte intégrée, elle est beaucoup plus louable, cependant étant donné que dans bien des cas elle n’est, pour l’instant, pas aussi efficace par dollar investi que le recours aux pesticides (c’est le cas notamment des mouches stériles), il m’apparaît peu probable qu’elle réussisse à s’implanter dans ce modèle de libre marché où la compétitivité est la règle la plus sacrée.

Les tenantEs de cette approche s’opposent à quelconque réglementation qui ne serait pas réciproque chez leurs plus proches compétitrice-eurs, particulièrement la production étasunienne. À en juger l’actuelle gestion environnementale de l’administration Trump, aussi bien dire que ce qui y est désiré est le statu quo en matière réglementaire.

Dans le deuxième « clan », l’on retrouve des intervenantEs ayant comme priorité la santé publique et la santé environnementale. Celles et ceux-ci sont venuEs partager leurs expertises respectives pour faire comprendre aux députés les dangers des pesticides, mais également la perte de rentabilité que peut entraîner l’utilisation de ceux-ci (pensons aux apicultrice-eurs, ainsi qu’aux agricultrice-eurs biologiques). Leurs témoignages font état de dangers graves liés aux pesticides (comme la maladie de Parkinson, le lymphome non hodgkinien, la perte de biodiversité et bien d’autres) et rappellent que ces produits phytosanitaires sont des poisons et des perturbateurs endocriniens.

Ces intervenantEs ne militent pas activement pour que l’agriculture québécoise fasse faillite (j’ose espérer que personne ne veut une telle chose), mais considèrent que ne pas prendre les actions nécessaires envers la dangerosité des pesticides serait un déni destructeur de l’environnement qui pose problème en ce qui a trait à la santé publique.

À l’Union paysanne, nous croyons qu’il est impératif que le secteur agricole fasse une introspection et qu’il se rende compte des dangers émanant de sa filière dite conventionnelle. Nous croyons également, comme touTEs les intervenantEs de la commission, qu’il ne faut pas pointer du doigt les agricultrice-eurs pour l’état des choses. Ils sont au contraire en première ligne des dangers liés aux pesticides, comme c’est le cas du voisinage en milieu rural, ainsi que les travailleuse-eurs agricoles. L’Union paysanne a d’ailleurs été un des deux seules organisations (l’autre étant l’Institut national de la santé publique du Québec), députéEs siégeant à la commission inclusES, ayant évoqué les risques pour la classe ouvrière agricole, ce qui montre le peu de considération envers cette population tant nécessaire à notre agriculture.

Le doigt accusateur doit plutôt se tourner vers ceux qui ont orienté l’agriculture vers une production industrielle (utilisant largement les pesticides) axée sur le libre-marché, c’est-à-dire le gouvernement du Québec accompagné par monopole syndical de l’UPA, sans oublier l’industrie agrochimique qui a grandement profité de cette tournure des évènements. Le gouvernement a maintenant le devoir de trouver une solution et d’élaborer un plan de transition qui permettra à la fois la survie financière des agricultrice-eurs, mais aussi la disparition totale des risques qu’engendrent les pesticides sur la santé et l’environnement.

Pour ce faire, l’Union paysanne propose un modèle agricole axé sur la paysannerie, l’agroécologie, les circuits courts, la multifonctionnalité des campagnes et la souveraineté alimentaire. Passons de la compétitivité internationale à la solidarité internationale en favorisant les paysanneries locales.

, ,

Notre vision de l’agriculture, la vraie raison de notre dépendance aux pesticides

Par: Alexandre B. Couture, étudiant à la maitrise en agroforesterie et stagiaire à l’Union paysanne

 

Dans l’appréhension des auditions traitant des pesticides à la Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles (Capern), qui se dérouleront du 23 au 26 septembre, une multitude de reportages et d’articles ont tenté de démontrer qu’il existe des alternatives techniques aux pesticides tels qu’utilisés dans l’agriculture conventionnelle au Québec. Un de ces articles s’est toutefois démarqué du lot en creusant le problème plus creux que ces symptômes, en dénonçant plutôt la cause et les mécanismes menant à ces symptômes. L’article en question, paru dans le journal La Presse, est celui de Marie-Claude Lortie1.

Dans cet article on peut y lire que les « besoins en pesticides tout comme les besoins en engrais costauds ne sortent pas de nulle part. Ils sont liés à la façon dont on a organisé, structuré, l’agriculture depuis 60 ans ». La façon dont l’agriculture est organisée et structurée depuis six décennies c’est la monoculture selon la chroniqueuse de La Presse et elle a tout à fait raison. Cependant j’aimerais encore pousser l’analyse plus loin, sans rien enlever à toute la pertinence de ce qu’elle a écrit, puisque la monoculture ne demeure qu’une technique qui s’est parfaitement insérée dans la vision maintenant dominante de l’agriculture du Québec. Cette vision est celle d’une agriculture industrielle productiviste qui s’est imposée (logique agricole qui répond au besoin de croissance incessante du système économique dominant, le capitalisme), lors de la révolution verte2, sur un modèle d’agriculture de subsistance qui fut jadis largement dominant dans la province. Ce tournant industriel de l’agriculture a pratiquement effacé la présence paysanne de la province (ce qui fit disparaître environ 100 000 fermes du territoire québécois), tout comme ce genre de tournant industriel l’avait fait avec les artisanEs dans la foulée de la révolution industrielle.

Ce changement de paradigme est cependant venu avec son lot de problème puisqu’il a fait passer à une étape supérieure la tentative humaine de domination sur l’environnement, ce qui a nécessité, en autres, une utilisation massive de pesticides de tous genres. En fait, on comprenait et on comprend toujours mal les complexes interactions que peuvent jouer les différents membres des écosystèmes ce qui fait que l’utilisation de ces produits phytosanitaires a dans bien des cas détruit les mécanismes d’autorégulation naturels, ce qui a justifié encore plus l’utilisation de ces pesticides. L’agriculture est donc emprisonnée dans un cercle vicieux qui a de potentielles conséquences graves sur notre santé (Parkinson, autisme, cancer, Alzheimer, etc.) et sur notre environnement (perte de biodiversité, dégradation des sols, dégradation de la richesse aqueuse, gaz à effet de serre, etc.).

De terribles conséquences, en lien avec la perturbation des mécanismes de régulation des écosystèmes, avaient pourtant fait leur apparition dès le début de la révolution verte. L’un des exemples ayant eu des conséquences tristement célèbre fut la gestion des « indésirables » par Mao Zedong lors de l’établissement de la politique du Grand Bond en avant (1958 à 1960). En fait, l’une des campagnes de cette politique était la campagne des quatre nuisibles qui visait à se débarrasser en autres du moineau (les trois autres indésirables étaient les rats, les mouches et les moustiques) puisque celui-ci se nourrissait à même les récoltes. Cette campagne d’élimination du moineau fut un succès dans le sens ou la population de cet oiseau fut rapidement en danger de disparition. Cependant, on n’observa pas l’augmentation des rendements agricoles attendue, mais plutôt à une baisse significative de ceux-ci. La raison est simple, bien que les moineaux se nourrissent des récoltes, il agissait également comme un régulateur écosystémique puisqu’il se nourrit également d’insecte. Lorsque l’oiseau fut pratiquement exterminé les insectes, en particulier les criquets, ont eu le champ libre pour faire des ravages bien plus important aux récoltes, ce qui participa, sans en être la seule cause loin de là, à la grande famine chinoise qui a fait de 15 à 45 millions de morts entre 1959 et 1961.

La mauvaise gestion écosystémique chinoise de cette époque aurait dû être un signal d’alarme démontrant qu’il est extrêmement dangereux d’aller à contre-courant des mécanismes de régulation naturels. C’est pourtant ce que continue de faire, près de 60 ans plus tard, l’agriculture industrielle avec sa méthode culturale privilégiée : la monoculture. L’utilisation de pesticides ne disparaîtra pas tant que la vision de domination de la nature demeurera puisque la neutralisation d’une espèce jugée indésirable ne fera qu’en sorte qu’une autre espèce plus résistante profitera du festin monoculturel.

L’objectif ici n’est pas de glorifier l’ère où l’Église catholique a forgé le paysage québécois en mettant de l’avant un certain mode de vie paysan capable d’ouvrir les portes du paradis, mais de constater que les paysanneries de jadis et d’aujourd’hui ont leur lot d’avantages, dont des pratiques culturales ne nécessitant pas tout l’arsenal phytosanitaire de l’agriculture dite « conventionnelle ». La recherche de productivité en agriculture a poussé notre agriculture a dépasser les limites écologiques et à instaurer un modèle faisant fi des processus de régulation naturels. Il serait alors sage de retrouver un équilibre avec notre environnement en faisant place à une régulation plus naturelle des espèces qui ne passe pas nécessairement par la destruction de ce qui est jugé indésirable à première vue, mais plutôt par un modèle favorisant cette régulation quitte à avoir un rendement plus faible que dans le modèle industriel. Il n’est d’ailleurs pas clair que les rendements du modèle conventionnel pourront demeurer élevée pour une longue période puisque les conséquences environnementales qui y sont rattachées (particulièrement l’érosion et la perte de fertilité des sols) mettent directement en péril son efficacité et celle de toutes autres méthodes culturales dépasser un certain seuil critique.

Une agroécologie paysanne, dans cette perspective, semble non seulement une solution pour éviter l’utilisation de pesticides, mais également une méthode culturale plus soutenable à long terme. Il faut alors espérer que la Capern le comprenne lors des auditions de fin septembre, malgré le fait que tout indique que nous aurons le droit à une analyse de surface du problème des pesticides qui ne s’attaquera au mieux qu’aux symptômes de notre modèle agricole industriel et non aux causes fondamentales des problèmes qu’il crée.

 

1 LORTIE, Marie-Claude, « Agriculture : soigner les causes, pas justes les symptômes », La Presse, 4 septembre 2019, https://www.lapresse.ca/actualites/201909/03/01-5239705-agriculture-soigner-les-causes-pas-juste-les-symptomes.php?fbclid=IwAR1wFqn0b1VQ_-tACRA1xzro97zDaIcxLPx9ZsxscR2WIZ_lCxjOHJzqo9Q.

2 Révolution dans les pratiques agricoles qui commença dans les années 1960, qui augmenta significativement les rendements agricoles par, entre autres, l’utilisation des progrès techniques dans le domaine de la chimie et l’industrialisation des procédés agricoles.

, , ,

Offre d’emploi : recherchiste

RECHERCHISTE

L’Union paysanne est à la recherche d’une personne admissible au programme d’emploi-été Canada afin d’agir comme agent-e de communication.

Critères d’admissibilités :

Pour être admissibles, les étudiants-es doivent :

  • Être âgés-es de 15 à 30 ans au début de l’emploi;

  • Être citoyens-nes canadiens-nes, résidents-tes permanents-tes ou désignés-es comme réfugiés-es en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés;

  • Être légalement autorisés à travailler au Canada conformément aux dispositions législatives réglementaires en vigueur dans la province ou le territoire visé.

Tâches

La personne embauchée aura pour tâche d’outiller l’équipe de l’Union paysanne à plusieurs égards, notamment:

  • Documenter, par vidéo ou articles, des pratiques d’élevages responsables;

  • Faire connaître les alternatives à l’élevage industriel;

  • Effectuer diverses recherches sur les empreintes environnementales reliées à la production d’aliments;

  • Effectuer une revue d’actualité sur les certifications environnementales et paysannes à l’international;

Domaine d’étude

  • Production vidéo

  • Agronomie

  • Sciences sociales

  • Environnement

  • Ou toute autre expérience connexe.

 

Conditions de travail

  • Travail qui se fait en partie en télé-travail (à domicile). Il faut posséder un ordinateur avec une haute connection internet pour appels Skype ou conférence;
  • Posséder un permis de conduire et être mobile sur le territoire du Québec, un atout;

  • Posséder ou avoir accès à une caméra et de l’équipement de production vidéo, un atout;

  • Être prêtE à se déplacer en région pour aller voir des agriculteurs-trices.

 

Horaire et salaire

  • Salaire de 15,00$/heure, 30 heures/semaine.
  • Contrat de huit semaines, du 2 juillet au 24 août (flexible)

 

Date limite pour appliquer: lundi 3 juin 2019, à midi.

Pour appliquer, envoyez une lettre de motivation ainsi que votre curriculum vitae à : coordination@unionpaysanne.com

SeulEs les candidatEs retenuEs seront contactéEs.