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Mot du président – 12 avril 2019

Et non, toujours pas de nouvelles de la Régie des marchés agricoles dans le dossier du hors-quota, cinq mois après la fin des audiences. Je ne réussis à obtenir ni raison du retard, ni information quant à un nouveau délai, en dépit de nos multiples demandes.

Toutefois, la Régie, en date du 2 avril, a ordonné à la petite communauté religieuse des « Apôtres de l’amour infini » de ne plus produire de lait pour leur propre consommation. La représentante de la Régie me dit que la cause a été réglée « à l’amiable » entre « Les producteurs de lait » de l’UPA et la communauté. Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette fédération a menacé d’une amende de 192 000$ ce groupe religieux pour avoir osé consommer leur propre lait sans détenir un quota. La même communauté avait déjà vécu une situation semblable alors que la fédération des éleveurs de poulet de l’UPA leur avait interdit de consommer leurs propres poulets. Même si ces gens n’ont jamais commercialisé leurs production, ils ont quand même froissé le besoin de pouvoir des succursales de l’UPA. Le monarque ne négocie pas avec ses sujets.

Cette fameuse gestion de l’offre, avec son cortège de quotas, a beau avoir certains intérêts de stabilisation des prix sur le marché, il n’en reste pas moins que d’en avoir laissé le plein contrôle à des cartels privés mène à de graves abus et soulève la grogne. Le gouvernement a compris que le simple fait de vouloir discuter de la gestion de l’offre sur la place publique était un tabou, au risque de mettre en péril une carrière politique, comme ce fut le cas avec Maxime Bernier. Il ne faut donc pas se surprendre si Ottawa décide de contourner le problème en ouvrant graduellement nos frontières pour des denrées comme le lait, les œufs et le poulet.

Il y a plusieurs années, le président de l’UPA comparait le système de quotas dans le lait à celui des permis des chauffeurs de taxi, même si un quota laitier vaut environ dix fois plus cher. Je ne peux m’empêcher d’y voir aujourd’hui une analogie. Sans juger de la pertinence ou non d’indemniser les chauffeurs pour la perte de valeur de leurs permis, je me pose la question de ce qui arrivera si les importations de lait ou de poulet minent la valeur des quotas de production et que les filiales de l’UPA réclament la compensation financière. Même si les détenteurs initiaux de quota n’ont pas eu à payer pour l’obtention, il n’en reste pas moins que la valeur des quotas agricoles dépasse aujourd’hui largement 13 milliards de dollars, au bas mot. On peut présumer que le conseil du Trésor sera réticent à payer, surtout qu’il s’agit d’une valeur spéculative. Ce qui est inadmissible, c’est justement d’avoir permis de spéculer sur ces quotas, alors qu’il s’agit d’un contrat social entre la ferme et l’État. Et pendant ce temps, on maintient la ligne dure en interdisant aux petites entreprises québécoises de produire et de vendre de petites quantités de lait ou de poulet. Si la gestion de l’offre n’est pas bientôt réformée, elle risque fort de disparaître.

Je suis conscient que le sujet de la gestion de l’offre n’est pas très « sexy ». Actuellement, les discussions sur la souveraineté alimentaire sont plus populaires. Mais il n’y aura pas de souveraineté sans droit de produire ou de liberté d’association.

Maxime Laplante, agr, président

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Mot du président – 25 février 2019

Les congrès de l’Union paysanne sont souvent particuliers et riches en découvertes ou en surprises. Celui de cette année a donné lieu à toute une vague médiatique, étant donné la venue du ministre de l’agriculture, M. Lamontagne. Lorsque Marie-Josée (coordonnatrice) et moi l’avions rencontré précédemment, il avait été question, entre autres, des nombreux obstacles à la paysannerie, dont les normes. Lorsque le ministre, en début de congrès, a fait allusion aux normes du ministère de l’environnement, nul ne pouvait présager la tempête qui a suivi. Une mauvaise interprétation du discours laissait entendre qu’il fallait alléger la protection de l’environnement. Au contraire!

Depuis ses débuts, l’Union paysanne plaide pour des normes adaptées à la paysannerie au lieu du rouleau compresseur taillé sur mesure pour les besoins de l’industrie. Les exemples pullulent : interdiction d’épandage du fumier après le 1er octobre, sans faire la différence entre le lisier de l’industrie porcine et les fumiers solides ou compostés. Interdiction de réutiliser ses propres semences si on veut avoir accès aux programmes de subvention comme l’ASRA. Interdiction d’abattage à la ferme. Bandes tampons exigées aux fermes biologiques afin de limiter la contamination par les pesticides des voisins.

Le problème des normes mal adaptées a d’ailleurs été au cœur des audiences devant la Régie des marchés agricoles, alors que l’industrie accusait les petits éleveurs de ne pas avoir de cahier de normes exigeantes et ainsi de constituer une menace pour la santé des animaux, celle des humains et le bien-être animal. Nous nous sommes donc retrouvés dans la situation absurde de nous faire reprocher de ne pas nous préoccuper du bien-être animal par les propriétaires d’élevages industriels qui ont un cahier de charges stipulant que d’élever une poule sur un espace aussi petit que 64 pouces carrés (soit moins qu’une feuille 8 ½ x 11) est respectueux des animaux…

En fait, une grande partie des normes apparaissent lorsqu’il y a une distance entre la fourche et la fourchette. La vente directe constitue la meilleure traçabilité et la meilleure garantie de qualité.

En rencontre avec le ministre, nous avons formulé la demande de créer une division du MAPAQ qui serait dédiée à la diversification et la multifonctionnalité de l’agriculture, de façon à obtenir un appui de l’État pour un changement de modèle agricole. Il est grand temps de concrétiser les recommandations du rapport Pronovost à ce sujet. Devant le congrès de l’Union paysanne, le ministre a déclaré que ce rapport constituait dorénavant son guide, son « étoile du nord ». Espérons qu’un changement de vision de l’agriculture fasse son chemin au gouvernement.

Maxime Laplante, agr, président

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Souveraineté alimentaire et luttes paysannes!

Nous sommes habitués à entendre parler du triste sort des paysans à l’étranger, en particulier en Afrique, en Amérique du sud ou en Asie. Fermiers brésiliens chassés de leurs terres, emprise des grandes entreprises exportatrices au détriment des productions vivrières sur le continent noir, main-mise sur les semences locales en Inde. Via Campesina, la grande organisation paysanne mondiale, réclame depuis environ deux décennies le retrait de l’agriculture des accords de libre-échange ainsi que le droit à la terre, le droit à la nourriture.

En plein cœur de l’Amérique du Nord, on imagine mal de pareilles situations. Et pourtant! Si les symptômes diffèrent, les causes sont souvent identiques d’un continent à l’autre. Et le Québec n’échappe pas à ce constat. Le droit de produire limité à une minorité dans des secteurs névralgiques comme le poulet, les œufs, le lait, le lapin, le sirop d’érable, en somme les productions sous quota.

L’accès à la terre se trouve également fortement entravé, en raison de divers facteurs : étroitesse d’esprit de la CPTAQ qui présume qu’une ferme de moins de 100 ha n’est pas rentable, ou encore qu’il faut gérer les régions rurales comme si c’était la banlieue montréalaise. Programmes de subventions taillés sur mesure pour la grande entreprise spécialisée, incitant à la spéculation foncière.

Le Québec n’a toujours pas de politique agricole, gérant l’agriculture à la pièce, de façon souvent paradoxale. Et ce n’est surtout pas la récente politique bio-alimentaire qui va y changer quoi que ce soit.

Noir portrait, non? Et pourtant, la paysannerie couve, comme un feu latent dans la tourbière, émergeant ici et là. Des milliers de personnes découvrent les bénéfices de la production à la maison, parfois même en pleine ville. Des liens se tissent entre la ferme et les clients. Beaucoup évitent le radar de la bureaucratie commerciale ou le contrôle de la mise en marché par le monopole dont il ne faut pas prononcer le nom… Innovation, découverte, savoir-faire se développent, au fond des rangs, dans les fêtes de semences, dans la grange ou le hangar. Légumes, fruits, animaux, machinerie innovante, transformation locale, tout y passe.

Ce congrès se veut un lieu de réflexion, d’échange, de remise en question aussi, en vue de regrouper les acteurs de changement. La paysannerie se révèle plus tenace qu’il y semble mais elle a besoin d’espace pour grandir au soleil. Elle a besoin d’alliés, comme l’Union paysanne. Bon congrès!

Maxime Laplante, agr, président.

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Mot de Jean Pronovost en vu du congrès de l’Up

24 heures avant son décès, monsieur Pronovost nous a fait l’honneur d’écrire un mot en vu du congrès de l’Union paysanne. Cet engagement jusqu’à la toute fin envers la cause agricole fait foi de l’importance qu’il accordait  à l’agriculture plurielle. Le voici!

 

Bonjour madame Renaud,

Voici le texte demandé. J’y crois beaucoup. Ce qui m’a incité a l’expédier à quelques autres personnes.  On conçoit souvent l’avenir de l’agriculture une ou à des étiquettes qui escamotent une partie de la vérité.

Certains prônent une agriculture dite industrielle mais qui au fond applique à l’agriculture le modèle économique traditionnel qui repose sur la croissance économique, le marketing, la recherche de la croissance, la productivité etc.  On produit et on vend des pommes de terre, du maïs ou des pommes comme  d’autres secteurs produisent et vendent des clous, des vis ou tous autres produits.

L’agriculture, la vraie, doit intégrer plusieurs autres valeurs à cette dimension économique.  Il faut penser notamment Santé et il faut penser que les impératifs Santé peuvent même varier avec les individus qui ont des besoins différents et particuliers.  Il faut aussi penser à la qualité de l’environnement car la qualité de la nourriture commence là; combattre les failles environnementales par des moyens naturels et biologiques plutôt que chimiques, etc.

Ce que je viens de souligner n’a rien à voir avec la taille des fermes ou de leurs modèles juridiques.  C’est évident que les quantités produites, parce qu’elles intègrent d’autres valeurs, ont tendance à devoir tenir compte des frais que l’éventail de ces valeurs entraînent.  L’État doit prendre tout cela en compte dans ses politiques.  L’agriculture n’est pas univoque. Elle n’est surtout pas noir et blanc et répond à une série de besoins interreliés.

 

Cordialement,

Jean Pronovost

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Mot du président – 16 janvier 2019

Nous avons appris, au lendemain de Noël, le décès de Jean Pronovost qui a présidé la maintenant célèbre commission sur l’avenir de l’agriculture au Québec. Personne intègre et connue pour son doigté, son art de pouvoir entendre les divers intervenants du monde agricole avec attention, M. Pronovost a découvert cet univers qu’est l’agriculture québécoise. Découverte privilégiée, au-delà de la simple image véhiculée par les médias, souvent bucolique à souhait. Après un long périple dans le Québec rural, assisté par une équipe de recherchistes et deux autres commissaires, M. Pronovost s’est lentement forgé une opinion. Son constat principal : l’agriculture du Québec étouffe, manque d’oxygène, pour reprendre ses termes. Le carcan des fédérations contrôlant les plans conjoints, la rigidité des règles touchant l’aménagement du territoire, les obstacles pour la relève, le financement taillé sur mesure pour la grande entreprise spécialisée, tout cela à l’encontre des objectifs de diversification, de multifonctionnalité.

Je me souviens avoir reçu M. Pronovost chez moi, alors qu’il rencontrait diverses organisations. Il faut mentionner que la commission Pronovost trouve son origine dans une demande faite par l’Union paysanne dans le bureau du ministre de l’agriculture de l’époque, M. Vallières. Il allait donc de soi d’aller rencontrer l’Union paysanne. Je l’ai alors accueilli chez moi, dans mon fond de rang, avec pour repas de la viande de porc de mon élevage à l’extérieur. Pendant que le repas finit de cuire et que nous conversons, il regarde par la fenêtre, voyant les bâtiments, les champs, les animaux, le jardin, le verger. Je lui demande alors si, d’après lui, ce qu’il voit correspond à une ferme. Il se dit surpris par la question, soupçonne une blague de ma part. Hésitant, il me répond qu’à toute évidence, il s’agit d’une ferme. Je lui explique donc qu’au sens de la loi du Québec, ce n’est pas une ferme mais simplement un « hobby ». Devant son regard incrédule, je précise que le Québec ne tient compte que des ventes extérieures pour définir une ferme. Nourrir une famille de sept personnes, en plus d’amis ou de parents, ça ne compte pas, même si le nombre d’heures consacré correspond à un emploi régulier. Quand on sait que le rôle premier de l’agriculture dans le monde, c’est de nourrir la famille, il est aberrant que le Québec conserve une vision si réductrice. Une vision unique en somme. Pendant son périple à travers le Québec, M. Pronovost a entendu toutes sortes de commentaires et son lot d’histoires d’horreur, de situations cauchemardesques. Il a aussi vu de la passion, de l’initiative.

On retrouve dans les recommandations du rapport Pronovost de larges pans du mémoire de l’Union paysanne que j’ai présenté lors de cette commission. Il serait temps que le Québec applique ce rapport. Souhaitons que l’avenir rendra aussi hommage à cet homme visionnaire, pour le plus grand bien de notre agriculture et de la diversité des gens qui y travaillent.

Maxime Laplante, agr, président

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Le mot des fêtes

La presse regorge actuellement d’articles sur les répercussions des récents accords de libre-échange ainsi que sur les changements climatiques en lien avec notre agriculture. Conscient de l’impact financier sur les fermes du Québec de l’entrée massive de denrées en provenance d’autres pays, il est cependant nécessaire de pousser l’analyse plus à fond et de ne pas simplement réclamer plus d’argent du gouvernement. Premièrement, il ne fallait pas faire de l’agriculture un produit marchandable et exportable. Vouloir exporter à tout prix et ensuite réclamer une fermeture des frontières relève de la plus profonde hypocrisie.

Ensuite, il faut permettre aux entreprises agricoles de diversifier leurs sources de revenus, par exemple en permettant la mise en marché directe ou l’agrotourisme. Limiter la vente directe à 99 poulets (hors-quota) constitue une entrave majeure à une avenue de diversification. Nous attendons évidemment le jugement de la Régie des marchés agricoles dans ce dossier, jugement qui devrait en principe être émis d’ici un mois. Il serait aberrant que le Québec persiste à interdire la vente directement de la ferme alors que le même gouvernement permet l’importation des mêmes produits de l’étranger. Continuer à interdire les tables champêtres en zone verte, sous prétexte qu’il s’agit d’une nuisance aux activités agricoles, est une autre aberration.

Alors que le Québec vit un « automne » qui donne hâte à l’arrivée de l’hiver et que les messages abondent pour modifier notre consommation d’énergie fossile, la paysannerie, l’agro-écologie et l’agroforesterie devraient apparaître comme les conclusions logiques pour nous distancer de notre modèle agricole énergivore. Un tel changement devra nécessairement passer par une réforme du financement de notre agriculture, ce qui est loin d’être le cas actuellement, alors que le Québec s’enlise à miser sur l’exportation.

Nous avons demandé à rencontrer le nouveau ministre de l’agriculture, M. Lamontagne. D’emblée, il mentionne ne pas vouloir toucher au monopole de l’UPA mais aussi qu’il veut favoriser la diversification des fermes. Est-ce normal si j’ai eu de la difficulté à mettre ça dans la même phrase? Je suis curieux de voir comment le ministre réalisera ce paradoxe…

D’ici là, je souhaite à chacun un beau temps des fêtes, du fond de mon rang. Je trouverai bien un poulet, un lapin ou une dinde hors-quota dans mon congélateur. Ça a meilleur goût.

Maxime Laplante, ag, président

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Le choc de deux mondes

Les audiences devant la Régie des marchés agricoles ont pris fin en début novembre et nous espérons un jugement favorable cet hiver, ce qui permettrait à de nombreuses fermes de vendre un peu plus de poulets, de dindons et d’œufs pour assurer leur rentabilité financière.

Mais ce qui ressortait le plus lors de ces deux semaines d’audiences, c’était le fossé séparant deux modèles. Le choc de deux mondes. L’intolérance flagrante de l’industrie avicole envers les petits élevages, utilisant tous les moyens pour nous empêcher de plaider, faisant de l’obstruction systématique. Les fédérations de l’UPA ont même réclamé que les régisseurs ne prennent pas connaissance des rapports importants sur l’agriculture, comme le rapport Pronovost et le rapport CIRANO sur le hors-quota au Canada. Mais ça, on s’y attendait.

Là où le discours a pris des allures presque ésotériques, c’est lorsque les défenseurs de l’industrie insistaient sur les précautions prises par les grands élevages en matière de bien-être animal et de bio-sécurité, reprochant aux petits éleveurs de ne pas se préoccuper de ces enjeux. Pourtant, lorsqu’on sait que l’espace prévu pour une poule pondeuse se limite à 64 pouces carrés (8po x 8po), que les becs sont coupés et que l’élevage se fera toute leur vie sans accès extérieur ou même de lumière naturelle, il semble aberrant qu’on puisse reprocher aux petits élevages quoi que ce soit à ce chapitre. En prime, beaucoup d’emballages d’œufs ou de volaille vendus en magasin illustrent des oiseaux à l’extérieur, dans l’herbe, devant une petite étable colorée, à côté de laquelle on aperçoit parfois une petite éolienne… Charmant et bucolique. Publicité mensongère? Est-ce que les ventes maintiendraient leur niveau si les emballages illustraient la réalité?

L’industrie reproche aux petits élevages de ne pas avoir de normes et nous suggère d’appliquer les cahiers de charge des grands élevages. Ces normes trouvent leur utilité parce que les élevages de grande concentration sont extrêmement vulnérables face aux épidémies, en raison de la circulation constante de volaille, de fumier, de moulée et d’humains d’un site à l’autre, le tout combiné au fait que la densité des élevages permet une propagation rapide de tout problème. Concentration des élevages et transport d’une ferme à l’autre sont clairement identifiés par la littérature scientifique comme étant LES facteurs de risque.

Mais le problème n’est pas tant la cohabitation de deux modèles mais plutôt le fait qu’un modèle unique ait le contrôle sur l’espace à donner à un autre modèle. Un petit club sélect décide pour l’immense majorité. Même le président de l’UPA a dû reconnaître devant la Régie le manque de démocratie du système, dans lequel les représentants des fédérations ignoraient les conditions minimales pour avoir droit de vote à l’intérieur des plans conjoints.

Espérons que la Régie saura reprendre le contrôle de la situation en agissant en tant qu’arbitre neutre, au lieu d’abandonner le marché à des cartels privés.

Maxime Laplante, agr, président

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Mot du président – 17 septembre 2018

Lorsque j’étais enfant, je me souviens qu’aux réunions de famille du jour de l’an, en plein Québec rural profond, un de mes oncles avait un sujet de conversation de prédilection : les plans conjoints. L’effet était magique. Le salon se vidait et tous se retrouvaient dans la cuisine ou dehors. Lorsque j’ai entamé mes études en agronomie, j’ai voulu comprendre. Alors, pour une fois, au lieu d’aller rejoindre mes tantes devant les biscuits, je suis resté avec cet oncle pour tenter de comprendre. Un peu.

Aujourd’hui, c’est à mon tour de vous en parler. L’enjeu est ici de taille et n’a rien de théorique. À partir du 22 octobre, l’Union paysanne ira plaider devant la Régie des marchés agricoles pour une hausse du hors-quota, soit la permission d’élever 2000 poulets, 300 pondeuses et 300 dindons par ferme et par an, sans avoir à détenir ces fabuleux quotas de production, qui limitent actuellement à 100 poulets, 100 poules et 25 dindons le droit de produire.

À l’échelle de la ferme, avoir subitement le droit de vendre 2000 poulets au lieu de 100, ça fait souvent la différence entre la non-rentabilité et la rentabilité. L’étude CIRANO de l’université confirme nos dires, on parle ici d’une hausse possible du revenu net de plusieurs dizaines de milliers de dollars pour chaque ferme concernée.

Pour les gens qui achètent ces produits, c’est aussi la possibilité de se procurer du poulet ou des œufs directement de la ferme, au lieu de passer par l’épicerie. Ça ouvre la porte à du poulet élevé au paturage, par exemple.

Ce que nous demandons, c’est rien de moins que l’équité en comparaison avec le reste du Canada, nettement plus permissif. Ces fameux quotas, onéreux au-delà de la rentabilité (250$ par poule, 800$ par mètre carré dans le poulet), ont au départ été distribués gratuitement aux fermes productrices. Ces quotas sont ensuite devenus une valeur spéculative, rendant très difficile toute forme de relève qui doit en payer le plein prix.

Étrangement, ce que l’Union paysanne va plaider, c’est l’application de la loi sur la mise en marché des produits agricoles! Incroyable mais vrai. L’article 63 stipule clairement que toute vente directe au consommateur peut être faite librement, sans passer par les plans conjoints ou les agences de vente. Toutefois, la Régie peut en décider autrement si elle juge qu’il y a une menace pour l’application des plans conjoints. La vente directe, c’est potentiellement 1 à 3 % du marché. Difficile d’y voir une menace sérieuse pour la mise en marché standardisée. Jusqu’ici, les fédérations de l’UPA, en contact direct et unique avec la Régie des marchés, ont toujours réussi à ne permettre aucune souplesse dans ce système qu’elles contrôlent en conflit d’intérêt : ce sont en effet les détenteurs de quota qui décident si d’autres peuvent en obtenir.

En somme, nous demandons que la Régie, organisme public de surveillance, assume enfin son véritable rôle, de façon neutre, sans obéir aveuglément aux dictats de l’UPA, et applique la loi.

Depuis peu, il y a un changement de garde au sein de la Régie. En effet, celle-ci a récemment refusé un prélèvement sur les céréales vendues directement, supplément que réclamait l’UPA.

Nous avons maintenant besoin de votre aide pour financer cette opération.

www.gofundme.com/horsquota

Alors ques fédérations de l’UPA paient leurs avocats avec nos cotisations de producteurs, nous devons assumer nos frais nous-mêmes. David contre Goliath, direz-vous. Mais si je me souviens bien, c’est David qui a quand même gagné…

Maxime Laplante, agr, président

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Campagne hors quota

Bonjour,

Ainsi que nous l’avons fréquemment mentionné, l’Union paysanne a demandé à la Régie des marchés agricoles d’être entendue dans le dossier du hors-quota afin de permettre la production et la vente de 2000 poulets, 300 dindons et les œufs de 300 pondeuses sans détenir ces fameux quotas de production, si onéreux. Rien de farfelu, puisque c’est déjà le cas dans la plupart des régions du Canada, le Québec et Terre-Neuve étant de loin les provinces les plus restrictives à cet égard.

Évidemment, les fédérations de l’UPA ne sont pas du même avis et ont d’abord demandé à la Régie de ne pas nous laisser présenter notre demande. Mais cette même Régie a quand même annoncé qu’elle tiendra 9 jours d’audience analyser notre demande, entre la fin octobre et le début de novembre.

Dans sa démarche, l’Union paysanne a choisi de faire appel à un avocat au fait des questions agricoles, soit Jean Nobert, que nous avons présenté au dernier congrès. Mais cette démarche occasionne des frais que l’Union paysanne ne peut couvrir à même son budget de fonctionnement habituel. Nous avons donc besoin urgemment de dons pour y parvenir. Nous suggérons un montant de 50$ par personne donatrice. À l’échelle d’une ferme, passer d’une production de 100 poulets à 2000 représente un revenu net supplémentaire d’environ 20 000$. Pour le consommateur, on parle de la possibilité d’avoir enfin accès à du poulet local sans passer par les filières de l’industrie agricole. En somme, un 50$ bien investi.

Pour plus de détails, consultez notre rubrique Campagne sur notre site web et faites un don dès maintenant. Ne laissons pas passer cette occasion de donner un peu d’oxygène au monde rural du Québec.

 

Maxime Laplante, agr, président.

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Les cochons auront-ils le temps d’une paix?

Oh surprise, les cochons du Québec font encore les manchettes, de façon détournée cette fois. Pour ceux qui n’auraient pas eu l’occasion d’écouter M. Paul Doyon, second vice-président de l’UPA, je vous invite à le faire, alors qu’il méprise ouvertement ceux qui voudraient élever des cochons « dans le bois », faisant ainsi référence à l’émission « Le temps d’une paix ». Alors que la canicule se poursuivait, on entendait à Radio-Canada les commentaires des dirigeants de l’industrie porcine, aux prises avec des retards de croissance chez les porcs, qui ne peuvent pas suer comme les humains (défaut ou qualité, je vous laisse juger…). Pourtant, depuis des millénaires et partout dans le monde, il y a des cochons qui vivent dehors, à des températures nettement plus chaudes que ce vit le Québec avec son climat nordique. La Corse en est un bel exemple. Pour en avoir élevé moi-même pendant 12 ans à l’extérieur, on observe rapidement que le porc, pour se refroidir, va se creuser un trou dans la boue, pour se protéger de la chaleur, des insectes et du soleil. Mais mon intention n’est pas ici de vouloir imposer ce modèle mur-à-mur mais plutôt de tenir tête à l’attitude arrogante qui veut nous imposer le mode d’élevage industriel de façon uniforme, avec demande de subvention à la clé. Après avoir réclamé de l’aide financière pour construire les fosses à lisier qui ont soulevé la colère des communautés rurales, ainsi pour produire du porc destiné à l’exportation, voici que cette même industrie demande encore de l’argent public pour convertir les étables porcines pour répondre aux exigences en matière de bien-être animal parce que les consommateurs étrangers ne tolèrent plus que les animaux soient encagés sans possibilité de bouger. Et maintenant, en plus de soutirer encore plus d’argent de la part du contribuable pour améliorer le climat dans ces usines qui ne tiennent pas compte des besoins naturels de l’animal, il faudrait endurer le mépris à l’endroit de pratiques permettant aux animaux de vivre à l’extérieur? Difficile pour ma part.

Il semble paradoxal qu’une nation comme le Québec, disposant de telles ressources naturelles, avec de l’espace à souhait, reste enlisé dans une telle rigueur et renonce ainsi au potentiel de la diversité. C’est d’ailleurs dans cette vision de diversité que l’Union paysanne ira devant la Régie des marchés agricoles à la fin octobre (les dates viennent d’être connues) pour demander une hausse de la production hors-quota pour le poulet, les pondeuses et le dindon. L’intention est de créer un espace pour un type différent de production que ce que l’industrie de la volaille impose. Les audiences s’étaleront sur 9 jours. On comprend évidemment que l’Union paysanne n’a pas besoin de 9 jours pour présenter sa proposition mais que les fédérations de l’UPA se sont opposées à la tenue d’une telle réflexion et contribuent donc à allonger le temps nécessaire. Les ressources financières n’étant pas les mêmes, alors que l’UPA finance ses avocats à même les cotisations des fermes (donc aussi de celles qui s’opposent au contrôle de l’UPA), l’Union paysanne doit trouver de l’argent auprès des sympatisants. Nous avons donc besoin de votre aide pour mener à terme cette campagne visant à permettre les petits élevages en dehors du contrôle de l’industrie, comme c’est d’ailleurs la cas partout au Canada. Voyez sur notre site notre campagne sur le hors-quota. Vous voulez aider concrètement? Voici une excellent occasion de le faire.

Votre président

Maxime Laplante, agr