, ,

Le choc de deux mondes

Les audiences devant la Régie des marchés agricoles ont pris fin en début novembre et nous espérons un jugement favorable cet hiver, ce qui permettrait à de nombreuses fermes de vendre un peu plus de poulets, de dindons et d’œufs pour assurer leur rentabilité financière.

Mais ce qui ressortait le plus lors de ces deux semaines d’audiences, c’était le fossé séparant deux modèles. Le choc de deux mondes. L’intolérance flagrante de l’industrie avicole envers les petits élevages, utilisant tous les moyens pour nous empêcher de plaider, faisant de l’obstruction systématique. Les fédérations de l’UPA ont même réclamé que les régisseurs ne prennent pas connaissance des rapports importants sur l’agriculture, comme le rapport Pronovost et le rapport CIRANO sur le hors-quota au Canada. Mais ça, on s’y attendait.

Là où le discours a pris des allures presque ésotériques, c’est lorsque les défenseurs de l’industrie insistaient sur les précautions prises par les grands élevages en matière de bien-être animal et de bio-sécurité, reprochant aux petits éleveurs de ne pas se préoccuper de ces enjeux. Pourtant, lorsqu’on sait que l’espace prévu pour une poule pondeuse se limite à 64 pouces carrés (8po x 8po), que les becs sont coupés et que l’élevage se fera toute leur vie sans accès extérieur ou même de lumière naturelle, il semble aberrant qu’on puisse reprocher aux petits élevages quoi que ce soit à ce chapitre. En prime, beaucoup d’emballages d’œufs ou de volaille vendus en magasin illustrent des oiseaux à l’extérieur, dans l’herbe, devant une petite étable colorée, à côté de laquelle on aperçoit parfois une petite éolienne… Charmant et bucolique. Publicité mensongère? Est-ce que les ventes maintiendraient leur niveau si les emballages illustraient la réalité?

L’industrie reproche aux petits élevages de ne pas avoir de normes et nous suggère d’appliquer les cahiers de charge des grands élevages. Ces normes trouvent leur utilité parce que les élevages de grande concentration sont extrêmement vulnérables face aux épidémies, en raison de la circulation constante de volaille, de fumier, de moulée et d’humains d’un site à l’autre, le tout combiné au fait que la densité des élevages permet une propagation rapide de tout problème. Concentration des élevages et transport d’une ferme à l’autre sont clairement identifiés par la littérature scientifique comme étant LES facteurs de risque.

Mais le problème n’est pas tant la cohabitation de deux modèles mais plutôt le fait qu’un modèle unique ait le contrôle sur l’espace à donner à un autre modèle. Un petit club sélect décide pour l’immense majorité. Même le président de l’UPA a dû reconnaître devant la Régie le manque de démocratie du système, dans lequel les représentants des fédérations ignoraient les conditions minimales pour avoir droit de vote à l’intérieur des plans conjoints.

Espérons que la Régie saura reprendre le contrôle de la situation en agissant en tant qu’arbitre neutre, au lieu d’abandonner le marché à des cartels privés.

Maxime Laplante, agr, président

, , ,

Mot du président – 17 septembre 2018

Lorsque j’étais enfant, je me souviens qu’aux réunions de famille du jour de l’an, en plein Québec rural profond, un de mes oncles avait un sujet de conversation de prédilection : les plans conjoints. L’effet était magique. Le salon se vidait et tous se retrouvaient dans la cuisine ou dehors. Lorsque j’ai entamé mes études en agronomie, j’ai voulu comprendre. Alors, pour une fois, au lieu d’aller rejoindre mes tantes devant les biscuits, je suis resté avec cet oncle pour tenter de comprendre. Un peu.

Aujourd’hui, c’est à mon tour de vous en parler. L’enjeu est ici de taille et n’a rien de théorique. À partir du 22 octobre, l’Union paysanne ira plaider devant la Régie des marchés agricoles pour une hausse du hors-quota, soit la permission d’élever 2000 poulets, 300 pondeuses et 300 dindons par ferme et par an, sans avoir à détenir ces fabuleux quotas de production, qui limitent actuellement à 100 poulets, 100 poules et 25 dindons le droit de produire.

À l’échelle de la ferme, avoir subitement le droit de vendre 2000 poulets au lieu de 100, ça fait souvent la différence entre la non-rentabilité et la rentabilité. L’étude CIRANO de l’université confirme nos dires, on parle ici d’une hausse possible du revenu net de plusieurs dizaines de milliers de dollars pour chaque ferme concernée.

Pour les gens qui achètent ces produits, c’est aussi la possibilité de se procurer du poulet ou des œufs directement de la ferme, au lieu de passer par l’épicerie. Ça ouvre la porte à du poulet élevé au paturage, par exemple.

Ce que nous demandons, c’est rien de moins que l’équité en comparaison avec le reste du Canada, nettement plus permissif. Ces fameux quotas, onéreux au-delà de la rentabilité (250$ par poule, 800$ par mètre carré dans le poulet), ont au départ été distribués gratuitement aux fermes productrices. Ces quotas sont ensuite devenus une valeur spéculative, rendant très difficile toute forme de relève qui doit en payer le plein prix.

Étrangement, ce que l’Union paysanne va plaider, c’est l’application de la loi sur la mise en marché des produits agricoles! Incroyable mais vrai. L’article 63 stipule clairement que toute vente directe au consommateur peut être faite librement, sans passer par les plans conjoints ou les agences de vente. Toutefois, la Régie peut en décider autrement si elle juge qu’il y a une menace pour l’application des plans conjoints. La vente directe, c’est potentiellement 1 à 3 % du marché. Difficile d’y voir une menace sérieuse pour la mise en marché standardisée. Jusqu’ici, les fédérations de l’UPA, en contact direct et unique avec la Régie des marchés, ont toujours réussi à ne permettre aucune souplesse dans ce système qu’elles contrôlent en conflit d’intérêt : ce sont en effet les détenteurs de quota qui décident si d’autres peuvent en obtenir.

En somme, nous demandons que la Régie, organisme public de surveillance, assume enfin son véritable rôle, de façon neutre, sans obéir aveuglément aux dictats de l’UPA, et applique la loi.

Depuis peu, il y a un changement de garde au sein de la Régie. En effet, celle-ci a récemment refusé un prélèvement sur les céréales vendues directement, supplément que réclamait l’UPA.

Nous avons maintenant besoin de votre aide pour financer cette opération.

www.gofundme.com/horsquota

Alors ques fédérations de l’UPA paient leurs avocats avec nos cotisations de producteurs, nous devons assumer nos frais nous-mêmes. David contre Goliath, direz-vous. Mais si je me souviens bien, c’est David qui a quand même gagné…

Maxime Laplante, agr, président

, ,

Campagne hors quota

Bonjour,

Ainsi que nous l’avons fréquemment mentionné, l’Union paysanne a demandé à la Régie des marchés agricoles d’être entendue dans le dossier du hors-quota afin de permettre la production et la vente de 2000 poulets, 300 dindons et les œufs de 300 pondeuses sans détenir ces fameux quotas de production, si onéreux. Rien de farfelu, puisque c’est déjà le cas dans la plupart des régions du Canada, le Québec et Terre-Neuve étant de loin les provinces les plus restrictives à cet égard.

Évidemment, les fédérations de l’UPA ne sont pas du même avis et ont d’abord demandé à la Régie de ne pas nous laisser présenter notre demande. Mais cette même Régie a quand même annoncé qu’elle tiendra 9 jours d’audience analyser notre demande, entre la fin octobre et le début de novembre.

Dans sa démarche, l’Union paysanne a choisi de faire appel à un avocat au fait des questions agricoles, soit Jean Nobert, que nous avons présenté au dernier congrès. Mais cette démarche occasionne des frais que l’Union paysanne ne peut couvrir à même son budget de fonctionnement habituel. Nous avons donc besoin urgemment de dons pour y parvenir. Nous suggérons un montant de 50$ par personne donatrice. À l’échelle d’une ferme, passer d’une production de 100 poulets à 2000 représente un revenu net supplémentaire d’environ 20 000$. Pour le consommateur, on parle de la possibilité d’avoir enfin accès à du poulet local sans passer par les filières de l’industrie agricole. En somme, un 50$ bien investi.

Pour plus de détails, consultez notre rubrique Campagne sur notre site web et faites un don dès maintenant. Ne laissons pas passer cette occasion de donner un peu d’oxygène au monde rural du Québec.

 

Maxime Laplante, agr, président.

, ,

Les cochons auront-ils le temps d’une paix?

Oh surprise, les cochons du Québec font encore les manchettes, de façon détournée cette fois. Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion d’écouter M. Paul Doyon, second vice-président de l’UPA, je vous invite à le faire, alors qu’il méprise ouvertement ceux qui voudraient élever des cochons « dans le bois », faisant ainsi référence à l’émission « Le temps d’une paix ». Alors que la canicule se poursuivait, on entendait à Radio-Canada les commentaires des dirigeants de l’industrie porcine, aux prises avec des retards de croissance chez les porcs, qui ne peuvent pas suer comme les humains (défaut ou qualité, je vous laisse juger…). Pourtant, depuis des millénaires et partout dans le monde, il y a des cochons qui vivent dehors, à des températures nettement plus chaudes que ce vit le Québec avec son climat nordique. La Corse en est un bel exemple. Pour en avoir élevé moi-même pendant 12 ans à l’extérieur, on observe rapidement que le porc, pour se refroidir, va se creuser un trou dans la boue, pour se protéger de la chaleur, des insectes et du soleil. Mais mon intention n’est pas ici de vouloir imposer ce modèle mur-à-mur mais plutôt de tenir tête à l’attitude arrogante qui veut nous imposer le mode d’élevage industriel de façon uniforme, avec demande de subvention à la clé. Après avoir réclamé de l’aide financière pour construire les fosses à lisier qui ont soulevé la colère des communautés rurales, ainsi pour produire du porc destiné à l’exportation, voici que cette même industrie demande encore de l’argent public pour convertir les étables porcines pour répondre aux exigences en matière de bien-être animal parce que les consommateurs étrangers ne tolèrent plus que les animaux soient encagés sans possibilité de bouger. Et maintenant, en plus de soutirer encore plus d’argent de la part du contribuable pour améliorer le climat dans ces usines qui ne tiennent pas compte des besoins naturels de l’animal, il faudrait endurer le mépris à l’endroit de pratiques permettant aux animaux de vivre à l’extérieur? Difficile pour ma part.

Il semble paradoxal qu’une nation comme le Québec, disposant de telles ressources naturelles, avec de l’espace à souhait, reste enlisé dans une telle rigueur et renonce ainsi au potentiel de la diversité. C’est d’ailleurs dans cette vision de diversité que l’Union paysanne ira devant la Régie des marchés agricoles à la fin octobre (les dates viennent d’être connues) pour demander une hausse de la production hors-quota pour le poulet, les pondeuses et le dindon. L’intention est de créer un espace pour un type différent de production que ce que l’industrie de la volaille impose. Les audiences s’étaleront sur 9 jours. On comprend évidemment que l’Union paysanne n’a pas besoin de 9 jours pour présenter sa proposition mais que les fédérations de l’UPA se sont opposées à la tenue d’une telle réflexion et contribuent donc à allonger le temps nécessaire. Les ressources financières n’étant pas les mêmes, alors que l’UPA finance ses avocats à même les cotisations des fermes (donc aussi de celles qui s’opposent au contrôle de l’UPA), l’Union paysanne doit trouver de l’argent auprès des sympatisants. Nous avons donc besoin de votre aide pour mener à terme cette campagne visant à permettre les petits élevages en dehors du contrôle de l’industrie, comme c’est d’ailleurs la cas partout au Canada. Voyez sur notre site notre campagne sur le hors-quota. Vous voulez aider concrètement? Voici une excellent occasion de le faire.

Votre président

Maxime Laplante, agr

, ,

Une politique d’aménagement du territoire?

À sa fondation en 2001, l’Union paysanne désirait amorcer une réflexion en profondeur de l’aménagement de notre territoire. Cette réflexion nous alors forcé à repenser notre agriculture et à se demander quels sont les objectifs visés. La vision développée présente les rôles de notre agriculture comme suit :

  • Nourrir notre population en quantité et en qualité;
  • Protéger les ressources;
  • Occuper le territoire de façon décentralisée.

On entend régulièrement parler de différents problèmes en milieu rural : parfois il s’agit de terres réquisitionnées pour une autoroute, parfois de spéculation foncière avec une hausse de la valeur des terres. Il y a aussi des municipalités qui veulent conserver leur population, attirer des jeunes familles, et qui ont besoin d’espace. Il y a également une partie de la population qui aspire à s’établir à la campagne. Et les villes, confrontées à la densification et aux problèmes de congestion automobile.

Des questions importantes se posent. Doit-on financer les villes qui s’accroissent avec l’argent de tous, donc de ceux qui habitent en milieu rural? Doit-on laisser la commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) gérer la zone verte de façon uniforme, comme si la banlieue de Montréal se comparait aux rangs gaspésiens?

Vouloir limiter tous ces enjeux à la simple préservation de sols visés par un promoteur immobilier est une façon extrêmement réductrice de balayer le problème sous le tapis.

Pendant presque 20 ans, l’Union paysanne a réclamé un vaste débat à ce sujet. Cette discussion devra aborder aussi la gestion des quotas de production, qui bloquent l’arrivée de nouvelles fermes, ainsi que la gestion de la CPTAQ qui continue souvent de croire que seules les entités de plus de 100 hectares sont viables.

Si on ne fait rien, la valeur des terres poursuivra sa progression, les campagnes se videront davantage, la relève en milieu rural sera insuffisante et le coût de la concentration de notre population en ville explosera. Sommes-nous prêts pour cette réflexion et peut-être envisager une politique d’aménagement du territoire? Sur ce, je retourne à mes champs. Si je ne m’occupe pas de mon petit territoire, il saura bien s’occuper de moi.

Maxime Laplante, agr, président

,

Mot du président – 17 juin 2018

Bonjour,

La rencontre du G7 est peut-être terminée mais pas les discussions sur la gestion de l’offre, qui semble être devenue une monnaie d’échange dans les négociations de libre-échange. Prévisible. Le Canada ne peut pas continuer longtemps à prétendre que les frontières sont ouvertes mais qu’elles sont fermées pour certains produits. Dans le dossier du lait, l’importation de lait diafiltré à bas prix en provenance des États-Unis a fait baisser le prix payé à la ferme. Dans un contexte où les dépenses explosent, une baisse du revenu mène obligatoirement à une des quatre avenues suivantes : demander au gouvernement de compenser financièrement. Reste à savoir si le Trésor sera d’accord pour dépenser l’argent des contribuables pour une production sous quota alors que le prix est fixé par une commission. Autre hypothèse : grossir l’entreprise pour augmenter le chiffre d’affaires, ce qui suppose une hausse de l’endettement et des difficultés pour refiler la ferme plus tard à une relève qui n’en aura sans doute pas les moyens. Autre scénario : vendre aux personnes qui veulent grossir. Mais ces solutions ne règlent pas le problème de l’accroissement de la taille des fermes, au contraire. Normalement, pour une entreprise aux prises avec des difficultés financières, la diversification de la production est envisagée, selon la devise de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Pour le secteur laitier, cela supposerait de vendre une partie du lait de façon directe ou transformée, ou d’élever d’autres animaux, d’ajouter un volet récréo-touristique à la ferme, etc. Or, ces avenues sont bloquées de façon quasi systématique au Québec, confinant l’immense majorité des fermes à la production au prix de gros. Bonne chance à ceux et celles qui voudraient faire du fromage à la ferme, ou tenir une table champêtre, accueillir des visiteurs, des campeurs. Dans ce contexte, la perspective d’une disparition de la gestion de l’offre aurait de graves conséquences, surtout en raison de la limitation de la marge de manoeuvre des fermes. Il y a urgence de réformer la version québécoise de la gestion de l’offre, sinon elle est vouée à disparaître et entraînera la disparition d’un grand nombre de fermes.

Dans un autre dossier, d’aucuns auront suivi les déboires de l’ex-ministre de l’agriculture, M. Pierre Paradis. Il ne m’appartient pas de juger s’il y a un lien entre les allégations et sa relation plus que tendue avec l’UPA mais il y a lieu de se demander pourquoi sa réforme entamée du système de remboursement des taxes foncières a été si rapidement reléguée aux oubliettes au lendemain de son départ. Cette réforme prévoyait un changement de la méthode calcul. Mais là n’est pas le point majeur. L’élément-clé était de dissocier le paiement de la cotisation à l’UPA de l’accès au programme. Cette démarche aurait enfin remis un peu de démocratie dans ce système. Il est aberrant de voir qu’au Québec, l’accès à des programmes gouvernementaux soit encore conditionnel au versement d’une cotisation obligatoire à une association privée en situation de monopole.

En terminant, je mentionne la publication toute récente d’une bande dessinée (Faire campagne- de Rémy Bourdillon) qui illustre les déboires d’une dizaine de personnes qui tentent de pratiquer l’agriculture mais qui se heurtent aux obstacles érigés. Bonne lecture.

Maxime Laplante, agr, président

, , ,

Dossier hors-quota: une étude confirme largement les avancées de l’Union paysanne

L’Union paysanne, depuis sa fondation en 2001, réclame un assouplissement des quotas et des plans conjoints pour donner un peu d’air aux élevages de petite taille. Évidemment, les fédérations de l’UPA, détentrices et gestionnaires des fameux quotas, maintiennent leur emprise, ce qui fait que le Québec est devenu la moins permissive des provinces canadiennes lorsqu’il s’agit de produire des œufs, de la volaille ou du lait. Pour l’UPA, permettre à de petits éleveurs de produire un peu plus sans acquérir du quota à prix d’or (250$ par poule, 800$ par mètre carré de poulet ou 24 000$ par vache) mènerait à un chaos dans l’approvisionnement des marchés et menacerait grandement la santé des consommateurs.

L’étude sur la production sans quota et sur la commercialisation en circuits courts, récemment publiée par le groupe Cirano de l’université Laval, en arrive à des conclusions très différentes.

Premièrement, en analysant la situation de provinces plus permissives, on constate que la production sans quota n’occuperait qu’une part infime du marché, de l’ordre de 1 ou 2% au maximum.

Deuxièmenent, les études citées en matière de salubrité montrent assez clairement que les petits élevages sont moins porteurs de pathogènes que les élevages industriels.

Les auteurs de l’étude sont également forcés de faire allusion à situation de conflit d’intérêt des fédérations de l’UPA, qui décident des règles appliquées à la relève, donc à des concurrents sur le marché. Un peu comme si Walmart décidait si Metro doit exister et à quelles conditions…

Le document de Cirano cite quelques exemples intéressants, comme la possibilité d’abattre de la volaille à la ferme aux Etats-Unis, ou encore que des pays européens interdisent le lavage des œufs alors qu’il est ici obligatoire.

Les auteurs se demandent au passage pourquoi le Québec est si restrictif. Il me semble que la réponse est claire : l’UPA, en bon cartel privé et en situation de monopole, a pris les commandes. Le roi ne négocie pas avec ses sujets.

L’Union paysanne entend donc poursuivre ses pressions auprès de la Régie des marchés agricoles pour obtenir l’application de la loi sur la mise en marché des produits agricoles (article 63), qui stipule clairement que la vente directe au consommateur n’a pas à être soumise aux plans conjoints et aux quotas. L’article de loi précise aussi que la Régie peut en décider autrement si elle juge qu’il y a menace pour l’application des plans conjoints. L’étude de Cirano corrobore clairement l’analyse de l’Union paysanne : il n’y a pas menace.

Le rapport est disponible sur le site du Cirano : https://www.cirano.qc.ca/ files/publications/2017RP-05. Pdf

Maxime Laplante, agr et président

 

, , ,

Huîtres et lait, deux ingrédients d’un même plat au goût amer?

29 novembre 2017. Lors du congrès tenu à Victoriaville, nous avons eu l’occasion de rencontrer Patrice Vidieu, de la Confédération paysanne, l’organisation cousine de l’Union paysanne en France. Évidemment, il a abordé la question de notre système de gestion de l’offre, système qui a aussi existé en Europe jusqu’à tout récemment. Sans vouloir étaler ici tout le fond de sa pensée, j’ai surtout retenu une phrase. Selon lui, avec les quotas et les plans conjoints, nous avons certes réussi à maîtriser l’offre de quelques denrées agricoles, mais nous n’avons jamais réussi à maîtriser la répartition. Le système ne profite pas à tout le monde de la même façon, loin de là.

L’été dernier, je me suis permis une escapade en haute Gaspésie. J’avais le goût de dépaysement, de vivre la mer. J’ai donc apporté ma canne à pêche et mon goût pour des aliments plus difficiles à dénicher dans mon patelin, comme les fruits de mer. J’avais donc envie de goûter les palourdes, les moules et les huîtres, ou encore le crabe ou le homard. Je ne suis pas sûr que la naïveté soit encore une qualité à mon âge. Quoi qu’il en soit, j’ai vite découvert que la cueillette de tous ces mets était prohibée. Il y a bien sûr les affiches de Pêche Canada, disséminées sur le littoral, qui ne font pas que nous rappeler à quel point ces produits sont dangereux pour ma santé mais qui vont même jusqu’à me menacer d’amendes si j’ose y toucher. J’ai ensuite pris la peine d’en discuter avec les habitants du coin qui m’ont surtout informé du fait que la cueillette n’était pas interdite pour tous, mais plutôt pour tous les mortels ne détenant pas de quota de pêche. En somme, exactement le même système que dans la production laitière, les œufs, le lapin ou la volaille, où l’accès à la ressource est réservé à certains individus, avec l’aval des autorités. Il y a des substances bien plus toxiques que des huîtres fraîches sur les plages du Québec, sans que le gouvernement intervienne avec pancartes et menaces.

La même situation prévaut sur les quais, où une stricte surveillance est exercée à l’endroit des pêcheurs à la ligne attrapant une morue ou un bar rayé, alors que tout le monde sait que ce ne sont pas les quelques pêcheurs festifs du samedi soir qui ont exterminé les bancs de morue de la mer.

On peut comprendre l’utilité de contrôler la production agricole ou la récolte des produits marins. Mais on pourrait quand même permettre une petite marge de manœuvre pour la cueillette artisanale, surtout dans une région comme la Gaspésie, dont les habitants se voient bloquer de plus en plus l’accès à la mer. Après un demi-siècle de quotas et de plans conjoints, nous n’avons toujours pas maîtrisé la répartition des ressources. Notre système de gestion de l’offre doit évoluer.


Maxime Laplante, président de l’Union paysanne

,

L’Union paysanne, bonne pour le bio?

Soyons un peu chauvins quelques minutes. Alors que l’Union paysanne n’arrive jamais à voir l’une de ses actions positives reprises dans la Terre de Chez Nous et que l’UPA aime bien faire croire que nous sommes contre tout, voilà qu’une nouvelle dans La Presse de ce samedi fait référence en partie à notre travail. Oui, depuis sa fondation, l’Union paysanne a placé le secteur biologique au centre de sa stratégie de développement de l’agriculture. Il n’y a presque pas une rencontre politique, ou auprès de fonctionnaires, dans laquelle le bio ne fût pas mentionné et mis de l’avant.

BOOM BIO DANS LES FERMES DU QUÉBEC  (article La Presse)

Dès 2004, nous avions écrit à la Ministre de l’époque Françoise Gauthier pour lui faire prendre conscience que le boom du nombre de fermes biologiques observé dans les pays européens tenait à des primes à la conversion et au remboursement partiel de la certification. L’Europe ayant été précurseur dans un mouvement bio structuré, on pouvait observer qu’après une première croissance du nombre de fermes, une période de stagnation y était apparue, identique à celle qu’a connu le Québec de 2008 à 2013.

Il n’est pas facile de développer une toute nouvelle filière, ce n’est pas qu’une question de prix. De plus, la conversion du conventionnel vers le biologique fait peser des risques importants sur certains secteurs à marge plus faible, de là l’hésitation des producteurs à faire le saut. Il fallait donc un réel soutien. Le principe de base pour nous est que l’état à largement subventionné le développement de l’agriculture conventionnelle… pourquoi pas le bio?

L’Union paysanne a donc inlassablement répété le message de Gauthier à Vallières et ensuite à Béchard puis à Lessard. Finalement, c’est Paradis qui a le mieux répondu en y allant d’un programme de prime à la conversion que le Ministre Laurent Lessard vient tout juste de prolonger.

Il reste maintenant à donner un espace pour les agriculteurs biologiques afin qu’ils puissent avoir de meilleures assises. Ça passe en autre par une hausse du hors-quota dans le poulet, les œufs et le dindon, mais également par des programmes de soutien comme les Agri(s) mieux calibrés sur les besoins des agriculteurs biologiques.

Ça passe également par des projets innovateurs comme l’abattage à la ferme, des normes adaptées, une gestion plus équitable des bandes tampons et des zones sans OGM. Une clé également majeure demeure l’accessibilité aux territoires. La Loi sur la protection du territoire agricole doit être adaptée aux usages des plus petites fermes et à la diversification agricole.

L’Union paysanne représente des fermes de tous les secteurs et de toutes les tailles, mais elle souhaite que chaque ferme puisse faire le choix du bio s’il se présente.

La ténacité de l’Union paysanne porte ses fruits

On parle de l’Union paysanne à l’émission Bien dans son assiette sur la Première chaîne de Radio-Canada. Cliquez ici pour écouter.

Et aussi, ailleurs sur le web : pressegauche.org/spip.php?article21224