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Aurait-on oublié que « Small is beautiful? »

Nous vivons dans un monde plein de coincidences. Comme par hasard, les principaux cas de COVID-19 sont à Montréal. Comme par hasard, les lieux de concentration humaine sont plus touchés. C’est sûrement donc par hasard si une usine d’abattage de porc employant 2500 personnes est affectée ou que des centaines de milliers de poussins doivent être euthanasiés.

Lorsqu’une nation concentre la moitié de sa population dans un centre urbain, c’est carrément de la provocation au niveau épidémiologique. Après des décennies de fermeture sauvage des petits abattoirs sur l’ensemble du territoire québécois par les autorités sanitaires, nous voici confrontés à un manque criant de structure d’abattage en région et une fragilisation des usines d’abattage. Encore le hasard?

Le Québec, qui n’est évidemment pas le seul cas, a choisi de concentrer un peu tout ce qu’il y avait moyen de concentrer: système de santé, système scolaire, agriculture, etc. Pour de vagues motifs d’économie d’échelle? Et si on incluait dans ce loufoque calcul d’économie d’échelle la facture du confinement, nul doute que ces objectifs de concentration seraient remis en question. Il est parfois désolant que, même en 2020, perdure l’adage: »Privatisation des profits, étatisation des dépenses ».

Le risque de la concentration commence à se percevoir de façon flagrante. Le port du masque et la distance de deux mètres vont peut-être sauver les meubles mais les virus, bactéries et autres « hasards » de la nature ne vont pas disparaître. Les maladies ont toujours été présentes et le seront toujours dans l’avenir. Ce qui a changé, c’est que notre société a tout mis en place pour en faciliter la propagation rapide. À moins de vouloir passer le reste de nos vies à porter un masque et à se tenir loin des autres, ce qui serait contraire au fondement même d’une « société », il faudra remettre en question le processus actuel de concentration et de monoculture. Concentrer le bagage génétique de nos animaux constitue un risque majeur. Utiliser de façon préventive des antibiotiques dans les élevages animaux concentrés est une menace directe, risquant d’anéantir l’efficacité des médicaments. Concentrer les cultures est une menace pour la biodiversité. Espérons que l’actuelle épidémie servira à enclencher un changement au lieu de simplement refiler au contribuable les coûts des dommages provoqués par le hasard…

Maxime Laplante, agr, président de l’Union paysanne

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Soyons utopiques et rêvons d’une véritable souveraineté alimentaire

J’ai parfois besoin d’imaginer, de projeter dans le futur, à quoi pourrait bien ressembler une agriculture riche, diversifiée. Sortir des petits problèmes mesquins des plans conjoints et des cartels agricoles québécois.

Donc, rêvons. Dans mon village, il y aurait un petit abattoir ouvert le lundi matin, où on pourrait faire abattre les plus gros animaux comme le boeuf, le porc, le mouton, sous surveillance vétérinaire. Les petits animaux, comme la volaille ou le lapin, pourraient y être abattus aussi, ou à la ferme. Mon village offrirait également un bâtiment pouvant servir à l’entreposage d’aliments: chambres froides pour les fruits et légumes, congélateurs. Un atelier de cuisine permettrait d’y faire de la transformation, parce que les mangeurs et mangeuses modernes aiment les aliments préparés.

À l’hôtel de ville, le visiteur trouverait information sur les possibilités de restauration et d’hébergement à la ferme. Des jeunes en recherche d’expérience de travail enrichissant y trouveraient un répertoire des fermes où travailler. Un réseau de fermes offrirait un service de paniers d’aliments, dans lesquels on pourrait avoir certes fruits et légumes, mais aussi du lait, du fromage, du vin, du poulet, des plats cuisinés. Ces paniers pourraient être livrés à la maison ou au marché hebdomadaire. Ce marché public se tiendrait deux fois par semaine, en avant-midi, devant les bureaux de la MRC ou de l’école. Ce marché étalerait saucisses, fromages, fruits, légumes, vins et bières, fleurs, art local.

Une partie des revenus de la municipalité serait allouée à la mise en place d’une navette de transport desservant les municipalités environnantes deux fois par jour en période estivale, gratuitement. Au restaurant local, le propriétaire serait fier d’inscrire au menu la truite qu’il a lui-même pêchée.

Pour le promeneur, un circuit pédestre serait mis à sa disposition, parcourant champs et boisés environnants, à travers la campagne.

Une utopie? C’est pourtant ce que j’ai vécu en Suisse, en Autriche, en France et en Allemagne. Mais évidemment, on me dira sans doute que je rêve, qu’il serait absolument impossible de vivre ça au Québec…

Maxime Laplante, agr président

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Lettre ouverte à Marcel Groleau

Souveraineté alimentaire en temps de crise

Monsieur Groleau,
Depuis le début de la crise reliée à la Covid-19, vous nous avez souvent rappelé l’importance de consommer des produits québécois et d’assurer la sécurité alimentaire du Québec. Dans votre récente chronique intitulée : « Covid 19, j’ai confiance en nous », vous affirmez que «La sécurité alimentaire d’une nation est une priorité qui dépasse très largement les intérêts économiques de tout un chacun.» Sur ce, l’Union paysanne ne peut qu’être en accord avec vous.

C’est pourquoi nous vous demandons aujourd’hui d’agir en acteur positif de changement.
Monsieur Groleau, vous connaissez bien les demandes de l’Union paysanne. Devant la Régie des marchés agricoles, pendant les audiences pour la hausse de la production hors quota, vous avez vous-même dénoncé la rigidité et le manque d’ouverture de certaines Fédérations de producteurs.
En cette période de crise, la sécurité alimentaire du Québec est en danger. Sylvain Charlebois, de l’Université Dalhousie, nous rappelait récemment que durant l’hiver et le printemps, 40 % de tout ce qu’on consomme provient soit des États-Unis ou a transité par les États-Unis. Il faut absolument augmenter la production de denrées alimentaires par et pour nos communautés et ainsi diminuer notre dépendance aux aléas des marchés mondiaux.

Plusieurs mesures peuvent être mises de l’avant dès maintenant afin de favoriser la production et la distribution en circuit court. Pour ce faire, nous vous exhortons d’adopter ces mesures :

• Augmenter les seuils de production hors quota à 500 oeufs, 2000 poulets et 300 dindons, de façon à permettre aux fermes du Québec de nourrir nos communautés. Pendant que vos fédérations nous interdisent de produire ces denrées, le Québec importe ces mêmes aliments de l’étranger. Par exemple, le Québec importe pour 42 millions $ de poulet alors qu’une ferme d’ici ne peut produire plus de 300 poulets sans détenir un exorbitant quota. Autre exemple: le Québec importe pour plus de 6 millions de dollars d’oeufs mais on interdit aux fermes du Québec d’avoir plus de 100 poules sans acheter un quota à l’industrie de la volaille;

• Nous aider à faire appliquer la Loi sur la mise en marché des produits agricoles qui dit clairement qu’un plan conjoint (et quota) ne devrait pas s’appliquer aux ventes directes au consommateurs;

• Supprimer les entraves imposées par les offices de producteurs à la vente à la ferme et en circuit court telles que l’obligation de payer des prélevés sur le transport du lait pour les artisans-fromagers (alors que leur lait ne sort pas de la ferme);

• L’arrêt des poursuites et saisies menées par les différentes fédérations de l’UPA qui vont même jusqu’à mépriser les règles de confinement en faisant irruption dans des fermes (http://lavieagricole.ca/5909). Les paysans-nes du Québec ne demandent qu’à pouvoir nourrir leurs communautés. Ces personnes ont les possibilités d’assurer la sécurité alimentaire du Québec. Donnons-leur la possibilité de le faire. Il nous apparaît urgent de trouver une nouvelle voie qui permettrait à la fois de protéger la gestion de l’offre et de donner de l’espace aux jeunes, aux régions, aux agriculteurs biologiques, à l’agriculture locale et aux paysans.

Puisque vous prétendez nous représenter, vous avez donc l’obligation morale de nous soutenir dans notre intention de contribuer à la souveraineté alimentaire du Québec.

Maxime Laplante, agr, producteur, président, l’Union paysanne
Alexandre Pigeon, producteur, vice-président, Union paysanne
Valérie Savard-Bergeron, productrice, trésorière, Union paysanne
Jean-Simon Voghel, secrétaire, Union paysanne
Gaspar Lépine, Producteur, administrateur, Union paysanne
Colette Lavergne, citoyenne, administratrice, Union paysanne
Sarah Bordeleau, administratrice, Union paysanne
Alexandre Béland, administrateur, Union paysanne
Pierre-Olivier Brassard, administrateur, Union paysanne
Marie-Josée Renaud, coordonnatrice, Union paysanne

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L’UPA, l’éléphant dans la pièce

On me reproche parfois de faire du « UPA-bashing ». Je trouve au contraire que prétendre vouloir parler d’agriculture au Québec ou de souveraineté alimentaire en évitant soigneusement de mentionner l’UPA, c’est un peu comme de vouloir décrire un salon en oubliant de parler de l’éléphant qui se trouve au centre. Après presque 50 ans de monopole et de contrôle quasi absolu sur notre agriculture, il faut reconnaître la lourde part de responsabilité de l’UPA dans la dépendance de notre agriculture, autant en exportation qu’en importation, en spécialisation, en disparition des fermes.

Le double discours constant

D’un côté de la bouche, on vante notre force de travail en tant qu’agriculteurs et de l’autre, on affirme que ça prend deux Québécois pour être aussi efficace qu’un travailleur étranger (Marcel Groleau, lapresse.ca, 7 avril 2020). Je ne sais pas pour vous, mais je n’apprécie pas beaucoup que celui supposé me représenter du haut de son monopole émette ce genre de propos raciste à mon endroit.

Encore en décembre, l’UPA louangeait l’exportation et la conquête des marchés (congrès, déc 2019) et prétend aujourd’hui s’être toujours préoccupée de mise en marché locale. Sans oublier le fait que l’UPA a quand même embauché des avocats pour bloquer nos requêtes de vente directe d’oeufs, de poulet et de dindon devant la Régie des marchés agricoles. Avocats payés avec nos cotisations de fermiers, en outre…

Une absence louche

Avec tout le pouvoir dont dispose l’UPA, on peut se demander pourquoi cette organisation ne s’est jamais attaquée aux enjeux de l’agriculture de proximité. Par exemple, il aurait été simple de demander le remboursement des certifications bio, ce qui représenterait à peine 2 ou 3 millions, alors qu’elle a obtenu sans peine les milliards pour développer une agriculture d’exportation reposant sur les subventions du porc et du maïs. La Régie aurait plié rapidement, comme d’habitude, si l’UPA avait demandé une hausse de la production hors-quota pour permettre la mise en marché directe à faible volume. Il y a fort à parier que nous aurions encore une multitude de petits abattoirs en région si l’UPA avait plaidé en ce sens.

Dans son rapport remis à la commission Pronovost, la notoire commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) recommandait vivement une diversification et une multifonctionnalité de l’agriculture. Elle terminait son rapport en mentionnant l’opposition de l’UPA à ce projet.

En tant que fermiers, nous avons écrit à l’UPA pour réclamer un soutien pour notre agriculture de proximité. Sans réponse. Le monarque ne négocie pas avec ses sujets…

Ce qui empêche notre agriculture de s’adapter, d’évoluer, de contribuer à une véritable souveraineté alimentaire, ce ne sont pas les « forces du marché » ou une quelconque volonté céleste. C’est clairement le carcan de l’UPA, ce qui incitait Jean Pronovost à conclure que le Québec agricole manquait d’oxygène. Vous voulez un véritable changement en agriculture? Ça passe obligatoirement par la fin du monopole de l’UPA.

Maxime Laplante, agr, président

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Même l’agriculture industrielle a besoin de la paysannerie

Non, je ne parlerai pas du coronavirus, d’autres le font. J’aborderai plutôt l’utilisation du capital de sympathie envers la paysannerie par l’agrobusiness. Prenons l’exemple du sirop d’érable. Alors que la production est effectuée à 98,5% avec de la tubulure, les images publicitaires montrent encore des chaudières, avec des barriques en bois tirées par des chevaux. Regardez sur n’importe quelle « canne » de sirop.

Ou encore les contenants de lait à l’épicerie, illustrant des animaux au pâturage dans un décor bucolique, alors que la quasi-totalité des vaches laitières sont confinées à l’intérieur, dans des bâtiments ne ressemblant en rien aux granges figurant sur les emballages.

On pourrait aussi jeter un coup d’œil sur les boîtes d’œufs, montrant des poules à l’extérieur. Ou encore consulter le site web de la fédération des producteurs d’œufs, avec de superbes photos de petits poussins dans l’herbe verte, de poules juchées sur des madriers de vieux bois. Simplement charmant.

Lors du bilan de la politique bioalimentaire, un récent sondage nous apprenait que la confiance du consommateur est en baisse face à l’industrie agroalimentaire. Ce même sondage révélait également que plus le consommateur est scolarisé, plus sa confiance baisse. En somme, plus il en sait, moins il ne croit aux messages publicitaires trompeurs. Et plus l’industrie agricole maquillera la réalité de la production (pesticides, monocultures, OGM, compaction et érosion des sols), plus le réveil sera brutal en cas de crise.

Et crise il y aura. Comme il y en a eu en Europe où les consommateurs ont réagi en diminuant leurs achats de poulet ou de bœuf, en raison des épisodes de vache folle ou de substances louches dans la production de volaille.

Au final, la situation est devenue paradoxale. Alors que l’industrie utlise les images de la paysannerie pour mousser ses ventes, la paysannerie véhicule les images de l’industrie pour en dénoncer les pratiques. À vous de faire le tri.

Maxime Laplante, agr

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L’impact économique de l’agriculture industrielle

Depuis longtemps, on se doute des méfaits de l’agriculture industrielle sur la santé humaine, sur le bien-être des animaux, sur les communautés rurales. Ces conséquences sont souvent difficiles à quantifier. Mais les véritables coûts commencent à émerger. Les compagnies Bayer et BASF viennent d’être condamnées à payer 265 millions à un fermier pour avoir endommagé sa production de pêche avec un pesticide, le dicamba.

Pendant ce temps, au Québec, le gouvernement envisage dépenser 70 millions en argent public pour compenser la hausse du compte de taxe des agriculteurs, à la demande de l’UPA. Comme par hasard, cette hausse de la valeur des terres se fait principalement sentir dans les régions dépendantes des subventions comme l’ASRA dans le porc et le maïs.

Le gouvernement fédéral versera près de 4 milliards aux fermiers en compensation pour les conséquences des accords de libre-échange. En plus de ce qui est déjà versé en subventions par les deux palliers de gouvernement.

En prévision des changements climatiques, l’industrie agricole du Québec annonce déjà son intention d’obtenir plus de subventions, alors qu’elle contribue largement à l’augmentation de la production de gaz à effet de serre.

Depuis sa fondation, l’Union paysanne propose de remplacer graduellement les subventions par un Contrat vert, une entente entre l’État et les fermes qui acceptent de contribuer à la protection de l’environnement, à l’approvisionnement de notre population et à la création d’emplois en région. La paysannerie est une solution économiquement rentable pour notre société. La paysannerie représente une façon de concilier la protection des ressources et l’économie. L’agriculture industrielle a largement démontré qu’elle coûte très cher à notre société.

Maxime Laplante, agr, président

Union paysanne
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Mot du président – Décembre 2019

Je présume que chacun a entendu parler récemment de la pénurie de propane, causée par la grève dans le domaine ferroviaire. Cette pénurie, en plus des difficultés de récolter le maïs et le soya dans la neige, ont provoqué bien des tracas. Sans oublier les déboires de l’industrie porcine avec la fermeture du marché chinois. Mais le plus intéressant, ce sont les efforts déployés par l’UPA pour obtenir des compensations. Interventions dans les médias, manifestations, pressions sur les élus, l’artillerie lourde a été utilisée rapidement.

Et où était l’UPA lorsque les petits éleveurs ont réclamé le droit de produire du poulet ou des œufs dans leur communauté? Le monopole payait des avocats pour les empêcher de plaider devant la Régie des marchés agricoles. Depuis des décennies, les petits éleveurs réclament le droit d’abattre leurs animaux localement ou même à la ferme. Qui les défend?

Qui défend les producteurs biologiques qui, contre toute logique, paient une certification et les coûts de décontamination occasionnés par l’emploi de pesticides des autres?

Comment se fait-il que des milliers de fermiers se sont fait poursuivre par le même soi-disant syndicat supposé les défendre? N’importe quel syndicat qui se respecte est dans l’obligation de fournir une assistance à ses membres.

Il existe quelques situations de monopole dans la société québécoise. Hydro-Québec en est un. Cette situation est avantageuse pour la société d’État, qui peut opérer sans concurrence sur le territoire. Mais ce monopole impose aussi des obligations, comme celle de fournir l’électricité à tous. Sinon, on devine rapidement que la compagnie vendrait de l’électricité en ville et abandonnerait les campagnes au bois, au diesel et au charbon, ne voulant pas payer pour de longues lignes électriques dans des secteurs à faible densité de population.

Dans le cas de l’UPA, le monopole est venu sans aucune obligation. Faut-il se surprendre que plusieurs fermes, voire des milliers, soient forcées de payer une cotisation sans le moindre espoir d’une quelconque aide?

Mais on ne peut blâmer l’entreprise de bénéficier d’une situation de monopole. Ainsi que le dit si bien l’agronome Louis Robert dans le dossier des pesticides, la faute incombe à l’État qui se met à genoux devant les intérêts privés. La crise du propane, la crise de l’exportation du porc en Chine, la neige hâtive dans les grandes monocultures ont fait clairement la démonstration des intérêts défendus par le monopole. Un monopole sans aucune obligation n’a aucune justification dans une société démocratique.

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Mot du président – nov 2019

Terres des sœurs de la Charité, hausse de la valeur des terres en milieu agricole, demandes de promoteurs pour construire en zone verte, demandes des municipalités de pouvoir installer de nouvelles familles en région, tous ces éléments ont en commun l’aménagement du territoire. Le territoire est une denrée convoitée, d’autant plus qu’il ne s’en fabrique plus depuis un bon moment.

À la fin des années 70, le Québec a voté la loi sur la protection du territoire agricole et mis en place la fameuse CPTAQ (Commission de protection du territoire agricole du Québec). 40 ans plus tard, force est de constater qu’une sérieuse mise à jour est de mise. En effet, pour d’étranges raisons, la CPTAQ considère qu’une ferme de moins de 100 hectares n’est pas rentable, sauf exception. Pourtant, l’immense majorité des fermes sur la planète sont plus petites que 100 ha. Et pourquoi exigerait-on d’une ferme qu’elle soit rentable. On ne s’en soucie pas pour tous les autres secteurs de l’économie. La conséquence de cette vision est extrêmement néfaste pour les néo-agriculteurs, peu désireux de s’endetter avec d’immenses surfaces. 100 ha, c’est quand même un kilomètre carré! Et si la CPTAQ désirait protéger les meilleurs sols, pourquoi a-t-elle permis l’étalement urbain aux abords de Montréal ou de Québec?

Le gouvernement vient de déposer un projet de loi visant à réduire le fardeau de la taxation foncière pour les agriculteurs, évidemment sous la pression de l’UPA. En effet, même si les fermiers peuvent obtenir un remboursement d’environ 70% de leurs taxes foncières, il reste quand même 30% à payer et la valeur des terres a explosé. L’UPA demande donc au gouvernement, donc au contribuable, d’absorber cette hausse. Évidemment, les municipalités ne sont pas emballées par ce projet, parce que la facture sera refilée aux autres citoyens. Les routes doivent encore être entretenues…

Mais on peut se demander pourquoi la valeur des terres a ainsi augmenté. J’estime qu’il faudrait d’abord faire en sorte qu’il soit possible de tirer un revenu décent avec une petite surface agricole au lieu de devoir accroître sans cesse les surfaces. Pour ce faire, il faut d’abord permettre la plus-value à la ferme, comme la transformation, la restauration, les tables champêtres, l’hébergement à la ferme, l’abattage des animaux, soit des opérations économiquement intéressantes qui sont pour l’instant largement prohibées. Il faudrait ensuite faire appliquer la loi sur la mise en marché des produits agricoles, bloquée par la Régie des marchés agricoles, pour permettre la production pour vente au consommateur. Or, sans ultra-dispendieux quota, impossible de produire du poulet, des œufs, du lait, du lapin, du dindon, alors que le gouvernement importe les mêmes denrées à grand volume de l’étranger. On importe tout en interdisant la production locale. Un beau cas de schizophrénie…

Ensuite, il faudrait revoir le mode de financement de notre agriculture, largement orienté vers les grandes superficies et l’exportation, ce qui augmente la pression sur le prix des terres. En somme, tout le système agricole du Québec pousse les fermiers à augmenter leurs surfaces. Rien de surprenant à ce que le prix des terres s’envole.

Si rien d’autre n’est fait que de refiler les taxes foncières aux autres citoyens, il y a fort à parier que rien ne sera réglé. La solution réside dans une refonte de la CPTAQ, de la Régie des marchés agricoles, de la Financière agricole et de l’influence démesurée de l’UPA sur l’ensemble.

Maxime Laplante, agr, président

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Pesticides : le Québec s’en sortira-t-il?

La commission sur l’agriculture, les pêcheries et les ressources naturelles (CAPERN) a tenu ses audiences sur les pesticides en agriculture à la fin septembre. On pouvait y entendre essentiellement deux discours : un premier provenant des utilisateurs ou des commerçants de pesticides qui nous disent en gros qu’ils sont utiles, voire indispensables à la production d’aliments. Le second, des rangs des gens de la santé ou de l’environnement, soutient que leur usage est néfaste et qu’il faut viser une réduction rapide de leur emploi. En trame de fond, les vœux pieux du gouvernement qui nous annonçait une forte diminution de leur usage il y a quelques années (Prédiction qui ne s’est nullement réalisée, au contraire) et qui maintenant se contente de viser une simple réduction des risques reliés à leur emploi.

Qu’il est donc reposant d’écouter un film comme Star Wars, où bons et méchants sont faciles à repérer, sans nuances. La réalité semble différente. Lors de sa présentation, l’Union paysanne a fait valoir que l’emploi de pesticides est intimement lié à la monoculture et la spécialisation. Difficile en effet d’imaginer une monoculture de maïs de 2000 ha sans avoir recours aux herbicides, dont le maintenant tristement célèbre Roundup. Dans un contexte d’exportation, la spécialisation se répand, et donc l’usage de pesticides. À l’inverse, ce besoin est nettement moins présent dans le cas de productions diversifiées, en rotation. Les études du MAPAQ, dont Louis Robert fait mention (Louis Robert est l’agronome qui fut congédié par le MAPAQ et ensuite réembauché pour avoir dénoncé l’ingérence de l’industrie des pesticides dans la recherche publique) montrent clairement qu’il est possible de largement renoncer aux pesticides à condition de pratiquer certaines méthodes culturales, comme la rotation, la variation des plantes, les engrais verts, etc. D’autre part, la production biologique fait depuis longtemps la preuve qu’on peut se passer de pesticides de synthèse.

Toutefois, la récente politique bioalimentaire du gouvernement québécois, qui n’a rien de bio, soit dit en passant, vise précisément un accroissement de nos exportations et une augmentation de nos importations, le tout contribuant à une diminution marquée de notre taux d’approvisionnement. En effet, vous avez bien lu : le gouvernement vise une plus grande dépendance de notre alimentation face aux importations ainsi qu’une dépendance accrue de notre agriculture face aux exportations. En somme, l’État vise à augmenter les conditions qui nous rendent dépendants des pesticides. Sommes-nous vraiment sur la bonne voie?

De plus, problème soulevé par plusieurs, les normes encadrant l’usage de pesticides varient beaucoup d’un pays à l’autre et nos tablettes regorgent maintenant de produits contaminés par des pesticides, à des concentrations qui ne sont pas nécessairement autorisées par notre production locale. La politique bioalimentaire vise pourtant de plus grandes entrées de ces produits.

Espérons que la CAPERN réussira à émettre des recommandations pertinentes à ce sujet.

Maxime Laplante, agr, président

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Pesticides, un enjeu enfin sur la place publique

Mot du président – 17 septembre 2019

Maxime Laplante, agr

 

À la fin septembre, la CAPERN (Commission sur l’agriculture, les pêcheries et les ressources naturelles) entamera un débat sur les pesticides en agriculture. Les diverses organisations intéressées à la discussion devaient remettre un mémoire en juillet, ce que l’Union paysanne a fait.

Il y a quelques années, le gouvernement s’était fixé comme objectif de réduire l’utilisation des pesticides en milieu agricole. Fiasco. Leur usage a augmenté. On peut même aujourd’hui assister à des épandages de Round-up non seulement pour tuer les mauvaises herbes (désolé, le terme à la mode est plutôt adventices) mais aussi juste avant la récolte des céréales ou d’autres cultures, de façon à accélérer le séchage des plantes et en faciliter la récolte mécanisée.

Le débat devant la CAPERN sera évidemment associé au cas de l’agronome Louis Robert, congédié du MAPAQ pour avoir attiré l’attention médiatique sur l’influence démesurée de l’industrie des pesticides auprès de la recherche financée par les contribuables.

Et pour bien corser le tout, la ville de Montréal a annoncé qu’elle entendait bannir l’usage de Round-up sur son territoire, exemple qui pourrait bien être suivi par d’autres villes. Le cas n’est pas unique, l’Allemagne procèdera à son interdiction sous peu.

Comme on peut s’en douter, l’UPA reproche aux élus minicipaux d’aller trop vite. L’enjeu est quand même de taille parce que tout le modèle de l’agriculture spécialisée, industrielle, axée sur l’exportation, repose sur l’usage des pesticides à large échelle. Interdire ou réduire l’usage des pesticides remet totalement en question les monocultures. Les tenants du maintien de notre modèle agricole sont donc très réticents à diminuer leur emploi. Dans la toute récente politique bioalimentaire, il n’est d’ailleurs plus question de viser une réduction des pesticides mais seulement de réduire les risques associés à leur utilisation!

Un changement s’impose toutefois. Obliger les fermes biologiques de maintenir à leurs frais des bandes tampons de 8 mètres le long de leurs terres pour réduire la contamination par les voisins, ou leur faire payer des frais de certification alors que les fermes usant de pesticides sont exemptes de ces frais, faire payer aux producteurs bio la décontamination de la machinerie si elle a touché des pesticides, c’est mépriser le principe de base du pollueur-payeur.

Devant l’amoncellement des preuves contre la menace des pesticides sur la santé et les écosystèmes et la dépendance des fermes face aux grandes entreprises contrôlant les semences dépendantes des herbicides, on ne peut qu’espérer que les travaux de la CAPERN n’aboutiront pas sur la même tablette que le rapport Pronovost. Le Québec aurait tout intérêt à prendre l’initiative d’un réel virage. Économiquement et socialement.