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Pesticides : le Québec s’en sortira-t-il?

La commission sur l’agriculture, les pêcheries et les ressources naturelles (CAPERN) a tenu ses audiences sur les pesticides en agriculture à la fin septembre. On pouvait y entendre essentiellement deux discours : un premier provenant des utilisateurs ou des commerçants de pesticides qui nous disent en gros qu’ils sont utiles, voire indispensables à la production d’aliments. Le second, des rangs des gens de la santé ou de l’environnement, soutient que leur usage est néfaste et qu’il faut viser une réduction rapide de leur emploi. En trame de fond, les vœux pieux du gouvernement qui nous annonçait une forte diminution de leur usage il y a quelques années (Prédiction qui ne s’est nullement réalisée, au contraire) et qui maintenant se contente de viser une simple réduction des risques reliés à leur emploi.

Qu’il est donc reposant d’écouter un film comme Star Wars, où bons et méchants sont faciles à repérer, sans nuances. La réalité semble différente. Lors de sa présentation, l’Union paysanne a fait valoir que l’emploi de pesticides est intimement lié à la monoculture et la spécialisation. Difficile en effet d’imaginer une monoculture de maïs de 2000 ha sans avoir recours aux herbicides, dont le maintenant tristement célèbre Roundup. Dans un contexte d’exportation, la spécialisation se répand, et donc l’usage de pesticides. À l’inverse, ce besoin est nettement moins présent dans le cas de productions diversifiées, en rotation. Les études du MAPAQ, dont Louis Robert fait mention (Louis Robert est l’agronome qui fut congédié par le MAPAQ et ensuite réembauché pour avoir dénoncé l’ingérence de l’industrie des pesticides dans la recherche publique) montrent clairement qu’il est possible de largement renoncer aux pesticides à condition de pratiquer certaines méthodes culturales, comme la rotation, la variation des plantes, les engrais verts, etc. D’autre part, la production biologique fait depuis longtemps la preuve qu’on peut se passer de pesticides de synthèse.

Toutefois, la récente politique bioalimentaire du gouvernement québécois, qui n’a rien de bio, soit dit en passant, vise précisément un accroissement de nos exportations et une augmentation de nos importations, le tout contribuant à une diminution marquée de notre taux d’approvisionnement. En effet, vous avez bien lu : le gouvernement vise une plus grande dépendance de notre alimentation face aux importations ainsi qu’une dépendance accrue de notre agriculture face aux exportations. En somme, l’État vise à augmenter les conditions qui nous rendent dépendants des pesticides. Sommes-nous vraiment sur la bonne voie?

De plus, problème soulevé par plusieurs, les normes encadrant l’usage de pesticides varient beaucoup d’un pays à l’autre et nos tablettes regorgent maintenant de produits contaminés par des pesticides, à des concentrations qui ne sont pas nécessairement autorisées par notre production locale. La politique bioalimentaire vise pourtant de plus grandes entrées de ces produits.

Espérons que la CAPERN réussira à émettre des recommandations pertinentes à ce sujet.

Maxime Laplante, agr, président

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Pesticides, un enjeu enfin sur la place publique

Mot du président – 17 septembre 2019

Maxime Laplante, agr

 

À la fin septembre, la CAPERN (Commission sur l’agriculture, les pêcheries et les ressources naturelles) entamera un débat sur les pesticides en agriculture. Les diverses organisations intéressées à la discussion devaient remettre un mémoire en juillet, ce que l’Union paysanne a fait.

Il y a quelques années, le gouvernement s’était fixé comme objectif de réduire l’utilisation des pesticides en milieu agricole. Fiasco. Leur usage a augmenté. On peut même aujourd’hui assister à des épandages de Round-up non seulement pour tuer les mauvaises herbes (désolé, le terme à la mode est plutôt adventices) mais aussi juste avant la récolte des céréales ou d’autres cultures, de façon à accélérer le séchage des plantes et en faciliter la récolte mécanisée.

Le débat devant la CAPERN sera évidemment associé au cas de l’agronome Louis Robert, congédié du MAPAQ pour avoir attiré l’attention médiatique sur l’influence démesurée de l’industrie des pesticides auprès de la recherche financée par les contribuables.

Et pour bien corser le tout, la ville de Montréal a annoncé qu’elle entendait bannir l’usage de Round-up sur son territoire, exemple qui pourrait bien être suivi par d’autres villes. Le cas n’est pas unique, l’Allemagne procèdera à son interdiction sous peu.

Comme on peut s’en douter, l’UPA reproche aux élus minicipaux d’aller trop vite. L’enjeu est quand même de taille parce que tout le modèle de l’agriculture spécialisée, industrielle, axée sur l’exportation, repose sur l’usage des pesticides à large échelle. Interdire ou réduire l’usage des pesticides remet totalement en question les monocultures. Les tenants du maintien de notre modèle agricole sont donc très réticents à diminuer leur emploi. Dans la toute récente politique bioalimentaire, il n’est d’ailleurs plus question de viser une réduction des pesticides mais seulement de réduire les risques associés à leur utilisation!

Un changement s’impose toutefois. Obliger les fermes biologiques de maintenir à leurs frais des bandes tampons de 8 mètres le long de leurs terres pour réduire la contamination par les voisins, ou leur faire payer des frais de certification alors que les fermes usant de pesticides sont exemptes de ces frais, faire payer aux producteurs bio la décontamination de la machinerie si elle a touché des pesticides, c’est mépriser le principe de base du pollueur-payeur.

Devant l’amoncellement des preuves contre la menace des pesticides sur la santé et les écosystèmes et la dépendance des fermes face aux grandes entreprises contrôlant les semences dépendantes des herbicides, on ne peut qu’espérer que les travaux de la CAPERN n’aboutiront pas sur la même tablette que le rapport Pronovost. Le Québec aurait tout intérêt à prendre l’initiative d’un réel virage. Économiquement et socialement.

 

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L’avenir de la campagne serait-il en ville?

Du creux de mon rang perdu, aux confins du Québec profond, je remarque dans le voisinage un regain du jardin potager. Une petite parcelle de patates ici alors que la pelouse régnait, là un petit verger au lieu du stationnement de machinerie, un champ de légumes en plein cœur du royaume de la vache laitière, etc. Et ce qui se passe à la campagne de façon discrète a en ville un nom : l’agriculture urbaine. Le plus étrange et symptomatique, à mon avis, c’est qu’on parle ici d’un phénomène alors qu’il s’agit du besoin le plus fondamental qui soit : la recherche de nourriture fiable. Notre société se serait-elle éloignée à ce point de l’agriculture pour qu’on parle aujourd’hui d’un événement médiatique lorsque quelqu’un plante ses légumes sur le devant de son terrain en ville ou sur son toit?

Lors du bilan récent de la politique bioalimentaire, différents résultats statistiques ont été présentés, en particulier en ce qui concerne la confiance du consommateur (ou mangeur!) envers son alimentation. Les participants à la conférence aimeraient que les consommateurs soient mieux informés sur notre agriculture. Or, en regardant le taux de confiance, on remarque immédiatement que plus le consommateur est éduqué ou scolarisé, moins il a confiance. Et moins il a confiance, plus il veut reprendre le contrôle de son alimentation. Le consommateur informé ne se laissera pas berner par la publicité mensongère de l’industrie de l’alimentation, qui persiste à présenter des images de poules au champ sur les boîtes d’œufs, ou des vaches au paturage sur les cartons de lait, ou des chaudières d’eau d’érable sur les cannes de sirop. Le consommateur éclairé sait pertinemment que les animaux sont aujourd’hui confinés à l’intérieur des bâtiments et que le sirop est récolté avec de la tubulure.

Pour l’instant, l’agriculture urbaine touche essentiellement les légumes et les fruits. Mais le jour viendra où ces gens voudront aussi produire leurs œufs ou leur viande. Comme ça se fait partout ailleurs sur la planète. Nous aurons besoin de tous ces gens éclairés pour faire contrepoids au contrôle de l’industrie agroalimentaire québécoise qui veut nous faire croire qu’un bon poulet doit être élevé dans un immense bâtiment fermé.

La menace de la peste porcine africaine fait actuellement trembler toute l’industrie. Au Québec, sauf exception, la totalité de l’élevage du porc se fait en grande concentration, surtout pour être exporté. L’intense circulation d’animaux, mais aussi de la moulée, du fumier et des travailleurs fait en sorte que toutes les conditions sont réunies pour qu’une épidémie se propage rapidement. La récente acquisition de l’intégrateur Ménard par Olymel ne fait qu’accroître cette concentration de la production. Cette peste porcine est très contagieuse. Le danger est donc accru si les animaux vivent en promiscuité. Il est logique de croire que des élevages de faible densité seraient mieux protégés. Mais pour l’industrie du porc, il importe de concentrer davantage les élevages et recommande à tous ses membres de ne surtout pas vendre des porcs à de petits éleveurs, prétextant que ce sont eux les vecteurs.

Imaginons un instant qu’un citadin élève un cochon sur son terrain. Imaginons la battage médiatique, imaginons la réaction de l’industrie du porc. Et pourquoi devrions-nous plus être affolés ainsi que par la présence d’un chien ou d’une grosse voiture?

Espérons que l’agriculture urbaine deviendra plus qu’un phénomène médiatique et nous aidera à contribuer au changement.

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Nourrir notre monde?

Mot du président – juin 2019

Un peu de politique agricole à travers les travaux des champs? Récemment, à Drummondville se tenait la rencontre du bilan de la politique bioalimentaire du gouvernement du Québec. En effet, un an après sa mise en place, il était question d’en faire un premier bilan. Les objectifs principaux? Augmenter les exportations de 6 milliards et mettre 10 milliards de plus en produits québécois sur les tablettes des épiceries. « Nourrir notre monde », selon la devise de cette réunion.

Je me demande encore pourquoi l’objectif d’exporter revêt tant d’importance. On peut comprendre l’intérêt de certains d’y voir une perspective de marché mais pour l’ensemble de notre société, j’y vois des risques certains. Qui dit ouverture de marché doit s’attendre à ce que notre marché soit également ouvert. Ouvert pour les importations de fromages européens, par exemple, ou de substances laitières, d’œufs et de poulets des Etats-Unis, ce qui n’est pas à l’avantage de tous. D’autre part, le fait de miser sur l’exportation nous rend très vulnérables en cas de soubresauts sur des territoires hors de notre contrôle. Si la Chine refuse le canola canadien, on aura beau pester mais nous n’avons aucun pouvoir sur cette décision. On peut se demander ce qui arrivera aux marchés asiatiques de nos porcs lorsque le consommateur japonais (ou le mangeur selon le nouveau vocabulaire à la mode) refusera de manger du porc nourri avec du maïs et du soya transgénique.

En misant sur le contrôle quasi totalitaire du sirop d’érable et de la mise en marché centralisée axée sur l’exportation, le Québec doit maintenant se soumettre aux normes de la Californie, la plaque tournante de la distribution de sirop aux Etats-Unis. « Nourrir notre monde »?

En annonçant la volonté de hausser la production du Québec de 10 milliards sur notre marché d’ici 2025, on oublie de mentionner que d’ici là, la demande aura augmenté de 13 milliards. « Nourrir notre monde »?

Comment donc évaluer si l’exportation est bénéfique ou non, sans tomber dans une argumentation aux allures de débat religieux? La politique bioalimentaire suggérait la mise en place d’indicateurs de mesure des objectifs. C’est d’ailleurs un des éléments importants du projet de politique agricole présenté par l’Union paysanne devant la commission Pronovost : mesurer l’atteinte des buts fixés par la société civile et ainsi pouvoir corriger la trajectoire des politiques. Par exemple, il est incroyable qu’après un demi-siècle de plans conjoints et de quotas, la Régie des marchés agricoles n’ait pas jugé utile d’évaluer l’impact de ce système coercitif sur l’évolution du nombre de fermes, leur rentabilité ou le revenu net des agriculteurs.

Comme si c’était le destin cruel ou la voix de Dieu que le système de quotas contribue à la concentration des entreprises agricoles.

Une politique bioalimentaire digne de ce nom devrait donc mesurer les véritables enjeux : réduction des pesticides, augmentation de la biodiversité, occupation du territoire rural et dynamisme des communautés rurales en périphérie, revenu net des fermes, création d’emplois, degré d’approvisionnement de nos institutions et de nos marchés. « Nourrir notre monde ». Alors seulement on pourra juger si l’exportation de denrées à l’autre bout de la planète doit rester en haut de la liste des objectifs de notre agriculture.

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Mot du président – 15 mai 2019

Maintenant que le sujet des changements climatiques circule dans toutes les chaumières et qu’il y aura sans doute bientôt des livres de cuisine en parlant, j’aborde aussi la question.

Dans mon comté définitivement rural (Lotbinière), une initiative citoyenne a donné très récemment naissance à une table de concertation à ce sujet : « Climat demain Lotbinière ». Au lieu de sombrer dans le négativisme et noyer son désespoir en regardant « Game of thrones », ce regroupement de divers organismes locaux désire mettre en commun leurs efforts pour en arriver à une réduction des émissions polluantes.

Évidemment, la première étape, à l’instar de la MRC de Maskinongé, sera d’évaluer localement quelles sont les principales sources des gaz à effet de serre. On peut déjà envisager que les transports et l’agriculture feront partie de la liste des cibles. En matière d’agriculture, on voit venir de loin les expressions « achat local, végétarisme, véganisme ». Une fois l’incontournable phase euphorisante de la création de cette table de concertation, les obstacles apparaîtront. Parmi ceux-ci, les barrières de la Régie des marchés agricoles qui empêchent encore et toujours la production hors-quota. En effet, l’apparition éventuelle de marchés locaux fera rapidement face au défi de trouver localement des œufs, du poulet, du lapin, du fromage, etc. Sept mois après la fin des audiences, la Régie n’a toujours pas rendu son jugement sur le hors-quota, persistant à ne pas vouloir appliquer la loi sur la mise en marché des produits agricoles, qui autoriserait les petits producteurs à fournir leur communauté avec plus que 99 poulets.

Il faudra également aborder la question sensible du végétarisme et du véganisme. À mon avis, ces orientations, dont l’objectif est de se distancer de la production industrielle animale, sont des choix personnels. Mais il ne faudrait pas tout mettre dans le même bain. Si la cible est la production industrielle, il ne faut pas démoniser les petits élevages, sur des fermes diversifiées, avec des animaux ayant accès à l’extérieur. Surtout en climat nordique, les animaux font partie de l’écosystème, qu’on le veuille ou non. À la limite, essayez de convaincre un Inuit de devenir végétarien… Les animaux ont été et resteront une façon incontournable de fournir les communautés humaines à divers aspects : protéines et cuir ou laine, certes, mais aussi fertilisants, compagnie, recyclage de déchets, matière organique, combustible, et aussi réduction des gaz à effet de serre lorsque les bêtes vont au pâturage au lieu de ne consommer que des céréales ou du maïs, contribuant à accélérer la croissance des plantes, un peu comme le forestier pratiquant le jardinage avec ses arbres.

En somme, la paysannerie se révèlera comme étant la meilleure forme d’agriculture pour contrer les changements climatiques.

Maxime Laplante, agr, président

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Mot du président – 12 avril 2019

Et non, toujours pas de nouvelles de la Régie des marchés agricoles dans le dossier du hors-quota, cinq mois après la fin des audiences. Je ne réussis à obtenir ni raison du retard, ni information quant à un nouveau délai, en dépit de nos multiples demandes.

Toutefois, la Régie, en date du 2 avril, a ordonné à la petite communauté religieuse des « Apôtres de l’amour infini » de ne plus produire de lait pour leur propre consommation. La représentante de la Régie me dit que la cause a été réglée « à l’amiable » entre « Les producteurs de lait » de l’UPA et la communauté. Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette fédération a menacé d’une amende de 192 000$ ce groupe religieux pour avoir osé consommer leur propre lait sans détenir un quota. La même communauté avait déjà vécu une situation semblable alors que la fédération des éleveurs de poulet de l’UPA leur avait interdit de consommer leurs propres poulets. Même si ces gens n’ont jamais commercialisé leurs production, ils ont quand même froissé le besoin de pouvoir des succursales de l’UPA. Le monarque ne négocie pas avec ses sujets.

Cette fameuse gestion de l’offre, avec son cortège de quotas, a beau avoir certains intérêts de stabilisation des prix sur le marché, il n’en reste pas moins que d’en avoir laissé le plein contrôle à des cartels privés mène à de graves abus et soulève la grogne. Le gouvernement a compris que le simple fait de vouloir discuter de la gestion de l’offre sur la place publique était un tabou, au risque de mettre en péril une carrière politique, comme ce fut le cas avec Maxime Bernier. Il ne faut donc pas se surprendre si Ottawa décide de contourner le problème en ouvrant graduellement nos frontières pour des denrées comme le lait, les œufs et le poulet.

Il y a plusieurs années, le président de l’UPA comparait le système de quotas dans le lait à celui des permis des chauffeurs de taxi, même si un quota laitier vaut environ dix fois plus cher. Je ne peux m’empêcher d’y voir aujourd’hui une analogie. Sans juger de la pertinence ou non d’indemniser les chauffeurs pour la perte de valeur de leurs permis, je me pose la question de ce qui arrivera si les importations de lait ou de poulet minent la valeur des quotas de production et que les filiales de l’UPA réclament la compensation financière. Même si les détenteurs initiaux de quota n’ont pas eu à payer pour l’obtention, il n’en reste pas moins que la valeur des quotas agricoles dépasse aujourd’hui largement 13 milliards de dollars, au bas mot. On peut présumer que le conseil du Trésor sera réticent à payer, surtout qu’il s’agit d’une valeur spéculative. Ce qui est inadmissible, c’est justement d’avoir permis de spéculer sur ces quotas, alors qu’il s’agit d’un contrat social entre la ferme et l’État. Et pendant ce temps, on maintient la ligne dure en interdisant aux petites entreprises québécoises de produire et de vendre de petites quantités de lait ou de poulet. Si la gestion de l’offre n’est pas bientôt réformée, elle risque fort de disparaître.

Je suis conscient que le sujet de la gestion de l’offre n’est pas très « sexy ». Actuellement, les discussions sur la souveraineté alimentaire sont plus populaires. Mais il n’y aura pas de souveraineté sans droit de produire ou de liberté d’association.

Maxime Laplante, agr, président

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Mot du président – 25 février 2019

Les congrès de l’Union paysanne sont souvent particuliers et riches en découvertes ou en surprises. Celui de cette année a donné lieu à toute une vague médiatique, étant donné la venue du ministre de l’agriculture, M. Lamontagne. Lorsque Marie-Josée (coordonnatrice) et moi l’avions rencontré précédemment, il avait été question, entre autres, des nombreux obstacles à la paysannerie, dont les normes. Lorsque le ministre, en début de congrès, a fait allusion aux normes du ministère de l’environnement, nul ne pouvait présager la tempête qui a suivi. Une mauvaise interprétation du discours laissait entendre qu’il fallait alléger la protection de l’environnement. Au contraire!

Depuis ses débuts, l’Union paysanne plaide pour des normes adaptées à la paysannerie au lieu du rouleau compresseur taillé sur mesure pour les besoins de l’industrie. Les exemples pullulent : interdiction d’épandage du fumier après le 1er octobre, sans faire la différence entre le lisier de l’industrie porcine et les fumiers solides ou compostés. Interdiction de réutiliser ses propres semences si on veut avoir accès aux programmes de subvention comme l’ASRA. Interdiction d’abattage à la ferme. Bandes tampons exigées aux fermes biologiques afin de limiter la contamination par les pesticides des voisins.

Le problème des normes mal adaptées a d’ailleurs été au cœur des audiences devant la Régie des marchés agricoles, alors que l’industrie accusait les petits éleveurs de ne pas avoir de cahier de normes exigeantes et ainsi de constituer une menace pour la santé des animaux, celle des humains et le bien-être animal. Nous nous sommes donc retrouvés dans la situation absurde de nous faire reprocher de ne pas nous préoccuper du bien-être animal par les propriétaires d’élevages industriels qui ont un cahier de charges stipulant que d’élever une poule sur un espace aussi petit que 64 pouces carrés (soit moins qu’une feuille 8 ½ x 11) est respectueux des animaux…

En fait, une grande partie des normes apparaissent lorsqu’il y a une distance entre la fourche et la fourchette. La vente directe constitue la meilleure traçabilité et la meilleure garantie de qualité.

En rencontre avec le ministre, nous avons formulé la demande de créer une division du MAPAQ qui serait dédiée à la diversification et la multifonctionnalité de l’agriculture, de façon à obtenir un appui de l’État pour un changement de modèle agricole. Il est grand temps de concrétiser les recommandations du rapport Pronovost à ce sujet. Devant le congrès de l’Union paysanne, le ministre a déclaré que ce rapport constituait dorénavant son guide, son « étoile du nord ». Espérons qu’un changement de vision de l’agriculture fasse son chemin au gouvernement.

Maxime Laplante, agr, président

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Souveraineté alimentaire et luttes paysannes!

Nous sommes habitués à entendre parler du triste sort des paysans à l’étranger, en particulier en Afrique, en Amérique du sud ou en Asie. Fermiers brésiliens chassés de leurs terres, emprise des grandes entreprises exportatrices au détriment des productions vivrières sur le continent noir, main-mise sur les semences locales en Inde. Via Campesina, la grande organisation paysanne mondiale, réclame depuis environ deux décennies le retrait de l’agriculture des accords de libre-échange ainsi que le droit à la terre, le droit à la nourriture.

En plein cœur de l’Amérique du Nord, on imagine mal de pareilles situations. Et pourtant! Si les symptômes diffèrent, les causes sont souvent identiques d’un continent à l’autre. Et le Québec n’échappe pas à ce constat. Le droit de produire limité à une minorité dans des secteurs névralgiques comme le poulet, les œufs, le lait, le lapin, le sirop d’érable, en somme les productions sous quota.

L’accès à la terre se trouve également fortement entravé, en raison de divers facteurs : étroitesse d’esprit de la CPTAQ qui présume qu’une ferme de moins de 100 ha n’est pas rentable, ou encore qu’il faut gérer les régions rurales comme si c’était la banlieue montréalaise. Programmes de subventions taillés sur mesure pour la grande entreprise spécialisée, incitant à la spéculation foncière.

Le Québec n’a toujours pas de politique agricole, gérant l’agriculture à la pièce, de façon souvent paradoxale. Et ce n’est surtout pas la récente politique bio-alimentaire qui va y changer quoi que ce soit.

Noir portrait, non? Et pourtant, la paysannerie couve, comme un feu latent dans la tourbière, émergeant ici et là. Des milliers de personnes découvrent les bénéfices de la production à la maison, parfois même en pleine ville. Des liens se tissent entre la ferme et les clients. Beaucoup évitent le radar de la bureaucratie commerciale ou le contrôle de la mise en marché par le monopole dont il ne faut pas prononcer le nom… Innovation, découverte, savoir-faire se développent, au fond des rangs, dans les fêtes de semences, dans la grange ou le hangar. Légumes, fruits, animaux, machinerie innovante, transformation locale, tout y passe.

Ce congrès se veut un lieu de réflexion, d’échange, de remise en question aussi, en vue de regrouper les acteurs de changement. La paysannerie se révèle plus tenace qu’il y semble mais elle a besoin d’espace pour grandir au soleil. Elle a besoin d’alliés, comme l’Union paysanne. Bon congrès!

Maxime Laplante, agr, président.

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Mot de Jean Pronovost en vu du congrès de l’Up

24 heures avant son décès, monsieur Pronovost nous a fait l’honneur d’écrire un mot en vu du congrès de l’Union paysanne. Cet engagement jusqu’à la toute fin envers la cause agricole fait foi de l’importance qu’il accordait  à l’agriculture plurielle. Le voici!

 

Bonjour madame Renaud,

Voici le texte demandé. J’y crois beaucoup. Ce qui m’a incité a l’expédier à quelques autres personnes.  On conçoit souvent l’avenir de l’agriculture une ou à des étiquettes qui escamotent une partie de la vérité.

Certains prônent une agriculture dite industrielle mais qui au fond applique à l’agriculture le modèle économique traditionnel qui repose sur la croissance économique, le marketing, la recherche de la croissance, la productivité etc.  On produit et on vend des pommes de terre, du maïs ou des pommes comme  d’autres secteurs produisent et vendent des clous, des vis ou tous autres produits.

L’agriculture, la vraie, doit intégrer plusieurs autres valeurs à cette dimension économique.  Il faut penser notamment Santé et il faut penser que les impératifs Santé peuvent même varier avec les individus qui ont des besoins différents et particuliers.  Il faut aussi penser à la qualité de l’environnement car la qualité de la nourriture commence là; combattre les failles environnementales par des moyens naturels et biologiques plutôt que chimiques, etc.

Ce que je viens de souligner n’a rien à voir avec la taille des fermes ou de leurs modèles juridiques.  C’est évident que les quantités produites, parce qu’elles intègrent d’autres valeurs, ont tendance à devoir tenir compte des frais que l’éventail de ces valeurs entraînent.  L’État doit prendre tout cela en compte dans ses politiques.  L’agriculture n’est pas univoque. Elle n’est surtout pas noir et blanc et répond à une série de besoins interreliés.

 

Cordialement,

Jean Pronovost

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Mot du président – 16 janvier 2019

Nous avons appris, au lendemain de Noël, le décès de Jean Pronovost qui a présidé la maintenant célèbre commission sur l’avenir de l’agriculture au Québec. Personne intègre et connue pour son doigté, son art de pouvoir entendre les divers intervenants du monde agricole avec attention, M. Pronovost a découvert cet univers qu’est l’agriculture québécoise. Découverte privilégiée, au-delà de la simple image véhiculée par les médias, souvent bucolique à souhait. Après un long périple dans le Québec rural, assisté par une équipe de recherchistes et deux autres commissaires, M. Pronovost s’est lentement forgé une opinion. Son constat principal : l’agriculture du Québec étouffe, manque d’oxygène, pour reprendre ses termes. Le carcan des fédérations contrôlant les plans conjoints, la rigidité des règles touchant l’aménagement du territoire, les obstacles pour la relève, le financement taillé sur mesure pour la grande entreprise spécialisée, tout cela à l’encontre des objectifs de diversification, de multifonctionnalité.

Je me souviens avoir reçu M. Pronovost chez moi, alors qu’il rencontrait diverses organisations. Il faut mentionner que la commission Pronovost trouve son origine dans une demande faite par l’Union paysanne dans le bureau du ministre de l’agriculture de l’époque, M. Vallières. Il allait donc de soi d’aller rencontrer l’Union paysanne. Je l’ai alors accueilli chez moi, dans mon fond de rang, avec pour repas de la viande de porc de mon élevage à l’extérieur. Pendant que le repas finit de cuire et que nous conversons, il regarde par la fenêtre, voyant les bâtiments, les champs, les animaux, le jardin, le verger. Je lui demande alors si, d’après lui, ce qu’il voit correspond à une ferme. Il se dit surpris par la question, soupçonne une blague de ma part. Hésitant, il me répond qu’à toute évidence, il s’agit d’une ferme. Je lui explique donc qu’au sens de la loi du Québec, ce n’est pas une ferme mais simplement un « hobby ». Devant son regard incrédule, je précise que le Québec ne tient compte que des ventes extérieures pour définir une ferme. Nourrir une famille de sept personnes, en plus d’amis ou de parents, ça ne compte pas, même si le nombre d’heures consacré correspond à un emploi régulier. Quand on sait que le rôle premier de l’agriculture dans le monde, c’est de nourrir la famille, il est aberrant que le Québec conserve une vision si réductrice. Une vision unique en somme. Pendant son périple à travers le Québec, M. Pronovost a entendu toutes sortes de commentaires et son lot d’histoires d’horreur, de situations cauchemardesques. Il a aussi vu de la passion, de l’initiative.

On retrouve dans les recommandations du rapport Pronovost de larges pans du mémoire de l’Union paysanne que j’ai présenté lors de cette commission. Il serait temps que le Québec applique ce rapport. Souhaitons que l’avenir rendra aussi hommage à cet homme visionnaire, pour le plus grand bien de notre agriculture et de la diversité des gens qui y travaillent.

Maxime Laplante, agr, président