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Subventions agricoles et autonomie alimentaire. Y a-t-il un lien?

Le gouvernement du Québec, par le biais de la société Hydro-Québec, vient d’annoncer un vaste programme de subventions pour réduire les coûts d’électricité des productions en serre. Selon le même gouvernement, cette mesure vise à accroître notre autonomie alimentaire. Ah ouais?

Je n’ai rien contre la production en serre, j’y ai passé des années de ma vie. Mais je ne vois pas en quoi une subvention mettra automatiquement plus de tomates ou de concombres sur les tablettes de nos épiceries. Qu’est-ce qui nous garantit que la hausse de production attendue n’ira pas à l’exportation? En fait, rien. Lorsque la Hollande a décidé de subventionner les factures d’énergie des serres, l’essentiel des récoltes fut exporté. Et les nappes phréatiques locales ont reçu les fertilisants et pesticides employés… En quoi le contribuable moyen en a-t-il bénéficié?

Mais ce qui peut arriver dans les serres se passe déjà pour d’autres productions. Normalement, quand une entreprise investit de l’argent dans un projet, il y a un espoir de retour sur l’investissement. Il devrait en aller de même pour les programmes agricoles. Un médecin n’est pas subventionné, il est rémunéré contre service rendu. Même chose pour un policier, un député, bref pour toute personne recevant de l’argent de l’État. Il serait grand temps de mettre un quelconque objectif social sur le soutien agricole. Par exemple, le gouvernement rembourse une bonne partie des taxes foncières agricoles aux fermes. Si cette ferme produit des légumes pour la communauté environnante, tant mieux. Si une autre ferme exporte sur un marché étranger, là où les mêmes subventions n’existent pas, cela devient du dumping, sans aucun avantage pour notre société. Mais dans les deux cas, le contribuable aura payé. Dans un cas, ce sera bénéfique pour la société québécoise, dans l’autre cas, …

Selon une analyse récente du ministère de l’environnement, 62% des subventions (comme l’ASRA) versées en agriculture au Canada ont un effet néfaste sur l’environnement. Le reste, 38%, n’a aucun effet.

(Ministère de l’environnement et lutte contre les changements climatiques, http://www.environnement.gouv.qc.ca/milieu_agri/agricole/publi/tendance-perspect2.htm)

En somme, nous payons pour soutenir un modèle agricole qui ne correspond pas aux attentes de notre société en matière d’environnement.

L’Union paysanne entend intervenir en ce sens lors de la présentation du plan d’agriculture durable du gouvernement. Il est grand temps de mettre en place des objectifs souhaitables lorsqu’il s’agit de donner de l’argent public. C’est essentiellement le projet de Contrat vert que j’ai proposé il y a 20 ans…

Maxime Laplante, agr, président